Monthly Archives: April 2021

Carte blanche: «La traversée» de Patrick de Saint-Exupéry, une autre forme de négationnisme?

L’ouvrage du grand reporter ne fait pas l’unanimité. Pour les auteurs de cette carte blanche, son objectif n’est autre que de dénigrer insidieusement le Rapport Mapping des Nations unies remis en lumière par le Dr. Mukwege dans son discours de réception du Prix Nobel de la Paix en 2018.

Par René Lemarchand, professeur émérite à University of Florida, auteur de «Remembering genocides in Central Afrika» (Routledge edition, 202); Filip Reyntjens, professeur de droit et de sciences politiques à l’Université d’Anvers, auteur de nombreux ouvrages sur la région des Grands Lacs; Johan A. Swinnen, ancien ambassadeur de Belgique au Rwanda (1990-94) et en RDC (2004-08); Luc Henkinbrant, docteur en Droit, ancien directeur d’Amnesty International (AIBF), coordonnateur de l’Unité de lutte contre l’impunité et de justice transitionnelle de la Monuc/Monusco.

En 1997, des réfugiés rwandais arrivent à Ubundu, en RDC.

En 1997, des réfugiés rwandais arrivent à Ubundu, en RDC. – AFP

De nombreux médias francophones ont fait beaucoup d’honneur au « long reportage » du journaliste Patrick de Saint-Exupéry, publié dans La traversée, paru aux éditions Les Arènes dans la Collection Reporters. Nous l’avons donc lu. Et nous voulons faire part de notre indignation.

D’après la quatrième de couverture, l’enjeu de cette « odyssée au cœur de l’Afrique » est de « Vérifier les accusations des autorités françaises répétées inlassablement depuis plus de vingt ans : un génocide se serait déroulé au cœur de la forêt équatoriale congolaise, des centaines de milliers d’hommes et de femmes auraient été massacrés dans l’indifférence ». En réalité, le véritable enjeu de La traversée est insidieusement de décrédibiliser un rapport des Nations unies documentant les crimes de masse impunis dont le Congo a été le théâtre tragique. Ce « Rapport Mapping » a été remis en lumière par le Dr. Mukwege lors de son discours de réception du Prix Nobel de la Paix : « Au moment même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d’un bureau à New York. Il a été rédigé à l’issue d’une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpétrés au Congo. Cette enquête nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude les auteurs. Ce Rapport du Projet Mapping établi par le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits Humains, décrit pas moins de 617 crimes de guerre et crimes contre l’humanité et peut-être même des crimes de génocide. Qu’attend le monde pour qu’il soit pris en compte » ?

Parmi les pays le plus souvent cités figure en première place le Rwanda, accusé par les enquêteurs de l’ONU d’avoir massacré un nombre incalculable de réfugiés hutus rwandais et de civils congolais. Plus grave, les attaques, « en apparence systématiques et généralisées » de l’AFDL/APR (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo/Armée patriotique rwandaise) contre les civils, lors de la « première guerre du Congo » de 1996 à 1997, « révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide ». Un lecteur non averti pourrait ne pas s’apercevoir que l’objectif de La traversée est de disqualifier le Rapport Mapping et que cette « enquête » ne repose que sur des témoignages très limités et sur des falsifications par altération des documents auxquels elle se réfère.

Des témoins crédibles ?

Comportement étrange pour un journaliste indépendant, avant d’entamer son périple congolais, il prépare son enquête en compagnie de l’officier supérieur rwandais, le général James Kabarebe, qui a dirigé les opérations militaires de l’AFDL/APR visant à démanteler les camps et à traquer les réfugiés hutu à travers le Zaïre. C’est donc avec l’un des principaux auteurs présumés de crimes de masse commis durant cette « traversée » que le reporter trace l’itinéraire qu’il va emprunter.

Son « enquête » se poursuit auprès de « témoins » rencontrés, un peu par hasard, dans les localités congolaises où il fait étape. Quelques Congolais et expatriés avec lesquels il converse. Parmi eux, seulement sept lui parlent des massacres, de manière très générale puisqu’aucun n’a été témoin direct des événements. C’est sur base de ces quelques « témoignages », et d’une prétendue absence de traces, qu’il s’acharne à dénigrer le Rapport Mapping. Sur les 318 pages de son livre, il ne cite in extenso aucun des 1.143 paragraphes du rapport qui décrivent pourtant de nombreux « incidents », la plupart du temps des massacres. Ne pouvant pas les nier, il s’attache à les minimiser et à les présenter comme des conséquences regrettables des aléas de la guerre ou des dommages collatéraux des combats.

