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France-Rwanda: L’opposition rwandaise en exil demande que ses doléances soient prises en compte.

Lettre au président français

S.E. Monsieur Emmanuel MACRON Président de la République

Palais de l’Élysée

55 Rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris

Objet : Demande d’intégration des doléances de l’opposition Rwandaise Elargie dans les Relations de Paris avec le régime de Kigali.

Excellence Monsieur le Président,

Sans vouloir nous ingérer dans la politique étrangère de la France ou donner des leçons, nous, membres du Cadre de Concertation des organisations politiques et de la société civile de l’Opposition, RBB en sigle (Rwanda Bridges Builders),  prenons la liberté de vous faire part de nos  préoccupations quant aux conséquences négatives qu’une complaisance continue avec la dictature de Kigali  génère et continuera d’avoir sur la paix  et la concorde sociale  au sein des rwandais si certaines précautions ne sont pas prises.

Votre discours au cours de Votre campagne électorale sur Votre engagement à « défendre le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique » et « à reconsidérer votre soutien aux gouvernements qui bafouent les droits les plus fondamentaux » avait suscité beaucoup d’espoir au sein de la communauté rwandaise en exil victime du système de répression au Rwanda.

Au début de Votre mandat, beaucoup de citoyens africains, surtout les jeunes générations, y compris rwandaises, avaient cru en l’avènement d’une nouvelle dynamique positive dans les relations France-Afrique. Ils étaient encouragés par Votre discours du mardi 28 novembre 2017 à l’université Ouaga 1 d’Ouagadougou. Dans ce discours historique, à un moment Vous dites ceci ; ‘’ Je me reconnais dans les voix d’Albert Londres et d’André Gide qui ont dénoncé les milliers de morts du Chemin de fer du Congo, et je n’oublie pas que ces voix alors ont été minoritaires en France comme en Europe.’’ ;

En termes de morts, le Rwanda et la Région des Grands lacs en ont connu depuis octobre 1990 et en connaissent encore malheureusement aujourd’hui. Il est de notoriété publique que le régime de Kigali avec lequel votre gouvernement semble vouloir entretenir des relations privilégiées est fortement impliqué dans les conflits qui ont couté la vie à plus de 6 millions de personnes, la plus grande catastrophe humanitaire depuis la deuxième guerre mondiale.

Nous constatons que le grand malheur de la société rwandaise fut, ces dernières années, d’avoir été prise en sandwich par les pôles extrémistes Hutu et Tutsi et que depuis près de 26 ans le pays est dirigé par le pôle extrémiste Tutsi qui est sorti vainqueur de la confrontation dont il porte une grande et lourde part de responsabilité.

Il Vous souviendra qu’une solution durable à la crise rwandaise avait été trouvée via la signature des accords de paix d’Arusha en 1993 que la communauté internationale dont la France avait soutenus et accompagnés. Ces accords d’Arusha ont été pulvérisés avec l’attentat du 6 avril contre l’avion présidentiel qui emportât deux chefs d’État Hutu et des membres d’équipage français. Vous aurez sans doute constaté toutes les manœuvres mises en route par le régime de Kigali afin d’éviter que la vérité sur cet attentat ne soit révélée.

L’on sait à quel point l’impunité et la complaisance entretiennent les cycles de crimes et de violence au Rwanda et dans la région. Dans le cas du régime rwandais, d’aucuns parmi les membres de la communauté rwandaise, toutes ethnies confondues, se demandent pourquoi les autorités françaises refusent toujours de regarder en face le dossier de l’élément déclencheur du génocide, à savoir l’attentat contre l’avion présidentiel au Rwanda le 6 avril 1994. C’est, en effet, un des éléments qui contribuent à renforcer la polarisation des groupes sociaux rwandais, et qui n’aident pas à aller vers le chemin obligé de la véritable réconciliation.

Sur le plan de l’impunité toujours, Vous aurez noté, Excellence Monsieur le Président, qu’il existe actuellement une forte demande des peuples de la région, en particulier des congolais, pour que les recommandations du Mapping Report [1] soient, enfin suivies d’effet.  Vous n’êtes pas sans savoir que les troupes de l’actuel régime de Kigali sont parmi ceux qui sont fortement soupçonnés d’avoir commis de graves crimes relatés dans ce rapport.

La communauté des rwandais s’attendrait plutôt à ce que la France soutienne ceux qui, comme le Parlement européen [2], en rapport avec l’initiative du Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, demandent qu’il y ait des mécanismes qui permettent que justice soit faite en ce qui concerne les crimes inventoriés par le Mapping Report.

Or, il nous semble que la trajectoire des relations avec Kigali que Votre équipe est entrain de dessiner est incompatible avec une certaine rigueur et fermeté que l’on est en droit d’attendre d’un grand pays démocratique et des Droits de l’Homme comme la France.

Monsieur le Président,

Il est heureux de Vous entendre dire, dans Votre entretien, publié vendredi 20 novembre 2020, par Jeune Afrique qu’il faut regarder notre passé dans son intégralité sans volonté de dissimuler ni s’autoflageller.

Il est, par contre, surprenant de Vous entendre dans le même interview, louer le principal acteur des tragédies rwandaises et régionales qu’est Paul Kagame, en soulignant qu’il a beaucoup pacifié son discours politique à l’égard de la France. Comme si, à Votre avis, c’est le seul critère qui compte pour qu’un dictateur avec de si lourds soupçons de responsabilités soit autorisé à tout recevoir.

Connaissant la peur bleue du régime de Kigali face à ses responsabilités dans les drames rwandais et régionaux, nous osons espérer, Excellence Monsieur le Président, que la justice et la vérité qu’attend la majorité de rwandais et de ressortissants de la sous-région, ne seront pas sacrifiées à l’autel de cette realpolitik.

Excellence Monsieur le Président,

La société rwandaise est plus que jamais divisée et polarisée suite à une politique et une stratégie, voulues et entretenues par le régime du FPR centrées sur les tensions ethniques, la peur, la terreur et le mensonge.

C’est ainsi que jusqu’à ce jour le régime dirigé par Paul Kagame refuse et fait tout pour bloquer toute initiative qui vise à ce que les crimes commis par le FPR soient sanctionnés.

Entre autres indices, actuellement les prisons rwandaises sont essentiellement peuplées par les gens d’un seul groupe ethnique avec toutes les conséquences socio-économiques que cela engendre.

De même, au Rwanda, seuls les Tutsis ont droit de commémorer la disparition des leurs. Les Hutus, quant à eux, même si également fortement endeuillés, doivent rester l’échine courbée. Avec toutes les conséquences en termes de frustrations et d’entretien de haines refoulées.

Un autre indice assez concret et frappant de cette politique de polarisation des groupes sociaux est le type de serment que le FPR fait faire à ses partisans, qui jurent, de respecter les règles actuelles et à venir du mouvement (sous-entendu y compris la poursuite et harcèlement des critiques du régimes) et qui acceptent d’être pendus s’ils contreviennent à ces exigences. Dans un article du 19/11/2020, la BBC signale que ‘’Des images fuitées d’une cérémonie de “serment” controversée au Haut-Commissariat du Rwanda à Londres alimentent les allégations d’une répression mondiale agressive de la dissidence par le gouvernement autoritaire de la nation d’Afrique de l’Est, surnommée la nouvelle “Corée du Nord” par ses détracteurs’’. [3]

Une autre ligne de fracture ‘made in Rwanda’ est le double standard de traitement envers les partisans et les opposants au régime de Kigali. Plusieurs rapports d’organismes importants et crédibles (Département d’Etat Américain[4], Human Rights Watch[5], Amnesty International[6],Freedom house [7],…) relèvent régulièrement les cas d’assassinats, de disparitions ou d’emprisonnements d’opposants politiques et autres critiques rwandais. Le régime rwandais va jusqu’à pourchasser ses opposants et critiques dans les pays de refuge. Le dernier cas emblématique de ces comportements du régime de Kigali qui violent les règles internationales est le cas du kidnapping, depuis Dubai aux Emirats Arabes Unis de l’opposant Paul Rusesabagina. A ce sujet, il est utile de rappeler la résolution[8] du parlement européen qu’il convient de soutenir pour rendre son application effective.

