Tag Archives: Rwanda

Un jour avec Denis Mukwege, Nobel de la paix contraint de vivre sous protection

Il est célèbre dans le monde entier pour son combat en faveur des femmes violées, ces corps « transformés en champs de bataille » que le gynécologue formé à Angers tente de réparer. Et obtenir, pour toutes les victimes des carnages perpétrés au Congo, justice et vérité.

Denis Mukwege, 67 ans, prix Nobel de la paix (2018), a nommé les crimes, les violences sexuelles, les monstruosités subies par les femmes en République du Congo.

Il a, le temps d’un passage à Paris, troqué sa blouse de chirurgien pour un élégant costume et reçoit chaleureusement quelques journalistes et représentants d’ONG dans un discret hôtel parisien. Denis Mukwege, 67 ans, vit en permanence sous protection depuis qu’il dénonce, avec le renfort et l’autorité de son prix Nobel de la paix décerné en 2018, les carnages incompréhensibles perpétrés en République démocratique du Congo.

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MESSAGE DE FELICITATIONS AU PRESIDENT EMMANUEL MACRON

Monsieur Emmanuel Macron,

Le peuple français a parlé, vous êtes réélu à la magistrature suprême pour cinq ans à venir. Tout en vous félicitant, permettez-nous Monsieur le Président, de partager avec vous les points qui, à notre avis, devraient être intégrés dans votre projet notamment en ce qui concerne votre politique étrangère en général, et en particulier dans les relations avec le Rwanda.

  1. Tout comme votre élection, votre réélection résulte des institutions fortes non basées ni sur le culte de la personnalité, ni sur la terreur, encore moins sur la dictature. Le peuple rwandais rêve d’avoir un jour un système politique similaire au vôtre, ce qui risque de tarder à venir si vous continuez à soutenir le régime du FPR. En effet, Monsieur le Président, l’histoire a uni la France et le Rwanda créant un lien fort entre nos deux peuples. Il est vrai que les dirigeants viennent et partent mais les nations restent à jamais. C’est dans ce cadre que nous vous exhortons, à dépasser votre propre personne et celle de votre pair de Kigali, et à penser aux deux nations qui resteront après votre départ. 
  2. Ce serait myopique de ne pas soutenir une nouvelle génération de leaders au Rwanda sachant que les dirigeants actuels n’épargnent rien pour couvrir leurs crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de génocide dont ils se sont rendus responsables. Leur stratagème consiste, entre autres, en l’instrumentalisation de la tragédie rwandaise des années 1990-1994 aux fins purement politiques, d’une part en taxant de génocidaire toute voix dissidente de la communauté Hutu, et d’autre part, en menaçant la communauté internationale prétendument pour n’avoir pas sauvé les Tutsi en 1994. Pourtant, ces rebelles de l’époque devenus aujourd’hui maîtres du pays se sont opposés à toute intervention, qui selon eux, aurait pu gêner leur conquête militaire qui s’annonçait plus probable. Ainsi, les hauts cadres du FPR se font passer pour des victimes alors que la vérité est toute autre. D’ailleurs, ils n’ont pas voté pour la création du tribunal pénal international pour le Rwanda et n’ont pas coopéré avec le bureau du procureur lorsque leurs dossiers étaient ouverts pour instruction. Tout soutien envers ce régime équivaut à une complicité sans équivoque. Si le peuple rwandais ne vous reproche rien dans le passé, il revient à votre responsabilité de vous immuniser contre les conséquences des actes posés sous votre présidence.
  3. Ce deuxième mandat arrive au moment où vous présidez l’Union européenne. Les valeurs de l’Union européenne ne diffèrent pas de celles que défend la France. Ceci constitue une opportunité d’apporter votre pierre à l’édifice pour un monde libre de dictatures, un monde de droits, un monde juste, social et solidaire. Ces valeurs qui sont aussi les nôtres nous rendent ennemis du président Kagame dont la paranoïa de l’opposition démocratique est inutilement exagérée.
  4. Monsieur le Président,

Oui, vivent la France et les Français libres.  Mais en même temps, il faut que vivent le Rwanda et les Rwandais libres. Nous restons à votre disposition pour un échange sur l’avenir gagnant-gagnant entre nos deux peuples.

Fait à Montréal,

Ce 01/05/2022

Nadine Claire Kasinge

Présidente du Parti ISHEMA

Candidate aux élections présidentielles rwandaises de 2024.

