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Deux ans plus tard, des questions persistent autour de la mort d’un célèbre chanteur rwandais

Une enquête crédible doit être ouverte sur le décès en détention de Kizito Mihigo

Le 13 février 2020, le célèbre chanteur rwandais Kizito Mihigo avait été arrêté et accusé d’avoir tenté de se rendre illégalement au Burundi pour rejoindre des « groupes terroristes » et violé les conditions de sa sortie de prison en 2018.

Les ennuis de Kizito Mihigo, un rescapé du génocide, ont commencé en 2014 après la publication d’une chanson dans laquelle il exprimait sa compassion non seulement pour les victimes du génocide de 1994, mais aussi pour tous ceux qui ont perdu la vie « du fait d’un génocide, d’une guerre, d’un massacre en représailles, d’une disparition dans un accident ou d’une maladie ». Pour beaucoup au Rwanda, ces paroles ont été largement interprétées comme l’expression de sympathie de la part d’un Tutsi rescapé du génocide vis-à-vis des Hutus tués par les soldats du parti actuellement au pouvoir, le Front patriotique rwandais (FPR), remettant en cause le récit officiel selon lequel ces meurtres commis en représailles étaient des cas isolés traités en interne.

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Kizito Mihigo vs Inès MPAMBARA

Dans quelques lignes ci-après, le rôle d’Inès MPAMBARA dans l’assassinat de Kizito Mihigo est indéniable, voire fondamental. Dans les mots de Kizito Mihigo tirés de ses mémoires posthumes publiées ce 17 avril 2020 sous K. Mihigo; RWANDA: EMBRASSER LA RÉCONCILIATION: Pour vivre en Paix et Mourir Heureux, 2020. Admin

(…)
Le 1 avril 2014, lorsque la Directrice de Cabinet du Président Madame Inès Mpambara m’invite pour un entretien, ce n’est pas comme d’habitude. Ce n’est pas au restaurant VIP de la Présidence qu’on va se rencontrer, mais au bureau du Vice Président du Sénat, Monsieur Bernard Makuza. Le rendez-vous est fixé le soir à 19h.

Quand j’arrive, pile à l’heure, ils sont déjà là, ils m’attendent. Le Vice Président du Sénat me serre fort dans ses bras (contre son gros ventre). “Oh Kizito mon fils, que je suis heureux de te retrouver! Comment ça va? Tu vas et tu disparais comme ça… ” Il ne me lâche pas, ses caresses incessantes me poussent à me demander où il veut en venir. Finalement il me laisse saluer mon amie et Directrice de Cabinet du Président. Je m’assois et c’est Makuza qui prend la parole. Il me raconte mon histoire en insistant sur le soutien du gouvernement à mes études. Il continue jusqu’à ma chanson chrétienne qui est en train de causer ma disgrâce complète. Son discours devient trop long et je demande la parole avant qu’il termine. “Oui” dit Madame Mpambara avec un sourire très amical. Je continue à parler:
“Monsieur! Ne vous fatiguez pas. J’ai vu que ma nouvelle chanson a causé des problèmes. Je veux simplement, si vous permettez, vous expliquer pourquoi je l’ai composée”
“Oui” disent-ils
– “Je suis un musicien chrétien et vous le savez tous. (…)

Devant la Directrice de Cabinet du Président et le Vice Président du Sénat, je cite ensuite la célèbre phrase de Gandhi: “Il n’est pas nécessaire d’éteindre la lumière des autres pour que la nôtre brille” Cette phrase résume en effet une grande partie du message de ma chanson.

Makuza: “Mais tu compares tous les morts et tu dis qu‘ils sont les mêmes et qu’ils sont tous au ciel en train de prier pour nous.”
Moi: “Non, je ne les compare pas, et je ne dis pas que tous les morts sont les mêmes. Je les cite tous et je dis que quelles que soient les circonstances dans lesquelles on meurt, ça s’appelle la mort et notre destination à tous est la même”
Makuza: “Est-ce que tu penses qu’un génocidaire tué dans la vengeance peut aller au ciel?”
Moi: “Tout à fait! S’il a eu le temps de se convertir… écoutez je ne veux pas juger mais je pense qu’il ne faut pas sous-estimer la miséricorde de Dieu.”
Inès: “Écoute Kizito! Ce que tu nous dit là c’est de la religion. Revenons dans la politique. Ta chanson n’a pas été bien accueillie”
Moi: “J’ai entendu le Président parler d’un chanteur qui fait plaisir aux ennemis du pays. C’est de moi qu’il parlait?”
Inès sourit
Makuza: “Mais oui c’est lui même qui nous a envoyé te rencontrer…Kizito tu sais que tu es son produit et tu vois ce que tu fais… “
Moi: “Produit? Non peut être son artiste préféré mais pas son ‘produit ‘…je n’aime pas le terme ‘produit’. Bon! En quoi puis-je aider pour résoudre le problème? Vous voulez que je censure la chanson? “
(Évidemment je savais que cela était complètement impossible pour une chanson qui vient de passer un mois sur YouTube.)
Inès: “Oui si possible, tu peux empêcher les journalistes de la jouer et l’enlever de YouTube. Ensuite tu écris une lettre au Président pour lui demander pardon, je la lui donnerai en mains propres. Tu dois aussi écrire une petite tribune dans les médias pour t’excuser auprès des rwandais blessés par ta chanson. D’accord?

Moi: “D’accord Madame je le fais tout de suite en quittant ce bureau.”
Inès: “Et tu prépares cette nouvelle chanson que tu as promise pour le 7 avril. D’accord? Et prépare aussi “Twanze gutoberwa amateka” et “Ijoro ribara uwariraye” tu vas les chanter aussi au stade.”
Et elle ajoute: “Tu fais ça et aux yeux des gens tu redeviens humain.”
J’éclate de rire, je n’arrive pas à m’en empêcher (Pour moi c’est eux qui ne sont pas humains)
Inès: “Kizito tu dois savoir que, si tu ne fais pas ça, tu es mort! Tu comprends? Si tu ne fais pas ça, tu es mort”

Je suis étonné qu’elle dise ça et qu’elle le répète. Je ne comprends pas qu’on puisse mourir à cause d’une chanson… mais apparemment c’est sérieux, très sérieux!
Moi: “D’accord Madame”

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