Daily Archives: April 20, 2020

GIFR dénonce la complaisance du CAPS face à la dictature de Kagame

Communiqué N° GIFR 20-04-2020

Dans une note intitulée “L’effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ?”[1] et rendue publique par latribune.fr dans son édition du 01/04/2020, le Centre d’analyse, de prévention et de stratégie (CAPS) estime que la crise du Covid-19 pourrait être pour l’Afrique “la crise de trop, qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale)”.

Avant d’envisager des stratégies à adopter en cas de crise grave, d’effondrement des régimes politiques et des interlocuteurs pour la France, le CAPS établit une comparaison entre États dits fragiles (Sahel et Afrique centrale) et ceux considérés comme solides comme le Rwanda et le Sénégal.

Les membres du GIFR, Groupe d’Initiatives France Rwanda, apprécient la pertinence et l’opportunité de cette analyse qui vient à point nommé. Ils déplorent cependant son aveuglement vis-à-vis du Rwanda quand elle suggère à la France d’envisager des stratégies à adopter en cas de crise grave et d’effondrement des régimes politiques. Il est stupéfiant de voir une note du CAPS qualifier le Rwanda d’”État solide”. Les effets de cette manipulation scandaleuse ne se sont pas fait attendre car, au lendemain de cette sortie, l’Elysée a invité le dictateur Paul Kagame à participer à la vidéo-conférence dédiée aux chefs d’États africains triés sur le critère de viabilité de leur pays respectif. Or, personne au CAPS n’est en droit d’ignorer la situation qui prévaut dans ce pays sur les plans politique et socio-économique.

Politiquement, le Rwanda connaît une situation on ne peut plus explosive due non seulement à une gouvernance autocratique, au non-respect des libertés les plus fondamentales de la personne humaine mais aussi à des relations tendues avec ses voisins notamment l’Ouganda et le Burundi. La terreur qui règne dans le pays conduit d’innombrables ressortissants rwandais à prendre le chemin de l’exil pour ne pas être tués ou arrêtés arbitrairement. Si les plus chanceux peuvent prétendre à l’asile politique dans les pays lointains d’Asie, d’Europe et d’Amérique, le plus grand nombre s’entassent dans les pays de la sous-région comme l’Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Kenya.

Ne pouvant se résoudre à une vie de misère, désireux de rentrer dans leur pays quel qu’en soit le prix, beaucoup de rwandais de l’extérieur ont déjà opté pour l’usage de la force en vue de renverser le pouvoir du FPR.

En définitive, parler de solidité pour un pays qui vit perpétuellement sous la menace d’une attaque armée nous parait quelque peu erroné.

La fragilité du pays réside aussi dans les inégalités chroniques entre différentes couches de la population rwandaise. La gestion calamiteuse des ressources, l’appropriation illégale des biens par les oligarques du pouvoir ont créé deux principales catégories dans le pays : une classe aristocratique qui vit dans une insolente opulence et une majorité de la population qui vit dans une misère sans précédent. Si rien n’est fait pour redresser la barre, pour arrêter les injustices, il est à craindre que, à la longue, la population se soulève contre ce pouvoir qui la maintient sous le joug. Cela constitue à nos yeux une sorte de bombe à retardement qui ne permet pas de classer le Rwanda parmi les pays solides en Afrique.

A la lumière de ces quelques éléments de mise au point, nous appelons les autorités diplomatiques de la France à revoir leur copie d’analyse en ce qui concerne le Rwanda, à classer le régime parmi les plus fragiles et à en tirer toutes les conséquences.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle

Paris 20 avril 2020

[1] https://www.latribune.fr/economie/international/comment-la-france-imagine-une-possible-implosion-de-l-afrique-face-au-covid-19-844055.html

 

Kizito Mihigo vs Inès MPAMBARA

Dans quelques lignes ci-après, le rôle d’Inès MPAMBARA dans l’assassinat de Kizito Mihigo est indéniable, voire fondamental. Dans les mots de Kizito Mihigo tirés de ses mémoires posthumes publiées ce 17 avril 2020 sous K. Mihigo; RWANDA: EMBRASSER LA RÉCONCILIATION: Pour vivre en Paix et Mourir Heureux, 2020. Admin

(…)
Le 1 avril 2014, lorsque la Directrice de Cabinet du Président Madame Inès Mpambara m’invite pour un entretien, ce n’est pas comme d’habitude. Ce n’est pas au restaurant VIP de la Présidence qu’on va se rencontrer, mais au bureau du Vice Président du Sénat, Monsieur Bernard Makuza. Le rendez-vous est fixé le soir à 19h.