Note : ISHEMA PARTY est une organisation politique lancée le 28 janvier 2013 à Paris, France ; par des jeunes militants et universitaires rwandais en exil. ISHEMA signifie la fierté des Rwandais. La vision définie par les fondateurs est « la promotion de la démocratie à travers les valeurs de vérité, intrépidité et justice sociale ». Dès le début, nous proposons un changement politique par la non-violence et des moyens pacifiques, le dialogue et le consensus qui profitent à tous les citoyens sans aucune forme de discrimination. Tout en partageant notre évaluation de la situation socio-politique au Rwanda, nous recherchons le soutien de la communauté internationale pour un changement de régime afin de construire des institutions démocratiques qui assureront la paix et le développement durable.

MESSAGE DE FELICITATIONS AU PRESIDENT EMMANUEL MACRON

Monsieur Emmanuel Macron,

Le peuple français a parlé, vous êtes réélu à la magistrature suprême pour cinq ans à venir. Tout en vous félicitant, permettez-nous Monsieur le Président, de partager avec vous les points qui, à notre avis, devraient être intégrés dans votre projet notamment en ce qui concerne votre politique étrangère en général, et en particulier dans les relations avec le Rwanda.

  1. Tout comme votre élection, votre réélection résulte des institutions fortes non basées ni sur le culte de la personnalité, ni sur la terreur, encore moins sur la dictature. Le peuple rwandais rêve d’avoir un jour un système politique similaire au vôtre, ce qui risque de tarder à venir si vous continuez à soutenir le régime du FPR. En effet, Monsieur le Président, l’histoire a uni la France et le Rwanda créant un lien fort entre nos deux peuples. Il est vrai que les dirigeants viennent et partent mais les nations restent à jamais. C’est dans ce cadre que nous vous exhortons, à dépasser votre propre personne et celle de votre pair de Kigali, et à penser aux deux nations qui resteront après votre départ. 
  2. Ce serait myopique de ne pas soutenir une nouvelle génération de leaders au Rwanda sachant que les dirigeants actuels n’épargnent rien pour couvrir leurs crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de génocide dont ils se sont rendus responsables. Leur stratagème consiste, entre autres, en l’instrumentalisation de la tragédie rwandaise des années 1990-1994 aux fins purement politiques, d’une part en taxant de génocidaire toute voix dissidente de la communauté Hutu, et d’autre part, en menaçant la communauté internationale prétendument pour n’avoir pas sauvé les Tutsi en 1994. Pourtant, ces rebelles de l’époque devenus aujourd’hui maîtres du pays se sont opposés à toute intervention, qui selon eux, aurait pu gêner leur conquête militaire qui s’annonçait plus probable. Ainsi, les hauts cadres du FPR se font passer pour des victimes alors que la vérité est toute autre. D’ailleurs, ils n’ont pas voté pour la création du tribunal pénal international pour le Rwanda et n’ont pas coopéré avec le bureau du procureur lorsque leurs dossiers étaient ouverts pour instruction. Tout soutien envers ce régime équivaut à une complicité sans équivoque. Si le peuple rwandais ne vous reproche rien dans le passé, il revient à votre responsabilité de vous immuniser contre les conséquences des actes posés sous votre présidence.
  3. Ce deuxième mandat arrive au moment où vous présidez l’Union européenne. Les valeurs de l’Union européenne ne diffèrent pas de celles que défend la France. Ceci constitue une opportunité d’apporter votre pierre à l’édifice pour un monde libre de dictatures, un monde de droits, un monde juste, social et solidaire. Ces valeurs qui sont aussi les nôtres nous rendent ennemis du président Kagame dont la paranoïa de l’opposition démocratique est inutilement exagérée.
  4. Monsieur le Président, Oui, vivent la France et les Français libres.  Mais en même temps, il faut que vivent le Rwanda et les Rwandais libres. Nous restons à votre disposition pour un échange sur l’avenir gagnant-gagnant entre nos deux peuples.

Fait à Montréal,

Ce 01/05/2022

Nadine Claire Kasinge

Présidente du Parti ISHEMA

Candidate aux élections présidentielles rwandaises de 2024.

