Category Archives: Afrique

Les FDLR et les interahamwe : un problème inter-rwandais

Il y a lieu de se demander où se situe la responsabilité de la RDC sur cette question. Il s’agit bel et bien d’une question rwandaise qui stipule une réponse appropriée du Gouvernement rwandais élude sa responsabilité depuis des décennies, la renvoyant paradoxalement au gouvernement de la RDC, avec la compréhension complaisante et la fuite en avant de la communauté internationale.

Faut-il rappeler, aussi douloureux que soit ce souvenir, que le génocide de 1994 au Rwanda, s’est passé entre Rwandais, sans aucune implication des Congolais.

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Vénuste Nyombayire n’est plus accusé de génocide rwandais

Un juge d’instruction parisien a rendu un non-lieu au bénéfice de Vénuste Nyombayire, un Rwandais qui était accusé de massacres dans un orphelinat qu’il dirigeait pendant le génocide des Tutsis en 1994, a appris jeudi l’AFP de sources proches du dossier, confirmées par une source judiciaire. L’ordonnance de non-lieu a été rendue le 9 juin, selon la source judiciaire.

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Pourparlers de Nairobi. Une nouvelle opportunité aux groupes armés pour retarder la venue de la paix

« Le gouvernement congolais ne négocie pas avec les groupes armés, mais les incite à désarmer. » C’est de cette façon que Serge Tshibangu, mandataire du Chef de l’Etat justifie la cacophonie qui se déroule à Nairobi au Kenya entre les délégués de la présidence de la république et les groupes armés opérant en RDC. Inciter les gens qui ont fait de la violence leur mode de vie par la simple parole sans connaître leurs motivations. Possible. Car, même l’enfer est pavé de bonnes intentions. Qui peut vraiment croire à pareille justification qui, pour moult raisons, paraît non seulement comme une insulte à la nation et à tous ceux qui ont perdu leur vie à la recherche de la paix à l’est de la RDC, mais surtout comme une sorte d’amateurisme sur les questions de la violence armée dans la région des Grands Lacs africains singulièrement à l’est de la RDC ?

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Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, proteste contre la visite à Paris d’une délégation conduite par le général Jean Bosco Kazura.

COMMUNIQUÉ

Paris 15 mars 2022

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle, proteste contre la visite à Paris d’une délégation militaire du Rwanda conduite par le général Jean Bosco Kazura, chef d’État-Major des RDF – Forces Rwandaises de Défense.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle, a appris avec stupeur, colère et indignation, la visite à Paris d’une délégation militaire du Rwanda conduite par le général Jean Bosco Kazura, chef d’État-Major des Forces de Défenses rwandaises, sur invitation de son homologue français. La délégation a été reçue avec tous les honneurs par le chef d’État-Major des armées, le général Thierry Burkhard.

 Après les visites en France du général-président rwandais Paul Kagamé en septembre 2011 et en mai 2021, il s’agit du premier déplacement officiel d’officiers de l’armée rwandaise en France depuis plus de 25 ans.

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France – Rwanda : un criminel de guerre reçu par l’état-major français !

Ces derniers temps la France est en train de perdre son influence dans ce que l’on a appelé son « pré carré africain » à savoir les anciennes colonies françaises. Pour garder la face, elle a décidé de recourir au régime rwandais connu pour être une dictature sanguinaire sous la gouvernance du Front Patriotique Rwandais (le FPR) dirigé par Paul Kagame. Ce dernier est aidé par des oligarques composé majoritairement des hauts gradés de l’armée rwandaise. C’est dans cet optique que chef d’état-major français des armées le général Thierry Burkhard reçoit en ce moment une délégation composée des Officers rwandais à sa tête le chef d’Etat major de l’armée rwandaise Jean Bosco Kazura. La visite a commencé le 14 et terminera le 17 mars 2022.

Le passé criminel de Jean Bosco Kazura

Si l’on en croit sa page Wikipédia[1] Kazura a rejoint l’armée patriotique rwandaise en 1992 et a occupé les fonctions de général de brigade et de division entre 1998 et 2003, les années durant lesquelles l’Armée Patriotique Rwandaise a décimé des milliers de civils hutus au Nord du Rwanda dans la guerre dit des infiltrés (Abacangezi) et en République Démocratique du Congo. Wikipedia citant le journal Foreign Policy paru en en décembre 2013 nous apprend que Jean Bosco Kazura : « Est l’auteur de crimes de guerre durant la phase finale du conflit [génocide et guerre civile au Rwanda], agissant comme commandant d’escadrons de la mort, sous le commandement de Patrick Nyamvumba, en compagnie de John Birasa et d’Emmanuel Butera. Le « bataillon Oscar », avec Kazura à sa tête, est chargé de ratisser les campagnes des préfectures de Byumba et Kibungo. Selon certains témoignages, Kazura a organisé et assisté en juin-juillet 1994 à des tueries de civils hutus à Nasho, Rutonde, Rwanteru, ainsi qu’à des opérations d’épuration de l’administration en 1995 et 1996les accusations portant même sur une implication personnelle dans l’assassinat et l’incinération des corps ».

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Niger – France – Rwanda : Macron au-dessus des Nations-Unies pour les intérêts de Paul Kagame ?

Traduction de l’article publié par d’AfroAmerica Network

Niger – France – Rwanda : Le président du Niger, Mohamed Bazoum, va expulser des Rwandais sous la pression d’Emmanuel Macron (France) et de Paul Kagame (Rwanda), violant ainsi l’accord passé avec les Nations unies.

