Daily Archives: April 7, 2014

Paul Quilès : « Kagamé veut faire oublier ses propres turpitudes »

Invitée ce matin sur France-Inter, la Ministre des affaires étrangères rwandaises, Louise Mushikiwabo, a affirmé qu’une conférence de négationnistes du génocide rwandais s’était tenue au Sénat, à Paris, le 1er avril dernier. Président de la mission parlementaire sur le Rwanda en 1998, le socialiste Paul Quilès a ouvert cette conférence. Il réagit aux propos de la responsable de la diplomatie rwandaise

Marianne : Ce matin, sur France Inter, Louise Mushikiwabo, la ministre des Affaires étrangères du Rwanda a évoqué une conférence de « négationnistes » qui se serait tenue au Sénat le 1er avril 2014. Vous avez ouvert cette conférence en tant que président de la mission d’information sur le Rwanda en 1998, comment réagissez-vous à ces accusations ? 

Paul Quilès :  Lors de ce colloque, dont j’ai fait effectivement l’ouverture, tous les intervenants ont fait mention du génocide. Mais ils ont aussi mentionné les crimes dont est soupçonné le Front Patriotique Rwandais (FPR). Nous avons donné tous les détails : comment on en est arrivés là, ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait, ce qui aurait dû être fait. A quel moment a-t-on nié le génocide ? Les Rwandais qui étaient présents à ce colloque ne l’ont pas fait. En revanche, c’est vrai qu’ils ont nié le caractère démocratique du régime de Kagamé. Cela explique sans doute cette sortie de la ministre des Affaires étrangères rwandaises. C’est typique de ces « idiots utiles » qui utilisent des expressions qui tuent le débat. Une fois que vous avez utilisé le mot « négationnisme », c’est fini, on ne peut plus discuter avec un négationniste !

Paul Kagamé renouvelle ses accusations contre Paris ce matin dans Libération. 

Vous vous attendiez à un tel feu nourri de déclarations de Kagamé et de sa diplomatie au moment de la célébration des 20 ans du génocide ?

Pas du tout. Kagamé est parti dans cette voie pour faire oublier ses propres turpitudes. Ce qui se passe depuis quelques temps au Rwanda inquiète sans doute Kagamé. Ce sont des sorties qui ont  pour but de détourner l’attention des observateurs des soupçons pesant sur le régime du président rwandais, notamment au sujet d’assassinats d’opposants à l’étranger. Je pense à l’ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda, Patrick Karegeya, un opposant notable au président Kagamé, qui a été retrouvé mort dans un hôtel de Johannesburg au début du mois de janvier. Kagamé ne s’en cache pas ce matin dans Libération.  Il le dit: « Ne comptez pas sur moi pour faire semblant d’être triste ou pour faire son deuil. (…) J’ai dit que ceux qui menacent le Rwanda, tuent des gens ici et se mettent à l’abri dans un pays étranger seront redevables de leurs actes ». C’est assez clair, ça veut dire qu’il assume les assassinats politiques. Depuis ces assassinats, des pays européens ont suspendu leur aide au Rwanda et ses relations avec l’Afrique du Sud et les Etats-Unis se sont nettement refroidies. J’imagine que ça l’inquiète.

Mais les critiques ne viennent pas seulement du gouvernement rwandais. Bernard Kouchner affirme par exemple que le « gouvernement génocidaire a été formé dans l’enceinte de l’ambassade de France en 1994 » et un militaire français a déclaré sur France Culture que l’opération Turquoise n’était pas une opération humanitaire mais une opération « très offensive »…  

Cela fait partie des inepties qui courent en ce moment. Bernard Kouchner se réfère au rapport commandé par Kagamé lui-même en 2008 qui était un tissu d’horreurs. On y accusait les militaires français d’avoir tué des Tutsis et des médecins d’avoir procédé à des amputations volontaires. Pour ce qui est de l’opération turquoise, ce militaire oublie que l’opération est lancée le 22 juin 1994. La date de début du génocide est le 7 avril 1994. Malheureusement quand l’opération Turquoise arrive, au moins 90% du génocide a déjà eu lieu.

Emmanuelle Cosse, la présidente d’Europe Ecologie – Les Verts a demandé  la création d’une nouvelle commission d’enquête sur l’action de la France au Rwanda, réclamant la déclassification de documents officiels. Comment réagit le président de la mission d’information sur le rôle de la France au Rwanda ?

C’est irresponsable et honteux. Je l’ai fait savoir à la direction du parti EELV. Ce sont des gens qui ne connaissent rien au dossier. Ils n’ont pas lu le début d’un rapport. Ils ne savent pas qu’à l’époque, on a obtenu la déclassification de 7 500 documents classés «secret défense». Cela participe du style complotiste, ça sous entend que Kagamé a raison, mais que des forces « obscures » empêcheraient de le faire savoir. Ils ne savent pas non plus qu’il y a eu d’autres enquêtes de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). J’ai moi-même demandé, en 2008, au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki Moon, de « soumettre l’ensemble des travaux conduits jusqu’à présent sur les causes, le déroulement et les conséquences du génocide du Rwanda à une commission indépendante ».