Faire dire au Rapport Mapping ce qu’il ne dit pas

A plusieurs reprises, il tente de faire croire que le Rapport Mapping lui-même conclut qu’il n’y a pas eu intention claire de détruire le groupe ethnique hutu, donc qu’il n’y a pas eu de génocide. En réalité, le rapport ne formule très prudemment qu’une hypothèse : « La question du génocide à l’encontre des Hutus demeure irrésolue jusqu’à aujourd’hui. Elle ne pourra être tranchée que par une décision judiciaire basée sur une preuve hors de tout doute raisonnable ». On l’aura compris, on ne peut mettre sur le même pied « l’enquête » de Patrick de Saint-Exupéry et le Rapport du Projet Mapping. Du côté de La traversée, quelques conversations avec 4-5 expatriés et une dizaine de Congolais. Aucun témoin direct, aucun réfugié rwandais rencontré et interrogé. Aucune question sur les très nombreuses fosses communes qui pourraient contenir des preuves de crimes de masse et permettre peut-être de les qualifier juridiquement. Du côté du Rapport Mapping, le travail d’une équipe de 33 experts congolais et internationaux qui, d’octobre 2008 à mai 2009, ont examiné plus de 1500 documents et obtenu des informations de 1.280 témoins en vue de corroborer ou d’infirmer les violations répertoriées.

Pourquoi cette tentative de dénigrement du Rapport Mapping ?

Le Rapport Mapping est une épée de Damoclès sur la tête des dirigeants des pays impliqués dans les crimes de masse perpétrés au Congo-Zaïre et il entraîne pour les plus hauts responsables de ces atrocités des risques évidents de mise en cause.

Le premier est de devoir comparaître un jour devant un tribunal devant lequel ces auteurs présumés pourraient être poursuivis pour crimes de guerre ou, pire encore, pour d’éventuels crimes de génocide à l’encontre du groupe ethnique hutu.

Le deuxième grand risque est que, s’il est établi et reconnu que l’APR a commis des crimes de masse au Congo en 1996-97, beaucoup en arriveront à se demander si le Front Patriotique Rwandais (FPR), organisation politique dont relève l’APR, n’a pas aussi commis, auparavant, au Rwanda, le même genre de crimes de masse contre les Hutus. Cette responsabilité du FPR dans des crimes commis à partir du début de la guerre civile en octobre 1990 est documentée par des organisations internationales de défense des droits de l’homme, des chercheurs, historiens, journalistes. Toutes ces « voix dissidentes », qui reconnaissent et condamnent sans la moindre ambiguïté le génocide à l’encontre des Tutsi mais qui, dans un souci d’objectivité, ont le courage de parler des crimes de masse commis par le FPR/APR, se font systématiquement qualifier de « révisionnistes », voire de « négationnistes », dans le but évident de les discréditer ou de les réduire au silence.

Le troisième risque est que la fin de cet aveuglement, volontaire pour certains, involontaire pour d’autres, sur les crimes de masse commis par le FPR/APR ne conduise à une remise en question radicale de la doxa, du récit historique officiel, propagé depuis 25 ans, qui présente Paul Kagame et son mouvement armé FPR comme les « sauveurs qui ont mis fin au génocide des Tutsi au Rwanda et les libérateurs qui ont chassé Mobutu du pouvoir ». Ce narratif est largement accrédité dans le monde, diffusé par la plupart des médias et reçu comme parole d’évangile par une grande partie de l’opinion.

C’est donc à une opération de désamorçage de ce Rapport explosif que s’est livré le « journaliste d’investigation ». Paradoxalement, et heureusement, La traversée risque fort de produire l’effet inverse de celui recherché. Journalistes et lecteurs dotés d’esprit critique pourraient bien être amenés à s’intéresser à ce Rapport Mapping et à y découvrir par eux-mêmes les crimes de guerre et crimes contre l’humanité et peut-être même les crimes de génocide qui auraient été commis en RDC.

Où sont les négationnistes ?

L’accusation infamante de négationnisme est rabâchée depuis 25 ans par Patrick de Saint-Exupéry et d’autres auteurs, à l’encontre de ceux qui, tout en reconnaissant sans réserve le crime de génocide contre les Tutsi, ont le courage de mettre en lumière tous les crimes de masse commis dans la région des Grands Lacs. Cette accusation pourrait bien se retourner contre l’auteur tant est manifeste, tout au long de son reportage, un parti pris évident. Ne s’agit-il pas là d’une véritable entreprise négationniste ? Et les médias qui ont rendu compte de son livre, parfois sans le moindre esprit critique, ne pourraient-ils pas s’interroger sur la démarche de l’auteur et mener les recherches nécessaires à une vérité historique impartiale ?