Cette vague d’assassinats n’épargne pas les rescapés du génocide contre les Tutsis. Ainsi il y a un an, le 17 février 2020, le célèbre chanteur et homme de paix et de réconciliation, Kizito Mihigo  a été tué dans un cachot de la police à Kigali. Des organisations de droits de l’homme réclament à cor et à cri, en vain, une enquête indépendante à ce sujet.

Excellence Monsieur le Président,

Après 27 ans d’impunité et du “tout permis” au régime du FPR de Paul Kagame, des voix commencent à monter et à s’indigner de ces violations systématiques des droits de l’Homme en toute impunité. Ceci est d’autant plus remarquable que ces voix proviennent aussi des protecteurs et alliés traditionnels jugés inconditionnels au régime de Paul Kagame,USA[9] et Grande Bretagne [10] qui ont exprimé leurs claires positions lors du dernier Examen Périodique Universel du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (ONU) à Geneve.

Monsieur le Président,

Nous souhaitons que la France, berceau des Droits l’Homme,  se  range  du côté des opprimés. En l’occurrence, il est temps que la France cesse d’écouter les trompettes de ceux qui défendent, souvent à coup de milliers d’euros dépensés dans des actions coûteuses de relations publiques, le régime criminel et dictatorial de Paul Kagame.

Nous sommes d’avis que la France n’a pas à rougir de son attitude vis-à-vis de son action passée au Rwanda. Ce fut, en effet, le seul pays qui osa braver toutes les difficultés, y compris celles dressées par le FPR de Paul Kagame à toute intervention internationale pour stopper les massacres. Par honte ou par mépris de l’opinion, personne n’ose, actuellement, évoquer l’ultimatum de Paul Kagame de considérer toute troupe étrangère au Rwanda en avril 1994 comme « ennemi », ou tout simplement la demande officielle que le FPR a adressée à l’ONU à New York [11] lui demandant de ne pas intervenir en prétendant qu’il n’y avait plus aucun Tutsi à sauver.

Excellence Monsieur le Président,

Nous ne sommes pas contre une normalisation des relations rwando-françaises. Que du contraire.

Mais il convient d’attirer Votre aimable attention sur le fait  que Vous avez à faire à un régime qui ne respecte aucunement les règles classiques de coopération humaine. D’aucuns ont toujours à l’esprit qu’au paravent la France a essayé toutes sortes de soins palliatifs contre cette maladie chronique bien ancrée dans les relations France-Rwanda. Pour rappel, Monsieur Nicolas Sarkozy a rendu visite au Rwanda en 2010. Kagame a été bienvenu en France. Qu’est-ce que la France a reçu en retour ? Kagame et le FPR ont banni le français des écoles, fermé le Centre Culturel Français de Kigali, …

Entre-temps Vous êtes arrivés, Vous avez accordé à son bras droit, Madame Louise Mushikwabo, la direction de l’OIF. Il nous revient qu’elle a, aujourd’hui, entrepris de diriger cette importante organisation francophone à la manière cavalière de son patron de Kigali.

Notre groupement d’organisations comprend des personnes de toutes ethnies et toutes générations. Nous avons opté pour le rejet des idéologies des deux pôles extrémistes ci-haut mentionnés et d’œuvrer pour l’avènement d’un Rwanda réconcilié avec lui-même. Nous avons décidé de jeter les ponts entre les différentes fractures causées par l’Histoire et aggravées et entretenues par l’actuel régime de Kigali. Toutes ces fractures si elles sont laissées comme telles, elles vont continuer de miner la société rwandaise pour encore très longtemps. La nécessaire cohésion et paix sociale rwandaise se feront toujours attendre. Il serait dommage de constater, dans les temps à venir, que la France sous Votre direction soit accusée de s’être rangée contre le peuple rwandais et pour une dictature implacable.

Nous avons choisi de lutter pour l’instauration d’un système où la paix ne repose pas sur les fusils et les baïonnettes, mais sur la concorde et la bonne volonté des groupes sociaux.

Monsieur le Président, la devise de la République Française (Liberté-Egalité- Fraternité) fait peur à la dictature de Paul Kagame.

En effet en termes de ;

  • Liberté : au Rwanda, mêmes les libertés les plus élémentaires sont interdites ou réprimées
  • Égalité : Le Rwanda de Paul Kagame constitue une société parmi les plus inégalitaire d’Afrique et du Monde : L’avoir et le pouvoir sont concentrés dans les mains d’une clique autour de Paul Kagame (moins de 1% de la population). Les pauvres sont interdits dans la capitale Kigali et ceux qui y sont natifs sont chassés, déportés, souvent sans compensation. Les postes importants dans tous les secteurs clés du pays sont détenus par une faible minorité.
  • Fraternité : Le régime entretient de nombreuses lignes de fracture entre différentes tranches de Rwandais. Nous en avons souligné quelques-unes plus haut.

En Conclusion, Excellence Monsieur le Président, nous ne comprendrions pas que la France, pays de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité et des Droits de l’Homme puisse continuer à courtiser une telle dictature sans exiger des avancées notables sur ces aspects, au risque de se compromettre et quelques fois en œuvrant dans le sens contraire aux valeurs républicaines.

Notre groupe est prêt à Vous présenter, en détails, notre vision sur la résolution, de manière durable, de la problématique de démocratisation et du respect des droits humains au Rwanda et dans la région, dans une rencontre à Votre convenance ou celle de Vos collaborateurs.

Vous remerciant de votre compréhension, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre plus haute considération.

Fait à Paris le 05 mars 2021

Signé

Membres signataires

  1. Action citoyenne pour la PaixSuisse ;
  2. Amahoro-People’s Congress, Canada;
  3. Association des rescapés du génocide des réfugiés rwandais au Congo (Ex-ZaïreRDC) ARGR-Intabaza, Nederland ;
  4. Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR), Belgique ;
  5. Comité pour l’Unité, la Paix et la Réconciliation au Rwanda (CUPR), France ;
  6. Congrès rwandais du Canada (CRC), Canada ;
  7. Convention Nationale Républicaine (CNR-Intwari), Suisse ;
  8. Comité de Suivi de la Problématique des Réfugiés Rwandais (CSPR), Suisse ;
  9. COVIGLA, Collectif des victimes des crimes de masse commis dans la region des grands lacs africains, France ;
  10. Democratic Rwanda Party, DRP-ABASANGIZI, USA;
  11. Forces Démocratiques Unifiées-Inkingi, UK ;
  12. Fondation Ibukabose-Rengerabose, Mémoire et Justice pour tous, France ;
  13. Global Campaign for Rwandans’ Human Rights (UK)
  14. Global Voice of Rwandan Refugees (GVRR), South Africa ;
  15. Groupe d’initiative France-Rwanda, France ;
  16. Inganzo Gakondo, Russie ;
  17. Initiative du Peuple pour l’Alliance Démocratique (IPAD-Umuhuza), USA ;
  18. Initiative Humanitaire pour la région des grands lacs (IHRGL), Belgique ;
  19. Initiative HUMURA, Belgique ;
  20. Institut Seth Sendashonga pour la Citoyenneté Démocratique ISCID asbl, Belgique ;
  21. JAMBO asbl, Belgique ;
  22. Liberté d’Expression Culture et Paix, LECP Info, USA ;
  23. Mouvement Républicain pour la Paix et le Progrès, MRP, Belgique ;
  24. Norway Sub Sahara Africa development organization (NSADO), Norway;
  25. Observatoire des Droits de l’Homme au Rwanda (ODHR), France ;
  26. Organization for Peace, Justice and Development in Rwanda and Great Lakes Region (OPJDR), USA;
  27. PDR IHUMURE, Belgique
  28. PS Imberakuri, Belgique;
  29. Réseau International pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme au Rwanda (RIPRODHOR), France ;
  30. Rwanda National Congress – RNC, South Africa ;
  31. Rwanda National Forum (RNF), USA ;
  32. Rwandan Alliance for the National Pact (RANP-Abaryankuna), Africa.
  33. Rwandan American Youth Association, USA;
  34. Rwandan Platform for Dialogue, Truth, and Justice (RDTJ), South Africa ;
  35. Rwandiske Forum in Norway (RFN), FORUM RWANDAIS DE NORVEGE (RFN);
  36. Rwandese Revolutionary Movement (RRM) Afrique du Sud
  37. United Freedom Fighters (UFF-INDANGAMIRWA), France;

