Depuis l’ouverture du procès du Dr Eugène Rwamucyo devant la Cour d’assises de Paris, deux procès semblent se dérouler en parallèle. Le premier se tient dans la salle d’audience, où magistrats, jurés, avocats, experts et témoins confrontent leurs arguments conformément aux règles du débat contradictoire. Le second se joue dans l’espace médiatique, où se construit progressivement la perception de l’opinion publique.
Pour de nombreux observateurs présents aux audiences, ces deux réalités ne coïncident pas toujours.
Nous sommes la famille du Dr Rwamucyo. Et aujourd’hui, nous faisons appel à votre générosité pour soutenir notre père dans le combat qu’il mène pour la vérité et la justice sur l’histoire du Rwanda. Il a toujours souhaité depuis le début de la guerre au Rwanda et dans la région des grands lacs, un retour à la paix et au vivre ensemble des peuples.
Fervent défenseur de la paix et de la réconciliation du peuple rwandais, ce médecin d’origine rwandaise, spécialiste en médecine du travail, hygiène, toxicologie environnementale et industrielle ; est également un mari et un père de famille.
Depuis plus de 30ans, il fait face à des accusations infondées et à un harcèlement moral, psychologique, politique et socio-professionnel sans précédent. En 2010, il a perdu son emploi de médecin du travail au Centre Hospitalier de Sambre-Avesnois à Maubeuge, France. Et de là, commencera le calvaire de sa carrière professionnelle, qui continue à ce jour. Le Dr Rwamucyo n’a pas pu exercer son métier depuis plus de 10ans maintenant; car à chaque poste où il fut engagé, il fut presqu’aussitôt remercié, vu que ses accusateurs (en la personne des associations au service du régime Rwandais) mettent la pression aux employeurs, le traitant de génocidaire.
Depuis plus de 10ans, il subvient tant bien que mal aux frais d’avocats et à sa famille avec le soutien indéfectible de certains d’entre vous. D’ailleurs, nous vous en remercions du fond du cœur. Cependant, l’acharnement politique et judiciaire ne faiblit pas et un procès aux assises demande encore plus de moyens, notamment financiers. C’est pourquoi, pour pouvoir assurer sa défense contre la machine d’un régime qui ne résigne pas sur ses moyens, nous faisons appel à votre soutien financier, moral et social.
À travers lui c’est toute une partie du peuple rwandais qui est jugée. Ensemble croyons encore que la vérité finira par triompher et agissons pour cela.
Entre violences physiques, répression politique et torture morale par la justice : éléments de réflexion à partir de la situation rwandaise et des procédures internationales
Introduction
La Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, célébrée chaque 26 juin sous l’égide des Nations Unies, rappelle le caractère absolu de l’interdiction de la torture en droit international. La Convention des Nations Unies contre la torture prohibe non seulement les violences physiques, mais également les traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris lorsqu’ils prennent la forme de pressions psychologiques ou de souffrances mentales prolongées.
Au-delà de la torture physique, de nombreux rapports d’organisations internationales, d’experts indépendants et de défenseurs des droits humains mettent en évidence des formes plus diffuses de violence, telles que les détentions arbitraires prolongées, les procédures judiciaires excessivement longues, les pressions psychologiques ou encore certaines pratiques de répression politique transnationale. Ces situations invitent à une réflexion plus large sur les différentes formes de souffrance susceptibles de porter atteinte à la dignité humaine.
Le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo, ancien médecin rwandais de Butare âgé de 67 ans, connaît un développement majeur devant la cour d’assises de Paris. En appel, le principal témoin à charge de l’accusation est revenu et a affirmé de manière catégorique que le Dr Rwamucyo était innocent.
Devant la cour, ce témoin a affirmé avoir été contraint – dans la phase d’instruction au Rwanda – d’accuser faussement le Dr Rwamucyo, et a déclaré qu’il souhaitait désormais rétablir la vérité, même si cela devait lui coûter sa sécurité. Il a soutenu que l’innocence de l’ancien médecin était évidente à ses yeux et que les accusations formulées contre lui avaient été construites sur des mensonges imposés par le régime de Kigali.