Note : ISHEMA PARTY est une organisation politique lancée le 28 janvier 2013 à Paris, France ; par des jeunes militants et universitaires rwandais en exil. ISHEMA signifie la fierté des Rwandais. La vision définie par les fondateurs est « la promotion de la démocratie à travers les valeurs de vérité, intrépidité et justice sociale ». Dès le début, nous proposons un changement politique par la non-violence et des moyens pacifiques, le dialogue et le consensus qui profitent à tous les citoyens sans aucune forme de discrimination. Tout en partageant notre évaluation de la situation socio-politique au Rwanda, nous recherchons le soutien de la communauté internationale pour un changement de régime afin de construire des institutions démocratiques qui assureront la paix et le développement durable.

Portrait: Paul Kagame, les ombres du président rwandais

Qui est Paul Kagame ? Comment a-t-il transformé un pays sorti exsangue d’un génocide fratricide ? “The Times” revient sur le parcours du président rwandais alors que son pays et le Royaume-Uni ont signé un accord de sous-traitance du droit d’asile “off-shore”.

Traduit de l’anglais

Le president rwandais Paul Kagame à Nairobi, au Kenya, le 8 avril 2022.
Le president rwandais Paul Kagame à Nairobi, au Kenya, le 8 avril 2022. TONY KARUMBA / AFP

Envoyer au Rwanda, dont l’histoire récente est l’une des plus sanglantes du monde, des migrants vulnérables qui avaient pour objectif d’entamer une nouvelle vie au Royaume-Uni ? L’idée peut sembler à tout le moins saugrenue.

Ce n’est certainement pas le genre d’accueil auquel s’attendent les Afghans qui ont fui Kaboul quand leur pays est tombé aux mains des talibans l’année dernière. Et s’il faut en croire l’expérience – car des accords semblables de traitement des demandes d’asile ont été conclus par le passé entre le Rwanda et Israël et le Danemark – ces réfugiés ne resteront pas longtemps sur le sol rwandais.

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Hotel Rwanda: why does Kagame want to take in Britain’s asylum seekers?

If President Paul Kagame has been tracking the furore over Priti Patel’s plan to send asylum seekers to Rwanda, he’s been doing it on the hoof. Kagame moves constantly these days: the news broke while he was en route to Barbados after a visit to Jamaica. In the past two months he has been to Congo-Brazzaville, Kenya (twice), Zambia, Germany (twice), Egypt, Jordan, Qatar, Mauritania, Senegal and Belgium.

How the president of one of Africa’s poorest nations can afford all this travelling is a puzzle, and the fact that his Gulfstream jet is supplied by Crystal Ventures, his Rwandan Patriotic Front’s monopolistic investment arm, raises interesting budgetary questions. In a country where checks on the executive have been whittled away, the dividing line between a ruling party’s business interests and the presidential expense account is distinctly blurred.

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“LET CHOGM 2022 SET A GROUND FOR AN INCLUSIVE INTER RWANDAN DIALOGUE” Open Letter to Queen Elizabeth II

OPEN LETTER TO :

  • Her Majesty Queen Elizabeth, Head of the Commonwealth.
  • Heads of States and Governments members of the Commonwealth. (all)
  • Secretary General of the Commonwealth

RE: LET 2022 CHOGM SET A GROUND FOR AN INCLUSIVE INTER RWANDAN DIALOGUE

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Your Majesty,

Your Excellencies,

 It is decided. Irreversible. Or almost. The Commonwealth of Nations, an organization whose values and principles are democracy, good governance, human rights, rule of law amongst others, is going to hold its highest meeting in a liberticide country, Rwanda[1]. For a common citizen, this is heart-breaking. Why? Because in a country under dictatorship, where top leaders have no respect of their own people they are supposed to protect, the hope is turned to external forces, and the Commonwealth is a such force. You can imagine what a disappointment it can be to wake up to the news that your hope, your expected advocate is supporting your persecutor! The leadership of ISHEMA Party, a political organization in opposition to the ruling party RPF, takes the liberty to alert you on what you might not be aware of and could harm the good image the Commonwealth citizenry has of the noble organization. At the same occasion, we request your mediation between the government of Rwanda and the opposition through an inter Rwandan dialogue to shape the future of our nation where “never again” shall have sense.

