Le 04/07 , la Nakba du peuple Hutu

“Dans le cadre du conflit israélo-palestinien au Moyen Orient, le jour de la Nakba est une commémoration des événements de 1948 qui ont mené à la défaite arabe et au déplacement de la population palestinienne. Il est généralement célébré le 15 mai, le jour de l’indépendance d’Israël. En Israël, la législation interdit l’usage du mot « Nakba » dans les manuels scolaires. La criminalisation de sa commémoration est régulièrement suggérée par des responsables politiques. L’exode palestinien de 1948 fait référence à l’exode de la population arabe palestinienne qui se produisit pendant la guerre israélo-arabe de 1948. L’événement est commémoré dans la mémoire collective palestinienne en tant que Nakba (arabe : النكبة, al-Nakbah, lit. « désastre » ou « catastrophe »)”. [ Wikipedia]

Sans aller jusqu’à affirmer que la Shoah est assimilable au “génocide rwandais” comme voudrait le faire croire le régime du FPR issu de la conquête militaire du pays pour s’attirer les sympathies de la puissante communauté juive du monde et ainsi jouir de la protection de ses lobbies, mais en nous limitant tout simplement à l’exode des palestiniens de 1948 et la création de l’état hébreu d’Israël, faisons le parallèle avec les événements du Rwanda de juillet 1994. L’on pourrait dire -mutatis mutandis- que la fuite des hutu en juillet 1994 après la conquête militaire de leur pays par les combattants tutsi venus d’Ouganda, est assimilable à l’exode des palestiniens de 1948  et à la création de l’état d’Israël.

Au Rwanda, en 1994, l’on se souviendra qu’après trois mois de durs combats étant sous embargo international au moment où les envahisseurs recevaient des renforts en hommes et en matériels ou des systèmes de renseignements des pays comme les USA, la Grande Bretagne, l’Ouganda, le Burundi et l’Ethiopie entre autres, les unités des Forces Armées Rwandaises ont réussi à rompre l’encerclement et à sortir de la capitale Kigali dans laquelle elles étaient assiégées depuis le 07 avril 1994.

Quant aux populations hutu, elles fuyaient en masse à chaque avancée des conquérants pour quitter les zones conquises et ceci depuis l’invasion de l’armée tutsi venue d’Ouganda du 01 octobre 1990. C’est ainsi que plus de trois millions de rwandais (sur une population totale de plus ou moins cinq millions à l’époque) se retrouveront en exil dans les pays voisins du Rwanda dès fin juillet 1994.

Les nouveaux maîtres du pays venus d’Ouganda choisiront alors la date de la rupture d’encerclement par les FAR, le jour où elles ont évacué Kigali comme jour de commémoration de sa prise du pouvoir, à savoir le 04 juillet. Désormais la date du 04 juillet 1994 va remplacer comme Fête Nationale celle du 01 juillet 1962 jour où le Rwanda a acquis sa souveraineté internationale en devenant un Etat indépendant débarrassé de la tutelle belge.

Ainsi donc, selon de quel bord on se trouve, l’histoire récente du Rwanda est différemment rapportée. En effet, deux versions parallèles de cette histoire sont proposées dans lesquelles on trouve des termes et concepts différents et souvent contradictoires qui pourtant nomment ou décrivent un même fait historique.

A titre illustratif nous donnons quelques exemples.
L’invasion des éléments tutsi de l’armée ougandaise la NRA du territoire rwandais le 01 octobre 1990 est qualifiée par une partie de rwandais comme une “guerre de libération” tandis qu’une autre la considère comme une “guerre de reconquête”. Les sympathisants et/ou agents secrets de ceux qui ont envahi le pays qui opéraient de l’intérieur sont qualifiés par certains de “complices et collaborateurs de l’envahisseur”, mais par l’autre partie de “militants et soutiens de la guerre de libération”.
Les “actes terroristes, crimes de guerre et crimes contre l’humanité” commis par les combattants tutsi qui ont conquis le pays en 1994 tels qu’ils sont dénoncés par les victimes et les défenseurs des droits de l’homme sont qualifiés par le régime issu de cette conquête comme “opérations pour arrêter le génocide”.

Les “actions de résistance” des populations conquises ou réfugiées dans les pays voisins face à l’oppression et aux tentatives de leur extermination sont qualifiés par le régime “d’ actes terroristes”. De même la “dénonciation des crimes du régime et ses violations des droits de l’homme” est qualifiée par ce dernier de “négation et minimisation du génocide des tutsi”.

On le voit, en lisant la littérature en rapport avec le Rwanda (son histoire récente ou l’actualité), il faudrait prendre la précaution de d’abord savoir de quel bord est l’auteur ou la ligne éditoriale du média pour ensuite nuancer les affirmations qui y sont contenues.

Enfin, à cet effet, nous lançons un petit test à nos lecteurs. La date du 04 juillet 1994 au Rwanda est considérée comme jour de la libération. Mais pour ceux qui sont opprimés et ou ont été chassés par les combattants tutsi qui ont pris Kigali à la même date, ce jour est pour eux “la Nakba” / catastrophe qui s’est abattue sur le peuple (ishyano ryagwiriye rubanda). Qui a raison et qui a tord? A chacun de répondre selon son obédience.

Emmanuel Neretse
Bruxelles le 01 /07/2019

Source: musabyimana.net

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