Quand j’arrive, pile à l’heure, ils sont déjà là, ils m’attendent. Le Vice Président du Sénat me serre fort dans ses bras (contre son gros ventre). “Oh Kizito mon fils, que je suis heureux de te retrouver! Comment ça va? Tu vas et tu disparais comme ça… ” Il ne me lâche pas, ses caresses incessantes me poussent à me demander où il veut en venir. Finalement il me laisse saluer mon amie et Directrice de Cabinet du Président. Je m’assois et c’est Makuza qui prend la parole. Il me raconte mon histoire en insistant sur le soutien du gouvernement à mes études. Il continue jusqu’à ma chanson chrétienne qui est en train de causer ma disgrâce complète. Son discours devient trop long et je demande la parole avant qu’il termine. “Oui” dit Madame Mpambara avec un sourire très amical. Je continue à parler:
“Monsieur! Ne vous fatiguez pas. J’ai vu que ma nouvelle chanson a causé des problèmes. Je veux simplement, si vous permettez, vous expliquer pourquoi je l’ai composée”
“Oui” disent-ils
– “Je suis un musicien chrétien et vous le savez tous. (…)

Devant la Directrice de Cabinet du Président et le Vice Président du Sénat, je cite ensuite la célèbre phrase de Gandhi: “Il n’est pas nécessaire d’éteindre la lumière des autres pour que la nôtre brille” Cette phrase résume en effet une grande partie du message de ma chanson.

Makuza: “Mais tu compares tous les morts et tu dis qu‘ils sont les mêmes et qu’ils sont tous au ciel en train de prier pour nous.”
Moi: “Non, je ne les compare pas, et je ne dis pas que tous les morts sont les mêmes. Je les cite tous et je dis que quelles que soient les circonstances dans lesquelles on meurt, ça s’appelle la mort et notre destination à tous est la même”
Makuza: “Est-ce que tu penses qu’un génocidaire tué dans la vengeance peut aller au ciel?”
Moi: “Tout à fait! S’il a eu le temps de se convertir… écoutez je ne veux pas juger mais je pense qu’il ne faut pas sous-estimer la miséricorde de Dieu.”
Inès: “Écoute Kizito! Ce que tu nous dit là c’est de la religion. Revenons dans la politique. Ta chanson n’a pas été bien accueillie”
Moi: “J’ai entendu le Président parler d’un chanteur qui fait plaisir aux ennemis du pays. C’est de moi qu’il parlait?”
Inès sourit
Makuza: “Mais oui c’est lui même qui nous a envoyé te rencontrer…Kizito tu sais que tu es son produit et tu vois ce que tu fais… “
Moi: “Produit? Non peut être son artiste préféré mais pas son ‘produit ‘…je n’aime pas le terme ‘produit’. Bon! En quoi puis-je aider pour résoudre le problème? Vous voulez que je censure la chanson? “
(Évidemment je savais que cela était complètement impossible pour une chanson qui vient de passer un mois sur YouTube.)
Inès: “Oui si possible, tu peux empêcher les journalistes de la jouer et l’enlever de YouTube. Ensuite tu écris une lettre au Président pour lui demander pardon, je la lui donnerai en mains propres. Tu dois aussi écrire une petite tribune dans les médias pour t’excuser auprès des rwandais blessés par ta chanson. D’accord?

Moi: “D’accord Madame je le fais tout de suite en quittant ce bureau.”
Inès: “Et tu prépares cette nouvelle chanson que tu as promise pour le 7 avril. D’accord? Et prépare aussi “Twanze gutoberwa amateka” et “Ijoro ribara uwariraye” tu vas les chanter aussi au stade.”
Et elle ajoute: “Tu fais ça et aux yeux des gens tu redeviens humain.”
J’éclate de rire, je n’arrive pas à m’en empêcher (Pour moi c’est eux qui ne sont pas humains)
Inès: “Kizito tu dois savoir que, si tu ne fais pas ça, tu es mort! Tu comprends? Si tu ne fais pas ça, tu es mort”

Je suis étonné qu’elle dise ça et qu’elle le répète. Je ne comprends pas qu’on puisse mourir à cause d’une chanson… mais apparemment c’est sérieux, très sérieux!
Moi: “D’accord Madame”

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