RBB Contact address: rwandabridgebuilders@gmail.com


[1] DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_FR.pdf (ohchr.org)

[2] Texts adopted – The case of Dr Denis Mukwege in the Democratic Republic of the Congo – Thursday, 17 September 2020 (europa.eu)

[3] Le serment de loyauté qui terrorise les Rwandais de la diaspora – BBC News Afrique

[4] RWANDA 2019 HUMAN RIGHTS REPORT (state.gov)

[5] Rwanda : Le meurtre d’un opposant est la dernière attaque en date contre des détracteurs du gouvernement | Human Rights Watch (hrw.org)

[6] Rwanda, assassinat du représentant politique de l’opposition – Amnesty International Belgique

[7] Rwanda Case Study | Understanding Transnational Repression (freedomhouse.org)

[8] MOTION FOR A RESOLUTION on Rwanda, the case of Paul Rusesabagina (europa.eu)

[9] UN: Countries Call Out Rwanda’s Rights Record | Human Rights Watch (hrw.org)

[10] Page not found – GOV.UK (www.gov.uk)

[11] COURRIER-DU-30-AVRIL-1994-DU-FPR-INKOTANYI-SIGNE-CLAUDE-DUSAIDI-ET-GERARD-GAHIMA.pdf (sciencespolitiquesrwandaises.fr)Burundi : Une démocratie et un modèle d’alternance politique qui dérangent.Débat : TENSIONS ENTRE LE RWANDA ET LA RDC APRÈS LE SOMMET DE PARIS SUR LES ÉCONOMIES AFRICAINES.

Qui, aujourd’hui, en France, pour dire à haute voix: « notre pays n’est pas un paillasson ».

Le grand contraste qui cerne la visite de Paul Kagame à Paris: A bras ouverts, Emmanuel Macron accueille de nouveau Paul Kagame, un des hommes les plus controversés  de la planète, ce lundi 17/05/2021. Le Président français n’a qu’un seul objectif: redorer l’image de son pays et réchauffer les relations entre la France et le Rwanda. En effet,  les autorités rwandaises ont pendant longtemps lancé des critiques grotesques contre la France, jusqu’à l’accuser d’avoir participé au génocide! Aujourd’hui, le ton a changé, mais, la France n’a pas encore d’Ambassadeur au Rwanda depuis plus de 5 ans. Il n’y a qu’un Chargé d’affaires de la République française au Rwanda.

Emmanuel Macron, le reçoit donc dans l’intérêt de la France en tant que Chef d’Etat; mais il n’ignore pas le genre de personnalité à qui il tend la main. C’est le même dictateur qui a appris le pouvoir après le génocide et la guerre de 4 ans, chef de la rébellion à l’époque. Macron est entouré par de grandes personnalités qui connaissent bien les arcanes du pouvoir actuel au Rwanda. On peut citer Jean Yves Le Drian, Ministre ayant dans ses attributions les affaires étrangères, ou encore le Chef d’Etat Major de l’armée, le Général François Lecointre qui était présent au Rwanda durant l’opération turquoise en 1994.

Le totalitarisme est le qualificatif du pouvoir de Paul Kagame. Selon différents rapport des ONG de droits de l’homme, les Rwandais souffrent à cause de son régime plus que jamais répressif. La Région des grands lacs africains le connaissent pour les conflits et guerres au-delà des frontières, plus particulièrement en RDC. Il est en froid avec les Chefs d’Etats voisins, l’Ouganda et le Burundi en particulier. Longtemps soutenu par les USA et la Grande Bretagne, Paul Kagame n’est plus le bon élève des Américains ni des Britanniques. La France lui souhaite la bienvenue.

 Le revers de la médaille: 

Comment être fier, quand on déroule le tapis rouge à l‘un des hommes les plus violents de ce monde? En 2007, une femme courageuse et membre du gouvernement français, n’avait pas supporté la visite de Kadhafi à Paris. Rama Yade avait déclaré:  » «Notre pays n’est pas un paillasson». Bernard Kouchner avait estimé qu’elle «avait raison de parler ainsi». Mais Kouchner est-il capable de dire pour le cas de Kagame? Kouchner est-il capable de dire que Kadhafi est pire que Kagame? Aujourd’hui, Sarkozy est-il si fier d’avoir reçu en grandes pompes Kadhafi? Macron le sera-t-il dans 5 ans, 10 ans? L’Histoire le dira. 

Les Rwandais qui vivent en Europe ont obtenu une autorisation pour manifester à Paris ce 18/05/2021 contre Paul Kagame à la tête d’un régime très critiqué en matière de violation de droits de l’homme. HRW, Amnesty International, Crisis Group, ne cessent de tirer la sonnette. Personne ne pourrait prétendre ne pas savoir. Macron non plus.

Source: Rédaction LECP Info.

Le Groupe d’Initiative France – Rwanda (GIFR) réagit au Rapport Duclert.

Réaction du Groupe d’Initiative France-Rwanda aux conclusions du Rapport de la Commission chargée de mener un travail de fond centré sur l’étude de toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 afin d’analyser le rôle et l’engagement de la France durant cette période.

Paris le 16 mai 2021

Suite à la sortie du rapport de la Commission de Recherche sur les Archives que le Professeur Vincent DUCLERT a remis au Président de la République, Monsieur Emmanuel MACRON, le 26 mars 2021, le Groupe d’Initiative France-RWANDA (GIFR) aimerait exposer brièvement ses commentaires sur ce document long de plus de 1200 pages.

Il convient de rappeler d’abord que le Président Emmanuel MACRON, dans sa lettre du 5 avril 2019, adressée au Président de ladite Commission a défini les objectifs assignés à celle-ci :

  • Consulter l’ensemble des fonds d’archives françaises relatifs à la période pré-génocidaire et celle du génocide lui-même ;
  • Rédiger un rapport qui permettra -d’offrir un regard critique d’historien sur les sources consultées –d’analyser le rôle et l’engagement de la France au Rwanda au cours de cette période, en tenant compte du rôle des autres acteurs engagés au cours de cette période –
  • Contribuer au renouvellement des analyses historiques sur les causes du génocide des Tutsi, profondes et plus conjoncturelles, ainsi que sur son déroulement, en vue d’une compréhension accrue de cette tragédie historique et de sa meilleure prise en compte dans la mémoire collective, notamment pour les jeunes générations.

À la lecture de ce rapport, notamment dans sa conclusion, il ressort nettement que les membres de la commission accusent le Gouvernement français de l’époque, avec à sa tête le Président François Mitterrand, d’avoir entretenu des relations personnelles et directes avec le régime du Président Juvénal Habyarimana, ce qui est absolument faux car les relations entre les deux pays furent des relations diplomatiques normales.

De 1990 à 1994, Monsieur Jean Marie Vianney Ndagijimana, membre actuel du GIFR, fut ambassadeur du RWANDA à Paris. Aussitôt la commission de recherche sur les archives mise en place en avril 2019, le GIFR, et particulièrement cet ancien ambassadeur, a adressé un courrier recommandé avec accusé de réception dans lequel il exprimait son désir et sa disponibilité d’être auditionné par la commission, afin de témoigner au sujet de ces relations franco-rwandaises. Monsieur Ndagijimana promettait de mettre à la disposition de la commission des éléments d’archives personnelles et officielles. La Commission a refusé cette offre et ceci est bien regrettable.