I. Kagame, the Commonwealth Chair-in-Office (CIO)

One of biggest achievements in the process of self-realization of any dictator would be to be legally recognized as the Head of more than 50 countries from all corners of the globe. For Mr Kagame, this would not have happened, had the leader of Rwanda respected the Constitution of 2003 which provided that “under no circumstances may anyone serve more than two presidential terms”. The President whose role is to guarantee the protection of the Constitution failed his mission, not by omission, rather by a deliberate action aimed at self-aggrandizement, self-enrichment, and exclusion as well as deprivation of others’ rights on political participation and competition.

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UN Working Group on Arbitrary Detention Calls for Paul Rusesabagina’s Immediate Release

Opinion finds numerous human rights violations by the government of Rwanda

Paul Rusesabagina, international humanitarian

Paul Rusesabagina, international humanitarian
WASHINGTON – March 29, 2022 – PRLog —

The United Nations Working Group on Arbitrary Detention (UNWGAD), an arm of the UN’s Human Rights Council, has released an advance version of its opinion on Rwanda’s kidnapping and detention of Hotel Rwanda humanitarian Paul Rusesabagina. UNWGAD found that the deprivation of liberty of Paul Rusesabagina amounts to arbitrary and enforced detention, which is illegal under the Universal Declaration of Human Rights (“Universal Declaration”) and the International Covenant on Civil and Political Rights (“Covenant”). The Working Group requests that the government of Rwanda take all necessary steps to remedy the situation. (Link to opinion at end of press release)

According to the opinion, given the circumstances of the case the appropriate remedy under international law is for Rwanda to immediately “take urgent action to ensure the immediate unconditional release of Mr. Rusesabagina.” In addition, UNWGAD members found that Rwanda should “accord him an enforceable right to compensation and other reparations.

The key findings of the UNWGAD include:

  • The kidnapping of Mr. Rusesabagina, which began in the United States and culminated in him boarding a flight from Dubai to Kigali, was set up by the Rwandan government to take him against his will to Rwanda. This constitutes an abduction and his subsequent detention is therefore arbitrary and illegal.
  • The circumstances of Mr. Rusesabagina’s abduction and subsequent treatment on arrival in Kigali, including incommunicado detention, being detained in secret, and no acknowledgement of his arrest, amount to a deprivation of liberty analogous to an enforced disappearance, and mean that Paul’s arrest has no legal basis and is therefore arbitrary.
  • Mr. Rusesabagina’s treatment by the Rwandan government resulted from his free expression of his political views and criticisms of that government. Thus his treatment constitutes an illegal violation of his right to freedom of expression.
  • Violations of Mr. Rusesabagina’s physical and mental health during his illegal detention should be referred to the Special Rapporteur on torture and other cruel, inhuman or degrading treatment or punishment for appropriate action.
  • Given all of the above, the criminal case against him in Rwanda should never have gone to trial and should have been dismissed. That being the case, when it went to trial Mr. Rusesabagina’s due process and fair trial rights were continually violated throughout the trial process.
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RDC: combats entre l’armée et les rebelles du M23 dans l’est, Kigali pointé du doigt

Des combats ont opposé lundi l’armée congolaise aux rebelles du “Mouvement du 23 mars” (M23) dans l’est de la République démocratique du Congo, poussant des habitants des villages de la région à fuir vers l’Ouganda, selon des sources locales.

En fin de journée, le général congolais Sylvain Ekenge, porte-parole du gouverneur de la province du Nord-Kivu, a affirmé dans un communiqué que le M23 était “soutenu par les Forces de défense du Rwanda” (RDF) et que l’armée de RDC avait “mis la main sur deux militaires rwandais”.

Les positions de l’armée congolaise “ont été attaquées par les M23” à Runyoni et à Chanzu dans la nuit de dimanche à lundi, avait auparavant déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Muhindo Lwanzo, directeur de cabinet de l’administrateur militaire du territoire de Rusthuru, dans le Nord-Kivu.

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Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, proteste contre la visite à Paris d’une délégation conduite par le général Jean Bosco Kazura.

COMMUNIQUÉ

Paris 15 mars 2022

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle, proteste contre la visite à Paris d’une délégation militaire du Rwanda conduite par le général Jean Bosco Kazura, chef d’État-Major des RDF – Forces Rwandaises de Défense.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle, a appris avec stupeur, colère et indignation, la visite à Paris d’une délégation militaire du Rwanda conduite par le général Jean Bosco Kazura, chef d’État-Major des Forces de Défenses rwandaises, sur invitation de son homologue français. La délégation a été reçue avec tous les honneurs par le chef d’État-Major des armées, le général Thierry Burkhard.