Source: Le Soir

FBI probes St. Mary’s Zoom ‘intrusion’ linked to Rwandan regime.


The FBI is investigating accusations that a Rwandan diplomat in Washington crashed a St. Mary’s University Zoom class, apparently to snoop on the family of Paul Rusesabagina, a famous dissident imprisoned in that country.

Rusesabagina became known for saving 1,268 people during the country’s horrific 1994 genocide, a role dramatized in the 2004 Hollywood film “Hotel Rwanda.” He fell out with the country’s new president, Paul Kagame, and became a Belgian citizen and permanent U.S. resident living in San Antonio and Brussels.

Last summer, he was duped by a friend in Dubai into getting on a private plane to Rwanda and was jailed, accused of aiding an armed opposition group. An international campaign has been trying to secure his release.

St. Mary’s President Tom Mengler said in a university news release that the Rwandan government used a spy “to listen in” on an April 6 videoconference class involving students, staff and guests. Rusesabagina’s son, Tresor, attends the class, and the Zoom session also included the student’s mother, Tatiana, and a sister, Anaise Kanimba.

The FBI interviewed several witnesses this month, said Bill Israel, the associate professor of communication studies who led the class.

“They just seemed pretty interested,” Israel said. “They were also pretty tight-lipped about giving away any information, but it was clear that they were interested in what we had to say.”

An FBI spokeswoman in San Antonio declined comment.

The university’s information technology department identified the intruder as Charles Ntageruka, who used the initials “MN” and entered the Zoom meeting for three minutes and signed off, the school said. The caller returned to the session until Israel challenged him and severed the connection.

Ntageruka is a second counselor at the Rwandan Embassy in Washington, according to his LinkedIn profile, Israel said.

The entry to the Zoom session was illegal and “gained by access somehow to our system that we can’t explain,” with Rusesabagina’s family the likely target, Israel said.

Rusesabagina, 66, is a longtime Kagame critic. He is being tried on 13 charges that include financing terrorism, complicity in murder, recruiting child soldiers and forming a rebel group. If convicted, he faces up to 25 years in prison. His friends in the United States and Europe call the accusations absurd.

Kagame has run the Central African country since 2000 and is credited with leading it into a period of stability and prosperity, with a focus on reconciling its two major tribal groups after the bloodletting of the 1990s. Human rights groups have accused him of torturing and killing opponents.

The Rwandan genocide claimed the lives of as many as 1 million ethnic Tutsis and moderate Hutus, though Tutsis also engaged in more limited massacres in parts of the country in the genocide’s aftermath, according to reports.

Rusesabagina emerged as a heroic figure for his cool-headed sheltering of Tutsis trapped for 76 days at a hotel he ran. President George W. Bush presented him with the Presidential Medal of Freedom in 2005.

Kitty Kurth, a Chicago publicist and friend who advises Rusesabagina’s nonprofit foundation and is pressing for his release, said he is refusing to attend his trial because he has not been allowed to meet with his lawyers.

Mengler, the St. Mary’s president, called Rusesabagina “an international hero” in the news release.

“This intrusion by a member of (Rwanda’s) diplomatic corps into a St. Mary’s class shows the paranoia of President Kagame’s administration in seeking to quell a rising chorus of international outrage over its kidnapping of Mr. Rusesabagina,” Mengler said in the release.

Rusesabagina’s reputation within Rwanda itself has grown tarnished under the Kagame regime, where survivors’ accounts of the hotel siege now differ, with some casting him as a profiteer. Even survivors who remember his actions as selfless and humane now criticize his alleged affiliation with a rebel army whose attacks from neighboring countries have killed civilians, according to a March 7 profile in the New York Times Magazine by Joshua Hammer, who covered the 1994 genocide as a Newsweek correspondent.

“What I have learned in the course of this inquiry is there are two kinds of Rwandans — those who flee and those who are on the government payroll,” Israel said.

Rusesabagina’s defenders say the Kagame regime became adept at not only twisting the truth but using protesters to shadow Rusesabagina when he made speaking appearances around the world.

The intrusion of a university Zoom session was in that character, said Rusesabagina’s friend Kurth.

“This is not the first time that the Rwandan government has come at Paul using academic institutions as a vehicle. This is kind of part of a much larger, longer pattern, so while we were surprised at what happened, we weren’t shocked,” she said.