Le Front Patriotique Rwandais (FPR), composé, en majorité, de réfugiés Tutsi en Uganda, a attaqué le Rwanda à partir du 1er octobre 1990, provoquant une guerre fratricide qui a duré trois ans et demi. À la demande du gouvernement légitime du Rwanda, et en application d’un accord de défense signé en 1975 par le Président Valéry Giscard d’Estaing, la France est intervenue au Rwanda pour stabiliser le front militaire et favoriser les négociations ayant abouti à la signature des Accords de Paix d’Arusha le 4 août 1993, entre le Gouvernement rwandais, dirigé par le Président Juvénal Habyarimana et les rebelles du FPR, dirigés par Monsieur Paul Kagame.

Les accords d’Arusha avaient permis de mettre fin à la guerre et devaient aboutir, in fine, à la mise en place d’un gouvernement consensuel basé sur le partager du pouvoir entre les deux parties en conflit. Mais c’était sans compter avec l’agenda caché du général Paul Kagame : prendre le pouvoir par la force et régner en maitre absolu sur le Rwanda au détriment du partage du pouvoir.

Le point culminant fut l’attentat du 06 avril 1994 perpétré contre l’avion transportant le Président rwandais Juvénal Habyarimana, le Président burundais Cyprien Ntaryamira, d’autres personnalités rwandaises et burundaises, ainsi que trois membres de l’équipage français. Cet attentat, commis par les rebelles du FPR, vint annihiler tous les efforts de paix consentis pas la France et fut ainsi l’élément déclencheur du génocide des Tutsis et des nombreux massacres au sein de la population rwandaise.

En application de la résolution 929 du 22 juin 1994 du Conseil de sécurité de l’ONU, la France fut alors le seul pays occidental qui accepta d’intervenir pour voler au secours des populations rwandaises, alors que la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR), dirigée par le Général canadien Roméo Dallaire, s’avérait impuissante et incapable d’arrêter le génocide.

Dans sa lettre de mission, le président de la République Emmanuel Macron a demandé à la Commission Duclert d’analyser le rôle et l’engagement de la France au Rwanda, en tenantcompte du rôle des autres acteurs engagés au cours de cette période. On peut citer les pays tels que l’Uganda qui a formé, armé et soutenu militairement et diplomatiquement la rébellion du FPR du début jusqu’à la fin de la guerre, sans oublier la Grande Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique qui ont apporté un appui militaire et diplomatique au FPR.

Pour sa part, la Belgique, ancienne puissance coloniale dont le contingent militaire constituait l’ossature de la MINUAR, a retiré ses troupes une semaine après le déclenchement du génocide.

II est donc incompréhensible et inadmissible que la commission de recherche sur les archives parle d’aveuglement à où la France a, la première, saisi opportunément le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour demander l’envoi de troupes au Rwanda, ce qui a été accepté en juin 1994 et a permis à l’« Opération Turquoise » de sauver des dizaines de milliers de Tutsi mais aussi de Hutus et de Twa en danger de mort. Les responsables politiques et militaires français témoins de cette période ont fourni des renseignements précis sur le déroulement des événements tels que vécus sur place au Rwanda ou à Paris.

Pour des raisons inavouées, et pour masquer ses propres responsabilités dans l’attentat terroriste du 6 avril 1994 et dans le génocide subséquent, le régime de Paul Kagame n’a cessé d’accuser la France d’être complice du génocide des Tutsis.

Dès son élection à la Présidence de la République en 2017, le Chef d’État français, Emmanuel MACRON a manifesté sa volonté d’améliorer les relations entre la France et le Rwanda. Cette démarche est compréhensible et normale entre deux pays et la création de la commission Duclert s’inscrit dans cette volonté de normalisation.

Cependant, au vu des conclusions de la commission, il s’avère que ce rapport est essentiellement politique, partiel et partial. En effet, à travers ses multiples déclarations dans la presse française et internationale, le Professeur Vincent Duclert, président de la commission, a donné l’impression de vouloir à tout prix faire plaisir aux autorités de Kigali, allant jusqu’à suggérer au président Macron de reconnaître la responsabilité de la France dans la tragédie rwandaise, tout en écartant toute complicité directe dans le génocide.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda considère qu’en stigmatisant par trop le régime de feu le Président Juvénal Habyarimana, et en présentant la rébellion du FPR comme de valeureux libérateurs ayant accouru pour arrêter le génocide des Tutsi, sans parler suffisamment du rôle des pays qui ont sponsorisé la guerre au cours de la période sous examen, la commission Duclert est sortie du cadre de sa mission de recherche historique objective. En prenant ouvertement fait et cause pour les thèses et le discours militant du régime de Paul Kagame, la commission Duclert a cessé d’être neutre.

Nos inquiétudes sont d’autant plus fondées que de sources diverses, certains membres de la commission seraient proches d’associations connues pour leur soutien sans réserve au régime de Paul Kagame. Il est donc permis de douter de la neutralité et du caractère strictement scientifique de ce rapport.

Pour conclure, le Groupe d’Initiative France-Rwanda (GIFR), composé de résidents rwandais et de Français d’origine rwandaise, soutient la volonté du Président Emmanuel MACRON de renouer les relations entre la France et le Rwanda. Cependant le groupe tient à rappeler que le régime actuel de Kigali, dirigé par le Président Paul Kagame depuis déjà 27 années, foule au pied la démocratie, l’état de droit et le respect des droits humains au Rwanda.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda demande en conséquence au Président Emmanuel Macron de ne pas ‘’faire de mauvais compromis sur les droits de l’Homme’’, notamment sur les nombreux crimes commis par le régime dictatorial de Paul Kagame contre les populations du Rwanda et des autres pays d’Afrique des grands lacs au cours de ces trois dernières décennies.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda demande instamment au président Emmanuel Macron de soutenirsans réserve l’Initiative du Dr. Denis MUKWEGE, Prix Nobel de la Paix 2018, pour la mise en place du Tribunal pénal international ad hoc recommandé par le Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, ex-Zaïre.

La nouvelle page des relations franco-rwandaises ne devrait pas s’écrire sur la base du seul rapport partial et partiel présenté par la commission Duclert, au risque d’inscrire dans le marbre les nombreuses inexactitudes contenues dans ce rapport considéré par beaucoup comme par trop favorable aux thèses anti-françaises développées par le régime du président Paul Kagame.

Fait à Paris, le 16 mai 2021

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda (GIFR)

Contact : groupe.gifr@gmail.com

Le document en format PDF

Génocide rwandais: la commission sur le rôle présumé de la France mise en garde.

En date du 14 novembre 2020 on apprenait le retrait d’un des membres de la “Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)”. Cette commission mise sur pied par le président Emmanuel Macron a pour but d’éplucher les archives et déterminer quel a(urait) été le rôle de la France dans le conflit rwandais qui a culminé en génocide de 1994. Un travail très délicat si l’on considère les implications diplomatiques et politiques du sujet. Les acteurs de la société civile et universitaires d’origine rwandaise réunis sous Groupe d’Initiative France Rwanda (GIFR) avaient partagé par avance avec cette commission leurs inquiétudes avant de soumettre des recommandations. Les membres du GIFR pressentent les tentatives de manipulations de la commission par le FPR à travers les trous que la démocratie française pourrait naïvement offrir à la dictature rwandaise.

Leur lettre est reprise ci-bas.

Note à la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)

Mesdames, Messieurs, membres de la Commission ;

Le Groupe d’Initiative France Rwanda (GIFR) salue votre dévouement et votre bon travail pour atteindre les objectifs définis lors de la création de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994). Le monde entier en général, la France et le Rwanda en particulier attendent de vous les réponses aux questions qui, jusqu’ici, n’ont pas eu de réponses définitives et convaincantes sur le rôle qu’aurait joué la France dans la tragédie rwandaise il y a 26 ans.

