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“Négationniste” au sens rwandais.

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Ceux qui ne savent pas ce que ce terme signifie, quand il désigne des écrivains, des artistes, des hommes politiques ou des journalistes qui analysent et s’expriment sur les événements de 1994 au Rwanda, peuvent écouter Kizito Mihigo.

Feu Kizito explique très bien l’origine de cette insulte populaire que le régime de Kigali, ses sympathisants et ses soutiens utilisent à travers les médias, les sites internet clandestins, les réseaux sociaux, les livres, les articles de presse, les conférences publiques, contre ceux qu’ils haïssent, qu’ils veulent tuer et qu’ils maudissent.

Pour Kizito, « A chaque fois que tu évoques les autres victimes, des gens qui sont morts, du FPR, tu es totalement traité de négationniste et de révisionniste. (…) Je suis au courant qu’il y a beaucoup de Rwandais qui ont connu pas mal de violences qui ne sont pas encore reconnues comme étant un génocide… Il faut que chaque souffrance soit reconnue… ».

C’est précisément ce que je fais depuis 20 ans en publiant sur la tragédie du Rwanda et le drame du Congo-Zaïre et qui est exprimé clairement dans mon dernier livre : « Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise » .

Faire entendre la souffrance et les massacres de tous les Rwandais, quelque soit leur ethnie ou leur religion est ma ligne constante depuis 20 ans. Idem pour les Congolais. C’est pour avoir eu l’audace de faire cela, et de le faire sur le plan scientifique, documents et preuves à l’appui, que le régime de Kigali et ses thuriféraires me vouent aux gémonies et me traitent avec d’autres chercheurs comme Allan Stam, Christian Davenport ou Judi River de « Négationniste ». Pierre péan, Patrick Mbeko et d’autres écrivains sérieux ont essuyé la même insulte.

Est donc « négationniste », aux yeux du régime de Kigali et de ses amis, celui qui ose dire et prouver que les victimes de crimes contre l’humanité ou de génocide se trouvent dans tous les groupes ethniques du Rwanda et même chez les Congolais.

Faut-il souligner que ces derniers n’ont jamais pris part au conflit du Rwanda mais qu’ils sont exterminés chez eux par les troupes de Paul Kagame depuis 20 ans ?

L’usage du terme « négationniste », totalement insignifiant sur le plan de la recherche scientifique concernant le Rwanda n’a qu’un seul objectif : étouffer la vérité et discréditer, disqualifier, marginaliser, ostraciser, ceux qui poussent au questionnement, à la réflexion, à la réconciliation par la vérité au Rwanda.

Il faut haïr et éliminer, physiquement, socialement, intellectuellement, économiquement, tous ceux qui refusent, comme Kizito Mihigo, de choisir un groupe de victimes parmi les différentes victimes rwandaises. C’est pour cela que le régime de Kagame et ses amis traitent sans arrêt les chercheurs qui remettent en cause leur version erronée de l’histoire tragique du Rwanda de « Négationnistes ». Ce terme est leur unique système de défense dès qu’ils sont face à des révélations. C’est aussi leur arme privilégiée quand ils n’ont rien à dire, rien à apporter dans le débat scientifique désormais ouvert au niveau international.
Quand ils n’ont ni faits ni preuves à opposer à la science, quand ils sont outrés de voir leur version mensongère s’écrouler comme un château de carte, quand plusieurs chercheurs compétents et exigeants refusent de se soumettre à la doxa, ils les traitent de « négationnistes ».

Espérant ainsi qu’ils ne seront ni écoutés ni entendus. C’est l’arme du totalitarisme et de ceux qui qui sont réfractaires au débat intellectuel et scientifique. C’est ainsi qu’ils mènent, dans les universités et dans les médias, une guerre sournoise et violente, une guerre psychologique contre le savoir.

Leur spécialité reste l’invective, la violence verbale et la terreur. C’est ce qu’ils ont fait en traitant Kizito Mihigo de « Négationniste » et même de « terroriste ».
Lui, le pacifique, le rescapé tutsi de 1994, qui voulait que la souffrance et les massacres de tous les Rwandais soient pris en compte. Lui, Mihigo, qui était contre la discrimination entre les victimes, donnait la migraine au président rwandais. C’est pour cela, qu’on l’avait emprisonné. C’est pour cela qu’on l’a « suicidé ».

