Monthly Archives: January 2020

Paul Kagame dans les bras du terrorisme international ?

RWANDA. PAUL KAGAME DANS LES BRAS DU TERRORISME INTERNATIONAL ?

Dans son édition du 22 janvier 2020, le journal chimpreports.com révélait la présence à Kigali de Moustapha Ould Limam Chafi, bien connu pour son financement du terrorisme international. Ce mauritanien est recherché activement par les services secrets occidentaux, notamment français et américains. La Mauritanie a également lancé un mandat d’arrêt international contre son ressortissant pour le financement d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique), un mouvement terroriste opérant dans les pays du Sahel.

Le 21 avril 2019, Moustapha Chafi était parmi les hautes personnalités venues accueillir l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, à l’aéroport de Kigali.

Cette présence de Moustapha Chafi parmi les plus hautes personnalités rwandaises venues accueillir un hôte de marque est révélatrice du degré de relations étroites entre lui et le président Paul Kagame.

En effet, pour être aligné parmi les VIP devant saluer un Chef d’Etat à sa descente d’avion, il faut montrer patte blanche. Il faut être dans le cercle restreint du pouvoir en place pour fouler le tapis rouge destiné aux hôtes de marque. Au Rwanda, Moustapha Chafi a acquis ce statut. A en croire le journal medium.com, Moustapha Chafi voyagerait sur passeport diplomatique rwandais.

Une photo prise à l’occasion de cette visite montre Moustapha Chafi serrant chaleureusement la main de l’émir du Qatar, un signe qui ne trompa pas non plus sur leurs accointances. Or, le Qatar, malgré ses dénégations, est pointé lui aussi du doigt pour son rôle dans le financement du terrorisme international.

Au Rwanda, le Qatar a raflé tous les bijoux de famille non seulement par la signature des accords dans des domaines vitaux de l’économie rwandaise : tourisme, commerce, investissements, et surtout en achetant, monnaie sonnante et trébuchante, l’aéroport international du Bugesera et Air Rwanda, la société des transports aérien du Rwanda.

Les relations du président rwandais et les milieux terroristes sont motivées, à la base, par la recherche effrénée de l’argent. Pour son goût démesuré du lucre, Paul Kagame n’est pas à son premier coup, pris la main dans le sac en train de s’acoquiner avec les parrains du terrorisme international.

En guise d’illustration, citons le cas de Victor Bout. Arrêté en Thaïlande en 2008, ce « marchand de mort » (Lord of War) russe est emprisonné actuellement aux USA où il a été condamné à 25 ans de prison pour terrorisme. En 1996-1998, lors de la guerre du Congo, Victor Bout avait mis ses avions au service de Paul Kagame pour transporter les minerais pillés au en Rd-Congo vers le Rwanda. Victor Bout appartenait à un de ces réseaux criminels transnationaux entretenus par Paul Kagame et ses proches. Les relations entre Paul Kagame et Victor Bout portaient entre autres, selon les rapports de l’ONU (S/2000/203 du 10 mars 2000 et S/2002/1146 du 21 octobre 2002), sur la fourniture d’armes et la vente de diamants. Bout a séjourné à plusieurs reprises au Rwanda. Il fournissait les armes également au RCD-Goma, une autre création du Rwanda.

Victor Bout étant quelqu’un qui mange à tous les râteliers, il entretenait également des amitiés avec des réseaux terroristes à qui il vendait du matériel militaire.

Un autre cas et non des moindres est le cas de Jamil Mukulu. Chef des ADF, Mukulu a été à la tête d’un groupe islamiste opérant dans la région de Béni en RD-Congo. Ce mouvement est supposé combattre le pouvoir de Yoweri Museveni en Ouganda. Au lieu de cela, il a servi de couverture aux militaires de Paul Kagame et à d’autres mouvements qu’il entretient pour semer la désolation dans cette partie du Congo. Cela est d’autant plus vrai que Jamil Mukulu avait à sa disposition des gardes de sécurité lui donnés par Kigali et il sillonnait la région des Grands Lacs avec un passeport diplomatique rwandais. Jamil Mukulu a été intercepté en Tanzanie en 2015 et est en prison en Ouganda.

Gaspard Musabyimana
28/01/2020

Source: www.echosdafrique.com

RDCongo : Comment le duo Tschisekedi-Kamerhe travaille au bradage des ressources naturelles congolaises au profit du Rwanda.

RDC: Comment le duo Tshisekedi-Kamerhe travaille au bradage des ressources naturelles congolaises au profit du Rwanda
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Dans une interview accordée à un journal de Kinshasa à l’occasion de l’an 1 de « l’alternance » made in Kingakati, Vital Kamerhe a abordé la question de la paix au Kivu et de la stratégie adoptée par le gouvernement congolais pour mettre fin à la situation d’instabilité qui perdure dans cette région. Selon le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, la seule façon d’éviter la guerre dans cette partie du pays est de créer les conditions économiques qui permettraient aux pays de la sous-région de se rapprocher. Voici les propos tenus Vital Kamerhe : « Aujourd’hui, il y a un rapprochement où il y a des actes concrets qui montrent que nous voulons avoir des intérêts communs au niveau de la région (Gagnant-gagnant) pour que nos populations en sortent bénéficiaires. Aujourd’hui Rwand’Air atterrit à Kinshasa, le régime passé hésitait de la faire en considérant que le peuple congolais va se soulever. Aujourd’hui nous sommes en discussion et nous avons dit avec le Président Kagame que la meilleure façon d’éviter la guerre à l’Est, c’est d’avoir aussi un plan économique de développement de la région de grands lacs… », a-t-il déclaré à ACTUALITE.CD.

À première vue, ces propos peuvent paraître anodins. Mais pour quiconque comprend les enjeux qui sous-tendent l’instabilité dans le Kivu, les déclarations de Vital Kamerhe sont d’une extrême gravité. Car derrière « le plan économique » auquel il fait allusion, c’est bien le fameux projet du « partage des richesses » du Congo avec le Rwanda qui est promu ici.

Concocté par les Rwandais avec l’appui de certains pays occidentaux, ce projet a été au cœur des discussions entre Paul Kagame et Joseph Kabila en 2005, en marge de l’investiture du Président Jakaye Kikwete de Tanzanie. En 2008, l’ancien secrétaire d’État aux Affaires africaines, Herman Cohen, en a parlé à mots couverts dans le New York Times. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy l’a abordé ouvertement, en parlant du « Rwanda, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite », et de la « République Démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières ». Et d’ajouter : « Il faudra bien qu’à un moment ou un autre il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel : comment, dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses et on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d’adresse et qu’il faut apprendre à vivre les uns à côté des autres. »

Quelques jours après, le Courrier International titre : « Sarkozy veut dépecer la RDC ». Tandis que le journal Le Monde, dans son édition du 18 janvier 2009, reprend le discours du Président français en confirmant l’existence d’un « plan Sarkozy » sous forme d’une initiative de paix que celui-ci devait présenter aux autorités de Kinshasa.

Au regard de toutes ces manoeuvres, le consultant américain Alain Bischoff fera observer : « La solution envisagée par les Occidentaux revient à confier au Rwanda le leadership économique de la région des Grands Lacs africains au détriment du Congo producteur des richesses.»

C’est justement cette « solution » que le duo Tshisekedi-Kamerhe promeut aujourd’hui pour soi-disant ramener la paix dans le Grand-Kivu. En fait, le nouveau pouvoir congolais remet tout simplement au goût du jour le projet de partage de richesses proposé par Nicolas Sarkozy, Herman Cohen et tous ces gens qui promeuvent une exploitation sans entraves des richesses congolaises via le Rwanda interposé. Les propos de Kamerhe à ce propos ne souffrent d’aucune ambiguïté. Bien qu’il parle de « rapprocher les pays de la sous-région », le principal bénéficiaire de cette politique méphistophélique est le Rwanda de Paul Kagame. Kamerhe ne déclare-t-il pas lui avoir dit que la solution passe par un plan économique régional ?

Je ne cesserais jamais de le dire : ce que Joseph Kabila n’a pu faire ou n’a pas voulu faire par peur de la réaction du peuple congolais, le duo Félix Tshisekedi-Vital Kamerhe le fait au grand jour, au mépris de la souveraineté du Congo. Plus le temps passe, plus il nous révèle la nature et la mission de ces deux hommes à la tête de la République à démocratiser du Congo.

Demain, personne ne dira qu’il ne savait pas…

Patrick MBEKO.

Comment les Banyamulenge sont devenus Congolais sans vraiment l’être

Comment les « Banyamulenge » sont devenus Congolais sans vraiment l’être
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Comme nous ne le savons tous, les « Banyamulenge » prétendent qu’ils sont originaires du Congo; ils déclarent à qui veut l’entendre qu’ils sont Congolais au même titre que les autochtones de ce pays. Mais que disent donc les faits, pour ne pas dire l’Histoire ?