The State Department said it intended to “advocate for legal proceedings against Mr. Rusesabagina to be fair and transparent, consistent with our strong global commitment to the rule of law.”

The university noted that U.S. Sen. John Cornyn, R-Texas, and Rep. Joaquin Castro, D-San Antonio, joined 30 others in a bipartisan letter urging Rusesabagina’s release and return to the U.S.

Kurth said Rusesabagina has been denied medicine for hypertension his family sent last fall via the Belgian Embassy. Rwandan jailers give him an unspecified drug every day, she said, but his blood pressure is still high.

“He also remains in solitary confinement,” Kurth said. “They open the door to his cell two hours a day so he has natural light.”sigc@express-news.net

Written By Sig Christenson

Sig Christenson covers the military for the San Antonio Express-News and been with the paper since 1997. He was embedded with the 3rd Infantry Division during the invasion of Iraq in 2003, and has reported from Baghdad and Afghanistan seven times since.

A Houston native, he covered the Branch Davidian siege, the 1994 Pensacola abortion clinic shooting, the 2003 space shuttle breakup over Texas, the 2009 Fort Hood shooting and its subsequent legal proceedings, as well as hurricanes, tropical storms and floods since 1986, among them Rita and Katrina and Maria.

Some of his projects include “Witness to War,” a special section recounting the invasion and early occupation of Iraq, and “The Only Retreat,” a three-part series detailing the only U.S. defeat during the invasion.

He’s won awards from Hearst Newspapers and the Associated Press, including Texas APME’s Specialties Reporting category in 2008, and was named “Reporter of the Year” by his peers in 2004.

A graduate of the University of Houston, he is a co-founder, former president and former board member of Military Reporters & Editors, established in 2002.

For a look at his work over time, see http://www.sigchristenson.com E-mail Sig at saddamscribe@yahoo.com

Source : San Antonio Express News

Le jour où Paul Kagame ordonna le massacre gratuit de 8000 civils Hutus rwandais

Le 22 avril 1995 : Le jour où Paul Kagame ordonna le massacre gratuit de 8000 civils Hutus rwandais

Au Rwanda, le génocide ne s’est pas arrêté en juillet 1994. L’extermination des Hutus s’est poursuivie les mois et les années qui ont suivi. Le 22 avril 1995, l’Armée patriotique rwandaise (APR) a massacré des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se trouvant dans le camp des réfugiés de Kibeho. Le carnage s’est déroulé sous le regard ahuri d’une demi-douzaine d’agences de l’ONU et des casques bleus de la MINUAR ayant reçu l’ordre de ne pas intervenir. Selon plusieurs sources, plus de 8000 civils Hutus ont été tués durant cette opération de nettoyage. Les rescapés au nombre de 60 000, selon l’Integrated Operation Center (IOC), la centrale humanitaire de l’ONU, ont plus tard été interceptés sur leur chemin de retour puis achevés par les hommes du lieutenant-colonel Fred Ibingira, officier de l’APR.

Fred IBINGIRA qui a massacré les Hutus à Kibeho est aujourd’hui promu au grade de Général dans l’armée du FPR. Il est aussi l’auteur du génocide de Gakurazo où trois évêques catholiques ont péri avec une centaine de membres du clergé.

Thierry Pickard, un militaire australien de la MINUAR ayant assisté au massacre, a détaillé dans un livre ce qu’il a vu ce jour-là. Son témoignage est effrayant : « Les militaires de l’APR tuaient les rescapés des bombardements avec des baïonnettes pour épargner leurs balles. Dans ce massacre, personne n’était épargné. Même des bébés sur le dos de leurs mères étaient tués. D’autres avaient la gorge coupée. C’est la première fois où je voyais, dans ma vie de militaire, des hommes devenir des cibles de tir à l’arme lourde comme dans les exercices militaires ».

Troublé par le comportement de l’APR, Thierry Pickard se tourna vers un soldat zambien de la MINUAR et lui demanda ce qu’il pensait, en tant qu’Africain, de cette barbarie. Le Zambien lui rétorqua : « Les soldats du FPR ne sont pas des hommes, mais des animaux qui savent se servir des armes à feu ».

Certains observateurs estiment que si les casques bleus de la MINUAR n’étaient pas présents, l’APR aurait certainement fait un plus grand nombre de victimes. Un commandant australien devait déclarer à ses hommes : « Il n’y a absolument aucun doute que si nous n’avions pas été à Kibeho, tout le camp, soit environ 100 000 personnes, aurait probablement été massacré et le monde n’en aurait rien su ».

Inutile de vous dire que l’ONU a couvert ce crime contre l’humanité.