Le témoin a décrit un système de coercition reposant sur des menaces, des violences et un encadrement destiné à produire des témoignages conformes à une version prédéfinie des faits. Il a désigné nommément Karenzi Théoneste, fonctionnaire de l’État rwandais, comme l’un des responsables du « coaching » et de la fabrication de faux témoignages dans cette affaire. Selon ses déclarations, celui-ci l’aurait menacé de mort afin qu’il maintienne ses accusations contre le Dr Rwamucyo.
À la suite de vos récentes déclarations sur votre compte X à mon endroit, il m’apparaît nécessaire de revenir sur un point fondamental qui demeure sans réponse et qui mérite d’être porté à la connaissance de tous.
Vous m’accusez d’être un « tueur de renom ». Une question simple s’impose alors : comment un homme que vous présentez comme un criminel de cette envergure a-t-il pu échapper à la justice rwandaise ? Qu’est-il donc arrivé entre 1997, année de mon retour au pays, et 2005, année de mon deuxième exil ? Pendant ces huit années, les institutions judiciaires du Rwanda étaient-elles inexistantes ? Ou bien n’existait-il tout simplement aucun élément permettant de soutenir de telles accusations ?
Vous qui évoquiez récemment une grâce présidentielle qui m’aurait été accordée, qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à affirmer que « rira bien qui rira le dernier » ? De quoi s’agit-il exactement ? D’une menace, d’une promesse ou d’un aveu que la vérité et la justice ne suffisent plus et qu’il faut désormais se réfugier dans les insinuations ?
Lettre ouverte à Monsieur Jean Damascène BIZIMANA Ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique République du Rwanda
Objet : Demande d’excuses publiques suite à des propos diffamatoires, mensongers et haineux tenus publiquement à mon encontre
Monsieur le Ministre,
Je me vois dans l’obligation de réagir publiquement aux propos particulièrement graves que vous avez tenus à mon encontre lors de votre discours prononcé à l’occasion de la commémoration du génocide sur le site de Gashirabwoba, à Cyangugu — aujourd’hui Province de l’Ouest — le 2 mai 2026.
Le 12 juin 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni pour examiner l’avenir du Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des tribunaux pénaux (MIRCT), héritier des tribunaux pénaux internationaux pour le Rwanda (TPIR) et pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Derrière les discussions techniques sur le sort des détenus et la conservation des archives se cache une question fondamentale : celle de la cohérence des principes qui doivent guider la justice internationale.
À cet égard, la position défendue par la France soulève de sérieuses interrogations.
Concernant le Rwanda, Kigali a demandé à accueillir sur son territoire les personnes condamnées par le TPIR ainsi que les archives du tribunal. La France semble disposée à soutenir, ou du moins à ne pas s’opposer à cette demande. Pourtant, les archives du TPIR ne constituent pas de simples documents administratifs. Elles représentent l’un des patrimoines judiciaires les plus importants du continent africain. Elles contiennent des milliers de témoignages, de pièces à conviction, d’analyses et de décisions qui documentent non seulement le génocide de 1994, mais également l’ensemble du contexte politique et militaire de l’époque.
Cette deuxième journée a été marquée par les interventions de plusieurs témoins experts issus de différents domaines. Le premier, spécialiste de l’analyse du comportement humain, était appelé à partager son évaluation de l’état psychosocial du Dr Rwamucyo, avec lequel il avait eu plusieurs échanges au cours de la phase d’instruction.
Les deuxième et troisième témoins ont particulièrement retenu notre attention.
M. Alain Verhaegen, qui se présente comme spécialiste de la coopération au développement, a relaté ses différents séjours au Rwanda. Sans la moindre gêne, il a reconnu avoir, à certaines occasions, pénétré clandestinement sur le territoire d’un État souverain. Une question se pose dès lors : une personne qui ne respecte pas la souveraineté d’un pays respecte-t-elle réellement les principes qu’elle prétend défendre ? Chacun appréciera.
Le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo s’est ouvert devant la Cour d’assises de Paris. Cette première journée a été consacrée à la constitution de la Cour, à l’examen de plusieurs questions de procédure et à l’audition des premiers témoins de contexte.
Une Cour d’assises adaptée aux procès relevant de la compétence universelle ?
La journée a débuté par la sélection de neuf jurés titulaires et cinq jurés suppléants qui siégeront aux côtés de trois magistrats professionnels.
Cette étape relance une question fondamentale : les cours d’assises françaises sont-elles l’institution la plus adaptée pour juger des crimes commis à l’étranger dans le cadre de la compétence universelle ?