Puisque la question de la nationalité congolaise est au cœur des revendications des « Banyamulenge », c’est donc autour de celle-ci que je vais articuler mon analyse. Cette dernière va porter sur l’historique de la nationalité congolaise à travers les grandes périodes de l’Histoire du Congo-Zaïre que l’on peut subdiviser en six périodes :

1. La période antérieure à la création de l’État Indépendant du Congo (EIC).
2. La période de l’État Indépendant du Congo (1885-1908).
3. La période coloniale (1908-1960).
4. La période prémobutienne (1960-1965).
5. La période mobutienne (1965-1997)
6. De la période AFDLienne à nos jours (1997-…)

Durant la première période, celle antérieure à la création de l’EIC, la notion de nationalité congolaise n’existait pas pour la simple et bonne raison que l’État congolais n’était pas encore créé. Toutefois, chaque individu appartenait à une tribu. Celle-ci était définie par les attributs suivants : la langue, le territoire et les coutumes. Même si la cartographie géographique n’était pas connue à l’époque, chaque tribu connaissait cependant les limites exactes de son territoire de telle sorte que, malgré les migrations, on ne pouvait pas venir s’installer n’importe où sans courir le risque d’en découdre avec le premier occupant d’un territoire donné. Dans le cas qui nous concerne, le territoire du Kivu revendiqué par certains immigrants rwandophones (Goma, Walikale, Rutshuru, Masisi, Kalehe et Idjwi) était occupé en premier lieu par les Shi et les Hunde après avoir chassé les pygmées. Ce sont ces deux tribus qui se sont donc approprié les terres conquises. Quant à la conquête ultérieure de ce même territoire par les rois Tutsis du Rwanda (RUGANZU II, NDORI et KIGERI IV, RWABUGIRI), aucun fait historique ne vient accréditer cette thèse, comme le démontre le professeur Assani, qui a produit une analyse interessante sur la question.

Durant la seconde période (celle de l’EIC-1885-1908), la situation change. Pour la première fois, la notion de nationalité congolaise est définie par décret le 27 décembre 1892. L’article premier de ce décret dit clairement que « la nationalité congolaise s’acquiert par la naissance sur le territoire de l’État de parents congolais, par la naturalisation, par la présomption de la loi et par l’option ». Il en découle que la nationalité congolaise d’origine procède du système du jus soli (né au Congo) et de celui du jus sanguinis (de parents congolais). Ce décret aurait-il attribué la nationalité congolaise aux immigrants rwandophones installés au Congo en 1892 ? Pas sûr. L’autorité coloniale belge savait pertinemment bien que les ressortissants rwandophones installés au Kivu étaient des immigrés qui ne jouissaient d’aucun droit politique ni foncier. N’étant donc pas nés sur le sol de l’EIC, ils ne pouvaient pas obtenir la nationalité congolaise au même titre que les autochtones. Durant toute cette période, aucun Rwandophone ne semble s’être prévalu de la nationalité congolaise.

La période coloniale (1908-1960) est celle qui a connu une immigration importante et soutenue des rwandophones au Congo, dans le cadre entre autres de la Mission d’Immigration de Banyarwanda (MIB), dont il a été question dans un texte précédent. Pendant toute cette période, l’autorité belge n’a jamais promulgué une nouvelle loi sur la nationalité congolaise de telle sorte que seules les personnes nées des parents congolais se sont transmis la nationalité congolaise de génération en génération par filiation.

Durant la période prémobutienne (1960-1965), le Congo a été confronté à plusieurs exodes massifs (1959, 1962 et 1963) des populations tutsies rwandaises fuyant leur pays suite à la Révolution sociale hutu de 1959. C’est durant cette période que la première loi sur la nationalité congolaise a été promulguée. Cette loi, édictée en 1964 par la Constitution dite de « Luluabourg », stipulait que : « Est congolais, au terme de l’article 6 de la Constitution, à la date du 30 juin 1960, toute personne dont un des ascendants est ou a été membre d’une des tribus établies sur le territoire de la République démocratique du Congo dans ses limites du 18 octobre 1908 et telles que modifiées par les conventions ultérieures ». À l’instar du décret du 27/12/ 1892, cette loi n’attribue à aucun immigrant rwandophone la nationalité congolaise.

Toutefois un événement significatif se produisit à cette même période suite à l’accession du Rwanda à l’indépendance, en 1962 : la promulgation d’une loi sur la nationalité rwandaise. Cette dernière stipule que « est Rwandais, tout individu né d’un père rwandais ou dont la possession d’État Rwandais est établie ». Fondée sur le droit du sang, cette loi attribua d’office la nationalité rwandaise à tous les immigrants rwandophones installés depuis longtemps au Congo-Zaïre sans demander leur avis. Depuis la promulgation de ladite loi, aucun de ces immigrants n’a protesté ni renoncé à cette nationalité. En définitive, on peut donc dire que c’est à l’indépendance du Rwanda que la nationalité rwandaise des Rwandophones vivant au Congo a été confirmée. De plus, le statut de réfugiés des exilés tutsis installés au Congo (ceux qui se feront plus tard appeler « Banyamulenge ») durant cette période a été confirmé dans une note du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), qui les enjoignait à ne pas s’impliquer dans aucune activité politique que ce soit sur le territoire congolais.

Si jusqu’ici la question de la nationalité congolaise des Rwandophones vivant au Congo n’a posé aucun problème, c’est à partir de la période mobutienne (1965-1997) que va réellement surgir la problématique des tutsis rwandais vivant au Congo. On va assister à des revendications de plus en plus virulentes, non pas de tous les Rwandophones, mais bien d’un groupe de Tutsis arrivés au Congo au début des années 1960, comme susmentionné.

Durant la Deuxième République qui a vu le Congo devenir le Zaïre, trois lois sur la nationalité furent promulguées. S’agissant des populations rwandophones, la première ordonnance-loi (n° 71-020), édictée le 26 mars 1971, stipulait que « les personnes originaires du Ruanda-Urundi établies au Congo à la date du 30 juin 1960 sont réputées avoir la nationalité zaïroise à la date susdite ».

Comme on peut le constater, cette loi fait la différence entre les Congolais d’origine et « les personnes ORIGINAIRES du Ruanda-Urundi » établies au Congo avant l’indépendance. En passant, le Rwanda-Urundi, c’est ce qui est devenu aujourd’hui le Rwanda et le Burundi…

Quelques mois après la promulgation de la loi du 26 mars 1971, une autre loi sur la nationalité est promulguée le 5 janvier 1972, référencée sous le n° 72-002. À son article 47, elle énonce : « L’ordonnance-loi n° 71-020 du 26 mars 1971 est nulle et non avenue. Toutes les dispositions législatives antérieures contraires à la présente loi sont annulées ». Au premier article, alinéa 2, cette loi stipule : « Sont Zaïrois, aux termes de l’article 5 de la Constitution, à la date du 30 juin 1960, toutes les personnes dont un des ascendants est ou a été membre d’une des tribus établies sur le territoire de la République du Zaïre dans ses limites du 15 novembre 1908 et telles que modifiées par les conventions ultérieures.» S’agissant des populations rwandophones, l’article 15 de la loi énonce : « Les personnes originaires du Ruanda-Urundi, qui étaient établies dans la province du Kivu avant le 1er janvier 1950 et qui ont continué à résider depuis lors dans la République du Zaïre jusqu’à l’entrée en vigueur de la présente loi, ont acquis la nationalité zaïroise à la date du 30 juin 1960. »

Deux observations à faire ici : 1) la seconde loi (no 72-002) annule les dispositions de la première (référencée sous le n° 71-020) en réaffirmant le principe de la définition de la nationalité d’origine par appartenance. 2) Toutefois, cette même loi (no 72-002), dans son article 15, octroie la nationalité congolaise aux sujets rwandophones.

Détail important : cette seconde loi, qui octroie la nationalité zaïroise au sujets rwandophones présents au Zaïre, a été instituée par un autre rwandophone évoluant dans les arcanes du pouvoir zaïrois, notamment dans le cabinet du Président Mobutu : le Tutsi Barthelemy Bisengimana. Ce dernier a été l’un des artisans de la stratégie d’infiltration des institutions zaïroises et d’autres pays de la région par les Tutsis exilés arrivés au début des années 1960. Dans les années 1970 déjà, Bisengeimana avait attiré l’attention des services de renseignement zaïrois qui, à la suite d’une longue enquête menée au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie, au Kivu et au Katanga, avaient découvert qu’il était à la tête d’un redoutable réseau d’exilés tutsis aux ambitions obscures et démesurées. C’est à ce réseau que devait appartenir Paul Kagame qui évoluait à l’époque en Ouganda.

