Daily Archives: April 13, 2020

Coronavirus : le confinement total, une mesure irréaliste dans de nombreux pays africains

Je sais que le coronavirus peut tuer. Mais si je reste à la maison pendant quinze jours sans travailler, je meurs aussi », explique un vendeur malgache à l’AFP. Une phrase qui illustre le dilemme africain. La réaction de cet homme est largement partagée sur tout le continent. Or, de plus en plus d’Etats imposent le confinement. Partiel comme au Nigeria, total comme en Afrique du Sud.

Au Nigeria, les aéroports de Lagos et d’Abuja la capitale sont fermés. Déjà, certains fonctionnaires sont priés de rester chez eux. Et Aisha Buhari, la première dame,  a réclamé l’arrêt total de l’activité  du pays. En Afrique du Sud, les autorités viennent de faire appel à l’armée pour faire respecter le confinement.

« Dans cette lutte contre la propagation du Covid-19, notre principal ennemi sera l’indiscipline et le non-respect des consignes de prévention », a souligné le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, appelant à « l’union sacrée ».

Le poids de l’économie informelle

Mais tout n’est pas qu’affaire de discipline. Dans un continent où l’économie informelle est souvent capitale, rester chez soi c’est mourir de faim. Ainsi, en Afrique du Sud, « avec environ 20% de l’emploi total dans le secteur informel, rester à la maison avec un congé de maladie payé n’est pas une option, ce qui rend les appels à distance sociale irréalistes » explique Ayesha Jacub, médecin sud-africaine dans le Mail & Guardian.

« Cette mesure va poser un gros problème de survie pour presque tous les Africains, car ils sont obligés de travailler hors de chez eux, sans quoi, ils n’ont pas de quoi subvenir à leurs besoins. La plupart d’entre eux n’ont pas de réserves bancaires et ne feront pas de télétravail » explique Augustin Augier, directeur général de l’ONG Alima au journal La Croix.

Une mesure pour pays riches inadaptée ici

La romancière Calixte Beyala condamne ce qu’elle appelle « un mimétisme » avec les pays occidentaux. « Car la plupart des Africains vivent au jour le jour. Ils n’ont pas les moyens de s’approvisionner en nourriture pour une petite semaine ! Ils n’ont pas de frigo et, pour la plupart, pas d’électricité pour pouvoir se payer ce luxe qui certainement diminuerait le nombre de nos morts », explique-t-elle   sur sa page Facebook.

Et la vie suit son cours dans les bidonvilles surpeuplés de Johannesburg, constate le journal Sunday Times. Promiscuité, chômage, pas d’accès à l’eau, ni de sanitaires. « Si nous restons chez nous, nous mourons de privation bien avant que le virus n’arrive », prédit  le responsable d’une ONG locale.

Source : https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi: Rwanda: Mesures COVID-19, un copier-coller illogique.

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Rwanda: Covid-19, opportunité d’un changement politique?

C’est ce que les Rwandais anticipent. Et l’opposition politique s’engage dans ce processus afin que le pays ne plonge dans une autre tragédie due au vide de leadership. Avec la pandémie du COVID-19, les dégâts attendus sont aussi autres que sanitaires, les situations socio-économique et politique étant déjà très fragiles. Cette fragilité conjuguée aux mesures de confinement sans l’accompagnement qu’il faut, risque de provoquer les soulèvements populaires susceptibles de renverser le régime en place.

L’échec du gouvernement

En date du 21 mars 2020, le Premier Ministre, Dr Edouard NGIRENTE, a déclaré les mesures qu’il faut respecter afin de stopper la propagation du COVID-19. Bien qu’illégale et illogique, la déclaration du Premier Ministre a été effective 5 heures plus tard. Les mesures affichent un vide fatidique. Elles imposent aux citoyens de rester à la maison sans se soucier de la survie de ceux qui, habituellement, nourrissent leurs familles après avoir travaillé, et quotidiennement.  Même si les Rwandais sont naturellement solidaires, la responsabilité de l’Etat dans des moments comme ceux-ci ne peut pas être exclue, d’ailleurs , elle est obligatoire. Le gouvernement a raté l’occasion de démontrer ses capacités managériales, dans les limites établies par la loi. Malgré les dettes qui sont garanties au pouvoir au nom du COVID-19, il est important de remarquer que la solution ne viendra pas de là , et les conséquences socio-économiques seront énormes.

Si le confinement dure plusieurs semaines, un mouvement de “résistance” va se créer à partir de petits groupes de personnes qui défieront l’autorité au nom de chercher les nourritures. Les grands stocks de vivres seront visés et dévalisés suivis des résidences des hommes et femmes de la classe politique au pouvoir. Les leaders charismatiques émergeront de la masse qui, depuis longtemps aspire au changement, et exerceront la coordination des petits groupes, peaufinant le mouvement en une vrai lutte politique que le régime ne pourra contrer.

Les forces de l’ordre comprendront très vite l’échec du gouvernement et s’aligneront au mouvement. Les plus courageux assureront la protection du peuple contre quelques éléments restant fidèles au régime. Un haut gradé militaire pourrait déclarer un coup d’état pour restaurer l’ordre, lançant un appel aux forces vives de la nation pour former un gouvernement de transition, qui débouchera aux élections libres et un nouveau chapitre dans la politique rwandaise.

L’effet pangolin

Le potentiel changement politique du au COVID-19 est observable aussi par les grands centres d’études stratégiques. En date du 24 mars 2020, le Centre d’analyse et prospective stratégique (CAPS) a émis une note interne et confidentielle au cercle diplomatique français intitulée “L’effet pangolin” : la tempête qui vient en Afrique?” dans laquelle quelques scénarios sont considérés. Selon ce document qui parle du continent africain en général, les économies vont s’effondrer provoquant les émeutes qui feront tomber les régimes. Le document évoque une thèse, “le mort politique zéro ”  selon laquelle « Le risque d’infection d’un dirigeant âgé et souffrant d’autres pathologies pourrait avoir de lourdes conséquences et obligerait à se positionner clairement et rapidement sur la fin d’un système et sur une transition ».

« Anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique… et sans doute ailleurs ».

Au vu de la situation au Rwanda, tout est possible. L’absence du président aux côtés du peuple, constitue un augure à ne pas négliger. Les manipulations des images faites par les services de renseignements dans le but de faire croire que Kagame est présent ne font qu’accentuer l’inquiétude et le sentiment que les citoyens du menu peuple sont abandonnés à leur propre sort.

Dans un pays où le président est considéré plus dangereux que COVID-19, l’opposition politique est appelée à jouer son rôle. La société civile doit sa contribution.

Chaste Gahunde


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