Le 27 décembre 2021, le gouvernement du Niger dirigé par Mohamed Bazoum a annoncé qu’il expulsait 8 Rwandais du territoire nigérien. Les 8 Rwandais ont été acquittés ou libérés par le Tribunal pénal international (TPI) de l’Organisation des Nations Unies après des dizaines d’années de procès controversés à Arusha, en Tanzanie et ont été récemment envoyés au Niger. Selon des sources d’AfroAmerica Network dans l’entourage du Président Mohamed Bazoum, la décision de rompre l’accord avec les Nations Unies a été prise à la suite d’une longue conversation téléphonique directe entre le Président du Niger Mohamed Bazoum à Niamey et le Président français Emmanuel Macron et le Président rwandais Paul Kagame, depuis Paris le 20 décembre 2021.

Ces 8 Rwandais, qui avaient fait partie du gouvernement ou de l’armée rwandaise jusqu’en 1994, ont été envoyés au Niger sur la base de l’accord entre le gouvernement du Niger et l’Organisation des Nations unies, signé à Niamey, au Niger, le 15 novembre 2021.   Les 8 Rwandais sont les suivants :

    Zigiranyirazo Protais

    Nzuwonemeye Francois Xavier

    Nteziryatyo Alphonse

    Muvunyi Tharcisse

    Ntagerura André

    Nsengiyumva Anatole

    Mugiraneza Prosper

    Sagahutu Innocent

Une personne, Bicamumpaka Jerome Clement, a été retirée de la liste à la dernière minute, lorsque le gouvernement nigérien a appris que le gouvernement canadien suivait de près l’affaire le concernant.

La décision d’expulser les Rwandais a été énoncée dans un décret signé par le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Hamadou Adamou Souley, le 27 décembre 2021. Les personnes visées ont eu 7 jours pour quitter le pays. Le gouvernement nigérien a déclaré que cette décision était motivée par des considérations et des intérêts diplomatiques primordiaux.

La question était alors la suivante : qu’est-ce qui se cachait derrière ces intérêts diplomatiques ?

Selon les sources d’AfroAmerica Network au sein du gouvernement nigérien, la décision a été prise après un long appel reçu par le président Mohamed Bazoum de la part du président français Emmanuel Macron, le 20 décembre 2021.

Emmanuel Macron a reçu le 20 décembre 2021 Paul Kagame à l’Élysée

 En fait, cette annonce fait suite à la visite en France, du 19 au 21 décembre 2021, du général Paul Kagame, dictateur rwandais, et à sa rencontre avec le président français Emmanuel Macron, à Paris.

D’autres sources d’AfroAmerica Network proches du gouvernement rwandais ont déclaré que la rencontre entre Emmanuel Macron et Paul Kagame à Paris le 20 décembre 2021 a porté sur l’avancement du déploiement des troupes rwandaises dans la région mozambicaine de Cabo Delgado, en particulier à Afungi, une zone riche en pétrole, gaz et minéraux, pour lutter contre l’insécurité croissante et la guerre civile, et surtout protéger les intérêts de la compagnie pétrolière française Total.   Les sources, sans être précises, ont également mentionné que la situation en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, au Niger et en République centrafricaine, a été discutée.

Relations France – Niger – Rwanda :  Une condition pour les forces rwandaises de maintien de la paix au Niger

L’influence de la France, sous la direction d’Emmanuel Macron, s’est fortement affaiblie en Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest. Cela a eu un impact sur l’économie française qui dépend des ressources naturelles et des matières premières de la région et exporte vers l’Afrique. La France a également été la cible d’éminents activistes africains, notamment du mouvement panafricain (voir ici : Kémi Séba : AfroAmerica Network Black Man of Year 2021) et de dirigeants africains, comme le nouveau président de transition du Mali, le colonel Assimi Goita, qui, tout en promettant le retour à un régime civil en février 2022 après la tenue d’élections présidentielles et législatives, a décidé d’expulser les troupes françaises du Mali.

Les institutions au Rwanda ne fonctionnent pas, les enfants du Rwanda vont mourir au combat aux quatre coins d’Afrique pour les intérêts de la France. Un jour Emmanuel Macron rendra compte au peuple rwandais.

La France a donc tenté de s’appuyer sur certains dirigeants africains pour maintenir son influence et protéger ses intérêts. Parmi ces dirigeants, on trouve des dictateurs africains, comme le général Paul Kagame, et d’autres dont l’administration est faible et qui sont confrontés à une insurrection virulente cherchant la protection de la France, notamment le président du Niger, Mohamed Bazoum.

Le 31 mars 2021, deux jours seulement avant la prestation de serment du président Mohamed Bazoum, les forces de sécurité nigériennes ont déjoué une tentative de coup d’État menée par une unité militaire dans la capitale Niamey. Le coup d’État a été évité par la Garde présidentielle.  Malgré la tentative de coup d’État, le 2 avril 2021, Bazoum a prêté serment, devenant ainsi le premier président démocratiquement élu du pays depuis l’indépendance en 1960.

Depuis lors, selon des sources d’AfroAmerica Network au sein de son cercle intime, le président Mohamed Bazoum ne fait pas confiance aux militaires et cherche à obtenir l’aide du gouvernement français. Son gouvernement est également confronté à une insurrection djihadiste meurtrière qui sème le chaos dans l’ouest du pays et dans toute la région du Sahel. Le gouvernement français, se fondant sur l’expérience du Mozambique, a proposé d’inviter, officiellement ou secrètement, des forces spéciales ou des troupes rwandaises au Niger pour soutenir la garde présidentielle et les troupes loyales. Les troupes assureront également la sécurité autour des mines d’or et d’uranium et des zones de ressources pétrolières.

Des sources au sein du gouvernement nigérien confirment que l’expulsion de 8 Rwandais est la condition clé dans l’exécution d’un plan élaboré qui a été adopté lorsque le président du Niger Mohamed Bazoum a demandé au président français de l’aider à assurer la sécurité de son gouvernement et de son administration.