À la différence des Tutsis exilés [va-t-en-guerre] qui avaient tenté, en vain, de reconquérir le pouvoir au Rwanda par les armes en 1963 et 1966, Bisengimana, lui, préconisait une stratégie à long terme privilégiant l’accès à l’éducation pour les jeunes tutsis dans les pays d’accueil et l’établissement des liens d’amitié partout où cela s’avérait nécessaire. L’option militaire ne devait être relancée qu’une fois les réfugiés bien organisés et mieux outillés. C’est dans cette optique que les exilés tutsis ont bâti un vaste « réseau » s’étendant sur tous les continents avec des antennes dans les milieux politiques en Occident et dans les pays de la région. La création du FPR en Ouganda par Fred Rwigema et Paul Kagame s’inscrivait dans cette dynamique. Au Zaïre, il y avait Bisengimana et un certain nombre de notables tutsis, dont un certain Gisaro Muhoza. Ce dernier, l’éminence grise des exilés tutsis vivant au Zaïre, est à l’origine du nom « Banyamulenge » en 1976. Profitant de la loi sur la nationalité initiée par son frère Bisengimana, il va postuler et se faire élire, après une élection contestée, comme commissaire du peuple (Député) à Uvira. Fermons la parenthèse et revenons à l’analyse de la loi 72-002. Que constate-t-on ?

Bien que cette loi soit la seule qui attribue la nationalité zaïroise aux immigrants rwandophones, elle présente deux écueils majeurs sur lesquels je ne vais pas m’attarder ici. Ce qu’il importe de savoir, c’est que, contrairement à la pensée répandue, la loi 72-002 n’a jamais été appliquée dans les normes, puisque le recensement permettant d’identifier les sujets visés dans son article 15 n’a jamais eu lieu. C’est donc en toute illégalité que certains Rwandais ont acquis la nationalité zaïroise en se référant à la loi du 5 janvier 1972. Un autre point important: cet article ne concernait pas les «Banyamulenge» qui sont arrivés au début des années 1960, mais bien les Rwandophones arrivés avant le 1er janvier 1950…

Constatant l’anticonstitutionalité de cette loi et ayant pris conscience du danger qu’elle représentait, le législateur congolais promulgua une troisième loi sur la nationalité le 29 juin 1981, portant le n° 81-002. Cette loi abrogea avec effet rétroactif la loi de 1972. Mais c’est l’ordonnance n° 82-061 du 15 mai 1982 complétant cette nouvelle loi qui porta un coup dur aux desseins des « Banyamulenge » vivant au Congo-Zaïre. L’énoncé de cette ordonnance-loi portant certaines mesures d’exécution de la loi sur la nationalité disposait en effet, en son article 20 : « Sont nuls et non avenus les certificats de nationalité zaïroise ou tout autre document d’identité délivré en application de l’article 15 de la loi n° 72-002 du 5 janvier 1972 sur la nationalité zaïroise. » Par conséquent, tous les sujets Rwandophones, qui ont obtenu la nationalité zaïroise en se prévalant de la loi 72-002, ont automatiquement perdu cette nationalité.

À l’époque, les « Banyamulenge », furieux, ont écrit un mémo au secrétaire général de l’OUA. Voici un extrait de leur correspondance : « Grâce à notre influence grandissante dans le pays, certains de nos compatriotes occupent des postes de première importance. C’est ainsi, suite au soutien personnel de Son Excellence le président Mobutu Sese Seko, à cette époque-là, une loi sur la nationalité globale fut promulguée en 1972 et qui nous reconnaissait le droit à la citoyenneté zaïroise. »

On constate ici que les « Banyamulenge » fondent leur revendication de la nationalité zaïroise (congolaise) en se référant à la loi n° 72-002 du 5 janvier 1972 instituée par leur frère. Aucune allusion à une quelconque origine zaïroise…

Aujourd’hui, le problème identitaire au Kivu a été résolu sans équivoque. L’article 10 de la dernière mouture de la Constitution congolaise approuvée par référendum le 19 décembre 2005 stipule : « Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la RDC) à l’indépendance. »

Au regard de tout ce qui précède, on peut affirmer, sans crainte d’être contredit par les petits « historiens de Wikipédia » qui intoxiquent certains Congolais naïfs et/ou intellectuellement paresseux, que les « Banyamulenge » ne sont pas originaires de la RDC; que depuis l’arrivée de tous les immigrants rwandophones au Congo en vagues successives, aucune loi ne leur a attribué globalement et définitivement la nationalité congolaise. C’est donc par les armes (en 1996-97, puis en août 1998), le mensonge et la fourberie que les « Banyamulenge » vont obtenir la nationalité congolaise sans vraiment devenir des vrais congolais, mettant ainsi à mal les autres populations rwandophones qui désirent vivre en paix avec leurs frères de la RDC et qui ont le droit d’obtenir la nationalité congolaise au même titre que tout étranger désirant faire du Congo sa seconde patrie. J’y reviendrai dans la troisième partie…

Patrick MBEKO

“Les Justes du Rwanda “, un documentaire stigmatisant ?

« Les Justes du Rwanda », un documentaire stigmatisant ?

« Les Justes du Rwanda », un documentaire stigmatisant ?
En tentant de raconter l’héroïsme de quelques Hutu, un documentaire français fini par diaboliser « l’immense majorité ».

Ce mardi 14 janvier 2020 à Liège avait lieu une projection du documentaire « Les Justes du Rwanda », un film imaginé, écrit, réalisé et produit par Luc Lagun-Bouchet fin 2018[1].

Le documentaire, d’une cinquantaine de minutes, immortalise l’histoire de trois Hutu qui ont caché des Tutsi pendant le génocide, les sauvant ainsi d’une mort certaine.

Le film est très bien fait. Il est sobre, fluide et captivant du début à la fin. Ce sont les « sauvés » et les « sauveurs » qui racontent, avec humilité, lucidité et pudeur.

« Les Justes »

Il y a trois histoires de « Justes », tous des Hutu. Celles de Damas à Kigali[2], de Joséphine à Kibuye[3] et de Frodouard[4] à Gitarama. Tour à tour, ils nous racontent ce qu’ils ont fait et comment ils l’ont fait. Quant au « pourquoi ils l’ont fait », ils ne disent pas grand-chose. Ils restent humbles et font seulement comprendre que c’était probablement dans leur nature.

Les « sauvés »

Ensuite, ce sont les « sauvés » qui racontent.

Pie qui a survécu grâce à Damas, caché pendant 100 jours dans une toilette. Thomas et Pierre qui ont été recueillis par Joséphine dans sa propre maison et enfin, Antoinette qui doit la vie à Frodouard, tout simplement cachée dans un trou creusé par son sauveur au milieu des champs.

Plus qu’un film, ce sont trois magnifiques témoignages qui apportent un peu de vie et d’espoir à ce printemps maudit de 1994.

Il y a malheureusement deux bémols à ce documentaire, deux éléments que nous avons trouvés fortement dérangeants.

La stigmatisation

D’abord, il y a cette inexplicable détermination du réalisateur à vouloir diaboliser les Hutu dans leur ensemble. Depuis la fiche de présentation, jusqu’au débat qui a suivi la projection, le réalisateur persiste et signe : il s’agit bien de « l’immense majorité des Hutu qui a participé aux tueries » !

Pourtant, sur les 6.000.000 de Hutu vivant au Rwanda en 1994, comment aurait-il été possible que « l’immense majorité » puisse participer aux massacres ? Il s’agirait de plus de 5.000.000 d’individus, si l’on prend un taux entre 80 et 90% pour quantifier l’expression « immense majorité ».

Malgré ce rapide calcul, le réalisateur n’en démord pas et continue de soutenir que cette proportion de tueurs est correcte, soit en moyenne 5 assassins pour 1 victime…

Plus grave encore, c’est de suggérer que « toute une ethnie » composée de millions de personnes, à l’exception que quelques-uns, serait coupable collectivement, alors que dans les faits, le nombre de 200.000 à 300.000 tueurs, déjà très effrayant, semble être le plus sérieux[5]. C’est à peine 7% de la population totale des Hutu, bien loin de l’ordre de grandeur que représente l’expression « immense majorité ».

La propagande

Ensuite, le deuxième point qui dérange, ce sont les quelques contre-vérités historiques disséminées un peu partout dans le documentaire.

Il y a par exemple cette traduction trompeuse du mot « Inkotanyi » par « Tutsi » au tout début.

Le film s’ouvre sur un extrait sonore de la RTLM, dans lequel l’animateur de cette tristement célèbre radio, chante « les INKOTANYI ont été exterminés » en kinyarwanda, mais le film traduit ces mots par « les TUTSI ont été exterminés ».

Pourtant, toute personne qui s’intéresse à l’histoire du Rwanda sait que le mot « Inkotanyi » est le nom de guerre que s’étaient donné les rebelles du Front Patriotique Rwandais (FPR) dès les débuts de leur attaque en octobre 1990. D’ailleurs, encore aujourd’hui, le nom complet du FPR est officiellement « FPR-Inkotanyi », sans aucune référence explicite aux Tutsi.