 Après les visites en France du général-président rwandais Paul Kagamé en septembre 2011 et en mai 2021, il s’agit du premier déplacement officiel d’officiers de l’armée rwandaise en France depuis plus de 25 ans.

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“Tous les pays membres de l’ONU ont une dette morale envers les peuples de la région des Grands Lacs d’Afrique”- Victoire Ingabire Umuhoza

La Journée des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre, jour anniversaire de l’adoption en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce 10 décembre 2021, les habitants de la région des Grands Lacs, dont je fais partie, et tous ceux qui s’intéressent à la situation politique de cette région, sont en droit de se demander si ce jour a la même signification que celle qu’il avait le 10 décembre 1948.

"Tous les pays membres de l'ONU ont une dette morale envers les peuples de la région des Grands Lacs d'Afrique"
Enfant au lac Kivu © Getty

En effet, la région des Grands Lacs connaît des conflits interminables depuis plus de deux décennies qui, d’après certaines publications, ont causé la mort de plus de cinq millions de personnes, surtout à l’est de la République démocratique du Congo, sans oublier des conflits ouverts qui coutent beaucoup de vies humaines dans cette partie du monde.

Les conflits dans la région des Grands Lacs découlent fondamentalement de l’absence totale d’un État de droit et des effets qui en dérivent. On peut citer notamment l’absence de démocratie pluraliste. Dans les pays de la région des grands lacs, on y trouve plutôt une démocratie de de façade caractérisée par la culture de l’impunité, le non-respect des droits de l’homme et des libertés des citoyens, la mauvaise gouvernance et la mauvaise gestion des ressources économiques.

En décembre 2020 le Conseil de Sécurité a pour la nième fois adopté la stratégie pour la consolidation de la paix et la prévention et le règlement des conflits dans la région des Grands Lacs. Une stratégie qui s’articule autour des trois piliers, à savoir : a) la paix, la sécurité et la justice; b) le développement durable et la prospérité partagée; c) la résilience face aux problèmes anciens et nouveaux[1].

Ces stratégies que le Conseil de Sécurité ne cesse de rappeler n’ont jamais été mises en application et n’amènent donc pas la tranquillité au simple citoyen des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique car dans le monde globalisé d’aujourd’hui les intérêts économiques priment sur les droits fondamentaux de l’homme.

Ainsi par exemple, en 2010, l’ONU a publié un rapport cartographié documentant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et ??juin 2003[2].

Dans ce rapport, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) appuyée par le Rwanda a été identifiée comme l’auteur de plusieurs crimes. Face à ces accusations, les hauts fonctionnaires du Rwanda ont consacré du temps, de l’énergie et des efforts à se défendre auprès de la communauté internationale contre les allégations d’implication dans le conflit en RDC. Malgré ces efforts de défense, la réputation du Rwanda en tant qu’instigateur du conflit et exploitant illicitement des minerais dans l’est de la RDC restera toujours la source de méfiance, surtout entre le peuple congolais et le peuple rwandais mais aussi au niveau des relations entre le Rwanda et la RDC jusqu’à ce que ces accusations ne soient éclaircies une fois pour toutes.

A part ces conflits ouverts en RDC, il y a aussi des conflits latents entre le Rwanda et ses autres voisins. En 2015, les relations entre le Rwanda et le Burundi se sont également détériorées. Le Burundi a accusé le Rwanda d’avoir orchestré un coup d’état manqué; tandis que les autorités rwandaises accusent son voisin du sud d’abriter les rebelles qui veulent renverser son pouvoir. La frontière entre le Rwanda et le Burundi a été fermée pendant longtemps.

En 2018, des problèmes sont survenus entre le Rwanda et l’Ouganda. Le Rwanda se plaignait que l’Ouganda arrêtait des Rwandais vivant en Ouganda et que ces Rwandais sont torturés ou subissent des traitements cruels, inhumains et dégradants. Les autorités rwandaises accusent aussi l’Ouganda de soutenir les groupes rebelles qui tentent de renverser le pouvoir en place au Rwanda. La frontière entre le Rwanda et l’Ouganda ont également été fermés pendant plusieurs mois.

La fermeture des frontières prive ainsi les simples citoyens de ces pays leur liberté de mouvement ce qui viole l’article 13 de déclaration universelle des droits de l’homme.