Rwanda-France: ”Hollande doit défendre l’honneur de la France, l’honneur de son armée, l’honneur de ses diplomates”

«Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son armée, l’honneur de ses diplomates», a écrit Alain Juppé sur son blog.

Les déclarations du président rwandais Paul Kagame accusant la France d’avoir pris part aux massacres du génocide de 1994 dans son pays ont choqué la scène politique française, certains politiques regrettant toutefois l’absence de la France aux commémorations.

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Paul Kagame, un ex-rebel qui a sacrifié les Tutsis pour s’emparer du pouvoir  et détruire la puissance française dans la région Africaine des grands lacs. Il est plus que grand temps de corriger les erreurs de la France de minimiser les propos de Kigali. (note de l’administrateur de blog).

Dans une interview à Jeune Afrique parue dimanche, le président du Rwanda Paul Kagame a accusé la France d’avoir joué, de même que l’ex-puissance coloniale belge, un «rôle direct dans la préparation du génocide» qui a fait environ 800.000 morts essentiellement dans la minorité tutsi, et d’avoir participé «à son exécution même».

Pour Paris, qui a annulé le déplacement prévu lundi à Kigali de la ministre de la Justice Christiane Taubira, ces déclarations «sont en contradiction avec le processus de dialogue et de réconciliation engagé depuis plusieurs années».

Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères à l’époque du génocide au Rwanda en 1994, avait réagi vivement samedi en appelant François Hollande «à défendre l’honneur de la France», face à ce qu’il qualifie d’«inacceptable mise en cause de la France».

«Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son armée, l’honneur de ses diplomates», a écrit Alain Juppé sur son blog.

«La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide», admet Alain Juppé. «Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule», et «la France a été la seule puissance à agir».

Même réaction pour l’ex-président de la mission parlementaire française d’information sur le génocide du Rwanda, Paul Quilès qui a qualifié d’«ignomineuses» les accusations de¨Paul Kagame. «Les victimes, la mémoire du génocide du Rwanda méritent mieux qu’une accusation, que je considère comme ignominieuse (…) au regard des faits», a déclaré l’ancien ministre socialiste de la Défense.

«On peut accuser beaucoup la France sur les erreurs politiques qui ont été commises, sur la façon dont cela s’est déroulé, sûrement (…) mais +participation directe+, ça je n’y crois pas», a déclaré l’ex-chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, artisan du rapprochement entre Paris et Kigali en 2010.

L’ancien ministre et député UMP Laurent Wauquiez s’est également indigné. «Je ne peux pas accepter que notre pays soit insulté comme il l’a été par le président Kagame. Au-delà de toute polémique de partis, je soutiens ce qu’a été la réaction du gouvernement et de François Hollande, c’était la seule bonne réaction : ne pas aller aux commémorations», a-t-il dit sur France 3.

– D’autres voix se sont fait entendre –

D’autres voix se faisaient cependant entendre pour déplorer que la France ne participe pas aux commémorations du 20e anniversaire, une décision qualifiée par les Jeunes Socialistes du MJS «d’erreur indigne de la France».

«Par cette décision la France laisse encore une fois entendre qu’elle ne reconnaît pas son implication dans le génocide des Tutsi au Rwanda qui est pourtant établie par les historiens. Malgré la dureté des déclarations du président rwandais Paula Kagame, la gauche au pouvoir rate une occasion de faire la lumière sur ses fautes passées», écrivent-ils dans un communiqué.

Pour Jean-Vincent Placé, chef de file des sénateurs écologistes, «nous aurions dû intervenir plus vite, mais vingt ans plus tard, c’est facile à dire. Très sincèrement je pense qu’il fallait qu’il y ait une représentation de la France, au moins au niveau gouvernemental. Peut-être pas le président ou le Premier ministre mais quelqu’un des Affaires étrangères».

La décision de la France est «violente» pour les victimes, ont regretté dimanche des associations en installant une stèle symbolique en leur mémoire. «Les victimes sont prises en otage, c’est une honte», a estimé Marcel Kabanda, président d’Ibuka France qui milite pour la mémoire du génocide.

Europe Ecologie-Les verts a demandé la «déclassification et la publication de tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994» et proposé de «refaire une commission d’enquête».

Source: http://www.liberation.fr/politiques/2014/04/06/rwanda-la-classe-politique-choquee-par-les-accusations-de-kagame_993567

Rwanda bans French ambassador from genocide commemorations

By RFI

France’s ambassador to Rwanda said on Monday that he has been barred from attending events marking the 20th anniversary of the genocide, amid a major diplomatic row surrounding France’s controversial role in the events of 1994.

“Yesterday night the Rwandan foreign ministry telephoned to inform me that I was no longer accredited for the ceremonies,” said the French ambassador, Michel Flesch.

French Justice Minister Christiane Taubira had pulled out of attending Monday’s events after Rwandan President Paul Kagame repeated his accusation of French “participation” in the murder of 800,000 ethnic Tutsis.

France, an ally of the Hutu nationalist government prior to the 1994 killings, has repeatedly denied any complicity in the genocide.