En tant que Rwandais et Français d’origine rwandaise vivant en France, nous avons suivi ce dossier de près car il nous est indéniable que seule la vérité sur ce qui s’est réellement passé, pourra nous permettre de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays dans un esprit de respect mutuel. Pour les Rwandais spécialement, il nous sera enfin possible de nous réconcilier avec notre passé, de rendre justice à tous ceux qui en ont soif depuis déjà trop longtemps, de mettre un point à notre deuil, et d’avancer en envisageant un avenir durable.

Par cette note nous nous permettons d’apporter notre observation en termes de contribution et soutien au travail qui vous est confié et qui requiert l’objectivité, l’éthique et le professionnalisme. Nos apports sont fondés et soutenus par nos expériences en tant qu’acteurs de la société civile rwandaise et acteurs politiques, universitaires et/ ou témoins de certains événements de la période concernée par votre travail.

  1. Des objectifs précis mais aux antipodes de la politique menée par le Front Patriotique Rwandais (FPR).

Les objectifs de cette mission sont très clairs et concis ne laissant aucune fenêtre au moindre doute, et le résultat reflètera la position de la France à ce sujet et guidera les décisions et actions dans l’avenir. Cependant, il est commode de souligner que le FPR a déjà sa version des faits, une version que le régime de Kigali est prêt à défendre, une hypothèse que le régime fera tout pour qu’elle soit confirmée. Selon cette hypothèse, la France est complice dans le génocide et au moins 13 anciens dirigeants français sont incriminés[1]. Par exemple, selon la conclusion du rapport “MUCYO” de la Commission nationale chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’état français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 « Durant toute la période du génocide, la France a soutenu diplomatiquement et militairement le gouvernement intérimaire qui, au su du monde entier, en temps réel, était en train d’organiser et d’exécuter un génocide [2]».  

Et dans ses recommandations, la même Commission encourage l’Etat rwandais de soutenir toute action individuelle ou collective de victimes qui souhaiteraient porter plainte pour le préjudice causé par l’Etat français. La Commission ajoute que, cependant, le gouvernement rwandais pourrait se contenter d’un arrangement diplomatique avec l’Etat français pour trouver une solution à cette question. Ceci, dit la Commission, dépendrait de la décision de l’Etat français de reconnaître toutes ses responsabilités dans le génocide et de procéder à des réparations[3].

Bien que les méthodologie et témoignages utilisés par la Commission étaient vivement critiqués, les conclusions de l’enquête ont été saluées par le Gouvernement Rwandais. Le rapport constitue un instrument important et une arme pour mettre à genoux la France. Aucun travail de professionnels aussi intègre qu’il soit ne saura faire bouger le FPR de sa position, car il s’agit d’une cause existentielle.

  1. Une démarche scientifique versus une pratique machiavélique

Lors de la composition de votre Commission, le Président Emmanuel Macron s’est basé sur vos valeurs et professionnalisme confirmés par vos travaux et succès dans vos missions du passé. Pour cela, les membres du GIFR n’ont aucun doute sur vos neutralité et sincérité. Pourtant, votre démarche scientifique est une chose inexistante au Rwanda. Le FPR utilise toute sorte de pression et n’épargne rien, y compris le mensonge, la manipulation de statistiques[4] et les méthodes les plus illégales, pour arriver à ses fins. Les chercheurs[5] les plus fidèles à leurs carrières sont victimes de chantage et terrorisme orchestrés par les services secrets rwandais pour les contraindre à revenir aux conclusions de leurs travaux qui contredisent la version officielle de Kigali. Tel a été le modus operandi du FPR, et ça a marché dans plusieurs cas.

Dans son jeu, le FPR paie des lobbies et média pour véhiculer le faux narratif en sa faveur, ce qui en partie façonne l’opinion internationale susceptible d’influencer les conclusions si on adopte la démarche scientifique. En effet, la littérature sur le sujet est pleine de ce genre de sources. Un exemple frappant concerne la thèse du génocide contre les Tutsis qui aurait été planifié, une thèse qui continue d’être répétée même par les chercheurs sérieux alors que même le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) n’a pas reconnu cette planification par le gouvernement rwandais de l’époque[6]. Aujourd’hui la France est encore accusée de complicité dans cette « prétendue » planification.

L’on pourrait aussi citer l’assertion de « la communauté internationale qui a manqué à ses responsabilités d’intervenir pour assister aux Tutsis qui faisaient massacrer en 1994 ». Or, c’est bien le FPR qui s’est opposé au déploiement de la force onusienne, car, le mouvement rebelle craignait qu’une telle intervention aurait pu empêcher sa conquête militaire qui s’annonçait inévitable[7]. Et des observateurs avisés estiment que les décisions de l’Etat français prises par rapport au dossier du génocide rwandais, tendent à céder au chantage de l’Etat rwandais[8]. Ainsi, quand on s’attendait à la vérité, c’est la realpolitik qui a été privilégiée.

  1. La démocratie française au service de la dictature rwandaise

La démocratie française et ses nobles valeurs offrent une porte d’entrée exploitable par la dictature rwandaise. En effet, au moment où tous les témoignages au Rwanda sont manipulés, la liberté d’expression est garantie à chacun en France. Nous avons observé des associations françaises, des universitaires, des médias, ou de simples citoyens[9] défendre les intérêts du Rwanda au détriment de leur pays, seulement parce qu’ils sont tombés sur une source attractive mais mensongère, ou qu’ils ont cru naïvement en la version officielle de Kigali, ou qu’ils sont payés pour ça.

Bien qu’il y ait pas mal de suspicions sur les relations qu’entretiennent certaines associations et le régime de Kigali, aucune enquête sérieuse n’est menée par des instances habilitées pour déterminer à quel point ça pourrait constituer un danger à la démocratie. Ces associations et individus au service du FPR créeront une sorte de populisme et serviront en tant que groupes de pression sur n’importe quelle Commission pour faire triompher la version de Kigali. Ils iraient même jusqu’à dire que les archives ont été altérées s’il arrivait que les résultats ne correspondent pas aux attentes du FPR.

Cas de l’Association Survie

Lors de la sortie de votre note intermédiaire[10], l’association Survie a fait une réaction avec indignation comme quoi « la grande lessive a déjà commencé [11]». Toujours en quête de protéger la bonne relation entre Survie et le FPR, la stratégie utilisée reste inchangée : partir d’une réalité, la sortir de son contexte temporaire, légal et légitime, pour en faire une situation tout à fait différente, horrible et condamnable. Il s’ensuit de faire beaucoup de bruit à ce sujet dans des actions encouragés par le FPR, premier profiteur de la situation. Mais à en juger de plus près, Survie n’a aucune autorité morale dans cette affaire pour des raisons bien connues.

En effet, le FPR et Survie marchent main dans la main depuis un peu avant 1994. Se présentant comme une association contre la néo-colonisation française en Afrique, Survie propose ses services au FPR. En 1994, le fondateur de l’association, Monsieur Jean Carbonare devient Conseiller du Président Pasteur BIZIMUNGU. Son rôle principal était de faire la promotion de l’image du nouveau régime post-génocide et sera impliqué dans plusieurs projets à caractère commercial contrairement aux objectifs de l’association Survie. L’héritage de Monsieur Carbonare sera ( Ndlr: et reste) bien entretenu après sa mort.

  1. Recommandations

La France était présente au Rwanda et a encouragé le multipartisme et les négociations entre les deux camps opposés dans la guerre lancée par le FPR en 1990, néanmoins, force est de constater que les acteurs dans ce conflit étaient plus nombreux. Pour cela, malgré l’importance que les archives françaises représentent, elles ne peuvent pas à elles seules expliquer les actions et réactions des deux camps. C’est dans cette optique qu’il serait judicieux de consulter, dans la mesure du possible, les archives de l’Ouganda, des Etats Unis d’Amérique, de Belgique, du Canada, et de l’Organisation des Nations Unies.

L’Etat rwandais vous invite à consulter les « chercheurs » rwandais pour avoir une vue complète de toute la situation. Cependant, le FPR n’était pas aux affaires pendant la période concernée et la totalité d’archives a été détruite pendant la guerre. Cette lacune pourrait être en partie comblée par les entretiens avec les personnes qui ont servi dans la diplomatie rwandaise de l’époque, mieux placés que le FPR.