C’est pour les même raisons qu’ils ont mis mon ami Déo Mushayidi en prison. Lui aussi, rescapé Tutsi de 1994 et défenseur de la vérité pour toutes les victimes rwandaises de 1994, a été traité de « terroriste ». Ils ont traité mon cher Déo de « Négationniste », de « révisionniste » et de divisionniste ».

Le « Négationnisme » est une maladie contagieuse au Rwanda. Tout le monde peut l’attraper. Tutsi, Hutu ou Twa. Il suffit de parler des Tutsi, Hutu et Twa comme ayant, tous, été l’objet de crimes contre l’humanité en 1994. On devient rapidement « négationniste » et il n’y a aucun médecin pour vous soigner. D’ailleurs, les journalistes commencent à vous éviter, vos amis aussi. Bref, on devient suspect, infréquentable et porteur du coronavirus-Négationniste.

Comme Kizito Mihigo, Déo Mushayidi a toujours prôné la réconciliation entre Rwandais et exigé la vérité pour tous. Ils ont tout fait pour l’incarcérer et pour le faire oublier. Le monde entier a aujourd’hui oublié Déo alors qu’il est vivant dans une prison sordide au Rwanda. Soyons clairs, Déo Mushayidi est en prison et il ne faut pas nous dire qu’il s’est « suicidé ». Non !! Il n’a pas d’envie de suicide.

Les organisations des droits de l’Homme courageuses devraient chercher à le rencontrer et demander le réexamen de son dossier. Il a été fabriqué comme celui de Mihigo.

Mon ami Déo résiste en prison, dans l’indifférence générale, mais il ne veut pas se suicider. Je demande donc à tous ceux qui ont à cœur Kizito et son combat de se mobiliser pour la libération de Déo Mushayidi. N’attendons pas l’irréparable. Levons-nous ! Levez-vous pour Déo Mushayidi ! Du fond de sa prison, il a besoin de vous, il a besoin de nous.

Déo est un prisonnier d’opinion, c’est un martyr de la liberté, c’est un héros de liberté de la presse et de la liberté d’expression au Rwanda. Il purge une peine de prison à perpétuité alors que toute sa famille fut exterminée en 1994 et qu’il avait soutenu Paul Kagame. Quand il a commencé à s’exprimer sur la nécessité d’une commission vérité et réconciliation au Rwanda comme ce fut le cas en Afrique du Sud, Déo est devenu dangereux… C’est pour cela que je vous prie de ne pas oublier Déo….

Ne le laissons mourir en prison comme Kizito. Du fond de sa prison, il espère un regard, un geste d’attention et d’amour, une aide si petite soit-elle. Il a besoin de nous. S’il vous plaît faisons quelque chose pour Déo, l’autre Kizito encore en vie !

Dr Charles Onana, Ph D

Cour de cassation: Pierre PEAN gagbe le procès contre SOS Racisme. (Publié en 2011)

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Vendredi 11 Novembre 2011 13h32

Le 8 novembre dernier, après cinq années de coûteuses procédures, la Cour de Cassation a rejeté le pourvoi formé par l’association SOS racisme qui poursuivait Pierre Péan, auteur d’un livre intitulé « Noires fureurs, Blancs menteurs » et dans lequel il prend le contre-pied de l’histoire officielle concernant le génocide du Rwanda[1] . Pierre Péan ayant gagné ses procès en première instance et en appel, SOS Racisme subit donc une troisième grave défaite, ce qui devrait faire réfléchir ses généreux donateurs.

A travers ce procès emblématique, SOS Racisme a montré son vrai visage, celui d’une organisation militante dont l’acharnement contre Pierre Péan avait pour but de décourager ceux qui oseraient à l’avenir mettre en doute la thèse de Kigali concernant le génocide du Rwanda.

Or, l’histoire « officielle » de ce génocide a été totalement bouleversée à travers quatre jugements rendus par le TPIR (Tribunal pénal international sur le Rwanda)[2]. Expert assermenté dans trois de ces quatre procès, je suis bien placé pour décrypter la portée des jugements rendus et cela, au-delà du véritable « enfumage » auquel se sont livrés les média ayant une fois de plus agi en simples porte-voix du régime de Kigali et de la vision de l’histoire qu’il prétend imposer.