Dans cette rocambolesque histoire qui a mis en évidence toute l’animosité que voue le FPR à l’égard des Hutus, le meilleur avocat du gouvernement rwandais a été l’ambassadeur du Canada au Kenya, Bernard Dussault, dont la juridiction couvrait toute l’Afrique centrale. C’est lui qui a eu la « merveilleuse » idée de proposer une commission d’enquête internationale entièrement dirigée par le pouvoir rwandais pour faire non pas la lumière, mais l’obscurité sur les évènements de Kibeho. Un rapport bidon a été produit et l’affaire a été enterrée. Après tout, que vaut la vie d’un Hutu ?

Patrick MBEKO

Archives Facebook.

Le génocide des Hutus commenté par la télévision française au lendemain du carnage.

“ISO NI NDE”? – the concern of a whole generation?

“ISO NI NDE”? – the concern of a whole generation?

Gustave Mbonyumutwa , April 21, 2021

On April 8th, 2021, as Rwanda just entered the Commemoration Week, a certain Lonzen RUGIRA released a paper called “ISO NI NDE? The relentlessness of genocide deniers” in what seems to be a rebuttal to JAMBO asbl members, which he considers as “the resurgence of denial of the genocide against the Tutsi”.

First and foremost, let us put the record straight. The attacks on JAMBO asbl have nothing to do with fighting “genocide denial” or “genocide ideology” as it has been repeated ad nauseam these last few years. Had that been the case, The Rwandan Government, CNLG or IBUKA or at least one person in this world, would have already filed a complaint against JAMBO asbl in Belgian courts!

In reality, JAMBO asbl is under constant media attacks since it has been, for over a decade now, one of the most “relentless” exposers, in Europe, of RPF-Inkotanyi mass crimes and Human Rights abuses.

Yet RUGIRA’s paper, published on panafricanreview.rw platform, would have gone unnoticed if the Rwandan Minister of Justice, Johnston BUSINGYE and Communication Advisor in the President’s office, Yolande MAKOLO, had not quoted him in their Tweets.

It is not the first time that Lonzen RUGIRA’s public opinion is valued by the very highest authorities of the Rwandan state. Last year in April 2020, he exposed a Minister of State who dared to express his conception of what a genuine KWIBUKA should mean. A few days later, that Minister was fired by presidential order.

Even the members of the President’s family like and retweet his posts, especially Ange KAGAME, whenever it comes to sustaining RPF’s ideology.

This time, Lonzen RUGIRA is reviling JAMBO asbl and its members while paradoxically inviting them to “embrace the truth as the “currency of forgiveness”” and to enter a “virtuous circle as credible and trusted members deserving the community’s good fortune”.

Before reaching this benevolent conclusion, RUGIRA posed the question “Iso ni nde? (who is your father?)” and developed a cumbersome argumentation trying to reconcile the concept of “individual criminality” with the dogma of “collective responsibility” that JAMBO asbl members should bear.

Once decoded, RUGIRA’s complex paper is revealed to be a message to JAMBO asbl members, which is inviting them to ask for forgiveness for what their parents are supposedly accused of, and thus, avoid social and community consequences, as well as preserve their own descendants from being cursed…

This is interesting. But what if this was a concern for a whole generation and not only for JAMBO asbl members?

A generation whose ascendents are wrongfully or rightfully accused of having committed serious crimes including genocides, crimes against Humanity, war crimes and countless political assassinations.

The good news for JAMBO asbl members is that they are very much familiar with the question “Iso ni nde” and they perfectly know how to deal with it. It seems the more they answer it, the less it gets asked …

RUGIRA’s concern should therefore shift towards the offspring of the “mass murderers” identified by the Mapping Report for instance.

What would the descendants of “genocide perpetrators” indicted in the arrest warrants of the Spanish Judge Fernando MEIRELLES reply to the question: “Iso ni nde”?

What kind of mobilization are they doing to “cleanse their forebearers of the responsibility for genocide”?

What about the heirs of those who are proud to murder anyone who betrays “Umuryango” on the excuse that a famous red line has been crossed? 

What are the children of those who shot the presidential plane on April 6, 1994 answer concerning their forebearers?

Iso ni nde” is a question that will be asked to every Rwandan more than once in their life, and the offspring of today’s or yesterday’s RPA/RPF criminals will not escape from it.

If Lonzen RUGIRA is truly concerned about answers from descendants of “killer parents and grandparents”, maybe he should write an essay about those whose parents are still killing to remain in power today?

I am sure all Rwandans, at home or abroad, would be interested to read such a paper. 