A cette date où nous célébrons la journée des droits de l’homme instaurée par l’ONU, des foyers d’instabilité et de violence, des accrochages transfrontaliers, la méfiance et les tensions persistent entre les pays de la région des Grands Lacs d’Afrique.

Ainsi, j’invite la communauté internationale, surtout le groupe international de contact des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique à assister les pays de cette partie du monde à trouver une solution adéquate et inclusive.

Il est déplorable de constater que la stratégie de l’ONU citée précédemment, certains acteurs clé rwandais n’ont pas été consulté pourtant le Rwanda est dans le centre de toutes ces tensions.

Les violations des droits de l’homme commises au Rwanda sont décrites en détail depuis plus de dix ans dans les rapports annuels de l’Union européenne sur les droits de l’homme et la démocratie, publiés sur le site du Service européen pour l’action extérieure[3]. De plus, lors de la 37ème session de l’Examen Périodique Universel sur les droits de l’homme au Rwanda, qui s’est tenue à Genève en janvier 2021, des représentants de divers Etats membres des Nations Unies ont fait part aux délégués de notre gouvernement de leurs préoccupations concernant les violations des droits de l’homme au Rwanda[4].

Toutes ces violations poussent certains rwandais à quitter le pays et beaucoup d’entre eux à se regrouper dans différentes organisations armées ou non armées, ce qui constitue à moyen ou à long terme une menace de sécurité du Rwanda.

J’ai toujours soutenu que sans résoudre le problème politique du Rwanda, il sera impossible d’apporter la stabilité dans cette région.

Je reste convaincue que les difficultés politiques, sociales et économiques auxquelles mon pays est confronté ne peuvent être surmontées que si notre gouvernement est contraint de faire les réformes de gouvernance nécessaires aujourd’hui. Ces réformes peuvent être réalisées à travers un dialogue entre toutes les composantes de la société rwandaise[5].

Sans ces réformes, il sera difficile de promouvoir le respect des droits de l’homme au Rwanda et par conséquent d’éviter et/ou d’arrêter le bain de sang qui coule dans la région des pays de Grands Lacs d’Afrique depuis plus de trois décennies.

A cette journée de droits de l’homme, je vous invite à écouter les cris de ces femmes violées, abandonnées à leur sort ; mais aussi à être attentifs aux pleurs de ces enfants qui sont privés de toute vie décente, qui vivent dans la pauvreté sans précédent.

Travaillons ensemble pour mettre fin au trafic de minerais de sang dans toute la région et privilégions la paix, la stabilité et le développement de tous.

Tous les pays membres de l’ONU ont une dette morale envers les peuples des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique car en signant la charte des peuples des Nations Unies, ils se sont engagés à assurer le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le monde entier. J’en appelle à leur conscience pour que le sang cesse de couler dans les pays de la région des Grands Lacs d’Afrique.

Victoire Ingabire Umuhoza,présidente de DALFA UMURINZI

Source: Levif

[1] https://ungreatlakes.unmissions.org/sites/default/files/s_2020_1168_f.pdf

[2] https://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_EN.pdf

[3] 4 https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage/82/about-european-external-action-service-eeas_en

[4] https://www.ohchr.org/EN/HRBodies/UPR/Pages/RWIndex.aspx

[5] https://www.levif.be/actualite/international/pour-un-nouveau-dialogue-inter-rwandais-carte-blanche/article-opinion-14811

Intra-Rwandan dialogue is crucial for peace in the Great Lakes

The conflicts in the Great Lakes region cannot be fully resolved until Rwanda addresses its internal political problems.

Since Rwanda gained its independence in 1962, the country has experienced successive regimes that have stayed in power by any means possible, refusing to implement good governance reforms. The repercussions have been massacres and human rights violations, culminating in the Tutsi’s genocide of 1994.

After the Rwandan Patriotic Front (RPF) took power in 1994, it held national consultations – referred to as Urugwiro Village meetings – to discuss how Rwanda could solve its issues of national unity, democracy, justice, economy and security. The outcomes of these consultations have been the guiding philosophies of the governance implemented by the RPF over the past two decades.

Nonetheless, the way Rwanda’s governance and relationship with its neighbouring countries in the Great Lakes region have evolved over time is a concern. Today there are pressing issues that necessitate holding another intra-Rwandan dialogue between the Rwandan government and dissenting voices and civil society organisations operating in and outside the country to revamp its governance strategy so that long-term stability at home and in the Great Lakes region is guaranteed.