1) Le 28 novembre 2007, la Chambre d’Appel du TPIR a acquitté Ferdinand Nahimana, un des fondateurs de la Radio Télévision des Mille Collines (RTLM) de l’accusation « de commettre le génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de persécution et d’extermination », considérant que la création de RTLM n’entrait en rien dans le plan génocidaire. Or, jusque là, la thèse officielle était que le génocide avait été programmé puisque les « extrémistes hutu » avaient fondé la RTLM pour le préparer.

2) Le 18 décembre 2008 le TPIR a déclaré le colonel Bagosora non coupable « d’entente en vue de commettre un génocide », faisant ainsi voler en éclats les bases mêmes de l’histoire officielle du génocide du Rwanda car le colonel Bagosora fut constamment présenté comme le « cerveau » de ce génocide.

3) Selon le régime de Kigali, le génocide fut planifié par l’Akazu (ou petite maison, ou petite hutte), cercle nébuleux et criminel constitué autour de la belle famille du Président Habyarimana et dont Protais Zigiranyirazo, frère d’Agathe Habyarimana, épouse du président, était le chef. Ce petit groupe aurait comploté et planifié l’extermination des Tutsi dans le but de préserver son pouvoir et son influence. Le procès de M. Zigiranyirazo était donc lui aussi emblématique puisqu’il était censé mettre en évidence le cœur même de la préparation du génocide.

Or, le 18 décembre 2008 en première instance le TPIR a écarté la thèse du complot ourdi par M. Zigiranyirazo et sa belle famille et l’a acquitté du principal chef d’accusation, à savoir d’avoir prémédité le génocide et d’avoir comploté en ce sens avec le colonel Bagosora et Agathe Kanziga épouse du président Habyarimana pour exterminer les Tutsi du Rwanda. Le mythe de l’Akazu s’envolait donc. Le 16 novembre 2009, en appel, M. Zigiranyirazo a été acquitté des dernières accusations pendantes et immédiatement libéré.

4) Dans l’affaire dite Militaires I étaient notamment jugés les anciens chefs d’état-major de l’armée et de la gendarmerie, les généraux Augustin Bizimungu et Augustin Ndindiliyimana. Le 19 mai 2011, ils ont été acquittés du chef principal qui était celui de l’entente en vue de commettre le génocide. Ainsi donc, pour le TPIR, la hiérarchie militaire n’a ni prémédité, ni programmé le génocide.

A travers ces quatre jugements[3], c’est donc l’histoire « officielle » du génocide du Rwanda qui est réduite à néant. En effet, si ce génocide ne fut ni prémédité, ni programmé, c’est donc qu’il fut « spontané ».

Or, l’évènement majeur et déclencheur qui provoqua la folie meurtrière fut l’assassinat du président Habyarimana dans la soirée du 6 avril 1994, puisque les massacres commencèrent dès la nouvelle de l’attentat connue, quand les partisans du président assassiné attribuèrent ce crime au FPR, donc à leurs yeux aux Tutsi et à leurs alliés hutu, les « Hutu modérés » des journalistes.

Ceux qui ont abattu l’avion du président Juvenal Habyarimana portent donc l’immense responsabilité d’avoir directement ou indirectement provoqué le drame du Rwanda. Or encore, selon le juge français Bruguière et le juge espagnol Merelles, le président Kagamé aurait ordonné cet attentat et ils donnent même les noms de ceux qui auraient tiré les deux missiles ayant abattu l’avion présidentiel.

Voilà ce qui dérange les « amis » de Kigali, dont SOS Racisme. D’autant plus que Théogène Rudasindwa, ancien directeur de cabinet de Paul Kagamé, exige d’être entendu par le TPIR et par un juge français afin, selon ses propres termes, de pouvoir « divulguer tous les détails sur l’attentat du 6 avril 1994 » dont il impute la responsabilité à l’actuel chef de l’Etat rwandais. L’heure de vérité approche donc, et inexorablement.

Bernard Lugan

11/11/11


[1] Pour la déconstruction de cette histoire officielle, on se reportera à mon livre Rwanda : contre-enquête sur le génocide. Privat, 2007.

[2] Pour les détails, explications et développements concernant ces procès, l’on se reportera à l’Afrique réelle n°4

[3] Les prévenus ont été condamnés pour d’autres motifs que celui de préméditation du génocide. Voir à ce sujet les commentaires de ces jugements dans l’Afrique réelle.