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Joseph MATATA écrit à Jeannette KAGAME (2)

Lettre ouverte à Son Excellence Madame Jeannette KAGAME (envoyée mardi 07 juillet 2020)

En tant que coordinateur du CLIIR, je suis dans l’obligation de vous envoyer ma seconde lettre sur la souffrance du peuple rwandais.

Un jour votre mari a fait un discours de mépris contre une de ses victimes, le défunt président Habyarimana. Il s’est exprimé en ces mots en kinyarwanda :

« Bati dufite urutonde rw’abanyarwanda tugomba gucira urubanza bahanuye indege. Mu ndege harimo iki ? Muri iyo ndege harimo iki, kigomba kwica abanyarwanda miliyoni ? » Son discours, qui traduit également son mépris vis-à-vis de toutes les victimes du génocide rwandais, se résume en français comme suit : « ils nous ont dit qu’ils avaient une liste de rwandais à traduire en justice pour avoir abattu l’avion. Dans l’avion, il y avait quoi? Dans cet avion qu’est-ce qu’il y avait qui pouvait justifier le massacre d’un million de rwandais ? » Je vous demande d’aider votre mari à prendre conscience que c’est l’attentat terroriste du 06 avril 1994 et l’infiltration des commandos du FPR dans les milices Interahamwe et CDR qui ont déclenché le génocide de 1994. Ces commandos du FPR qui ont participé aux massacres avaient été formés par les meilleurs instructeurs militaires et cadres politiques du FPR-Inkotanyi. Ces infiltrés du FPR ont supervisé des massacres sur plusieurs barrières partout dans le pays. Le Sénateur Tito Rutaremara l’a confirmé à Kigali le 13/04/2020 et s’en vanté à la Rwanda TV. Le chiffre de plus de 3.500 cellules clandestines du FPR dispersées sur tout le territoire rwandais, a été cité le 02 mai 1997 par M. Tito RUTAREMARA, qui venait de reconnaître pour la première l’existence de ces infiltrés du FPR dans tous les milieux lors d’une conférence-débat organisée par le Parti du Travail Belge (PTB) à Bruxelles.

Pour cacher la vérité sur cette participation des infiltrés du FPR au génocide, votre mari Kagame a mis en place un régime totalitaire de terreur qui contrôle et paralyse toutes les institutions officielles du Rwanda. Les spécialistes décrivent tout régime totalitaire comme suit :

« Les régimes totalitaires méprisent la raison et n’accordent aucune valeur à la vie humaine. Ils ne font aucun effort pour évaluer les conséquences de leur idéologie et de leurs activités. Ils méprisent également la liberté intellectuelle, l’essor des connaissances et le respect de la justice. Le mépris des dirigeants pour les individus au service d’un idéal aveugle conduit également à n’accorder aucune valeur à l’autre, et par extension à la vie humaine.

Ceux qui sont au service des dictateurs et en exécutent les ordres sont souvent frappés du même aveuglement et du même mépris de la vie humaine. Comme l’explique Todorov, tous les régimes extrémistes se servent du principe : « Qui n’est pas pour moi est contre moi », mais seuls les régimes totalitaires ajoutent : « Et qui est contre moi doit périr ». Ce qui caractérise plus spécifiquement le totalitarisme est que cet ennemi se trouve à l’intérieur même du pays, et que l’on étend le principe de guerre aux relations entre groupes de compatriotes.

Les systèmes totalitaires renoncent à l’universalité et divisent l’humanité en êtres supérieurs (leurs  partisans) et en êtres inférieurs (leurs opposants qui doivent être punis, voire éliminés).

C’est le régime qui détient la mesure du bien et du mal et décide de la direction dans laquelle la société doit évoluer.

L’Etat doit contrôler l’intégralité de la vie sociale d’un individu : son travail, son lieu d’habitation, ses biens, l’éducation de ses enfants, et même sa vie familiale et amoureuse.

Cette totale mainmise lui permet d’obtenir la soumission de ses sujets : il n’y a plus de lieu où ils pourraient s’abriter et lui échapper ».