Who would not want to know how children reacted after their father had confessed on national TV that he was not “apologetic” for murdering former comrades?

Reading Lonzen RUGIRA’s article with a dispassionate mind is an eye-opener. He has nailed a difficult, yet needed debate that must take place between generations, especially within the RPF-Inkotanyi circles.

The key question being: how to preserve innocent children from bearing the criminal record of their forebearers, and ultimately, how to prevent political criminality from passing from a generation to another?

Instead of wasting intellectual energy with virtual assaults against inexistant genocide deniers – is there really anyone refuting that Tutsi in Rwanda were victims of a genocide in 1994? – perhaps RUGIRA should reflect on how the RPF-Inkotanyi will bequeath its criminal record to the next generation, as this is probably the biggest threat to a truly reconciled Rwandan society.

Gustave Mbonyumutwa

http://www.jambonews.net

[1] https://panafricanreview.rw/iso-ninde-the-relentlessness-of-genocide-deniers/

[2] https://www.rwandanlivesmatter.site

[3] https://twitter.com/BusingyeJohns/status/1381834919178084352?s=20

[4] https://medium.com/@david.himbara_27884/kagame-sacked-nduhungirehe-for-mourning-hutu-opposition-leaders-murdered-during-genocide-against-151b73830c9c

[5] https://youtu.be/uV6tkfyue4Y

[6] https://www.jambonews.net/en/actualites/20180212-rwanda-what-crimes-were-committed-against-the-hutus-and-tutsis/

A quand le dévoilement de la vérité sur le génocide rwandais?

A quand le dévoilement de la vérité sur le génocide rwandais.

Opinion de Johan Swinnen, ancien ambassadeur de Belgique au Rwanda.

Trop souvent nous sommes confrontés à des présentations aussi partiales que peu subtiles de la tragédie rwandaise. C’est comme si nous étions alors acculés à ranger toutes les victimes dans un camp ethnique et tous les coupables dans l’autre.

Une carte blanche de Johan A. Swinnen, Ancien ambassadeur à Kigali (1990-1994). Auteur de ” Rwanda, mijn verhaal ” (Polis-Pelckmans, 2016).

Alors que nous pleurons jusqu’à aujourd’hui le lourd tribut humain du génocide rwandais, nous ne pouvons éviter de nous poser des questions sur les circonstances dans lesquelles la calamité a eu lieu. Les décisions des uns et des autres s’apparentaient alors souvent à un théâtre d’ombres et de lumières.

“Dans quelle pièce avons-nous donc joué ?” C’est la question, sans réponse définitive, que je développe au terme de mon livre de souvenirs d’ambassadeur de Belgique à Kigali, de 1990 à 1994.

Vingt-sept ans après le génocide au cours duquel un million de Tutsis et d’autres citoyens rwandais ont été brutalement assassinés, la tragédie n’a toujours pas livré tous ses secrets.

Certains événements et situations qui défigurent aujourd’hui le décor politique rwandais pourraient-ils être susceptibles d’éclairer quelques pans parmi les plus sombres du passé ?

La recherche de la vérité progresse malgré tout.

Trop souvent cependant, nous sommes confrontés à des présentations aussi partiales que peu subtiles de la tragédie rwandaise. C’est comme si nous étions alors acculés à ranger toutes les victimes dans un camp ethnique et tous les coupables dans l’autre. Les mensonges et l’agit-prop, qui ne le cèdent parfois en rien aux pratiques staliniennes, sont élevés au rang d’expressions crédibles du traumatisme et de l’indignation par des observateurs naïfs, pédants ou suffisants.

Les questions dépourvues de préjugés sur la cause profonde et les véritables circonstances du malheur rwandais sont hélas plus souvent qu’à leur tour écartées par un barrage d’artillerie rhétorique. Les salves d’accusation trop faciles portent les noms de négationnisme ou de divisionnisme. Les interrogations légitimes, les observations impartiales et les préoccupations critiques doivent céder le pas à “l’histoire officielle et fabriquée”, qui bénéficie de l’imprimatur de Paul Kagame, président du Rwanda. Comme si Kigali voulait se réserver en permanence le pouvoir d’exploiter habilement le complexe de culpabilité d’une partie de sa propre population et de la communauté internationale.

