Daily Archives: June 10, 2021

Ils demandent l’institution de la journée nationale en l’honneur de l’opération Turquoise

C’est ce qu’on lit, notamment, dans la lettre que le Parti d’opposition rwandaise en exil, Ishema Party, a adressée au président français, Emmanuel Macron , le 08 juin 2021. L’objet de la lettre était de présenter leur point de vue quant à la démarche de normalisation des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. C’est cette démarche qui a occasionné la mise sur pied d’une commission d’enquête sur les archives avec l’objectif de donner la lumière sur ce qui aurait été le rôle de l’état français dans le génocide de 1994. La conclusion de cette enquête annoncée est que la France a des responsabilités accablantes mais que rien ne prouve sa complicité. La sortie du rapport de cette enquête a été suivie par la visite de Monsieur Macron à Kigali.

Tout en saluant cette volonté de normaliser les relations des deux pays après plus de deux décennies en brouille, notre parti considère que cette normalisation recherchée ne devrait pas se faire à n’importe quel prix”. Les leaders du Parti s’indignent du compromis apparent que les autorités françaises sont prêtes à faire pour gagner la confiance de l’état rwandais.

En effet, le Rwanda reste champion de non-respect et de violation des droits fondamentaux des citoyens.  Sans répéter le contenu des rapports des Organisations Non Gouvernementales internationales et des pays partenaires du Rwanda à l’instar des États-Unis d’Amérique, le régime de Kigali qui habituellement traitent les Hutus de citoyens de seconde classe, s’attaque finalement aux Tutsis qui se plaignent de cette injustice faite à l’encontre de leurs compatriotes Hutus. ” Et comme exemple, ils citent “le cas de Kizito Mihigo, le chantre assassiné dans sa cellule de garde à vue à Kigali est toujours d’actualité. Monsieur Karasira Aimable a été arrêté immédiatement après votre retour de Kigali comme si vous veniez de bénir en aval, cet acte de lâcheté.” se lamentent les dirigeants du Parti présidé par Madame Nadine Claire KASINGE.

La normalisation des relations entre les deux pays, à notre avis, ne se traduit pas par la réouverture du centre culturel français et de l’ambassade à Kigali, mais plutôt par l’effort de pacification, de réconciliation profonde entre les Rwandais, quitte à assumer le rôle d’un garant des accords entre les belligérants. Cela est possible seulement si toute la vérité est exposée et si on cesse de voir les Rwandais dans le miroir victimes-bourreaux. Ici, la vérité sur ce qui est bien connu comme élément déclencheur de la tragédie au Rwanda de 1994 a une importance capitale.  C’est ici que la France doit assumer sa responsabilité et inviter les autres pays à faire de même pour que cette vérité qu’on s’efforce d’ignorer soit reconnue et soit à la base d’un dialogue franc et sincère entre les Rwandais.”

Avant de clôturer leur lettre ouverte, les leaders du Parti demandent au président de résister fortement aux diffamations lancées contre les militaires de l’opération Turquoise, qui , selon eux , méritent une journée nationale en leur honneur.

“Les détracteurs et ennemis communs aux Rwandais et aux Français ont cherché à salir l’image de l’opération Turquoise et, au nom de la grandeur de votre pays, il vous revient de résister fortement à ces diffamations, rendre hommage aux troupes du Général Jean-Claude Lafourcade, en décrétant, à minima, un évènement annuel en leur honneur.”

Deux autres points importants son évoqués dans cette lettre, le génocide contre les Hutus et la justice pour le victimes des crimes du Front Patriotique Rwandais (FPR). Sur ce dernier point, une liste non-exhaustive de criminels suspects est présentée au chef de l’Etat français pour demander la coopération.

“Lors de votre conférence de presse à Kigali, vous avez aussi affirmé n’être au courant que d’un seul génocide. Que vous ne soyez pas informé du génocide contre les Hutus qui a débuté avec la guerre d’octobre 1990 et qui continue à nos jours, nous osons espérer que vous ne vous livrez pas à la bataille du négationnisme dont les conséquences vous poursuivront à jamais. Votre coopération pour que justice soit faite pour les victimes des crimes commis par le FPR vous ferait entrer dans l’histoire comme l’homme qui a milité pour la dignité humaine.”

L’intégralité de la lettre est accessible ci-dessous.

Emmanuel Macron annonce la fin de l’opération Barkhane au Sahel

5100 soldats français sont aujourd’hui déployés au Sahel pour lutter contre le djihadisme. Le chef de l’Etat a promis une transformation profonde de la présence militaire française, basée sur la coopération internationale.