C’est ce mépris de la raison, ci haut décrit, qui caractérise la plupart des discours de votre mari, le président Paul Kagame. Et c’est pour cette raison que personne dans l’assistance n’a répondu à sa question stupide de savoir « ce qu’il y avait dans l’avion ». Pourquoi n’ont-ils pas répondu ?

Tout d’abord, parce que Kagame savait très bien que dans l’avion présidentiel abattu, il y avait deux présidents de la République qui étaient tous deux Hutus. Il y avait aussi un bon nombre de leurs collaborateurs qui ont péri dans ce cet assassinat destiné à créer le chaos par l’écroulement de l’ordre public. Ensuite, c’est parce que les opprimés préfèrent garder le silence. Mais tout silence parle. Surtout le silence de l’offensé. Car ce silence a cette capacité insondable de pulvériser, ne serait-ce qu’un instant, la violence de l’offenseur. Devant l’injure, la calomnie, la médisance, le silence a valeur d’éternité.

Ce jour-là, le silence des opprimés du Rwanda n’a pas attiré l’attention de votre mari très arrogant. Ils ne pouvaient pas oser blesser son orgueil et son prestige d’avoir déclenché la descente aux enfers du peuple rwandais. Ce silence peut traduire soit le respect soit la crainte de l’agressé vis-à-vis de l’agresseur.

Parce que ce dernier sait absolument qu’il écrase, piétine, flagelle…

L’offensé, malgré l’affront qui lui est fait, en se taisant révèle, à celui qui le blesse sa propre blessure et peut le soigner mystérieusement.

Le silence de l’opprimé, alors, a cette vertu étrange de révéler la compassion insondable qu’on porte à un être profondément blessé. Car votre mari est un grand blessé de l’exil forcé qu’il a vécu. Mais aujourd’hui vous devez l’aider à dialoguer où alors à se suicider par le feu ou par un nouvel exil. A méditer !

L’histoire tragique de votre mari explique en partie ses profondes blessures. Comme il refuse tous les soins et les conseils dont il a besoin pour cesser d’humilier et de faire souffrir des millions de citoyens rwandais, je compte sur Vous, en tant que son épouse qui connaît le Rwanda d’avant 1990 pour l’aider à dialoguer d’urgence avec ses opposants avant qu’il ne soit trop tard.

Ma présente lettre vous explique que son système totalitaire impitoyable mis en place depuis l’assassinat du Général Fred Rwigema le 02/10/1990 ne suffit plus à lui assurer l’impunité. Seul le dialogue urgent et l’héritage de réconciliation du martyr Kizito MIHIGO peuvent l’aider à échapper à la justice pour ces nombreux crimes commis en Uganda, au Kenya, au Rwanda, au Burundi et en République Démocratique du Congo (RDC). Pouvez-vous mesurer l’ampleur de ses crimes organisés dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs (RAGL) ?

Pour approfondir le contenu de ma présente lettre, je vous transmets, en annexe, les conseils de sagesse que Sa Sainteté le Dalaï Lama donne « A Ceux qui font souffrir les autres ». Même lorsqu’ils ont été blessés dans leur passé comme s’est arrivé à votre époux, les oppresseurs doivent savoir que « Plus on fait souffrir les autres plus on accumule les causes de sa propre souffrance. En outre, comme on nuit à la société, on nuit doublement à soi-même ».

Je vous supplie de faire soigner votre mari et d’atténuer ses souffrances qui le maintiennent dans la violence extrême contre des opposants pacifiques. Les Conseils du Dalaï Lama ne manqueront pas de vous inspirer. Un des remèdes très efficaces serait par exemple de rencontrer et de dialoguer d’urgence avec ses opposants politiques pacifiques. Plutôt que de les menacer de toutes sortes de punitions, alors qu’ils ne font qu’exercer leurs droits et leurs libertés reconnus par la Constitution rwandaise et les autres lois en vigueur au Rwanda.

Continuer à les présenter comme des « terroristes » est un gros mensonge qui ne tient plus la route devant l’opinion publique. Si votre mari estime qu’il a fait taire le peuple et muselé les journalistes depuis 26 ans, je Vous rappelle que « devant l’injure, la calomnie, la médisance, le silence a valeur d’éternité. »

Jusqu’au moment opportun où le peuple rwandais reprendra sa liberté.