Plus loin, vers le milieu du documentaire, il y a toute une explication selon laquelle ce sont les colons belges qui auraient « inventé » les ethnies au Rwanda afin de mieux asseoir leur pouvoir. Un point de vue discutable, puisque les ethnies faisaient déjà partie du paysage socio-politique rwandais depuis des siècles.

Enfin, l’élément le plus surprenant fut la présence d’une subtile propagande tout au long du film en faveur du Front Patriotique Rwandais (FPR), le parti au pouvoir depuis 25 ans. Le FPR y est décrit comme un mouvement politique salutaire pour tous les Rwandais et auquel rien ne peut être reproché, alors que ses crimes commis avant, pendant et après le génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994 sont suffisamment documentés par quasiment tous les organismes de défense des droits de l’Homme (Human Rights Watch, Amnesty International, UN OHCR, etc…).

Des héros malgré tout

Sans cette touche politique qui donne un caractère courtisan, pour ne pas dire partisan au film, ce documentaire aurait pu se distinguer des autres, pour avoir choisi de raconter une histoire bien éloignée du monde politique. Mis à part ces deux bémols, le documentaire est à voir.

Nous vous le recommandons et entre temps, nous espérons que le réalisateur reviendra à la raison vis-à-vis de son acharnement envers « l’immense majorité » des Hutu.

Ce qui compte, c’est que les histoires de Damas, Joséphine et Frodouard soient connues car à notre avis, ce sont plus que des « justes », ce sont des héros.

Gustave Mbonyumutwa

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[1] http://www.citemiroir.be/fr/activite/les-justes-du-rwanda

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/09/l-orphelinat-de-nyamirambo-symbole-des-justes-du-rwanda_5447686_3212.html

[3] https://proof.org/stories-of-courage/2013/3/18/dusabimana

[4] http://www.cpch.eu/Temoignage-J086.html

[5] https://www.nybooks.com/articles/2018/06/28/rwanda-deathly-hush/

Les “Banyamulenge “. Qui sont-ils réellement ?

La question des « Banyamulenge » a toujours suscité des débats passionnés en RDC. Il faut que les Congolais et la Communauté internationale comprennent une chose : ceux qu’on appelle « Banyamulenge » sont des Tutsis rwandais arrivés au Congo suite à la Révolution sociale hutue qui a conduit à la chute de la monarchie tutsie au Rwanda, en 1959. Ces exilés tutsis, qui ont été installés par le HCR sur le site de Mulenge dont ils emprunteront le nom plus tard, n’ont rien à voir avec les Rwandophones arrivés au Congo dans les années 1930 dans le cadre de la Mission d’Immigration de Banyarwanda (MIB), mouvement de transplantation des Rwandophones vers le Congo impulsé par les autorités coloniales belges qui avaient besoin d’une main d’oeuvre dans les plantations européennes et les mines du Katanga. Cette distinction est très importante. Pourquoi ?

Parce que les Rwandophones arrivés dans le cadre de la MIB et ceux arrivés au début des années 1960 (donc les « Banyamulenge ») n’avaient pas les mêmes objectifs. Les premiers n’avaient pas d’ambitions politiques et n’ont pas eu du mal à s’intégrer dans la communauté congolaise, alors que les seconds ont toujours caressé le rêve de reconquérir le pouvoir perdu au Rwanda. Dans cette optique, le Congo, comme les autres pays de la région où ils ont obtenu l’asile, devait servir de base arrière à leur projet de reconquête.

C’est en connaissance de cause que le HCR leur demanda de ne pas se mêler de politique au Congo : « Vous avez obtenu asile au Congo à condition que vous ne vous occupiez en aucune façon de politique. Si quelqu’un vient solliciter votre appui, vous devez répondre qu’en tant qu’étrangers, réfugiés et hôtes de la République du Congo, vous ne pouvez pas, vous ne devez pas prendre part à quelque mouvement politique que ce soit. Restez calmes. Travaillez, comme vous l’avez fait jusqu’à présent en suivant les conseils de votre agronome. Que chacun reste à son poste, mais surtout restez en dehors de toute politique. »

Cette note laisse penser que les autorités du HCR étaient bien conscientes des velléités tutsies à cette époque. Dès octobre 1990, de nombreux « Banyamulenge » basés au Zaïre ont envoyé leurs enfants soutenir l’Armée patriotique rwandaise (APR) qui venait d’attaquer le Rwanda. Les plus riches d’entre eux ont financé l’aventure militaire de la rébellion tutsie. En juillet 1994, lorsque le FPR de Kagame s’est emparé du pouvoir à Kigali, de nombreux « Banyamulenge » travaillant dans les institutions zaïroises ont traversé la frontière pour rejoindre les nouveaux dirigeants du Rwanda, à la grande surprise des Zaïrois qui les considéraient comme leurs compatriotes. Parmi les « Banyamulenge » qui se sont retrouvés du jour au lendemain au service du FPR, il y a par exemple Nyumbahire de la Banque du Rwanda, qui a été le secrétaire général de la société AFRIMA et le délégué général-adjoint de l’Union zaïroise des banques; il y a aussi Rwigamba, le directeur de la Banque de la CEPGL (communauté économique des pays des Grands Lacs), qui a occupé au Zaïre la fonction de directeur général de la Société Financière de Développement (SOFIDE). Pour ne citer que ces deux là…

Mais les « Banyamulenge » ne se contenteront plus seulement du pouvoir qu’ils ont réussi à reconquérir au Rwanda. Avec leurs frères du FPR, ils viseront désormais plus grand, établir dans la région des Grands Lacs une sorte de « Tutsiland », lequel engloberait le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et… une partie du Kivu. À ce propos, voici ce que dit l’ancien assistant spécial du représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Rwanda en 1994, Gilbert Ngijol : « L’occupation des villes et localités des provinces zaïroises du Haut-Zaïre, du sud Kivu et de tout le Zaïre par les “Banyamulenge” n’était pas le fait d’un hasard. C’était le résultat d’une action concertée, suite logique d’un processus visant dans un premier temps à étendre l’espace vital de l’Ouganda et surtout du Rwanda et du Burundi, dans la perspective peut-être, d’une éventuelle création de cet État tutsi de la région de volcans… » Et de souligner : « La succession des événements dans les pays de la région des Grands Lacs montre aujourd’hui que ce projet auparavant utopique et invraisemblable, pourrait devenir une réalité car au fait, sa réalisation avait effectivement commencé avec la prise du pouvoir en Ouganda par un Hima en la personne du président Museveni. Elle continua au Rwanda avec la prise du pouvoir par le FPR, le parti politique armé tutsi. Quant au Burundi, son armée, instrument privilégié du pouvoir, a toujours été dominée par la minorité tutsie depuis la décolonisation. »

Pour la petite histoire, Paul Kagame lui-même n’a jamais fait mystère de ses intentions. Au moment où il amorce la phase finale de la conquête du pouvoir en 1994, il confie au commandant de la mission de l’ONU au Rwanda, le général Dallaire que « le FPR allait imposer une hégémonie tutsie sur la région des Grands Lacs. »

Dieu merci, les pays impliqués dans ce projet macabre sont aujourd’hui à couteaux tirés. Mais les Congolais devraient redoubler de vigilance car les « Banyamulenge », eux, n’ont pas encore dit leur dernier mot. Pour faire triompher leur cause, ils ont fait appel à Me Bernard Maingain, l’avocat belge du gouvernement rwandais. C’est dire…

Pour le reste, vous remarquez par ailleurs que les «Banyamulenge» sont les seuls, parmi toutes les populations rwandophones présentes sur le sol congolais, à avoir pris les armes contre le Congo et à exiger une partie du territoire national, tout en se faisant passer pour des autochtones…

J’y reviendrai…

Patrick MBEKO

La Balkanisation de la République Démocratique du Congo: Kagame, chef de projet.

L’idée de la balkanisation de la RDC n’est pas neuve. Elle est en gestation depuis des années dans les officines des superpuissances qui planchent sur le meilleur moyen d’avoir accès aux ressources naturelles de la RDC.

Elle revient à la Une de l’actualité suite aux événements récents à Beni où la présence des Casques Bleus de l’Onu a été mise en question par des manifestations appelant leur départ vu leur inaction face à la montée de l’insécurité dans cette région.

Le 30 décembre 2019, en séjour dans la ville de Butembo, le cardinal de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, a déclaré à la presse que la menace de balkanisation de la République Démocratique du Congo était bien réelle.

Le 4 janvier 2020, les FARDC ont emboîté le pas au prélat. Dans un communiqué signé par le porte-parole de l’armée, le général major Léon-Richard Kasonga, elles  ont appelé la population à la vigilance pour faire échec au projet de balkanisation de la partie Est du territoire national.

