Fermetures d’usines, interdictions successives, destruction de produits et exposition médiatique de suspects : l’offensive contre les boissons alcoolisées soulève des interrogations sanitaires, juridiques et économiques. Elle intervient en outre dans une période où le président Paul Kagame est absent de la scène publique nationale.
Le Rwanda connaît depuis plusieurs semaines une offensive spectaculaire contre certaines boissons alcoolisées. Des produits ont été interdits ou retirés du marché, des unités de production fermées et des personnes soupçonnées d’infractions présentées devant les médias.
La justification sanitaire mérite d’être prise au sérieux. Selon les chiffres du ministère de la Santé cités par la Police nationale rwandaise lors du lancement de la campagne près de 50 décès auraient été enregistrés entre janvier et juin 2026 à la suite de la consommation de boissons contenant des substances toxiques.
L’État a donc le devoir d’agir lorsque des produits représentent effectivement un danger. Mais la légitimité de l’objectif sanitaire n’exonère pas les pouvoirs publics de leurs obligations de transparence, de proportionnalité et de respect des droits.
Deux siècles après l’abolition de la justice d’exception révolutionnaire, le procès du Dr Eugène Rwamucyo ravive une question fondamentale : la justice juge-t-elle encore sur des preuves, ou le soupçon, le contexte et la présomption peuvent-ils suffire à emporter une condamnation ?
Le décret des suspects est mort en 1793. Mais la logique du suspect a-t-elle survécu dans nos tribunaux ?
Je ne suis pas juriste. Je ne suis ni avocat, ni magistrat, ni professeur de droit. Je suis simplement un électron libre, un homme qui revendique le droit de questionner, de douter et de réfléchir. Je suis un libre penseur et, surtout, un défenseur de la liberté et des droits humains.
C’est précisément à ce titre que je pose une question qui peut déranger : Que devient une justice lorsque la suspicion finit par prendre la place de la preuve ? Le décret du 17 septembre 1793, communément appelé « décret des suspects », appartient à une période particulièrement sombre et exceptionnelle de l’histoire révolutionnaire française. Il permettait de désigner comme suspects des individus considérés comme hostiles à la Révolution, sur la base notamment de leur comportement, de leurs relations ou de leur situation. Cette logique était celle d’un temps de guerre civile et de Terreur.
Dans son rapport 2026, Freedom House maintient le Rwanda parmi les pays « Not Free », avec seulement 21/100 et des notes nulles sur plusieurs piliers de la démocratie : alternance politique, liberté de la presse, expression citoyenne et indépendance de la justice.
Le Rwanda continue de projeter sur la scène internationale l’image d’un pays stable, sécurisé, moderne et économiquement performant. Pourtant, derrière cette vitrine, les évaluations portant sur les libertés politiques dressent un tableau beaucoup moins favorable. Dans son rapport Freedom in the World 2026, Freedom House classe une nouvelle fois le Rwanda parmi les pays « Not Free », c’est-à-dire « non libres », avec un score de seulement 21 points sur 100.
Dans le détail, le pays obtient 7 points sur 40 pour les droits politiques et 14 sur 60 pour les libertés civiles. Son score reste identique à celui de 2025, ce qui montre que le problème ne relève pas d’une dégradation passagère, mais d’une situation qui s’inscrit dans la durée. Freedom House reconnaît d’ailleurs la stabilité et la croissance économique du Rwanda, tout en affirmant que le gouvernement continue de réprimer la dissidence politique, notamment par la surveillance, l’intimidation, les détentions arbitraires et la torture. L’organisation évoque également des transferts forcés ou assassinats présumés de dissidents vivant à l’étranger.
Une récente publication de l’économiste rwandais David Himbara remet sous les projecteurs les relations controversées entre l’État rwandais, le Front patriotique rwandais (FPR) et son puissant conglomérat économique, Crystal Ventures Limited (CVL). Au centre du dossier : un projet d’infrastructures de 404,7 millions de dollars conclu avec la Ville de Kigali et dont la mise en œuvre a suscité d’importantes observations des organes de contrôle.
Le 5 octobre 2020, la Ville de Kigali a conclu avec Crystal Ventures un protocole de préfinancement d’une durée de dix ans, portant sur 404 725 673 dollars hors TVA. Le Kigali Infrastructure Project (KIP) devait notamment permettre la construction ou la modernisation de plus de 200 kilomètres de routes dans la capitale.
Mais Crystal Ventures n’est pas une entreprise comme les autres. Ce puissant conglomérat est associé au FPR, le parti qui gouverne le Rwanda depuis plus de trois décennies sous la direction de Paul Kagame. Dès lors, une question de gouvernance se pose : quelles garanties d’indépendance et de concurrence existent lorsqu’une institution publique conclut un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars avec une entreprise liée au parti qui contrôle cette même institution ?