Je vous prie d’agréer l’assurance de ma considération très distinguée.

Fait à Bruxelles, mardi le 07 juillet 2020

Pour le CLIIR, MATATA Joseph, Coordinateur (GSM :+32 476701569)

Joseph MATATA écrit à Madame Jeannette KAGAME

Lettre ouverte à Son Excellence Madame Jeannette Kagame

En ma qualité de coordinateur du CLIIR, je me permets de vous adresser ce cri d’alarme pour vous demander de sauver notre maison, le Rwanda, car elle est en train de brûler. Et ce depuis les 26 ans de pouvoir du régime totalitaire mis en place par un petit noyau de chefs militaires regroupé autour de votre mari, Son Excellence le président Paul KAGAME. Je m’adresse à Vous parce que vous êtes une mère au même titre que Madame Victoire INGABIRE Umuhoza qui est rentrée au Rwanda le 16 janvier 2010. Cette femme, dont les qualités humaines et la compassion équivalent celle de Madame INYUMBA Aloysie, a été accueillie par la violence de votre mari et a passé Huit en prison. Cette brutalité du régime ne l’a pas ébranlée. Au contraire, pendant son séjour dans les « quatre murs » des prisons 1930 et Mageragere, elle a même réussi à redonner l’espoir au peuple rwandais opprimé et terrassé par la terreur d’Etat et l’injustice entretenues par votre mari.

Si j’ai choisi de vous écrire aujourd’hui ce 05 juillet, c’est qu’il s’agit d’une date « maudite » à laquelle deux généraux ont pris le pouvoir par la force avant de le perdre pour le Général Habyarimana dont le régime dictatorial a perdu la guerre les 04 et 05 juillet 1994. Pour appuyer ma présente lettre, je vous transmets quelques extraits de deux livres écrits par des « êtres de lumière » issus de deux confessions religieuses différentes, mais dont le dénominateur commun est l’Amour de l’autre qui favorise le dialogue et la compassion envers tous les êtres humains. Il s’agit des livres suivants :

La Colère : Transformer son énergie en sagesse » écrit par le Vénérable Thich Nhat Hanh, un maître bouddhiste « Ma religion, c’est l’amour » écrit par le prêtre catholique Guy Gilbert qui s’occupe des jeunes en difficulté en France.

Cette lettre m’a été surtout inspirée par le discours de votre mari prononcé le 10 décembre 2012 et dans lequel il a fait l’éloge de feu Honorable Aloysie INYUMBA née le 28 décembre 1964 et décédée le 06 décembre 2012. Cette courageuse fondatrice et Trésorière de l’UMURYANGO du FPR-Inkotanyi a été terrassée et emportée par un cancer de la gorge à l’âge de 48 ans. En cette Journée mondiale des droits de l’homme du 10 décembre 2012, Madame INYUMBA a eu droit au plus grand éloge présidentiel au cours duquel votre mari a reconnu les nombreuses qualités humaines qui ont caractérisé cette « UMUKADA » (cadre politique) connue pour sa générosité, sa compassion, son esprit de sacrifice et ses talents de médiatrice hors du commun. Selon ceux qui l’ont connue, Mme INYUMBA a toujours réussi à privilégier la tolérance et à rétablir le dialogue dans des situations les plus désespérées.

Je reviendrai sur ce discours très élogieux du président Kagame dans mes prochaines lettres que je vous adresserai en ma qualité de chrétien ordinaire.

Je vous propose d’écouter également sur Youtube l’interview très intéressante de Monsieur Gilbert MWENEDATA à la chaîne Radio TV Ku Mugaragaro. Dans son discours destiné surtout aux jeunes générations dont il fait partie, Mwenedata parle de son parcours politique exemplaire. Ce rescapé tutsi et chef du parti politique dénommé IPAD-Rwanda (Initiative du Peuple pour l’Alliance Démocratique). A la suite du rejet de sa candidature aux élections présidentielles de 2017 et suite aux multiples menaces, il a été contraint de fuir son pays. Parmi les conseils qu’il a donnés, M. Mwenedata a recommandé aux gens incapables de construire une société juste et paisible de NE PAS faire des enfants.