Although choosing not to send a minister, France had said its ambassador would attend in a major diplomatic downgrading of its attendance.

Rwandan Foreign Minister Louise Mushikiwabo on Sunday told France to face up to the “difficult truth” over its actions two decades ago.

“For our two countries to really start getting along, we will have to face the truth, the truth is difficult, the truth of being close to anybody who is associated with genocide understandably is a very difficult truth to accept,” Mushikiwabo said.

Rwanda – Paul Barril, ex-gendarme de l’Élysée : “Kagame craint toujours mes révélations”

À 67 ans, alors qu’on le dit malade, Paul Barril, ancien membre de la cellule antiterroriste de l’Élysée sous le premier septennat deFrançois Mitterrand, n’a apparemment rien perdu de son assurance. “Si Paul Kagame s’en prend à la France pour les commémorations du 20e anniversaire du génocide rwandais, c’est qu’il est au courant de la sortie de mon livre, Le capitaine Barril brise le silence, lâche-t-il, sans modestie. C’est un président très affaibli, lâché par les Tutsi. Il sait que plusieurs de ses anciens proches collaborateurs, aujourd’hui en exil, me rencontrent.”

Alors qu’il est lui-même visé par deux instructions liées au génocide rwandais, Paul Barril ne cesse de répéter que Paul Kagame est l’instigateur de l’attentat qui a coûté la vie, le 6 avril 1994, au président rwandais Juvénal Habyarimana, et à son homologue du Burundi, Cyprien Ntaryamira. Leur avion, un Falcon 50, a été abattu par deux missiles qui auraient été tirés, selon Paul Barril, par le Front patriotique rwandais (FPR). “Si je n’avais pas déposé une plainte, il n’y aurait pas eu d’enquête sur cet attentat de la part de la France. Alors qu’il y avait trois Français dans l’appareil, le pilote, le copilote et un mécanicien. Le lendemain, deux adjudants-chefs de la gendarmerie et leurs épouses ont également été tués”, s’insurge le capitaine Barril.

L’homme, qui vivrait entre Londres, Doha et Dubai, ne parle pas de “génocide”, mais de “massacre”, dont les précurseurs seraient les Tutsi, coupables d’avoir assassiné en octobre 1993 le président du Burundi et massacré 100 000 Hutu. “Un crime de masse passé aux oubliettes de l’histoire. Les Hutu du Rwanda, terrorisés, pensaient que le même sort les attendait s’ils ne réagissaient pas. Ils ont tué avant qu’on ne les tue.” Interview.

Le Point.fr : Comment avez-vous rencontré Paul Kagame en 1993 ?

Paul Barril : J’avais reçu pour mission, de la part de François de Grossouvre, le conseiller de François Mitterrand, d’infiltrer le FPR. C’est dans ce cadre que je me suis entretenu en septembre 1993 à Paris avec Paul Kagame. Il voulait se procurer des télécommandes pour faire exploser des charges à distance ! C’est un homme très intelligent, mais un manipulateur. Avant de revenir au Rwanda, il était chef des services secrets d’Ouganda. L’attentat a eu lieu le 6 avril 1994 et François de Grossouvre est mort le lendemain, le 7 avril, d’une balle dans la tête dans son bureau de l’Élysée.

Malgré tout, quand on évoque le génocide, votre nom y est souvent associé. Il existe même une plainte contre vous pour “complicité de génocide”. 

On a prétendu que j’étais au Rwanda en avril 1994. C’est faux, j’étais alors à New York. On prétend aussi que j’aurais livré des armes aux Hutu. Faux également, j’en apporte la preuve dans mon livre. J’ai été perquisitionné à quatre reprises. En fait, le juge antiterroriste Marc Trévidic, en charge de l’enquête sur l’attentat, m’a dans le collimateur, car il considère que j’appartiens au clan de son prédécesseur, le juge Jean-Louis Bruguière. Et Trévidic veut “tuer” Bruguière.

Vous déclarez que Paul Kagame “se planque” derrière le génocide. Mais, quelles que soient ses responsabilités, il y a bien eu 800 000 morts. 

Je ne conteste pas ce massacre, mais je considère que Paul Kagame est l’homme qui est à l’origine de ce drame atroce. Il faut garder en mémoire que l’armée ougandaise, assistée par des rebelles tutsi, a attaqué par surprise le Rwanda en octobre 1990. Après l’échec de cette offensive, grâce à l’intervention de l’armée française, le FPR n’a jamais cessé d’exacerber les tensions entre Hutu et Tutsi : assassinats, enlèvements, attentats à la bombe, massacres dans les églises. Enfin, n’oubliez pas que les Hutu, anciens esclaves des Tutsi, en ont une peur viscérale. Seule la France s’est impliquée pour limiter le carnage. Elle n’a pas à rougir de son action, contrairement aux Américains et aux Anglais, qui soutenaient le FPR.

Source:http://www.lepoint.fr/monde/rwanda-paul-barril-ex-gendarme-de-l-elysee-kagame-craint-toujours-mes-revelations-07-04-2014-1809744_24.php