5100 soldats français sont aujourd'hui déployés au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane. AFP/Philippe DESMAZES
5100 soldats français sont aujourd’hui déployés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane. AFP/Philippe DESMAZES 

L’annonce avait fuité quelques dizaines de minutes avant qu’elle ne soit officialisée. Le président français Emmanuel Macron vient d’acter la fin de l’opération antidjihadiste Barkhane, notamment au Mali, théâtre d’un nouveau coup d’Etat. Il s’agit d’une « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel, a précisé le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse. Celle-ci devrait être basée sur « une alliance internationale associant les États de la région ». Des consultations seront menées prochainement avec les américains et les européens pour un résultat « d’ici à la fin juin ».

Ces annonces s’inscrivent dans la volonté politique déjà esquissée par le chef de l’Etat de réduire à moyen terme la présence militaire française dans la zone. Il prône un « changement de modèle », pour « permettre une opération d’appui aux armées des pays qui le souhaitent et la mise en œuvre d’une alliance internationale concentrée sur la lutte contre le terrorisme ». Le détail de ces annonces devrait être dévoilé prochainement, dans le cadre de la coalition pour le Sahel.

« Evidemment la France n’a pas vocation à rester éternellement au Sahel (…). Il est vraisemblable qu’il faille adapter le dispositif Barkhane », déclarait pour sa part peu de temps avant le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, en déplacement à Abidjan, sans plus de précisions. L’engagement militaire français au Sahel était au menu d’une réunion du Conseil de défense mercredi. Paris déploie quelque 5100 soldats contre les djihadistes affiliés au groupe Etat islamique (EI) et à Al-Qaïda, un soutien de taille aux armées affaiblies des Etats du Sahel qui peinent à les combattre seules.

Ag Ghali, objectif numéro un

Mi-février, lors d’un sommet à N’Djamena avec les partenaires du G5 Sahel (Tchad, Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie), le président français avait repoussé la décision attendue d’entamer le retrait de Barkhane, tout en confirmant une évolution « au-delà de l’été ». Il avait alors promis « une action renforcée » pour « essayer d’aller décapiter les organisations » liées à Al-Qaïda et l’EI. La France a engrangé des succès tangibles contre l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et les organisations affiliées à Al-Qaïda regroupées au sein du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), sans enrayer toutefois la spirale djihadiste.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2022, cet effort militaire de longue haleine suscite aussi des interrogations croissantes en France, alors que 50 soldats ont été tués au combat depuis 2013. Le chef du GSIM, Iyad Ag Ghaly, responsable de très nombreuses attaques au Burkina, au Mali et au Niger, apparaît désormais comme l’objectif prioritaire de Barkhane. « Clairement, aujourd’hui, c’est Iyad Ag Ghali qui est la priorité numéro une (…). Pour nous c’est la personne qu’il faut absolument réussir à capturer, voire neutraliser si ce n’est pas possible de le capturer, dans les prochains mois », soulignait le commandant des opérations spéciales, le général Eric Vidaud, le 3 juin sur la chaîne France 24.

La situation s’est compliquée ces dernières semaines avec la mort brutale du président Idriss Déby au Tchad, et surtout le deuxième coup d’Etat en neuf mois au Mali, pays central de l’opération Barkhane. Les soubresauts politiques au Mali soulèvent d’autant plus la question de la présence française qu’une partie des dirigeants maliens souhaitent entamer un processus de négociation avec certains groupes djihadistes, une démarche à laquelle Paris est opposée.

Appel aux Européens

La France a déjà annoncé le gel de ses opérations conjointes avec l’armée malienne pour condamner le coup d’Etat et soutient les pressions internationales exercées par la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et l’Union africaine pour pousser les autorités maliennes à organiser une transition vers un pouvoir civil et des élections en 2022.

L’opération Barkhane dispose de plusieurs bases au Mali dont certaines pourraient être fermées à moyen terme, selon deux sources. A l’horizon 2023, les effectifs français devraient tourner autour de 2500 personnes selon l’une de ces sources. Deux d’entre elles ont aussi évoqué un éventuel sommet des différents pays européens pour discuter de l’avenir de l’engagement militaire au Sahel. Paris compte sur l’« internationalisation » de l’effort d’accompagnement au combat des forces locales, sous-équipées et sous-entraînées.

La France mise tout particulièrement sur la montée en puissance du groupement de forces spéciales européennes Takuba, qu’elle a initiée et qui rassemble aujourd’hui au Mali 600 hommes dont une moitié de Français, ainsi que quelques dizaines d’Estoniens et de Tchèques et près de 140 Suédois. L’Italie a promis jusqu’à 200 soldats, le Danemark une centaine et plusieurs autres pays, dont la Grèce, la Hongrie ou encore la Serbie, ont exprimé leur intérêt. Mais après le second coup d’Etat en mai au Mali, la France a pour l’heure gelé cette mission d’accompagnement au combat des forces armées maliennes.

AFP