Rwanda: “Dépasser Ligne la ligne rouge”: un programme macabre de Kagame

Publié le 29 Juin 2019 par Sylvestre Nsengiyumva

« Ndakureka ukisararangaaa…wamara kurenga umurongo utukura ntumenya ikigukubise! Actually, Sendashonga was shot dead because he had crossed the red line! ».

Voilà ! J’apprends à l’instant la mort « inopinée » du grand frère de Cassien Ntamuhanga, sans doute victime d’une opération « collatérale » dont la vraie cible est l’autre, momentanément hors champ.

Vous savez, un des nombreux jeunes qui disent « kiffer » mes chroniques radiophoniques et mes billets épistolaires n’arrête pas de « me les casser » gentiment, convaincu que je suis fait pour écrire des livres (ça rêve encore à cet âge !).

Soit, pour le calmer, voici en primeur ce qui pourrait être le titre de cet hypothétique ouvrage : RWANDA-LA LIGNE ROUGE SANG. Et, ci-après, une première « bonne feuille »…

Je suis sincèrement peiné de devoir m’inscrire encore en faux contre Paul Kagame (alors que, paraît-il, il me graisse pour « dizinguer » de temps à autres son ennemi mortel Rukokoma !), mais c’est plus fort que moi : sa proposition « tu passes la ligne rouge et je te tue » est une arnaque psychologique inouïe, recyclée par tout criminel depuis que le monde est monde, soucieux à la fois de tromper sa mauvaise conscience et de se dédouaner face aux tiers. Il espère ainsi faire porter le chapeau à sa victime en la rendant responsable de son forfait à lui, mais qu’elle aurait provoqué !

La proposition appropriée est : « je dépasse la ligne rouge, et je te tue » ! Nuance de taille s’il en est, car jamais le futur tué ne dépassera « LA » ligne rouge, et pour cause : il n’en connaît pas l’existence, encore moins la localisation. C’est le bourreau, le tueur, le sanguinaire qui se charge de tout : cette ligne, qui prend un jour naissance dans sa cervelle de psychopathe, sous la forme d’un continuum de sang humain, c’est lui qui en conçoit le tracé et en dessine le contour. Il en définit les modalités gestionnaires (déplacements éventuels dans le temps et /ou dans l’espace), et décide tout seul de l’instant fatidique où il va l’enjamber pour commettre l’irréparable : tuer, assassiner, massacrer, génocider … !

Au Rwanda comme ailleurs, tous les conflits (amasinde) individuels, familiaux, communautaires ou nationaux sont susceptibles d’être aplanis…tant qu’il n’y a pas encore mort d’homme ! Mais ici plus que dans maintes autres sociétés, dans cette culture qui valorise le « guhora » plus encore que la botte italienne valorise la « vendetta », celui qui franchit la ligne rouge et signe le geste ultime et irréversible de tuer, écrit de facto, à l’encre rouge sang indélébile, ce mot effrayant : INZIGO !

Pendant que j’écris ces lignes, la « somalisation » annoncée du Rwanda est déjà en cours dans les forêts du Congo, avant (qui sait ?) de passer la frontière : au moins quatre armées « rwandaises » sont occupées à se trucider mutuellement, sur les différentes lignes de fractures identitaires historiques qui traversent notre société, dans un chaos sanglant indescriptible.

C’est que Paul Kagame, s’il est un artiste en la matière, n’a pas inventé la roue : tout au long de notre histoire, des leaders irresponsables ont allègrement franchi des lignes rouges pour perpétrer des crimes de masse, inaugurant au passage des « Inzigo » collectifs entre les différents groupes prétendument communautaires que compte la société rwandaise.

Le Mwega Kabare a « tikizé » les Banyiginya, du verbe « gutikiza ». Le Hutu Kayibanda a massacré les Tutsi. Le Mukiga Habyarimana a « pogrommé » une cinquantaine de leaders historiques Banyanduga. Le Hutu Sindikubwabo a « génocidé » les Tutsi, pendant que le Tutsi Kagame « punguzait » les Hutu, du verbe swahili « kupunguza ». Paul Kagame continue, depuis, à « gafuner » indistinctement Hutu et Tutsi, du verbe « gukubita agafuni muri nyiramivumbi » ! Résultat : nul ne sait s’il est déjà né l’homme providentiel, le « Mandela rwandais » au charisme divin qui aura assez de magnétisme pour siffler la fin de cette récréation macabre et imposer (enfin) un État-Nation.

Sylvestre Nsengiyumva.

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