Rwanda : meurtres, répression… le système Kagamé

Paul-Kagame-

Les Rwandais sont appelés aux urnes pour élire leur président… ou plutôt réélire Paul Kagamé, en place depuis 2000.

Les bureaux de vote ouvrent, vendredi 4 août, à Kigali au Rwanda et dans tout le pays. Ils vont attendre patiemment que les électeurs s’y pressent pour réélire le président sortant Paul Kagamé, pour un troisième mandat, qu’il a annoncé comme son dernier en mai. Le suspense n’est, en effet, pas de mise. Seuls deux opposants politiques ont été reconnus candidats officiels : Frank Habineza pour le Parti démocratique vert (PVD) et Philippe Mpayimana, candidat indépendant.

Pour les autres, la Commission électorale nationale les a écartés ou alors ils ont été victimes de campagnes de diffamation et de menaces. Mais finalement peu importe les opposants et leur nombre pour Paul Kagamé, qui répète à l’envi que l’élection est jouée depuis le référendum du 15 décembre 2015. Celui-ci l’a autorisé à se représenter jusqu’en 2034, avec 98,3% des voix. Un score impressionnant dans un pays connu pour sa répression politique.

Campagnes d’intimidation et menaces

Seuls deux opposants politiques ont donc réussi à braver les obstacles et à se faire reconnaître comme candidats officiels pour cette élection présidentielle. D’autres candidats en ont été empêchés. Le 3 mai dernier, Diane Rwigara par exemple a annoncé qu’elle se présenterait en tant que candidate indépendante. Dans les mois précédents, elle avait dénoncé publiquement la pauvreté, l’injustice, l’insécurité et l’absence de liberté d’expression au Rwanda. Une attaque directe envers le pouvoir. Quelques jours seulement après l’annonce de sa candidature, cette fille d’un financier du Front patriotique rwandais (FPR), parti de Paul Kagamé, mort dans des circonstances troubles, a fait l’objet d’une campagne de diffamation. Des photos où elle apparaissait dénudée ont circulé sur les réseaux sociaux. Elle et Philippe Mpayimana se sont également plaints que leurs représentants avaient été victimes de harcèlement et de manœuvres d’intimidation pendant qu’ils recueillaient les signatures nécessaires à la validation des candidatures.

Pour contrer cette répression, certains opposants vivent à l’étranger, comme l’abbé Thomas Nahimana. Ce candidat déclaré s’est pourtant vu plusieurs fois empêché de revenir d’exil. Même à l’étranger, il est donc difficile d’échapper à Kagamé. L’ancien chef des services de renseignements, Patrick KAREGEYA, a ainsi été retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel d’Afrique du Sud en 2014.

Deux décennies de répression politique

Deux décennies d’attaques contre les opposants politiques, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains ont créé un climat de peur au Rwanda. C’est ce que dénonce Amnesty International, dans un rapport publié vendredi 7 juillet. L’ONG a donc décidé d’alerter sur le manque évident d’opposition politique et sur les dérives répressives du pouvoir.

Parmi les cas cités par le rapport, on trouve l’assassinat en mai de Jean Damascene Habarugira, un membre du parti non reconnu des Forces démocratiques unifiées (FDU), présidé par l’opposante Victoire Ingabire. Cette dernière a été condamnée en 2010 à quinze ans de détention pour “minimisation du génocide”.

“Depuis que le FPR est arrivé au pouvoir, il y a vingt-trois ans, il est difficile pour les Rwandais de participer à la vie publique et de critiquer ouvertement les politiques gouvernementales ; certains le paient même de leur vie”, a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs à Amnesty International.

Dans son rapport, Amnesty international exhorte donc l’Etat rwandais à entreprendre des réformes ambitieuses qui élargiront l’espace politique avant l’élection de 2024. Ce qui permettrait un débat véritable et l’expression d’opinions politiques diverses. Un travail de fond sur la liberté d’expression doit notamment être entrepris.

Répression médiatique

La liberté d’expression, c’est justement ce dont manquent les médias, fortement réprimés. Depuis des années, des journalistes sont emprisonnés, harcelés, parfois tués, et beaucoup ont été contraints à l’exil. En 2010, les journaux indépendants “Umuvugizi” et “Umuseso” ont été suspendus de parution pour avoir critiqué le régime, en pleine campagne électorale de réélection. Jean-Léonard Rugambage, alors rédacteur en chef adjoint del “Umuvugizi”, a été tué par balle à Kigali en 2010, alors qu’il enquêtait sur une tentative d’assassinat contre le général Kayumba Nyamwasa, passé dans l’opposition. En 2015, c’est le service rwandais de la BBC qui a été bloqué, l’un des seuls médias à délivrer une information indépendante. En 2016, au moins trois journalistes ont été arrêtés après avoir enquêté sur des sujets sensibles, comme la corruption et les morts suspectes.

Dans son rapport, Amnesty International invite le gouvernement à créer un mécanisme juridique pour enquêter sur les violations des droits de l’homme. Un défi, tant que Paul Kagamé reste au pouvoir.

Un bilan contrasté

Malgré l’utilisation d’un régime répressif toujours plus violent pour se maintenir en place, Paul Kagamé possède un bilan jugé positif sur le plan économique : croissance de 7 %, population couverte à 91 % par l’assurance-maladie, politiques efficaces de lutte contre la corruption. Ce qui corroborerait pour certains la popularité “indéniable” du président. Paul Kagamé, à la tête du Front patriotique rwandais, a contribué à mettre fin au génocide qui a fait plus de 800.000 morts 1994. “The Boss” comme on l’appelle à Kigali, a toujours été élu avec plus de 90 % des voix, dans ce pays de 11,5 millions d’habitants.

Mais la répression en vigueur va une fois encore empêcher de connaître la vraie valeur de ce vote : vote d’adhésion, de peur ou de dépit ?

Justine Benoit

Source: L’OBS

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