Des questions essentielles

Ces obstacles ne doivent pas nous décourager de continuer à chercher la vérité et à questionner sans œillères l’histoire officielle. Comment est-il possible que tant de Rwandais soient tombés dans le piège de la radicalisation meurtrière ? Qui y avait intérêt? Des plans machiavéliques ont-ils été mis en oeuvre ? Habyarimana était-il responsable ou otage d’un entourage hutu extrémiste ? Qui a commandité les meurtres politiques dans les mois précédant le génocide ? Les plans de déstabilisation forgés avant l’attentat contre l’avion présidentiel du 6 avril visaient-ils déjà l’extermination des Tutsis ? Qui a abattu cet appareil ? Kagame n’aurait-il pas pu mettre fin au génocide plus tôt ? Les Belges et les Français n’auraient-ils pas pu, ensemble, peser davantage sur le processus de paix? Les Américains, les Britanniques, l’Ougandais Museveni, peuvent-ils être mis hors de cause? Quid de l’attitude du Conseil de sécurité et du secrétariat de l’ONU ? Sait-on tout du rôle des Belges ? Est-il vrai que notre politique de tutelle avait déjà semé les graines de la tension ethnique ?

Il existe certes ici et là quelques tentatives louables qui tâchent d’interroger avec franchise le passé récent, et on peut espérer qu’elles se multiplient.

Un rapport coupable de légèreté

Mais je doute fort que le rapport de la commission d’historiens français (le rapport Duclert) nous rapproche beaucoup de la vérité. Je ne peux que souscrire à de nombreuses conclusions de l’étude commandée par le président Macron sur le rôle de la France avant et pendant le génocide. Mon livre sur le Rwanda fourmille en effet d’exemples de décisions et d’initiatives françaises, qui ont souvent mis les Belges et les autres acteurs diplomatiques devant le fait accompli. L’arrogance avec laquelle les troupes militaires françaises se sont souvent comportées ou l’indulgence que la France réservait à de graves violations des droits de l’homme restent choquantes. Mais sur des points essentiels, le rapport se montre coupable de légèreté et d’omissions inexcusables. Contrairement à ce qu’affirme la commission, la France a bel et bien soutenu les accords d’Arusha, qui avaient prévu un ample partage du pouvoir (au point de faire craindre à de nombreux Hutus un retour à la domination ancestrale des Tutsis). Les responsabilités du Front patriotique rwandais (FPR) sont tantôt passées sous silence et tantôt sous-estimées. Le malheur causé par les attaques récurrentes du FPR de 1990 à 1994 contre les centaines de milliers d’agriculteurs en fuite est largement édulcoré.

Mais comme si cela ne suffisait pas les déclarations médiatiques intempestives du président de la commission, le professeur Duclert, tournent en dérision le sérieux scientifique qu’il est censé incarner. Des soi-disant axiomes consacrant l’absence d’antagonisme ethnique dans la société rwandaise traditionnelle, des définitions non étayées telles que la “dictature raciste d’Habyarimana”, et enfin le quitus impeccable accordé au FPR, sont tous considérés comme des acquis indiscutables. Le président de la République aurait tort de se vanter de ce rapport et de s’en inspirer pour la conduite de sa diplomatie rwandaise. De même, je crains que le nombre étonnamment élevé de journalistes, d’universitaires et d’hommes politiques français qui rejoignent aveuglément le chœur de la propagande à Kigali, ne se rendent pas compte qu’ils mettent leur propre crédibilité en jeu.

L’indignation sélective a fait son temps

Ce constat peut sembler dur. Mais n’est-il pas grand temps de nous libérer d’une complaisance paralysante ? Tout comme nous nous montrions sévères à l’égard Habyarimana à l’époque, n’est-il pas temps à présent de demander à Kagame qu’il rende des comptes ? Les réalisations indéniables et louables du “Singapour de l’Afrique centrale” ne peuvent plus être invoquées à tout bout de champ. Surtout s’il s’agit de justifier le silence, l’étourderie ou l’indifférence face aux statistiques aseptisées, aux violations des droits humains et aux actions de déstabilisation dans la région des Grands Lacs, qui s’opèrent sous la responsabilité de l’homme fort de Kigali.

L’année dernière, j’avais écrit un article d’opinion indigné sur le silence de nos médias et de nos politiciens concernant la mort suspecte du chanteur de gospel Kizito, un Tutsi qui avait osé demander que la compassion pour la douleur s’étende également aux Hutus. Plus récemment, une mère tutsi de quatre enfants a très courageusement exprimé publiquement son “ras-le-bol” à propos d’un certain nombre d’abus commis au Rwanda aujourd’hui. Elle a été immédiatement menottée et emprisonnée. Depuis des années, des citoyens sont intimidés ou privés de leur liberté. Certains sont portés disparus, d’autres encore ont été assassinés, que ce soit au Rwanda ou à l’étranger.