La balkanisation du Congo, un projet pluriannuel 

Les observateurs ont encore en mémoire que  le général rwandais James Kabarebe fut chef d’Etat-major de l’armée congolaise en 1997. Il a fallu à Laurent Kabila un sursaut de nationalisme pour se débarrasser de ce conquérant des temps modernes. En 1998, Kabarebe lance une attaque et occupe la localité de Kitona, au Bas-Congo, l’objectif étant de mettre Kinshasa à genoux en détruisant le barrage d’Inga et ainsi plonger la capitale congolaise dans le noir. Il fut stoppé par les armées zimbabwéennes et angolaises venues à la rescousse de Laurent Kabila.

Le Rwanda et ses parrains concepteurs du projet ont rectifié le tir. La formule est connue : saucissonner la difficulté en morcelant l’immense territoire congolais. Les efforts furent  concentrés sur l’Est de la RDC. Depuis lors, les officiers rwandais occupent cette région sans discontinuer jusqu’aujourd’hui : le nord Kivu et sa capitale Goma furent mis à feu et à sang par Laurent Nkunda du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) entre 2003 et 2009 au Sud-Kivu, Jules Mutebutsi occupa Bukavu en 2004 ; Bosco Ntaganda fit la loi en Ituri et étendit son influence au Nord-Kivu entre 2002 et 2013 ; Sultan Makenga  fonda le M23 (2012-2013) et remplaça Laurent Nkunda exfiltré au Rwanda. La présence de militaires rwandais à l’Est de la RDC a été une constante depuis bientôt deux décennies. Actuellement, selon plusieurs sources, l’armée rwandaises a déversé des bataillons entiers à l’Est de la RDC sous le commandement des généraux Eugène Nkubito et Vincent Gatama. Le succès qu’ils ont engrangés dans le massacre de réfugiés hutu tout au long du mois de novembre 2019  dans la région de Kalehe montre que cette armée opère sur un territoire déjà conquis. C’est tellement flagrant que des soldats rwandais au sol ont été appuyés par des hélicoptères de combat.

« Balkanisation de la RDC » : un projet « Made in USA »

Dans la foulée des deux guerres du Congo (1996-1998), un pan de ce plan d’ invasion a été  dévoilé par des éminences grises américaines.

Dans un rapport célèbre publié le 05/6/1996 par Steven Metz, professeur à l’U.S Army War College et intitulé « Reform, conflict and security in Zaire », il y transparaît que la partition de la RD-Congo est, à la longue, inévitable. Pour ce chercheur, « au cas où une telle ‘‘désintégration’’ du pays se produirait, les Etats-Unis n’auraient pratiquement pas d’autre choix que d’accepter tous les Etats nouveaux qui émergeraient du Zaïre. Ils pourraient offrir du soutien diplomatique pour réduire au minimum la violence qui accompagnerait cette désintégration nationale et ils devraient ouvrir des canaux de communication avec les nouveaux Etats ». Pour Steven Metz, au lieu d’assister à la faillite de l’Etat central embourbé dans l’impasse et la corruption, incapable de se réformer, autant soutenir une province séparatiste clairement attaché à la démocratie.

 

Le 8 juin 1999, Marina Ottaway, co-directrice du projet « Démocratie et Etat de Droit », fit un témoignage devant la sous-commission de l’Afrique du Sénat américain, dans lequel elle évoque, elle aussi,  la partition éventuelle de certains Etats africains, dont le Congo  : « Aussi longtemps que le vide du pouvoir continue au Congo, d’autres pays vont continuer à intervenir directement pour soutenir des insurrections armées et sauvegarder leurs propres intérêts. […] Toute solution imposée par des non Africains exigera une présence étrangère massive pour être appliquée. Les intentions peuvent être louables, mais des interventions pour une partition du territoire africain et pour la création de nouvelles entités politiques et institutions, placeraient les Etats-Unis et d’autres puissances étrangères dans un rôle colonial. Ce qui n’est pas une décision à prendre à la légère. L’alternative, que je crois être plus appropriée pour le moment, est de laisser les pays africains trouver leurs propres solutions. Inévitablement, cela comprendra une continuation des combats internes et entre Etats et probablement la division de certains pays avant d’arriver à une nouvelle stabilité. Ce n’est pas une perspective réjouissante, mais il n’y a pas d’alternatives réalistes ».

Le 18 mars 2009, deux sommités, Jeffrey Herbst et Greg Mills, ont publié, dans le magazine « Foreign Policy » sous la rubrique de « Failed States » (des Etats en faillite), un article au titre bien évocateur : «There is No Congo » (le Congo n’existe pas) . Après une bonne démonstration, ils en arrivent à la conclusion que « le concept même d’un État congolais a perdu son utilité ».

Le 11 février 2013, dans une intervention devant le Brookings Institute de Washington, le Sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, Johnnie Carson, s’est lâché et a clairement indiqué que la solution pour ramener la paix en RDC devra emprunter les schémas de l’ex-Yougoslavie ou du Soudan, voulant dire par là que la balkanisation de ce pays était un passage obligé.

Johnnie Carson/photo RFI

L’Ambassadeur Johnnie Carson sait de quoi il parle. En effet il fut, de 1991 à 1994, ambassadeur des Etats-Unis à Kampala et à ce titre, il a accompagné la consolidation du pouvoir de Yoweri Museveni en Ouganda, l’invasion du Rwanda par les éléments tutsi de l’armée ougandaise et finalement la conquête totale du Rwanda par ceux-ci en 1994. Il a non seulement couvert cette violation flagrante de la paix internationale par un état membre de l’ONU mais a appelé également son gouvernement à soutenir cette conquête. Il n’a pas quitté la région puisque de 1999 à 2003, il était ambassadeur au Kenya, d’où il pilotait les invasions successives de la RDC et la poursuite de la partition du Soudan. L’on se souviendra que Yoweri Museveni avait, dans son cahier de charge en conquérant l’Ouganda, l’obligation de tout faire pour détacher le Sud-Soudan du reste du pays. Il s’y est employé de toutes ses forces sous la supervision des USA en soutenant John Garang qui hélas !  mourra avant la réalisation de ce « rêve américain ». Ce sera chose faite en 2011. Les troupes rwandaises y sont déployées en force. Et pour cause !

Museveni ayant accompli sa tâche, il incombe désormais à Kagame d’accomplir la sienne, à savoir favoriser la sécession des provinces du Kivu de la RDC. C’est ce qui est en train de se réaliser mais que l’ambassadeur Johnnie Carson tenait à rappeler devant le Brookings Insitute, avant de quitter ses fonctions.

The Brookings Institution : la boîte à idées des démocrates

C’est devant The Brookings Institution que Johnnie Carson est allé présenter son plan de sortie de crise en RDC. Hasard ou coïncidence ? La très célèbre think tank (boite à idées) américaine est le creuset de toutes les théories montées dans les milieux universitaires et politiques des Etats-Unis, pour soutenir ou laisser tomber un pays dans le monde. Le clan Clinton y a fait ses premiers pas.

Illustration. C’est au sein de The Brookings Institution qu’il a été conçu l’idée selon laquelle la gouvernance et le respect des droits humains sont absents dans plusieurs pays africains qui se distinguent par leur étendue géographique et la densité démographique de leurs populations. Pour cette institution proche du parti démocrate, plus un pays est grand, plus il est difficile à gouverner. D’où, la conviction que seuls les petits Etats en Afrique peuvent être bien gouvernés.

Prenant le cas de la RDC, The Brookings Institution soutient que l’immensité de son territoire serait à la base des problèmes de gouvernance et autres conflits politiques qui secouent le pays. La solution, selon cette boite à idées, consisterait à le morceler en de petits Etats faciles à gouverner.

Paul Kagame, chef de projet « Balkanisatisation du Congo »

Qu’on le veuille ou non, Paul Kagame est en train d’être utilisé pour favoriser l’éclatement du Congo car selon les « cerveaux de Washington », la géante RDC tel qu’elle se présente actuellement, est ingouvernable et surtout pas par des « africains ordinaires ». Tout comme les USA ont réussi à morceler le Soudan par Yoweri Museveni interposé, ils comptent faire de même en utilisant Paul Kagamé du Rwanda.

Les Congolais devraient déjà penser à comment gérer cet après-éclatement au lieu de se perdre dans des conjectures stériles car on l’a constaté, les desseins de « l’Uncle Sam » se réalisent même à long terme.

Politiquement, Paul Kagame a encore de beaux jours au pouvoir car en tant que chef de projet « Balkanisation de la RDC », les pays anglo-saxons continueront de le soutenir pour qu’il reste place. C’est dans ce cadre que les grandes puissances ont fermé les yeux quand il a changé la constitution de telle sorte qu’il reste au pouvoir jusqu’en 2034, pour se donner suffisamment de temps pour mener à terme ce projet.

Gaspard Musabyimana

Source: www.echosdafrique.com

Le projet de Balkanisation de la République Démocratique du Congo n’est pas une vue de l’esprit.