Une enquête intitulée The influence operation we aren’t supposed to know about, réalisée par Michela Wrong et James O’Kong’o, apporte des éléments troublants sur l’existence d’un dispositif organisé d’influence sur les réseaux sociaux au Rwanda. Selon les auteurs, une erreur administrative aurait rendu accessible un tableur Google détaillant les noms, numéros de téléphone, comptes X, équipements et budgets concernant neuf opérateurs numériques financés par l’État.
Le document, créé en janvier 2024, intervient dans un contexte de pressions internationales croissantes sur Kigali concernant son soutien présumé au M23 dans l’est de la RDC. Les journalistes disent avoir analysé environ 60 000 publications sur X, en anglais, français, kinyarwanda et kiswahili.
Selon leur analyse, plusieurs méthodes se dégagent : contester les accusations visant Kigali, mettre en cause la crédibilité de ses détracteurs, amplifier les documents officiels et introduire des contre-récits favorables aux positions gouvernementales.
La réaction virulente de Kigali révèle les enjeux d’un protocole qui replace, pour la première fois, la question des réfugiés hutu et les dimensions politiques du dossier des FDLR au cœur du processus de paix dans les Grands Lacs.
La publication d’un protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement conclu entre le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), suivie de la lettre d’adhésion signée par le président par intérim des FDLR, Victor Byiringiro, a suscité une réaction particulièrement vive des autorités rwandaises. Sur le réseau X, le ministre des Affaires étrangères, Olivier J.P. Nduhungirehe, a rejeté ce qu’il qualifie de « prétendu protocole », estimant qu’il est contraire aux Accords de Washington. Selon lui, les FDLR ne sont pas une partie aux accords mais uniquement leur objet, et la RDC chercherait ainsi à se soustraire à son obligation de neutraliser militairement ce mouvement.
La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a adopté la même ligne. Elle a affirmé que ce protocole était incompatible avec les engagements de Washington et qu’il traduisait, selon Kigali, la poursuite d’une collaboration entre Kinshasa et les FDLR. Pour les autorités rwandaises, toute démarche susceptible d’accorder une forme de reconnaissance politique au mouvement constitue un détournement de l’objectif prioritaire du processus de paix, à savoir sa neutralisation. Cette convergence de communication illustre la tentative de Kigali de délégitimer l’initiative congolaise auprès de ses partenaires internationaux.
J’ai toujours été de ceux qui pensent que le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo n’a jamais disposé du temps nécessaire pour mettre pleinement en œuvre le programme pour lequel il a été élu. Et cela vaut, selon moi, pour ses deux premiers mandats.
Pourquoi ?
Dès son accession au pouvoir en 2019, des contestations ont entouré les résultats de l’élection présidentielle. Certains ont soutenu que Martin Fayulu était le véritable vainqueur du scrutin. Au fil des années, des accusations d’accord politique entre Félix Tshisekedi, Joseph Kabila et Corneille Nangaa ont également alimenté le débat public. Lorsque ce dernier a rejoint par la suite la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, beaucoup y ont vu une confirmation de leurs analyses. Chacun est libre de son interprétation.
Une chose est certaine : le premier mandat du président Tshisekedi a été marqué par une cohabitation politique particulièrement complexe. Beaucoup ont eu le sentiment que le pouvoir restait largement influencé par l’ancien président Joseph Kabila. Les conseils des ministres parallèles et les consultations régulières à Kingakati ont nourri cette perception.
En adhérant au protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement, les FDLR annoncent leur disponibilité à dissoudre le mouvement. Une décision qui pourrait rebattre les cartes des accords de Washington et transformer les rapports entre la RDC, le Rwanda et les États-Unis.
L’annonce de l’adhésion des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) au protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement par la sensibilisation constitue l’un des développements les plus significatifs depuis la signature des accords de Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, sous la médiation des États-Unis.
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La nomination de Nicholas Checker comme nouvel ambassadeur des États-Unis au Rwanda constitue bien plus qu’un simple changement de représentation diplomatique.
Proposé par le président Donald Trump le 21 juillet 2026, Checker est un diplomate de carrière dont le parcours se distingue par plus d’une décennie passée au sein de la Central Intelligence Agency (CIA) avant son retour au Département d’État. Si sa nomination doit encore être confirmée par le Sénat, le choix de son profil envoie déjà un message fort.
Les États-Unis désignent régulièrement des diplomates expérimentés à la tête de leurs ambassades. En revanche, lorsqu’ils choisissent un ancien spécialiste du renseignement pour un pays donné, c’est souvent parce que celui-ci revêt une importance stratégique particulière. Dans le cas du Rwanda, cette décision intervient dans un contexte régional marqué par la guerre persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les rivalités géopolitiques en Afrique et une attention croissante portée aux enjeux de sécurité.