[1] https://www.lefigaro.fr/international/2008/08/05/01003-20080805ARTFIG00452-le-rwanda-accuse-la-france-de-participation-au-genocide-.php

[2] Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994, p. 328

[3] Idem, p.329

[4] https://www.france24.com/en/20190813-financial-times-says-rwanda-has-manipulated-its-economic-data

[5] https://www.musabyimana.net/20141121-le-professeur-belge-filip-reyntjens-dans-le-collimateur-du-regime-de-paul-kagame/

[6] Serge DUPUIS, De la planification du génocide des Rwandais tutsis, note 214, Fondation Jean Jaurès, 2014.

[7] https://nsarchive2.gwu.edu//NSAEBB/NSAEBB117/Rw29.pdf

[8] http://www.echosdafrique.com/20171215-rwanda-france-la-justice-coincee-entre-chantage-et-realpolitik

[9] https://www.france24.com/fr/video/20180321-rwanda-france-a-soutenu-le-gouvernement-genocidaire

[10] https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/note_intermediaire_-_commission_rwanda_cle8afecc.pdf

[11] https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/la-france-et-le-genocide-des-tutsis/article/commission-duclert-la-grande-lessive-a-commence

RDC/ Rwanda Alerte: Le secret de la compagnie aérienne Rwandair en RDC enfin dévoilé! Horrible

Tout semblait Être de la douce diplomatie, intelligente ???, aux yeux des naïfs, des ignorants et des inexpérimentés, lorsque Mr Felix Thsisekedi, devenu président de la RD Congo par la magie kanambique choisissait de faire du Rwanda de Kagame sa Terre promise.

Des accolades iscariotiques écrasaient alors nos écrans à mille fréquences, étonnés de voir naître des initiatives hérodistes, qui emplissaient les agendas nuptiaux de deux best Sellers du royaume des ténèbres aux imaginaires sans paires, au style du « le Corbeau et le Renard ».

Entre ces initiatives figurait une décision unilatérale d’ouvrir le ciel congolais aux oiseaux rwandais. Rwanda Air recevait alors, dans la précipitation et sans réciprocité, la bénédiction matinale d’un néophyte de la politique de l’Afrique Centrale, obligé par son histoire récente à conclure des pactes et avec le diable et avec Dieu.

Antoine Tshisekedi, felix d’un pouvoir démérité et usurpé, aurait-il mesuré suffisamment les conséquences de cette décision ? Le renard des pays des grands lacs n’attendrait, peut-être, que cette douce opportunité pour son dernier assaut, plus rapide, vers ce qui semblait encore lui résister. Ainsi, même ce que Kabange ne voulait pas offrir publiquement, celui avec qui il a opté de partager le pouvoir usurpé n’a pas choisi d’autre action inaugurale qu’ouvrir les portes qui restaient à l’ennemi numéro un de la population de la RD Congo en général, et plus particulièrement celle de l’Est de la RD Congo.

En effet, le roi autoproclamé du pays de mille collines a toujours rêvé être héritier de ce qu’il considère comme la « terre de la promesse ». Et l’avènement de l’accès à l’air de la RDC lui octroyait un plus déterminant.

Un officier de son armée se réjouissait sadiquement de cette dernière prouesse en ces termes : « En neuf mois nous avions été capables de conquérir la RDC à pieds, avec Rwanda air nous sommes capables de le faire en un seul jour ».

En fait, pourquoi cet événement est déterminant dans la politique expansionniste du renard des grands lacs ? Parmi les stratégies magiques de son plan figure essentiellement les infiltrations. Et il a joué sur cette pédale depuis des décennies. Avec la ligne unilatérale Kigali-Kinshasa, il est désormais capable d’infiltrer chaque jour plusieurs unités criminelles dans le système de la sécurité du pays, qui est d’ailleurs déjà suffisamment entre ses mains. On raconte par exemple qu’avec cette ouverture, Kinshasa est déjà infiltré de plus de 700 espions. Et toutes les grandes villes et provinces du pays sont concernées, surtout à l’Est du pays.

Il ne faut, par exemple, pas exclure les effets de cet accord sur la continuation des massacres à Beni-Ituri. Toutes les portes ayant déjà été totalement ouvertes au renard, il peut maintenant faire tout ce qu’il veut, quand il le veut.

A part Beni, on signale la présence des forces rwandaises au Nord-Kivu, autour de Goma, au Sud-Kivu, etc.

Bref : l’heure est grave. La population est appelée à prendre son destin entre ses mains. Les alertes de la société civile sont ignorées. Etc.

Il est important que nous en prenions tous conscience : en ce moment où la communauté internationale est concentrée sur la question de la pandémie du Coronavirus, la communauté congolaise doit savoir que l’ennemi est en train d’en profiter pour tisser des pièges afin de rendre notre pays invivable. Et il le fait en faisant usage de notre propre richesse et très souvent en faisant participer dans ces sales besognes des enfants du Congo.

Soyons donc vigilants. Barrons la route à l’ennemi et à ses complices. Que le confinement ne confine pas nos intelligences, notre prudence et nos actions. Ne dormons pas. Ça serait catastrophique pour nous et pour les générations futures.

Le Rwanda air au Congo pour accélérer la rwandanisation du Congo

A bon entendeur, salut !

Rédaction

©Beni-Lubero Online.

Source benilubero.com


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Le 6 avril 2020, le génocide du Rwanda sera une fois encore commémoré à travers une histoire fabriquée

Le 6 avril 2020, c’est une nouvelle fois à travers l’histoire fabriquée par le régime du général Kagamé que va être commémoré le 26° anniversaire du génocide du Rwanda. Une histoire dont les trois principaux piliers ont pourtant été pulvérisés par l’historiographie. Ainsi :

1) Contrairement à ce qu’affirme cette histoire fabriquée, ce ne sont pas les « extrémistes hutu » qui ont abattu l’avion du président Habyarimana.

Le génocide du Rwanda ayant été déclenché par l’assassinat du président Habyarimana, l’impératif était donc de connaître les auteurs de ce crime. Or, les alliés du général Kagamé, Etats-Unis et Grande-Bretagne, ont interdit au TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) dépendant du Conseil de Sécurité de l’ONU (Résolution 955 du 8 novembre 1994), de chercher à les identifier.

Quant à la justice française, seule à avoir enquêté sur cet attentat, elle s’est prudemment défaussée après 21 ans d’accumulation d’éléments semblant pourtant désigner le camp du général Kagamé. Le 21 décembre 2018, suivant en cela les réquisitions du Parquet, elle a ainsi rendu un insolite non-lieu concernant les hauts cadres du général Kagamé que  le juge Bruguière accusait d’être les auteurs ou les commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994. Insolite en effet car :

1) Les magistrats écartent la piste des « extrémistes hutu », innocentant ces derniers  de toute responsabilité dans l’attentat qui déclencha le génocide.

2) Ils énumèrent en revanche, et en détail, les nombreux éléments du dossier paraissant désigner à leurs yeux l’équipe du général Kagamé comme étant à l’origine de cet attentat.

3) Mais, in fine, les deux magistrats instructeurs prennent étrangement le contre-pied du déroulé de leur propre argumentation pour conclure que « L’accumulation (je souligne) des charges pesant sur les mis en examen (les membres du premier cercle du général Kagamé mis en examen par le juge Bruguière le 17 novembre 2006) (…) ne peut pas constituer des charges graves et concordantes permettant de les renvoyer devant la cour d’assises ».