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Le projet de balkanisation de la RDC n’est pas une vue de l’esprit
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Ces derniers temps, plusieurs personnalités congolaises sont montées au créneau pour attirer l’attention sur le risque de balkanisation de la RD Congo, relançant le débat sur cette thèse. Les Rwandais, par la voix du secrétaire d’État Olivier Nduhungirehe, parlent de « théorie du complot ». Mêmement du côté de CACH et de ses sympathisants devenus foncièrement allergiques à toute critique adressée à leur nouvel allié, Paul Kagame.

Mais qu’en est-il dans les faits ? La balkanisation de la RDC est-elle une vue de l’esprit, ou un projet réel qui menace l’intégrité territoriale du Congo et que tout Congolais digne de ce nom devrait prendre au sérieux ?

Contrairement aux déclarations de M. Nduhungirehe et de certains « Congolais de service », la thèse de la balkanisation de la RDC est loin d’être une vue de l’esprit.
En effet, les premières tentatives de démembrement du Congo remontent en 1960, au lendemain de l’accession du pays à la souveraineté internationale. À l’époque, la Belgique avait provoqué la sécession du Katanga pour maintenir les joyaux de sa couronne coloniale dans cette partie du pays. Il y a eu ensuite une guerre civile, et il a fallu attendre l’arrivée au pouvoir de Mobutu en 1965 pour que la situation soit stabilisée. Pendant 32 ans de Mobutisme, le Congo-Zaïre va connaître une certaine paix jusqu’à l’avènement de l’AFDL pilotée par les États-Unis via ses satellites rwando-ougandais, en 1996. C’est à partir de ce moment que certains esprits ont commencé à plancher sur le démembrement du Congo.

En juin 1996 déjà, donc peu avant la première guerre, Stephen Metz, professeur à l’US Army War College, avait remis au Pentagone un document de travail consacré au possible démantèlement de la RD Congo. Selon lui, vu l’état de déliquescence dans lequel se trouvait le Zaïre de Mobutu à l’époque, les États-Unis devaient accompagner la désintégration du pays, tout en ouvrant « des canaux de communication avec les nouveaux États » qui en émaneraient. Quatre mois plus tard, en octobre 1996, Walter Kansteiner, fils d’un vendeur de coltan de Chicago et ancien membre de la Task Force du Département de la Défense pour les minerais stratégiques, abondait dans le même sens.

En mai 1998, alors que les troupes rwando-ougandaises s’apprêtaient à reprendre pied au Congo pour chasser Laurent-Désiré Kabila qu’ils venaient de placer au pouvoir avec la bénédiction des États-Unis, l’ancien officier américain Ed. Marek préconisait pour sa part : « Ignorer Kabila et aller dans la direction du démembrement du Congo. » Ainsi disait-il: « Les Kivu pourraient être annexés par l’Ouganda et le Rwanda. L’ancien gouverneur du Katanga pourrait retourner à Lubumbashi pour déclarer la sécession de cette province. Le Kasaï suivrait cet exemple. L’Angola pourrait facilement entrer dans le Sud du Congo sous prétexte de poursuivre les troupes de l’UNITA. Ainsi Kabila resterait seulement avec Kinshasa et le Nord-Ouest. » En clair, le Kivu, d’où arrivent tous les dangers, ne constitue qu’une première étape dans le plan de démembrement total de la RDC.

En 1997, à Bonn (en Allemagne), des politiciens et membres d’ONG allemands ont proposé à des membres de la société civile du Kivu de convaincre la population kivutienne de délaisser Kinshasa pour se rapprocher du Rwanda. Voici ce qui a été dit au professeur Emmanuel Nashi (selon ce qu’il m’a dit lui-même), qui était à la tête de l’association SIMA-Kivu, à cette réunion : « Étant donné que Kinshasa est très éloigné des préoccupations du Kivu, vous avez intérêt à vous tourner vers l’est de l’Afrique. En votre qualité de leaders de la société civile kivutienne, vous pouvez convaincre votre population de son intérêt d’une alliance avec le Rwanda. Par ailleurs, l’Allemagne et l’Union Européenne disposent d’un projet de plan Marshall pour le développement du Kivu à condition que vous acceptiez de vous détacher du Congo et de vous rattacher au Rwanda.»

Ironie de l’histoire, la Belgique proposera des années plus tard, en marge de l’Assemble générale de l’ONU qui s’est tenue le 23 février 2013, une sorte de « Plan Marshall » destiné… à la partie Est de la RDC. Entendez le Kivu. Les sorciers ne dorment jamais, diront certains.

Toujours en 2013, le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, Johnnie Carson, a proposé devant la Brookings Institution qu’on applique à la crise congolaise le schéma de sortie de crise appliqué à l’ex-Yougoslavie et au Soudan. Les conséquences de ce « plan de sortie de crise» sont connues : la balkanisation de ces deux pays.

Bref. La thèse de la balkanisation du Congo n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité connue de tous ceux qui suivent la situation de ce pays de très près et qui font l’effort de se documenter. Que le Rwanda et certains « Congolais de service » la rejettent pour des raisons que l’on sait, on peut comprendre. Mais que des Congolais soient surpris d’en entendre parler ne peut qu’étonner. Ce qui est encore plus grave, c’est la légèreté avec laquelle ce sujet est traité. Et pourtant la documentation existe. Nous avons abordé la question à plusieurs reprises dans nos ouvrages. Le problème est que la plupart des Congolais ne lisent pas. Y compris la plupart de nos journalistes et de nos prétendus intellectuels qui ne sont que des diplômés. En écoutant les uns et les autres, on est frappé de constater que les gens abordent des questions qu’ils ne comprennent ni ne maîtrisent. Un exemple : Dans l’une de ses émissions, le journaliste Fabien Ambingson Kusuanika affirme que les Occidentaux ont toujours empêché le démembrement de la RDC parce qu’ils ont besoin de traiter avec un seul régime ou autorité. Une telle affirmation est une terrible énormité qui ne résiste pas à l’analyse serrée des faits et des stratégies…

Pour le reste, il faut comprendre que le projet de démembrement du Congo est bien réel. Si des voix aux États-Unis et ailleurs en Occident ont préconisé cela à un moment donné, le Rwanda, qui a greffé son projet à celui de ses parrains occidentaux dans la région, en a fait la priorité de ses priorités…

De retour parmi vous
Bonne année 2020…

Patrick MBEKO.

Le conflit Hema – Lendu . Les dessous des affrontements ethniques à la rwandaise.

LE CONFLIT HEMA-LENDU. LES DESSOUS DES AFFRONTEMENTS ETHNIQUES À LA RWANDAISE
Les Hema et les Lendu sont deux ethnies qui se partagent le territoire de l’Ituri en République Démocratique du Congo (RDC). L’Ituri s’étend sur une superficie de 65.658 km2 et fait frontière avec l’Ouganda et le Sud Soudan. Sa capitale est Bunia.

Le conflit entre les deux ethnies est séculaire mais il a connu son apogée à partir de 1999.

Aujourd’hui, les hostilités se prolongent. Ainsi, pour le 2è semestre 2019, on peut noter : 161 corps sans vie dans la région d’Ituri (Radio Okapi du 16/06/2019 ); 300.000 personnes ont fui les violences en Ituri depuis début juin (AFP du 18/06/2019 ; en Ituri, 28 civils tués en deux jours (Le Figaro du 19/9/2019),… Aucun doute qu’en ce début 2020, les deux groupes ethniques ont commencé l’année en se regardant en chiens de faïence.

Conflit identitaire

Il existe une abondante littérature sur les causes du conflit Hema-Lendu mais un livre fait la différence. C’est celui de Nicaise Kibel’bel Oka, journaliste congolais d’investigation et natif de Beni. Il ne s’est pas contenté de théories déjà arrêtées pendant des années. Il les a confrontées à la réalité du terrain qu’il a sillonné à de nombreuses occasions pour comprendre les dessous de cette violence.

Les Hema sont connus sous diverses appellations, selon leur localisation :  Bahema, Bahima, Bahuma, Hima, Urohima, Vahima, …. Ils sont à cheval sur la RDC et l’Ouganda. Selon Edmond Thiry des Pères Blancs d’Afrique « le nom des Hema, dans l’Ituri est une variante de Hima qui désigne un ensemble très vaste mais très ramifié dans les diverses régions interlacustres, comprenant surtout, autrefois, des pasteurs de bovins ».

Selon la littérature anthropologique les Hema sont d’origine nilo-hamite et sont des éleveurs, en quête de terre pour le pâturage. Quant aux Lendu, ils sont d’origine soudanaise. Walendu signifie « homme du village ». Les Hema sont considérés comme des seigneurs tandis que les Lendu sont considérés comme inférieurs. De là à établir une comparaison entre les Tutsi et les Hutu du Rwanda il n’y a qu’un pas. A ce sujet, le professeur belge David Van Reybrouck, auteur de “Congo, une histoire”, écrit :  le conflit communautaire de 2003 “ressemblait à une version miniature du génocide de 1994 (au Rwanda). Les Hema, avec leurs vaches, se sentaient proches des Tutsi: une minorité ethnique qui formait la couche supérieure de la société. Les Lendu étaient des cultivateurs qui se comparaient eux-mêmes aux Hutu: nombreux, mais en bas de l‘échelle”.