Paul Rusesabagina fait actuellement l’objet d’un procès à Kigali. Sachant que la diplomatie du mégaphone n’est pas toujours la seule méthode efficace en la matière, j’ose croire que notre gouvernement gère avec sagesse la défense des droits et intérêts de ce compatriote et que notre Parlement s’engage également dans le débat.

Mais nous ne gagnerons ni compréhension ni respect en agissant de manière trop prudente. L’indignation sélective a fait son temps.

Je me demande d’ailleurs pourquoi le président du Conseil européen, Charles Michel, ne s’est pas exprimé en public à ce sujet après sa rencontre à Kigali avec le chef d’État rwandais, quelques jours après qu’une résolution largement soutenue du Parlement européen ait demandé un procès juste et équitable pour Paul Rusesabagina. Espérons qu’il l’ait fait pendant l’audience.

Je persiste à croire que la discrétion dont s’entoure la diplomatie a ses méthodes et ses raisons. Or, fermer les yeux n’est désormais plus possible. Les agendas et leurs acteurs doivent être démasqués. Tout le monde n’en est pas convaincu, mais beaucoup le sont. Il n’y a pas si longtemps, j’écrivais : “Après tout, ne nous sommes-nous pas trompés au sujet de Paul Kagame et de son Front patriotique rwandais (FPR) ? L’emballage habile et attrayant de nobles revendications (retour des réfugiés, démocratie, partage du pouvoir, droits de l’homme) qui se virent bien accueillies en 1990 par la communauté internationale, dont la Belgique, et par l’opposition interne, a servi à cacher ses véritables intentions : attirer tout le pouvoir à lui et le sécuriser d’une main de fer, donner libre cours aux ambitions interventionnistes au Congo…”

Dix-sept ans plus tard, nous devons continuer à insister sur la gravité du génocide et sur les souffrances indicibles de centaines de milliers de malheureuses victimes. Nous devons continuer à lutter contre la banalisation et la simplification extrêmes, afin que chaque Rwandais, sans distinction aucune, ait le droit de faire le deuil de ses prochains.

Une attitude de compassion authentique guidera également la recherche de la vérité, non seulement pour déterminer dans quelle pièce nous avons été amenés à jouer à l’époque, mais aussi pour nous libérer aujourd’hui des ambiguïtés, des présentations unilatérales et des simplismes polarisants.

Source: lalibre.be

Kabuga’s trial: his court – appointed lawyer refuses to communicate on the deteriorating health status.

Brussels, April 2nd, 2021

Press Release

We, the children of Felicien Kabuga are greatly discouraged by out father’s deteriorating health and the lack of information that is shared with us by his court-appointed lawyer, Emmanuel Altit.

On 1 April 2021, the Trial Chamber of the United Nations International Mechanism for Criminal Tribunals issued a decision refusing to dismiss Me. Altit as the lawyer for Felicien Kabuga. Felicien Kabuga had requested that Me. Altit be removed because he refused to share information on his medical condition, and the steps he is taking to protect Mr. Kabuga’s interests, with his children.

Donatien Nshimyumuremyi, the eldest son of Felicien Kabuga, said, “Our father’s health has been deteriorating since he arrived in The Hague and his lawyer, Emmanuel Altit, has not been in contact with our father or his children for more than two months, even after he had an accident within the detention unit and had to go through a major surgery. We feel that our father is being held hostage by his lawyer, who refuses to communicate with him or his family and is not defending him in his best interests.”

We have consulted several international criminal lawyers and have been advised that it is possible, with the consent of our father and the Trial Chamber, for our father’s lawyer to share information on his medical condition, and what he is doing about it, with us. The children have been primarily responsible for the care of their father during recent years and it has been very painful to be excluded by someone who is supposed to be looking out for our father’s best interest.

We note with great concern that our father remains hospitalized in The Hague for more than a month and is so weak and confused that the last status conference had to be only through writing because he was not able to appear. That means, as the lawyer had not seen him for a long time that our father is completely excluded from a proceeding deciding about his fate. He appears to be completely unfit to stand trial. To be without an advocate who can provide us proper information about our father, and what is being done to protect his health and rights, has been devastating. We fear that the lawyer is working with the authorities to put our father on trial regardless of his physical and mental conditions and that our father’s and our human rights are being violated.

We ask that the proceedings in our father’s case be conducted with greater transparency and that he be allowed to have a lawyer who he trusts and who we can be sure will look out for his best interests.

On behalf of Félicien Kabuga Family
Donatien Nshimyumuremyi