Puisque votre couple présidentiel a des enfants, ce discours pourrait vous faire réfléchir sur l’avenir de vos propres enfants. Vous souhaitez, comme tous les parents, vivre assez longtemps pour voir vos petits-enfants et probablement vos arrières-petits-enfants. Et c’est ce bonheur que je vous souhaite sans hypocrisie.

Selon l’écrivain et philosophe français, Albert Camus, « Les gouvernements, par définition, n’ont pas de conscience ». Les institutions onusiennes, européennes ou autres éprouvent probablement le même problème de conscience. C’est pourquoi, je m’adresse à Vous en votre qualité d’épouse du Président Kagame. Vous êtes une personne en chair et en os et vous êtes doté de conscience qui vous permet d’assumer vos responsabilités. Je ne doute pas de votre capacité d’être le cœur de votre foyer (umutima w’urugo rwanyu). Je compte sur votre bonté humaine et votre conscience pour éteindre le feu de la colère de votre époux qui veut continuer à faire éliminer physiquement ses opposants en toute impunité. Après l’assassinat de « Mutagatifu » Kizito MIHIGO, le peuple rwandais n’a plus besoin d’autres martyrs en la personne des opposants politiques et pacifiques tels que Mlle Diane RWIGARA, Mme Victoire INGABIRE, M. Bernard NTAGANDA, M. Déogratias MUSHAYIDI, Dr Théoneste NIYITEGEKA et tous les autres opposants qui croupissent arbitrairement dans les prisons mouroirs du Rwanda. Je vous demande d’éteindre le feu de sa colère pour sauvegarder notre pays avant qu’il soit trop tard. Nous ne voulons plus de guerre civile dans notre pays. Le peuple a assez souffert depuis le déclenchement de la guerre en octobre 1990.

« Vivre, ce n’est pas se résigner » selon Albert Camus. La résignation du peuple rwandais dure depuis 26 ans. Je vous informe que ce peuple est au bord de la révolte parce que tous ses droits et ses libertés sont bafoués. Vous pouvez vous rappeler les qualités humaines de Mme INYUMBA Aloysie énumérées par votre époux le 10/12/2012 devant les autres sénateurs venus pour son inhumation. Pourquoi votre époux ne pourrait-il pas marcher sur les pas de cette femme tant appréciée ?

Vous avez le devoir de sauvegarder notre maison : le Rwanda. « Si l’incendie ravage votre maison, la chose la plus urgente à faire est de tenter de l’éteindre, et non de courir après celui que vous croyez être responsable. Si vous le pourchassez, les flammes réduiront votre maison en cendres. Il ne serait pas sage d’agir ainsi. Vous devez absolument tout faire pour l’éteindre. De même, lorsque vous êtes en colère, en continuant à vous disputer avec l’autre personne, en cherchant à la punir, vous agissez exactement comme celui qui court après l’incendiaire pendant que sa maison est dévorée par les flammes », nous conseille le vénérable Thich Nhat Hanh. Vous avez intérêt à éteindre le feu de colère de votre mari et à lui conseiller de dialoguer avec ses opposants plutôt que de terroriser le peuple. Je vous transmets en annexe les extraits des deux livres ci-haut cités pour renforcer le message contenu dans ma présente lettre. Je vous supplie d’atténuer les souffrances qui maintiennent votre mari dans la violence extrême. La méthode de l’Abbé Guy Gilbert peut vous inspirer.

Je vous prie d’agréer l’assurance de ma considération très distinguée.

Fait à Bruxelles, le 05 juillet 2020

Pour le CLIIR, MATATA Joseph, Coordinateur (GSM 0476701569)

CLIIR* : Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda est une association de défense des droits humains basée en Belgique, créée le 18 août 1995. Ses membres sont des militants des droits humains de longue date. Certains ont été actifs au sein d’associations rwandaises de défense des droits humains et ont participé à l’enquête CLADHO/Kanyarwanda sur le génocide de 1994. Lorsqu’ils ont commencé à enquêter sur les crimes du régime rwandais actuel, ils ont subi des menaces et ont été contraints de s’exiler à l’étranger où ils poursuivent leur engagement en faveur des droits humains.

Pour lire l’intégralité de la lettre.