 Le président français Emmanuel Macron a proposé d’utiliser les troupes rwandaises, compte tenu de leurs performances au Mozambique, au Sud-Soudan et en République centrafricaine, mais aussi de la nécessité de garder le secret et de ne pas exposer les troupes françaises dans une zone où elles ne sont pas les bienvenues. La France doit ensuite aider à convaincre Paul Kagame et fournir des fonds suffisants pour les opérations.  

Le président Mohamed Bazoum a trouvé la proposition brillante. Le président français Emmanuel Macron a alors invité le général Paul Kagame à discuter de la proposition d’envoyer les troupes et les forces spéciales rwandaises au Niger. Une partie des forces spéciales a terminé l’entraînement à la mi-décembre 2021.

A partir de là, l’exécution du plan s’est déroulée comme suit :

  • Le président français Emmanuel Macron a organisé une courte visite soudaine du général Paul Kagame à Paris, en France, du 19 au 21 décembre 2021.
  • Puis, le 20 décembre 2021, le président français Emmanuel Macron et le général Paul Kagame ont eu une discussion à Paris. De façon imprévue, le général Paul Kagame a posé une condition : expulser les 8 Rwandais du Niger, sans délai. Immédiatement, Emmanuel Macron et Paul Kagame ont appelé Mohamed Bazoum pour lui soumettre cette condition. Celui-ci a immédiatement accepté, sans aucune condition.
  • Une semaine plus tard, le 27 décembre 2021, la décision d’expulser les 8 Rwandais est rendue publique.

Quelle est la prochaine étape ? 

  • Les troupes rwandaises vont-elles se déployer secrètement au Niger et contribuer à mettre fin à l’insécurité, à sécuriser le gouvernement et l’administration de Mohamed Bazoum et à protéger les intérêts du gouvernement français dans la région ?
  • L’Organisation des Nations Unies et le Tribunal pénal international permettront-ils au gouvernement du Niger de Mohamed Bazoum de rompre l’accord signé un mois plus tôt et d’expulser les 8 Rwandais ?
  • Quel sera le sort des 8 Rwandais, reconnus innocents ou libérés par le Tribunal pénal international (TPIR), après des décennies de procès et de détention controversés ?  Seront-ils contraints de retourner au Rwanda, où ils risquent presque certainement d’être maltraités, emprisonnés ou tués ?

AfroAmerica Network poursuit son investigation.

Par AfroAmerica Network

“Tous les pays membres de l’ONU ont une dette morale envers les peuples de la région des Grands Lacs d’Afrique”- Victoire Ingabire Umuhoza

La Journée des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre, jour anniversaire de l’adoption en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce 10 décembre 2021, les habitants de la région des Grands Lacs, dont je fais partie, et tous ceux qui s’intéressent à la situation politique de cette région, sont en droit de se demander si ce jour a la même signification que celle qu’il avait le 10 décembre 1948.

"Tous les pays membres de l'ONU ont une dette morale envers les peuples de la région des Grands Lacs d'Afrique"
Enfant au lac Kivu © Getty

En effet, la région des Grands Lacs connaît des conflits interminables depuis plus de deux décennies qui, d’après certaines publications, ont causé la mort de plus de cinq millions de personnes, surtout à l’est de la République démocratique du Congo, sans oublier des conflits ouverts qui coutent beaucoup de vies humaines dans cette partie du monde.

Les conflits dans la région des Grands Lacs découlent fondamentalement de l’absence totale d’un État de droit et des effets qui en dérivent. On peut citer notamment l’absence de démocratie pluraliste. Dans les pays de la région des grands lacs, on y trouve plutôt une démocratie de de façade caractérisée par la culture de l’impunité, le non-respect des droits de l’homme et des libertés des citoyens, la mauvaise gouvernance et la mauvaise gestion des ressources économiques.

En décembre 2020 le Conseil de Sécurité a pour la nième fois adopté la stratégie pour la consolidation de la paix et la prévention et le règlement des conflits dans la région des Grands Lacs. Une stratégie qui s’articule autour des trois piliers, à savoir : a) la paix, la sécurité et la justice; b) le développement durable et la prospérité partagée; c) la résilience face aux problèmes anciens et nouveaux[1].

Ces stratégies que le Conseil de Sécurité ne cesse de rappeler n’ont jamais été mises en application et n’amènent donc pas la tranquillité au simple citoyen des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique car dans le monde globalisé d’aujourd’hui les intérêts économiques priment sur les droits fondamentaux de l’homme.

Ainsi par exemple, en 2010, l’ONU a publié un rapport cartographié documentant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et ??juin 2003[2].

Dans ce rapport, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) appuyée par le Rwanda a été identifiée comme l’auteur de plusieurs crimes. Face à ces accusations, les hauts fonctionnaires du Rwanda ont consacré du temps, de l’énergie et des efforts à se défendre auprès de la communauté internationale contre les allégations d’implication dans le conflit en RDC. Malgré ces efforts de défense, la réputation du Rwanda en tant qu’instigateur du conflit et exploitant illicitement des minerais dans l’est de la RDC restera toujours la source de méfiance, surtout entre le peuple congolais et le peuple rwandais mais aussi au niveau des relations entre le Rwanda et la RDC jusqu’à ce que ces accusations ne soient éclaircies une fois pour toutes.

A part ces conflits ouverts en RDC, il y a aussi des conflits latents entre le Rwanda et ses autres voisins. En 2015, les relations entre le Rwanda et le Burundi se sont également détériorées. Le Burundi a accusé le Rwanda d’avoir orchestré un coup d’état manqué; tandis que les autorités rwandaises accusent son voisin du sud d’abriter les rebelles qui veulent renverser son pouvoir. La frontière entre le Rwanda et le Burundi a été fermée pendant longtemps.