Il est cependant important de signaler que contrairement au Rwanda, Hema et Lendu sont des véritables ethnies : chaque groupe a son territoire, sa langue, ses coutumes, …

Conflits fonciers, origine des violences

L’hospitalité des Lendu et la cohabitation pacifique entre les deux peuples ont produit un sous-groupe hybride appelé « Gegere » ou Hema du nord. Ces derniers pouvaient alors se prévaloir des Hema comme des Lendu. Des Lendu, ils héritent de leur langue, le kilendu. Entreprenants, les Gegere se révéleront à la fois agriculteurs et éleveurs.

Dans les années 60, les tensions interethniques Lendu-Hema sont provoquées par l’expansionnisme d’un chef  Gegere qui tente d’annexer certaines localités lendu. Il va s’investir dans une modification unilatérale des cartes administratives des collectivités afin de concrétiser son projet d’annexion. Devant le refus catégorique de la population lendu, il recourra aux forces de police et à l’armée pour violenter les Lendu.

Au fil des ans, l’attitude de certains intellectuels hema a participé largement à nuire aux relations entre les deux peuples et a contribué à enflammer l’Ituri en préservant à tout prix les acquis frauduleux d’un complexe de supériorité injustifié sur les Lendu. Ainsi dans sa thèse de doctorat en histoire, le professeur Lobho-Lwa-Djugu Djugu a traité les Lendu de « peuple d’une insuffisance congénitale, incapable d’intelligence, du sens politique … raisons de leur assujettissement aux Hema » (cité par Kibel bel Oka, p.29).

La contestation des limites des terres entre le secteur Bahema et  Walendu constitua un des éléments essentiels du conflit foncier. Il fut alimenté par  un autre élément, et non des moindres : la promulgation, en 1971, d’une loi faisant de la terre la propriété exclusive de l’Etat qui la concède à volonté à des individus.

En 1977, le ministre de l’Agriculture DZ’BO Kalagi, un Hema, assure la distribution des concessions abandonnées, à ses frères se considérant désormais comme les nouveaux colons. Il s’en suivra l’acquisition frauduleuses des certificats d’enregistrement des terres au détriment des agriculteurs Lendu. Tout cela fut facilité par le chaos engendré, à partir de 1982, par la guerre menée par Yoweri Museveni qui, dans ses recrutements, joua sur la corde ethnique de part et d’autre de la frontière. La guerre terminée, les jeunes Hema avaient acquis l’art militaire et des armes de guerre proliféraient dans la région. Quant vint l’offensive de l’AFDL, ils répondirent en masse aux appels d’enrôlements militaires.

Durant cette période trouble, les procédures d’acquisition frauduleuse des certificats d’enregistrement sur les terres rurales s’accélèrent pour tirer avantage d’une clause de la loi ci-haut citée qui fixait leur d’inattaquabilité après un délai de deux ans. Cette loi foncière favorisa une soustraction frauduleuse des terres aux paysans Lendu qui, après deux ans, ne pouvaient plus rien réclamer juridiquement.

En 1998, les nouveaux propriétaires fonciers commencèrent les opérations de déguerpissement des populations rurales dont les terrains avaient souvent été acquis à leur insu. Ils firent appel au Parquet et/ou aux postes de police pour entrer en possession de ces terres malhonnêtement acquises.

Durant la guerre de l’AFDL, l’Ouganda occupa la province de l’Ituri. Son représentant militaire, le général Kazini, créa, par décret, la province d’Ituri. Il nomma Adèle Lotsove Mugisa gouverneure de la province. Proche du RCD/Goma et donc des Hema, Lotsove Mugisa accéda à la demande des concessionnaires Hema de chasser les Lendu et de récupérer leurs terres. Ces derniers résistèrent. Mais avec une dame qui leur vouait une haine féroce, la conquête de terres lendu s’accentua.

Les populations lendu voient venir des concessionnaires Hema revendiquant des terrains frauduleusement acquis à travers des certificats d’enregistrement entachés de vices de procédure qu’ils portent et qu’ils brandissent. Ces colons d’un autre âge bénéficient du soutien des éléments de l’armée ougandaise présente dans la région. D’autre part, le Parquet de Bunia se montra très partial et complaisant en privilégiant la voie de la corruption. Il monnaya tout et prit faits et causes pour les concessionnaires Hema contre les Lendu qui sont matraqués sans merci. Le 28 mai 1999, la situation explosa. Les paysans lendu repoussèrent brutalement les éléments de la police nationale envoyés pour arrêter quelques notables. S’en suivirent coups et blessures et l’incendie des maisons. Les concessionnaires Hema firent appel aux éléments de l’armée ougandaise. Ces derniers arrêtèrent, torturèrent les notables et incendièrent les cases des paysans lendu. La guerre éclata avec d’un côté les Lendu et de l’autre, les Hema et l’UPDF (armée ougandaise). Celle-ci resta la seule force d’occupation à Bunia, après avoir désarmé tous les militaires congolais.

Les sujets Hema, plus nantis et bénéficiant des services des militaires ougandais, provoquèrent régulièrement les Lendu. Le Parquet de Grande Instance va prendre faits et causes pour les hommes d’affaires Hema et va procéder à la vague d’arrestations des Lendu qui furent jetés dans la prison de Bunia.

Dans cette partialité, les Lendu furent ostracisés. Les Hema se sentirent de plus en plus protégés par les militaires ougandais et la milice privée qui se constitua autour des concessions des hommes fortunés Hema. A cause de la violence et de l’insécurité, des milliers de gens, toutes ethnies confondues, fuirent leurs habitations. Dans les moments d’accalmie, les Hema vont regagner seuls les villages et se mirent à empêcher tout prix le retour des Lendu. Ces derniers décidèrent finalement de se retrancher dans la forêt pour s’organiser et préparer la revanche. Les Lendu enseignèrent à leurs descendances que leur ethnie est marquée par son attachement à la terre. Et lorsqu’il faut défendre ce plus grand bien que Dieu leur a laissé à travers les ancêtres, les Lendu n’hésitent pas un seul instant à sacrifier leur vie. D’où cette détermination à braver la mort en ne reculant pas un seul instant devant la puissance de feu de l’armée ougandaise.

Refusant de perdre leurs privilèges, les Hema ont réuni toutes les pièces productrices de tueurs et les Lendu, pour se défendre et se faire justice, répliquent dans des contre offensives suicidaires. Car, le héros n’a pas peur. D’après le témoignage du journaliste Kibel’bel Oka, « lorsqu’on parle avec les Lendu, on le sent, ils ont tendance à se reconnaître dans cette appartenance la plus attaquée, la plus meurtrie. Pendant longtemps, ils l’ont vécue dans leur être, l’ont dissimulée la renvoyant au tréfonds d’eux-mêmes attendant le temps de la revanche. Et cette revanche passe par les affrontements qui sont une expression de se mesurer à l’adversaire pour prouver que l’esclave aussi a des droits et peut les revendiquer par les moyens qu’il se choisit, mieux, que le maître lui offre en l’occurrence les armes ».

Dans ce conflit, le clergé, en majorité Hema, prit la défense de leur ethnie. Mgr Banga Bane dans une note du 10 juillet 2003 qualifia les Lendu de bandes « généralement drogués », qui incendient des villages Hema, que les Hema ont affaire aux « combattants-massacreurs Lendu ». Malgré leur position confortable, les Hema se firent passer pour des victimes et crièrent au génocide programmé contre leur ethnie.

Les têtes brûlées de deux ethnies s’activent, se lancent dans des provocations, quotidiennement. Les offensives et contre-offensives sont menées avec violence pour venger ceux qui sont morts par la faute de l’autre d’en face, le mauvais voisin. Après chaque repli, on comptabilise les succès et les défaites. Les deux ethnies vivent dans un cycle de violence infernale où il n’y a jamais de vainqueur définitif et à chaque affrontement, la victoire change de camp.

Les Hema ont une milice redoutable, l’Union des Patriotes congolais (UPC) présidé par Thomas Lubanga. En 2003, l’Ouganda et le Rwanda vivaient à couteaux tirés et Thomas Lubanga se passa de l’armée ougandaise pour convoler aux douces noces avec l’armée du FPR par l’entremise du RCD/Goma qui dépêcha Bosco Ntaganda comme chef des opérations dans la région. Il se rendit compte de nombreuses crimes de telle sortes que la CPI vient de le condamner à 30 ans de prison « pour des exactions commises en 2002 et 2003 en Ituri ».

Les Lendu ont également leur milice :la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) de Germain Katanga. Des mandats d’arrêt internationaux firent lancés contre les deux seigneurs de guerre pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité et transférés à la CPI à La Haye pour y être jugés.

Ces arrestations n’ont  pas calmé les esprits car les violences continuent et les morts se comptent par centaines voire par milliers, victimes des identités meurtrières, comme dirait l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf.