Utilisant la seule conclusion de ce singulier non-lieu en taisant soigneusement la liste des charges l’impliquant  énumérées par les magistrats français, le régime de Kigali affirme avec un singulier aplomb qu’il n’est donc pour rien dans l’attentat du 6 avril 1994. Cela lui permet de continuer à soutenir que ce furent les « extrémistes hutu » qui commirent l’attentat alors que rien, ni dans le dossier de la justice française ainsi que nous venons de le voir, ni dans la monumentale masse de documentation étudiée par le TPIR, ne conduit à cette piste. D’autant plus que, présenté par l’histoire fabriquée comme étant l’ « architecte du génocide », donc comme celui qui l’aurait déclenché en faisant abattre l’avion du président Habyarimana, le colonel Bagosora a été totalement lavé de cette accusation par  le TPIR :

« No allegation implicating the Accused (Bagosora) in the assassination of the President is to be found in the indictment, the Pre-Trial Brief or any other Prosecution communication. Indeed, no actual evidence in support of that allegation was heard during the Prosecution case. » (TPIR- Decision on Request for Disclosure and Investigations Concerning the Assassination of President Habyarimana (TC) 17 october 2006).

2) Contrairement à ce qu’affirme l’histoire fabriquée, le génocide n’était pas programmé.

Si le régime de Kigali continue à affirmer contre toute vérité que ce furent les « extrémistes hutu » qui commirent l’attentat du 6 avril 1994, c’est parce que ce postulat couvre le cœur de leur mensonge historique qui est que ces mêmes « extrémistes hutu » ayant programmé le génocide, l’assassinat du président Habyarimana allait leur permettre d’avoir les mains libres pour le déclencher.

Or, ces « extrémistes hutu » qui, comme nous l’avons vu, ne sont pas les auteurs de l’attentat qui coûta la vie au président Habyarimana, n’avaient pas davantage programmé le génocide.

Ce point essentiel a été définitivement  établi devant le TPIR dont le Procureur n’a pas été en mesure de prouver l’existence d’une entente antérieure au 6 avril 1994 en vue de planifier et d’exécuter le dit génocide, ce qui a naturellement conduit à l’acquittement des principaux accusés de ce chef d’accusation majeur. Pour plus de détails à ce sujet on se reportera aux jugements dans les affaires Bagosora, Zigiranyirazo, Bizimungu, Ngirumpatse et Karemera que je présente dans Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

Dans ces conditions, comme le génocide du Rwanda n’était pas programmé, nous en revenons donc à la question essentielle qui est de savoir qui a tué le président Habyarimana puisque ce meurtre fut l’élément déclencheur d’un génocide « improvisé » après le 6 avril 1994 par certains de ses partisans rendus hystériques par son assassinat.

3) Contrairement à ce qu’affirme l’histoire fabriquée, dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, quand il reprit unilatéralement la guerre, le but du général Kagamé n’était pas de sauver des vies, mais de conquérir militairement le pouvoir.

Toujours selon l’histoire fabriquée, le général Kagamé fut contraint de violer le cessez-le-feu en vigueur afin de sauver les populations du génocide. Or, une fois encore devant le TPIR, il a été établi que :

– Cette offensive fut lancée dès l’annonce de la mort du président Habyarimana, donc plusieurs heures avant les premiers massacres.

– Cette offensive contre l’armée nationale rwandaise désemparée par la mort de son chef d’état-major tué dans l’explosion de l’avion présidentiel, et dont l’armement avait été consigné par l’ONU dans le cadre du cessez-le-feu et des accords de paix, avait été minutieusement préparée depuis plusieurs semaines, les forces du général Kagamé n’attendant qu’un signal pour marcher sur Kigali.

– Afin de provoquer le chaos, les forces du général Kagamé attaquèrent en priorité les casernements de la gendarmerie afin d’interdire à cette dernière de rétablir la sécurité dans la ville de Kigali, ce qui était sa mission. Voilà pourquoi, dès le 7 avril, avant la vague des premiers massacres, le poste de gendarmerie hautement stratégique de Remera fut pris d’assaut. Quant au camp Kami, principale emprise de la gendarmerie à Kigali, fixée dans sa défense, sa garnison fut donc dans l’incapacité d’intervenir dans la ville pour y mettre un  terme aux massacres.

Ces  points fondamentaux réduisent à néant l’histoire officielle fabriquée par le régime du général Kagamé. Or, comme ils sont systématiquement ignorés par les médias, c’est donc une fausse histoire du génocide du Rwanda qui sera une fois de plus commémorée le 6 avril 2020.

Pour en savoir plus sur la construction et la déconstruction de cette fausse histoire, en plus du PDF : Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, on se reportera à mon livre intitulé Rwanda : un génocide en questions.

Bernard Lugan

Source : http://bernardlugan.blogspot.com/


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Colloque de l’Afrique des Grands Lacs au Sénat: Charles Onana répond !

Colloque de l’Afrique des Grands Lacs au Sénat: Charles Onana répond !

Sénat français, le colloque sur l’Afrique des Grands Lacs a subi des pressions mais a eu lieu. Journaliste et politicologue, Charles Onana est un panafricaniste avéré et digne fils d’Afrique, Charles Onana a braqué ses projecteurs sur les morts en RDC. Il est devenu l’ambassadeur itinérant et plénipotentiaire des victimes congolaises du régime dictatorial du Rwanda. Il a été orateur au Sénat.

Mulongo_Onana

Journaliste et politicologue, Charles Onana (à gauche) a mis vingt-ans de sa vie pour ses investigations sur l’Afrique des Grands Lacs. Il en est l’un des experts. Personne ne nie qu’il y a eu génocide au Rwanda en 1994. Panafricaniste avéré et digne fils d’Afrique, Charles Onana a braqué ses projecteurs sur les morts Congolais. Il est devenu l’ambassadeur itinérant et plénipotentiaire des victimes congolaises du régime dictatorial du Rwanda. Paul kagamé et ses affidés européens et anglo-saxons ont “boutiqué” l’histoire du génocide au Rwanda. Ce génocide rwandais est devenu un fonds de commerce pour Paul kagamé, qui le brandit pour culpabiliser le monde entier d’avoir laissé faire. C’est son faire valoir. C’est l’histoire des vainqueurs.

Or il s’est avéré que le même Paul Kagamé qui crie au génocide pour son peuple, uniquement des Tutsi, pas des Hutus ni des Twa, commet des crimes de sang, crimes de génocide et crimes contre l’humanité en République démocratique du Congo. Mieux, Kagamé pille et recel les ressources du Congo en toute impunité. Ayant culpabilisé le monde entier, les crimes de Kagamé sont tus, ignorés et oubliés. Et Charles Onana à la manière d’Emile Zola au cours de l’affaire Dreyfus dit: “J’accuse Paul Kagame de massacrer les populations congolaises pour piller les ressources du Congo”.

Cela choque et gène, tous ceux qui ont bâti le château des cartes de Paul Kagamé sur des mensonges et manipulations. A la différence de Pierre Péan, Charles Onana est un africain, on ne peut donc pas l’accuser de raciste. Et donc on l’accuse d’être “Négationniste” ! Simplement parce qu’Onana a choisi d’écrire l’histoire avec les lunettes du gibier pas avec celles du Chasseur. Sauf que dans les pays des Grands Lacs: prédateurs, pillards, receleurs et chasseurs sont nombreux. Les victimes, plus de 12 millions de morts uniquement en RDC, les Hutus et Twa Rwandais sont décimés, on regarde ailleurs. Un mort est un mort qu’il soit Congolais, Hutu, Tutsi ou Twa dans les pays des Grands Lacs. Charles Onana a été l’un des intervenants du Colloque sur l’Afrique des Grands Lacs au Sénat francais , le lundi 9 mars dernier…colloque que le président du Sénat rwandais et plusieurs associations tutsies rwandaises ont réclamé l’annulation. Le Colloque a bien eu lieu.