En 2018, des problèmes sont survenus entre le Rwanda et l’Ouganda. Le Rwanda se plaignait que l’Ouganda arrêtait des Rwandais vivant en Ouganda et que ces Rwandais sont torturés ou subissent des traitements cruels, inhumains et dégradants. Les autorités rwandaises accusent aussi l’Ouganda de soutenir les groupes rebelles qui tentent de renverser le pouvoir en place au Rwanda. La frontière entre le Rwanda et l’Ouganda ont également été fermés pendant plusieurs mois.

La fermeture des frontières prive ainsi les simples citoyens de ces pays leur liberté de mouvement ce qui viole l’article 13 de déclaration universelle des droits de l’homme.

A cette date où nous célébrons la journée des droits de l’homme instaurée par l’ONU, des foyers d’instabilité et de violence, des accrochages transfrontaliers, la méfiance et les tensions persistent entre les pays de la région des Grands Lacs d’Afrique.

Ainsi, j’invite la communauté internationale, surtout le groupe international de contact des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique à assister les pays de cette partie du monde à trouver une solution adéquate et inclusive.

Il est déplorable de constater que la stratégie de l’ONU citée précédemment, certains acteurs clé rwandais n’ont pas été consulté pourtant le Rwanda est dans le centre de toutes ces tensions.

Les violations des droits de l’homme commises au Rwanda sont décrites en détail depuis plus de dix ans dans les rapports annuels de l’Union européenne sur les droits de l’homme et la démocratie, publiés sur le site du Service européen pour l’action extérieure[3]. De plus, lors de la 37ème session de l’Examen Périodique Universel sur les droits de l’homme au Rwanda, qui s’est tenue à Genève en janvier 2021, des représentants de divers Etats membres des Nations Unies ont fait part aux délégués de notre gouvernement de leurs préoccupations concernant les violations des droits de l’homme au Rwanda[4].

Toutes ces violations poussent certains rwandais à quitter le pays et beaucoup d’entre eux à se regrouper dans différentes organisations armées ou non armées, ce qui constitue à moyen ou à long terme une menace de sécurité du Rwanda.

J’ai toujours soutenu que sans résoudre le problème politique du Rwanda, il sera impossible d’apporter la stabilité dans cette région.

Je reste convaincue que les difficultés politiques, sociales et économiques auxquelles mon pays est confronté ne peuvent être surmontées que si notre gouvernement est contraint de faire les réformes de gouvernance nécessaires aujourd’hui. Ces réformes peuvent être réalisées à travers un dialogue entre toutes les composantes de la société rwandaise[5].

Sans ces réformes, il sera difficile de promouvoir le respect des droits de l’homme au Rwanda et par conséquent d’éviter et/ou d’arrêter le bain de sang qui coule dans la région des pays de Grands Lacs d’Afrique depuis plus de trois décennies.

A cette journée de droits de l’homme, je vous invite à écouter les cris de ces femmes violées, abandonnées à leur sort ; mais aussi à être attentifs aux pleurs de ces enfants qui sont privés de toute vie décente, qui vivent dans la pauvreté sans précédent.

Travaillons ensemble pour mettre fin au trafic de minerais de sang dans toute la région et privilégions la paix, la stabilité et le développement de tous.

Tous les pays membres de l’ONU ont une dette morale envers les peuples des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique car en signant la charte des peuples des Nations Unies, ils se sont engagés à assurer le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le monde entier. J’en appelle à leur conscience pour que le sang cesse de couler dans les pays de la région des Grands Lacs d’Afrique.

Victoire Ingabire Umuhoza,présidente de DALFA UMURINZI

Source: Levif

[1] https://ungreatlakes.unmissions.org/sites/default/files/s_2020_1168_f.pdf

[2] https://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_EN.pdf

[3] 4 https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage/82/about-european-external-action-service-eeas_en

[4] https://www.ohchr.org/EN/HRBodies/UPR/Pages/RWIndex.aspx

[5] https://www.levif.be/actualite/international/pour-un-nouveau-dialogue-inter-rwandais-carte-blanche/article-opinion-14811

Mise au point sur la vraie vérité de la fuite du Rwanda par le père du président Paul Kagame

Dans une interview publiée par le journal Jeune Afrique n° 3104 de Septembre 2021, le Président Paul KAGAME revient sur la période de son jeune âge et raconte comment lui, à l’âge de 4 ans, et ses parents ont fui le Rwanda en 1961. L’article est intitulé : « Le joue où j’ai fui le RWANDA pour échapper aux génocidaires ».

Dans son exposé, Paul KAGAME dit, et je le cite : « Je me souviens bien de la dernière fois, quand nous avons été arrachés à notre foyer. Ce jour- là, ils avaient mis le feu à beaucoup d’habitations. Ils tuaient le bétail et les gens et ils semblaient déterminés à se débarrasser de tout le monde aux alentours, en finissant par notre maison qui se trouvait un peu à l’écart de la route principale ». Et il ajoute : « certains hutus avaient remarqué que la voiture envoyée par la cousine de ma mère, la reine, se dirigeait vers notre maison. Ils se signalèrent mutuellement d’interrompre ce qu’ils faisaient afin de se précipiter vers notre habitation pour nous empêcher de nous échapper. La horde des hutus était quasiment arrivée au portail de notre maison au moment où nous venions d’embarquer dans ladite voiture. Nous sommes allés d’abord à Nyanza dans la famille de ma mère et une semaine après, nous sommes partis jusqu’à MUTARA chez les grands-parents avant de traverser la frontière vers l’UGANDA pour rejoindre un endroit appelé Kamwezi ».

La vérité est toute autre !