Gaspard Musabyimana

Source: www.echosdafrique.com

 

 

 

La République Démocratique du Congo: La conscience se réveille.

Analyse des propos du Cardinal Fridolin Ambongo

Par Charles Onana

Depuis 2002, dix-huit ans déjà, je n’ai eu de cesse d’attirer l’attention de mes frères et amis congolais sur le projet de destruction et d’occupation de leur pays dont le régime du Rwanda est la main exécutive mais pas seulement.

Beaucoup ont d’abord douté, d’autres étaient plutôt surpris. Aujourd’hui, nombreux regardent les massacres, les viols, les déplacements de la population et les incursions armées de l’Est de la RDC avec inquiétude et angoisse car la réalité devient de plus en plus évidente. Le projet de partition du Congo prend forme et les Congolais de haut rang osent maintenant parler.

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Cardinal Fridolin AMBONGO

C’est dans cet esprit que le cardinal congolais Fridolin Ambongo a décidé de tirer la sonnette d’alarme, suite à son dernier voyage dans cette région sinistrée où il a vu une « population terrorisée » selon ses propres termes. Le massacre presque quotidien des Congolais est devenu banal et sans intérêt aux yeux de la communauté internationale et des destructeurs du Congo. Seulement, les choses changent. Même au sein de l’armée congolaise, des langues commencent à se délier pour dire que le pays est en danger: « Les FARDC affirment être au courant et suffisamment documentées sur la combine montée par les ennemis de la nation visant à les décourager dans la poursuite et l’exécution de leur mission. Ce qui passe au Grand nord n’est qu’une machination des personnes malveillantes aux ambitions sécessionnistes ».

Voilà les propos du porte-parole des Forces Armées de la République Démocratique du Congo, le général-major Kasonga Cibangu qui souligne que l’objectif est de « prendre le contrôle politico-administratif de cet espace et ainsi concrétiser la balkanisation » de la RDC.

Si l’armée congolaise en est à s’épancher, c’est que l’heure est grave. Le pays est réellement menacé et la conscience nationale revient. Il était temps. Le chanteur emblématique du pays Koffi Olomide s’est jeté à l’eau, faisant oublier son concert controversé de Kigali en décembre 2016, en dénonçant « ceux qui ont signé un pacte avec les Rwandais » pour vendre la RDC. Le célèbre musicien est désormais en phase avec l’histoire de son pays et c’est courageux de sa part. Le très populaire Martin Fayulu, candidat et vainqueur non reconnu des dernières élections présidentielles, a déclaré lors de son déplacement à Beni qu’on « ne peut pas accepter le plan machiavélique mis en place pour désarticuler et déstabiliser » la RDC ni le fait que « des gens qui ont construit leur villa soient délogés de force par ceux qui veulent exterminer le peuple de Beni ». L’ancien Premier ministre Adolphe Muzito a provoqué, de son côté, un tremblement de terre politico-médiatique en désignant le Rwanda comme pays déstabilisateur de l’Est de la RDC. Indignés par ses propos, certains de ses compatriotes et surtout certains médias occidentaux, très sympathiques et connivent avec Kigali, l’ont traité comme un vulgaire conjuré.

Tout le monde a oublié les multiples rébellions financées et soutenues par le Rwanda en RDC, bien que répertoriées par les experts de l’ONU dans leurs rapports. Personne ne se souvient non plus des propos régulièrement tenus par les dirigeants rwandais à l’encontre des Congolais ni même des déclarations d’un ancien président rwandais venu des rangs de l’actuel régime de Kigali réclamant une nouvelle conférence de Berlin pour amputer le Congo de sa partie Est. En clair, au vu du vacarme provoqué par la sortie de l’ancien premier ministre Muzito, les Congolais seraient plutôt priés de se taire indéfiniment ou de se laisser écraser, terroriser, violer, insulter, humilier, massacrer et piller sans réagir. La seule attitude digne d’un congolais dans ce contexte serait donc, si l’on en crois certains médias, le silence poli, la soumission éternelle, le compliment ostentatoire à un mariage de Kigali et le câlin public à leur bourreau. Muzito a manifestement péché, aux yeux de certains, par le politiquement incorrect.

A mon avis, il est simplement en rupture de ban avec le consensus mou… Tout de même, ne faudrait-il pas de temps en temps écraser l’orteil de celui qui vous marche régulièrement sur les pieds avec les brodequins et qui vous crache à la figure, juste pour qu’il sache que vous n’êtes pas un tapis roulant ni un essuie-pieds ? Pour moi, cardinal Ambongo, Olomide, Fayulu, Muzito et les FARDC ont permis aux Congolais de relever la tête en cette nouvelle année. Je leur adresse donc mes vœux les meilleurs ainsi qu’aux populations de Beni et de l’ensemble de la RDC. Continuez le combat pour la liberté, la dignité et la fierté de votre pays et de vos populations! Vous réussirez!

 

Dr Charles ONANA

Kagame, un corsaire sans foi ni loi…

Triste Afrique : Paul Kagame est un corsaire sans foi ni loi, le pillage des minerais de la RDC est le garant de son impunité!

«Ce n’est pas les balbutiements ou les murmures timides de quelques autorités congolaises qui impressionneront Kagamé. Ce n’est même pas le discours timoré des dirigeants burundais qui le fera changer d’avis. Kagame est le corsaire moderne sans foi ni loi ! »

C’est le propos pour le moins alarmiste d’un rédacteur en chef d’un grand journal européen que j’ai croisé, récemment au sommet Européen à Bruxelles. Ce spécialiste de l’Afrique est très pessimiste. Plutôt réaliste, non ? Il est convaincu que le pire est  à venir pour le peuple de cette Afrique des Grands Lacsaussi longtemps qu’il attendra une solution extérieure à son malheur.

En décembre 2019, Madame Linda Thomas-Greenfield vice-président de la commission des affaires étrangères aux USA, a déclaré devant les membres de ladite commission, que le régime de Kagamé entrainait militairement des jeunes réfugiés burundais pour ensuite les enrôler de force dans un mouvement rebelle qui sévit à l’Est du CongoUne très grave accusation qui laissa de marbre son auditoire, mais qui restera sans effets !

Son propos a été confirmé par Thomas Perriello, envoyé spécial pour la région des Grands Lacs d’Afrique qui précisa à son tour que ces jeunes burundais reçoivent des  fausses cartes d’identité pour entrer facilement sur le territoire congolaisLes autorités congolaises le savent depuis bien longtemps, mais sont tétanises à l’idée de le dénoncer publiquement !

Enfin le Refugees International, organisation en charge de la protection des réfugiés ne cesse de tirer la sonnette d’alarme, que les camps de réfugiés burundais au Rwanda sont devenus des camps de recrutement militaires, mais  rien n’y fait, silence radio ! Personne ne peut s’imaginer, que ces allégations avérées, qui sont de la catégorie des crimes contre l’humanité, ne soient condamnées par la Communauté internationale !

-Enrôler des jeunes enfants dans une armée

-Armer les réfugiés pour combattre leur pays d’origine en l’occurrence le Burundi

-Créer et financer des mouvements rebelles pour déstabiliser  la RD Congo

D’aucun sait et l’histoire récente l’a montré, que pour de tels actes, la fameuse Communauté internationale n’aurait pas attendu longtemps. Elle aurait déployé toute son armada militaire, diplomatique et médiatique pour chasser l’impie. On pourrait citer les cas de Saddam Hussein, Kadhafi, Béchir, et d’autres moins criminels que notre Kagamé qui ont été punis !

Mais hélas, le cas présent est particulier. Il s’agit de Kagamé, le fils bien aimé des pilleurs occidentaux, pour qui le sang du noir n’a pas d’importance, comme du temps de l’esclavage ! Paul Kagamé est une pièce rapportée par les entreprises occidentales  pour servir leurs intérêts. Il est une personnalité cynique, cupide, égoïste et perfidequi use et abuse de la crédibilité de certains dirigeants congolais plutôt candides.

D’ailleurs Bill Clinton ne s’est pas trompé lorsque, emporté par l’émotion,  dévoila sa pensée profonde  en disant que Kagamé « is our kind of guy“. Eh oui ! Kagamé  offre, sans état d’âme, sur un plateau d’argent les minerais du sang du peuple congolaisce qui lui garantit l’impunité !  Cette situation dramatique dure et perdure, depuis 25 ans et rien ne semble pouvoir l’estomper. Le peuple des Grands lacs (Congolais, Burundais et Rwandaisdevrait arrêter de pleurnicher comme de sales gamins ! Il lui revient de se prendre en charge.

Quémander la grâce de la communauté internationale alors qu’elle est partie prenante de son malheur, relève de l’ignorance voire de la stupidité consciencieuseOù est l’élite africaine ? Comme le disait Martin Luther Kingce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons.

Martins Capelo Césaire/Bruxelles

Source : www.veritasinfo.fr