The consensus democracy that aimed to prevent further ethnic violence while accelerating development agreed on during the Urugwiro Village meetings has transformed over time into a political system that suppresses political dissent, restricts pluralism and curbs civil liberty in Rwanda.

In many instances the government has abused its power, collaborating with the judicial system to criminalise its critics under the silent watch of the legislature. These practices, along with widespread human rights abuses, point to the fact that the prospect for full democracy in Rwanda remains rather bleak today.

The mechanisms to promote unity and reconciliation among Rwandans adopted by the national consultation of 1999 were commendable. However, the lack of public and official remembrance of the victims of war crimes committed in Rwanda before, during, and after the genocide against the Tutsis are creating conflicting views among citizens today. This creates social grievances and weakens trust and cooperation among Rwandans.

The development programme put forward during the national consultation of 1999 that aimed to transform Rwanda into a middle-income state driven by building a knowledge-based economy by 2020, has also not delivered on many of its promises. Rwanda remains a low-income state in spite of the abundant financial support that the government has received from development partners. As a result, the goal of turning Rwanda into a middle-income country had to be postponed to 2035.

Over the 20 years since the Urugwiro Village meetings took place, the political scenery in Rwanda has transformed as well. It is no longer limited to the opposition affiliated with the ruling party, but also includes a diverse group of dissenting politicians and activists. Although critics are often marginalised by the government and their voices stifled, they are increasingly being heard across Rwanda and beyond.

The government needs to start taking into consideration the criticism that is coming out of these political quarters. After all, it is the lack of an inclusive political process that hindered good governance and led to conflict in Rwanda in the 1990s.

Some Rwandans have already taken to armed struggle, which has increasingly worried the government and exacerbated relations with Rwanda’s neighbours. The United Nations has issued a number of reports alleging the Rwandan government is involved in the conflict in the eastern part of the Democratic Republic of the Congo (DRC), where it is trying to stem insurgencies it perceives as threatening. Officials in Kigali have repeatedly denied these accusations.

Political tensions between Rwanda and Burundi and Uganda have also worsened in recent years over allegations that these two countries are supporting opposition figures who also want to topple the Rwandan leadership by force. This has led to the closure of borders, which has had a negative economic impact on the country.

To address all these challenges, a new intra-Rwandan dialogue is absolutely necessary today. Such a forum could come up with important reforms that can help improve governance. This would enable Rwanda to secure long-term stability and eventually contribute to conflict resolution in the Great Lakes region.

This dialogue would be aligned with the UN strategy for peace consolidation, conflict prevention and resolution in the Great Lakes region adopted in October 2020. The strategy affirms that effective and sustained dialogue among citizens is key to fostering trust, addressing underlying grievances and facilitating actions for peace, stability and prosperity.

Fortunately for Rwanda, a constant quest for solutions through dialogue is one of the fundamental principles in its constitution. In June 2021, we submitted to the Rwandan government a roadmap for a promising future, requesting the proposed dialogue to be organised before Rwanda’s presidential election in 2024.

For more than a decade, the international community has tried to find a solution to the persistent instability in the Great Lakes region. I have always argued that without solving Rwanda’s internal political problem, it will be impossible to bring about stability in that region.

It is therefore timely and appropriate that regional and international stakeholders support the realisation of the proposed intra-Rwandan dialogue for governance reforms in Rwanda and peace consolidation in the Great Lakes region.

The views expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect Al Jazeera’s editorial stance.


Victoire Ingabire Umuhoza
Rwandan political figure Victoire Ingabire Umuhoza is Rwandan political figure. In 2010 Victoire returned to Rwanda from exile in The Netherlands to run for presidential candidate but was arrested and sentenced to 15 years in prison by the Rwandan Supreme court in a politically motivated judicial proceeding. Her appeal to the African court on Human and People’s rights cleared her and held that Rwanda violated her rights to freedom of expression as well as to adequate defence. Victoire was released in 2018 by presidential grace after eight years of imprisonment, five of which she spent in isolated confinement. She has founded and is chairing Development and Liberty for All (DALFA-Umurinzi) political party. Her party is yet to be registered in Rwanda. It aims to strive for the rule of law and sustainable development that benefits every Rwandan.