En novembre 1959, le RWANDA a connu la Révolution sociale, sous l’impulsion de certains leaders hutu (Dominique Mbonyumutwa, Grégoire Kayibanda, Joseph Gitera et d’autres) pour mettre fin à la dictature et à l’esclavage instaurés par la monarchie des tutsi, avec à leur tête le Roi (Umwami). Le pays était encore sous la tutelle de la Belgique et c’est le Roi qui détenait le pouvoir, en étroite collaboration avec les représentants du gouvernement belge au Rwanda. A la suite de cette révolution, certains tutsis, notamment les chefs et les sous-chefs de territoires, n’ont pas accepté ce vent de changement et ont commencé à assassiner certains leaders hutus à travers le pays. Rappelons, entre autres, les victimes hutues ci-après : Polepole Mukwiye, Sindibona, Secyugu. En fait, un certain nombre de dignitaires tutsis ont fui le pays au motif qu’ils ne supportaient pas d’être sous l’autorité des hutus qui étaient juste avant leurs subordonnés, leurs esclaves!

La famille de Paul KAGAME habitait à Ruhango, une petite ville située au centre du Rwanda, dans l’ancienne Préfecture de Gitarama et elle est restée sur place jusqu’en 1961. Paul Kagame a parlé d’une horde de hutu qui seraient venus jusqu’au portail de leur habitation, ajoutant que sa famille serait partie vers une autre ville voisine, celle de Nyanza. Si c’étaient vraiment des génocidaires, ils auraient pu poursuivre sa famille jusque-là au lieu de la laisser tranquille durant une semaine. En réalité, pendant cette Révolution qui allait être confirmée le 28 janvier 1961 avec l’avènement de la République, les hutus ont laissé partir à l’étranger les tutsi qui le voulaient. Il arrivait même qu’ils les accompagnent en transportant leurs affaires jusque dans les régions réservées ou recommandées, notamment le Bugesera et le Mutara. Pour preuve, Paul Kagame a reconnu avoir rejoint ses grands- parents au Mutara, sans aucun obstacle.

Oser parler de génocidaires hutus en 1959-1961, c’est tout simplement dénaturer la vérité des faits : Paul Kagame omet curieusement de mentionner que sa tante, la reine Gicanda, est restée au Rwanda dans sa résidence située à Butare dans le sud du pays et que le même Kagame, réfugié en Uganda, est revenu lui rendre visite, à plusieurs reprises, sans être inquiété par les services de l’Etat rwandais qui étaient certainement au courant de ses allées et venues. Paul Kagame ne signale pas non plus qu’en 1965, son père, également réfugié en Uganda, est revenu à Ruhango dans son village où il a retrouvé tranquillement ses amis avant de retourner en exil. Par ailleurs, les attaques des rebelles « Inyenzi », devenus par après le FPR-Inkotanyi, contre le Rwanda, ont commencé au début des années 1960 et se sont poursuivies jusqu’en 1968, sans que cela constitue une menace pour la sécurité de la parenté de Kagame présente au Rwanda. Enfin, le beau-père de Kagame et la femme de ce dernier, Jeannette Kagame, ont vécu des années à Kigali, capitale du Rwanda, en vaquant quotidiennement à leurs affaires et en toute quiétude, dans les années 1980, alors que le pays était dirigé par la majorité hutus.

L’histoire du Rwanda falsifiée à des fins politiciennes

Depuis que le FPR-Inkotanyi a pris le pouvoir en 1994, après avoir abattu l’avion qui transportait le Président Juvénal Habyarimana et d’autres personnalités, élément déterminant qui a déclenché le génocide au Rwanda, celui-ci est devenu un fonds de commerce pour le régime dictatorial de Kagame qui ne cesse de l’évoquer à tort et à travers pour faire taire, voire tuer, tous ceux qui osent fustiger et condamner ses mensonges et ses crimes innommables. Les observateurs avisés de la situation du Rwanda savent aussi que le FPR-Kagame travaille savamment à la falsification de l’histoire, dans le but à peine voilé de disqualifier, pour de bon, les hutus dans la course à la direction du pays. En effet, en les traitant globalement de génocidaires, y compris les premiers leaders ayant instauré la république au Rwanda, le FPR envoie au monde entier le message selon lequel la majorité hutu ne doit plus prendre le pouvoir, soi-disant pour la sécurité des tutsi dont les vies seraient encore une fois menacées si les hutu revenaient aux affaires.

Nous tenons à souligner que ni les manipulations, ni les intimidations du régime du FPR-KAGAME ne nous détourneront de notre combat pour la vérité. Nous osons espérer que le journal « Jeune Afrique » qui a publié ladite interview accordée au Président Paul Kagame, daignera diffuser la présente mise au point. Le but est que cette version contradictoire permette aux lecteurs intéressés, en particulier les Rwandais, de connaître la vérité, et rien que la vérité, sur ce point précis qu’est la fuite du Rwanda de la famille de Kagame au début des années 60.

Fait à Bruxelles le 30 septembre 2021.

Faustin Twagiramungu
Ancien Premier Ministre du Rwanda
et témoin de l’histoire rwandaise

Le Parlement européen demande au Gouvernement rwandais de relâcher Rusesabagina.

Le Parlement européen vient d’adopter une résolution sur la situation des droits de l’homme au Rwanda, précisément sur le cas de Paul Rusesabagina. Le texte a été adopté par 660 voix pour, 2 contre et 18 abstentions.

Les détails la da résolution :

Résolution du Parlement européen sur le cas de Paul Rusesabagina au Rwanda

(2021/2906(RSP)

Le Parlement européen,

– vu ses résolutions antérieures sur le Rwanda, et notamment celle du 11 février 2021 sur le Rwanda: le cas de Paul Rusesabagina[1],

– vu la déclaration universelle des droits de l’homme,

– vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui a été ratifié par le Rwanda en 1975,

– vu la charte africaine des droits de l’homme et des peuples,

– vu les directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique,

– vu la convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

– vu l’ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus («règles Nelson Mandela»), révisé en 2015,

– vu la déclaration de Kampala sur les conditions de détention en Afrique,

– vu le rapport du 25 mars 2021 sur le Rwanda du groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur la procédure d’examen périodique universel,

– vu les déclarations de la communauté internationale condamnant les irrégularités et dénonçant l’absence de procès équitables au Rwanda, notamment du gouvernement belge, du département d’État des États-Unis et du gouvernement britannique,

– vu les déclarations publiées par la Fédération des barreaux d’Europe, le Centre des droits de l’homme de l’Association du barreau américain et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme reconnues,

– vu l’accord de Cotonou,

– vu la Constitution du Rwanda,

– vu les instruments des Nations unies et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples,

– vu la convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires,

– vu l’article 144, paragraphe 5, et l’article 132, paragraphe 4, de son règlement intérieur,

  1. considérant que, le 29 septembre 2021, M. Paul Rusesabagina, militant des droits de l’homme, ressortissant belge et résident aux États-Unis, a été condamné à 25 ans d’emprisonnement par la chambre des crimes internationaux et transfrontaliers de la Haute Cour du Rwanda à la suite de son arrestation à Kigali le 31 août 2020; que M. Rusesabagina a fait l’objet de neuf chefs d’accusation liés au terrorisme et qu’il a été reconnu pénalement responsable des activités attribuées au Mouvement rwandais pour le changement démocratique/Front de libération nationale (MRCD-FLN), coalition de partis politiques d’opposition et son bras armé;
  2. considérant l’arrestation arbitraire et fallacieuse de M. Rusesabagina en août 2020, caractérisée par son transfert illégal au Rwanda, sa disparition forcée et sa détention au secret; considérant qu’aucun mandat d’arrêt n’a été produit en vue de son arrestation, contrairement aux conditions fixées à l’article 37 du code de procédure pénale rwandais de 2019, et qu’aucun acte de mise en accusation n’a été produit avant sa condamnation, en violation de l’article 68 du code de procédure pénale rwandais; que M. Rusesabagina a déclaré publiquement à plusieurs reprises qu’il ne pouvait pas rentrer dans son pays natal par peur de représailles;
  3. considérant que Johnston Busingye, ministre rwandais de la justice, a reconnu le rôle de son gouvernement dans la disparition forcée et le transfert de M. Rusesabagina en août 2020, dans le paiement du vol chargé du transfert et dans la violation du droit de M. Rusesabagina à un procès équitable; que, le 10 mars 2021, la Cour a jugé que le transfert de M. Rusesabagina était légal et qu’il n’avait pas été enlevé;
  4. considérant que, lors du prononcé du verdict, des éléments supplémentaires qui n’avaient pas été entendus par la Cour ou présentés en cours de procès ont été annoncés à propos de l’affirmation selon laquelle M. Rusesabagina avait fourni des fonds au groupe armé FLN; qu’une partie des éléments cités découlent de déclarations qui, selon M. Rusesabagina, lui ont été extorquées sous la contrainte et en l’absence de son avocat;
  5. considérant que l’équipe d’avocats qui avaient représenté M. Rusesabagina au départ n’avait pas été choisie par lui et que les avocats de son choix auxquels il avait fini par avoir accès à partir d’avril 2021 ont été empêchés de le rencontrer, ce qui est contraire à l’article 68 du code de procédure pénale rwandais;
  6. considérant que l’état de santé de M. Rusesabagina en détention a été jugé très préoccupant étant donné qu’il a eu un cancer et qu’il souffre de troubles cardiovasculaires; que, d’après ses avocats, il n’a pas pu se rendre à deux dépistages du cancer et que les autorités carcérales ont refusé qu’il ait accès au traitement prescrit par son médecin belge, provoquant des souffrances mentales et physiques, ce qui est contraire aux articles 12 et 14 de la Constitution rwandaise relatifs au droit à la vie, au droit à l’intégrité physique et à la protection contre les traitements inhumains ou dégradants;
  7. considérant qu’en septembre 2020, les autorités rwandaises ont omis d’informer les autorités belges de l’arrestation de M. Rusesabagina, en violation du principe d’assistance consulaire consacré par le droit international; que le Service correctionnel rwandais (RCS) a eu accès aux communications et aux documents juridiques échangés entre M. Rusesabagina et ses avocats; que plusieurs notes verbales ont été envoyées par le ministre belge des affaires étrangères à son homologue rwandaise afin de demander le respect des droits de M. Rusesabagina, mais que le gouvernement rwandais a refusé toute demande;
  8. considérant qu’en juillet 2021, les autorités rwandaises auraient utilisé le logiciel espion Pegasus du NSO Group pour tenter de viser plus de 500 activistes, journalistes et responsables politiques; que selon l’analyse de son téléphone par la police criminelle, le logiciel espion a également été utilisé pour infecter le téléphone de Carine Kanimba, fille de M. Rusesabagina; que les autorités rwandaises nient ce fait;
  9. considérant que le Rwandais est signataire de l’accord de Cotonou, qui dispose que le respect des droits de l’homme est une composante essentielle de la coopération entre l’Union européenne et l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique; que la consolidation de l’état de droit et le renforcement des droits de l’homme sont les grandes priorités de la programmation de l’Union européenne envers le Rwanda;
  10. considérant que la deuxième réunion ministérielle entre l’Union africaine et l’Union européenne aura lieu à Kigali les 25 et 26 octobre 2021;
  11. rappelle au gouvernement rwandais qu’il est tenu de garantir les droits fondamentaux, y compris l’accès à la justice et le droit à un procès équitable, ainsi que le prévoit la charte africaine des droits de l’homme et des peuples et d’autres instruments internationaux et régionaux en matière de droits de l’homme, dont l’accord de Cotonou, et notamment ses articles 8 et 96;
  12. souligne que le Rwanda doit garantir l’indépendance de sa justice et préserver celle-ci par sa Constitution et ses lois étant donné qu’il est du devoir de l’ensemble des institutions gouvernementales et des autres institutions de respecter et d’observer l’indépendance de la justice;
  13. rappelle que l’extradition d’un suspect vers un autre pays ne devrait avoir lieu que dans le cadre d’une procédure d’extradition supervisée de façon indépendante de façon à garantir la légalité de la demande d’extradition et à s’assurer que les droits du suspect à un procès équitable sont pleinement garantis dans le pays requérant;
  14. condamne dès lors avec vigueur l’arrestation, la détention et la condamnation illégales de M. Paul Rusesabagina, qui sont contraires au droit international et au droit rwandais; estime que le cas de M. Rusesabagina est l’exemple même des violations des droits de l’homme au Rwanda et remet en cause l’équité du verdict, qui serait dépourvu de garanties d’un procès équitable, contrairement aux bonnes pratiques internationales applicables à la représentation, au droit d’être entendu et à la présomption d’innocence;
  15. demande la libération immédiate de M. Rusesabagina pour des raisons humanitaires ainsi que son rapatriement, sans préjuger de sa culpabilité ou de son innocence; demande à la délégation de l’Union européenne au Rwanda ainsi qu’aux représentations diplomatiques des États membres de relayer cette demande avec force dans leurs échanges avec les autorités rwandaises;
  16. demande au gouvernement rwandais de garantir, en toutes circonstances, l’intégrité physique et le bien-être psychologique de M. Rusesabagina et de lui permettre de prendre son traitement habituel; insiste auprès du gouvernement rwandais pour qu’il respecte le droit du gouvernement belge d’apporter une assistance consulaire à M. Rusesabagina afin de garantir son état de santé et un accès digne de ce nom à la défense;
  17. déplore la situation globale des droits de l’homme au Rwanda et, notamment, la persécution ciblée des voix dissidentes; condamne les poursuites répondant à des motivations politiques ainsi que la poursuite des opposants politiques; demande instamment aux autorités rwandaises de garantir la séparation des pouvoirs, et notamment l’indépendance de la justice;
  18. invite le Service européen pour l’action extérieure, la Commission et le représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme à renforcer le dialogue sur les droits de l’homme au plus haut niveau avec le Rwanda dans le cadre de l’article 8 de l’accord de Cotonou afin que le pays respecte ses engagements bilatéraux et internationaux; souligne que, dans le contexte des travaux internationaux en faveur du développement au Rwanda, il convient d’accorder une priorité bien plus importante aux droits de l’homme, à l’état de droit ainsi qu’à une gouvernance transparente et réactive;
  19. demande à la Commission de procéder à un réexamen critique de l’aide apportée par l’Union européenne au gouvernement rwandais et aux institutions publiques rwandaises afin de s’assurer qu’elle encourage pleinement les droits de l’homme et n’a pas de répercussions négatives sur les libertés d’expression et d’association, le pluralisme politique, le respect de l’état de droit et la société civile indépendante;
  20. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au représentant spécial de l’UE pour les droits de l’homme, au président de la République du Rwanda, au président du parlement rwandais ainsi qu’à l’Union africaine et à ses institutions.

 Source: europarl.europa.eu

Vendredi de gratitude avec Ariane Mukundente

Vendredi de gratitude: Felicula Nyiramutarambirwa, la pionnière

Felicula Nyiramutarambirwa

Pour ce vendredi de gratitude, je vous présente une femme hors du commun au nom de Felicula Nyiramutarambirwa que j’ai eu le privilège de connaître personnellement. Déjà très jeune, je me suis rendue chez elle avec sa sœur religieuse, Petite sœur Monica de Jésus. Elles habitaient une maison nichée dans un champ de bananier. Je n’ai jamais oublié mon passage en ce lieu car je n’avais jamais vu des bananiers aussi hauts et serrés en si grand nombre les uns sur les autres. Avec le vent, leurs feuilles faisaient un bruit énorme, le lourd bruissement produit par une véritable forêt de bananiers. Et non, ce n’était pas à Kibungo mais bien à Gitarama, dans la commune de Mukingi. Un bon souvenir que je garde dans ma tête avec celui de sa maman si accueillante et à l’affection débordante.

Telle mère, telle fille : je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi fort caractère, courageuse, charismatique, aimable, rassembleuse… bref une leader-née que Felicula Nyiramutarambirwa. Et son parcours est impressionnant. Elle était auxiliaire de l’Apostolat, ce qu’on appelait communément ‘’abakobwa ba Musenyeri’’. Elle fut professeure et directrice de l’École sociale de Karubanda à Butare, une école secondaire pour jeunes filles. Elle a quitté la direction de l’école quand elle fut élue Députée au Conseil National de Développement (CND) pour représenter la préfecture de Gitarama où elle remplit cette fonction avec brio, en vraie représentante du peuple.

Felicula Nyiramutarambirwa avait le courage de penser en dehors du système, de le remettre en cause, et surtout de modifier le statu quo. Elle n’avait pas peur de sortir des sentiers battus pour trouver des solutions innovantes. C’est pour cette raison qu’elle a bataillé, malgré l’échec de ses efforts, contre la dot à la rwandaise car elle considérait que la femme était traitée telle une marchandise. Elle avait une confiance en elle qui suscitait l’admiration. Felicula Nyiramutarambirwa savait ce qu’elle voulait et ce qu’elle pouvait apporter aux autres en faisant preuve d’un leadership orienté vers le résultat. Elle n’en considérait pas moins les avis des autres tout en nourrissant les relations personnelles qui construisent les équipes soudées par l’atteinte d’objectifs communs.

Félicula Nyiramutarambirwa montra son leadership, notamment, en réunissant les parents de quatre communes, Mukingi, Tambwe, Ntongwe et Kigoma de la région de Gitarama pour fonder en 1988 une école secondaire privée, le Groupe Scolaire Indangaburezi, de Ruhango. Son premier Directeur n’était autre que le journaliste de la VOA Venuste Nshimiyimana qui lança l’école avec 80 élèves alors qu’elle en compte aujourd’hui près de 2500, allant du cycle secondaire à l’université. L’église fournit le terrain et l’école fut construite à crédit par feu Ignace Rulinda (RIP) qui avait beaucoup d’affection pour Felicula Nyiramutarambirwa.

Felicula Nyiramutarambirwa fait partie des trois samaritaines qui ont eu l’initiative de venir en aide aux femmes du Rwanda en détresse en fondant l’organisation Umushumba mwiza – Le bon Pasteur. L’idée même en est attribuable à une autre grande dame au grand cœur, Thérèse Mujawayezu, qui en a fit part à son amie la Reine Gicanda Rosalie ainsi qu’à la Députée Felicula Nyiramutarambirwa. Les trois compères en ont recruté sept autres, dont trois prêtres, et ce sont ces dix âmes charitables qui en sont venus à créer l’association du Bon Pasteur.

Mais pour beaucoup, la réalisation la plus spectaculaire de Nyiramutambirwa est la création en 1987 au Rwanda, avec la complicité de près de 30 personnes, d’une institution de Microfinance appelée DUTERIMBERE. Cette dernière existe toujours et compte parmi les plus importantes au pays. Afin de bien saisir l’ampleur des retombés de ce projet et l’impact de Felicula Nyiramutarambirwa sur la vie des gens, il suffit de lire ces quelques mots de l’américaine Jacqueline Novogratz, fondatrice et PDG d’Acumen, une association à but non lucratif américaine pour aider les pauvres par la promotion de l’entreprenariat:

” 1986. Kigali, Rwanda. I am standing in a field on a blue-sky day, surrounded by tall, yellow sunflowers. I am a twenty-five-year-old former banker dressed in a flowery skirt, wearing flat, mud-speckled white shoes, my head filled with dreams of changing the world. Beside me is an apple-cheeked, bespectacled nun in a brown habit smiling broadly. Her name is Felicula, and I adore her for taking me under her wing. Along with a few other Rwandan women, she and I are planning to build the first microfinance bank in the country. Today, we’re visiting a sunflower oil-pressing business, the kind of tiny venture our bank might one day support. We plan to call the microfinance organization Duterimbere meaning “to go forward with enthusiasm.”

All I see is upside.

  1. Kigali, Rwanda. I am standing at an outdoor reception on a starry night, surrounded by men and women in dark suits. I am the fifty-five-year-old CEO of Acumen, a global nonprofit seeking to change the way the world tackles poverty. Rwanda’s president, Paul Kagame, and his top ministers are at the reception to meet potential investors in a new $70 million impact fund Acumen is building to bring solar electricity to more than ten million low-income people in East Africa ”.

Ces mots sont extraits de son livre “Manifesto for a Moral Revolution”. Et voilà! Quoi dire de plus? Le Rwanda a de quoi être fier de cette femme exceptionnelle qui a changé la vie de beaucoup de gens de son vivant et même au-delà, jusqu’à aujourd’hui. Malheureusement, comme bien d’autres héros, Felicula Nyiramutarambirwa connut une fin tragique, en 1989. Elle est tuée dans un accident de voiture aux circonstances encore non élucidées. Peu de temps après sa mort, le directeur du Groupe Scolaire Indangaburezi a mobilisé les membres de l’organisation ainsi que d’autres rwandais pour mettre en place la Fondation Felicula Nyiramutarambirwa ayant pour objectif de poursuivre son œuvre d’éducation auprès des enfants rwandais.

Toutefois, alors que le communiqué annonçant la tenue de l’assemblée constituante de la Fondation venait de passer à la radio nationale et que des bienfaiteurs avait déjà commencé à verser leurs contributions, des responsables des Services de renseignements sont venus solliciter le report des assises. Le directeur a tout bonnement refusé. Par après, l’évêque de Kabyayi, Monseigneur Thaddée Nsengiyumva, s’est déplacé à Ruhango pour demander au directeur de reporter la création de la Fondation. Monseigneur Thaddée a également exigé qu’un autre communiqué soit transmis à la radio pour annuler la première annonce. On évoquait alors que la création de la Fondation pourrait entraîner des émeutes. Le régime soupçonnait également, sans chercher vraiment à l’expliquer, que le nouvel organisme risquait de jeter les bases à la création d’un parti politique qui pourrait fédérer les gens de la région de Gitarama.

Et voilà comment la paranoïa empêcha qu’une belle action voit le jour, et ce au nom de Felicula Nyiramutarambirwa. Qu’importe, ses œuvres d’hier à aujourd’hui parlent d’elles-mêmes. C’est l’une des femmes rwandaises qui, par ses actions remarquables, mérite que son nom figure avantageusement dans la liste des Héros du pays. C’est avec humilité que je vous demande de rendre hommage à cette dame aux valeurs humaines hors du commun. Une véritable inspiration pour les jeunes filles rwandaises. En ce qui me concerne, je salue son engagement en politique comme grande pionnière. Ce sont des femmes comme Felicula Nyiramutarambirwa dont nous avons besoin. Des femmes de conviction au service du peuple.

Felicula Nyiramutarambirwa, niyubahwe!

Ariane Mukundente