1. Réveil FM International: Le palais du Luxembourg, siège du sénat français était imprenable avec le colloque sur l’Afrique des Grands Lacs, le lundi 9 mars. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères a même dit que jamais le sénat n’avait subi autant de pressions extérieures pour l’annulation de ce colloque…

Charles Onana: Oui, la campagne contre ce colloque sur la tragédie des Grands Lacs africains a été d’une violence et d’une agressivité inouïes. Il s’agissait pourtant d’un simple débat intellectuel qui regroupait des chercheurs européens, africains et nord-américains très compétents et très qualifiés que l’on n’a pas l’habitude d’entendre. L’assistance était composée de chercheurs, de sénateurs, de diplomates, de députés, d’anciens ministres, de responsables politiques, de militants associatifs et de citoyens africains et français de tous bords. C’était un grand moment d’échanges, très civilisés et de réflexion intellectuelle de haut niveau. Mais ce n’est pas nécessairement ce qui ressort du compte rendu des médias en général.

2. Réveil FM International: Aucun média n’a relayé ce que vous avez dit au sénat.. qu’avez réellement dit dans votre intervention ?

Charles Onana: Je crois que certains ont des difficultés à reprendre mes propos tellement ils s’obstinent à dresser de moi un portrait peu flatteur comme le leur demandent les amis du régime de Kigali. Mon propos s’inscrivait plutôt dans le prolongement de ma démarche scientifique relative à mon livre sur l’opération Turquoise. J’ai d’abord précisé que depuis vingt-cinq ans, les accusations contre l’opération Turquoise étaient d’une pauvreté affligeante et que les assertions des accusateurs ne résistaient pas à l’examen des faits et des preuves. J’ai également rappelé que j’avais minutieusement examiné les archives émanant du Conseil de sécurité pendant dix ans et ce que j’ai découvert m’a donné le vertige.

Contrairement à ce qui a été dit et écrit depuis plus de deux décennies, le conseil de sécurité ne s’est jamais désintéressé du Rwanda ni des Rwandais en 1994 mais c’est le FPR de Paul Kagame qui a écrit, entre avril et juin 1994, plusieurs lettres au président et aux membres du Conseil de sécurité pour exprimer son refus catégorique d’une intervention multinationale permettant de mettre fin aux massacres et au génocide. Cette découverte m’a bouleversé. L’existence de ces lettres de la rébellion est une bombe sur le plan scientifique et elle remet en cause l’histoire officielle telle qu’elle est racontée depuis vingt-cinq ans.

3. Réveil FM International: L’hommage à Pierre Péan, grand journaliste Français d’investigation dont vous avez repris le flambeau, doit vous honorer…

Charles Onana: Un hommage a effectivement été rendu à Pierre Péan par Judi River et moi-même car il a été très violemment attaqué, lui aussi, par ceux qui sont hostiles à la vérité et aux révélations qu’il avait apportées dans le dossier de la tragédie des Grands Lacs. Il a fait le travail que peu de journalistes ont eu le courage de faire. En cela, il a fait honneur à toute la profession.

4. Réveil FM International: Que répondez vous à ceux qui vous accuse d’être “Négationniste » ?

Charles Onana: Je n’ai pas de temps à consacrer à des individus qui sont spécialisés dans l’invective et refusent le débat scientifique. Dire de quelqu’un qui publie un livre que personne n’a d’ailleurs attaqué devant les tribunaux qu’il est « négationniste » n’apporte rien au progrès de la connaissance sur les événements du Rwanda et sur ce qui se passe au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) depuis 1994. Ceux qui me qualifient ainsi sont précisément ceux qui nient l’extermination des millions de Congolais, des Twa, des Hutu et aussi de Tutsi au Rwanda et au Zaïre par les troupes de Paul Kagame. Qui est donc « négationniste », eux qui nient ces victimes ou moi qui apporte les preuves des crimes commis par le « camp des vainqueurs » ? En fait, ces soutiens inconditionnels de criminels contre l’humanité attribuent à des auteurs ou à des responsables politiques un qualificatif qui pour moi relève du même mépris et de la même arrogance avec laquelle ils traitent les victimes congolaises et rwandaises.

5. Réveil FM International: Vous n’avez jamais tué personne, ni fait un coup d’État en Afrique ni envahi un autre pays africain pour piller ses ressources, pourquoi faites-vous peur ? Pourquoi cette volonté de vous bannir dans l’espace francophone ? Vous donner la parole, c’est s’attendre aux ennuis ?

Charles Onana: Manifestement, des messages circulent dans plusieurs rédactions parisiennes interdisant de m’inviter surtout dans les médias publics. Il n’y a toutefois aucune restriction, dans les mêmes médias, envers ceux qui défendent le régime rwandais et qui me traitent de tous les noms d’oiseaux. Je n’écris pourtant que des livres très appréciés du public des Grand lacs africains et je fais simplement de la recherche scientifiques avec un certain niveau d’exigence et de probité. Je crois que les livres et les auteurs qui osent examiner les choses en profondeur sont en principe « dangereux », d’après certains régimes criminels et leurs sympathisants. Aller en profondeur, c’est aussi porter la lumière là où certains préfèrent absolument conserver l’obscurité et le silence de leurs cadavres. Tenter d’apporter des preuves du mensonge là où certains refusent qu’on les montre est effectivement propice aux ennuis.

6. Réveil FM International: Le colloque Afrique des Grands lacs a eu lieu, quelle suite donner à cette rencontre ?

Charles Onana: Une suite qui viserait à cesser de se soumettre intellectuellement au discours officiel de la tragédie rwandaise. La suite serait de ne plus accepter que l’on prétende que le génocide du Rwanda a eu des conséquences non prévues en République Démocratique du Congo (RDC). C’est inexact ! Le drame du Rwanda visait l’invasion et le pillage du Congo. Les preuves existent. Il est donc urgent de réexaminer ce discours stigmatisant, continuellement méprisant et discriminant envers les autres victimes de la tragédie des Grands Lacs. Il faut faire entendre les voix de toutes les victimes : Hutu, Twa, Tutsi et Congolais, tués par les troupes de Paul Kagame au Rwanda et en RDC. C’est une exigence intellectuelle, humaine et scientifique que de refuser de trier dans les charniers. Fléchir et ramper devant les pressions d’une caste de criminels contre l’humanité ou de leurs thuriféraires est une renonciation à notre propre humanité. Tous ceux qui furent tués au Rwanda et en RDC méritent, sans discrimination ni restriction, d’être considérés et respectés. Je ne trie pas les morts Tutsi, Hutu et Twa. De même qu’on ne saurait, pour un enfant né d’un parent Tutsi et d’un parent Hutu et qui a perdu ses deux parents en 1994, s’intéresser à une seule partie de sa famille et considérer que l’autre n’existe pas.

7. Réveil FM International: On dit que vous êtes le chouchou des Africains silencieux, la prunelle des yeux des Congolais l’avez-vous ressenti au Sénat ?

Charles Onana: En tout cas, j’ai le sentiment d’avoir fait mon travail de façon honnête et avec humilité. Je n’ai jamais prétendu détenir la vérité, loin de là. Mais les lecteurs sont ravis et me disent merci d’avoir osé. Ils connaissent bien les enjeux qui pèsent sur ce dossier. Les milliers de femmes violées de la RDCongo en savent quelque chose. J’ai rencontré des lecteurs et lectrices venus de loin, du Canada et même d’Afrique pour ce colloque. C’est dire son importance. Les organisateurs de la rencontre du Sénat ont réussi leur pari. En plus d’ouvrir un débat démocratique et intellectuel d’une grande tenue, ils ont aussi posé un acte de catharsis. Les victimes congolaises ont eu droit à la parole qu’on leur refuse. Les visages, tantôt émus tantôt souriants, exprimaient une grande satisfaction. L’ambiance était chaleureuse et les poignées de mains franches. Dans les médias, on avait plutôt annoncé un « colloque de la honte » et « de la haine » ou du « négationnisme ». Il n’y a rien eu de tout cela. Et c’est dommage que les médias soient passés, une fois de plus, à côté de la réalité en restant sur leurs préjugés plutôt que de rendre compte en toute objectivité.

8. Réveil FM international: Il y a un procès au pénal contre vous pour avoir nié le génocide des Tutsi. Etes-vous déjà fixé ?

Charles Onana: N’importe quoi ! Le ridicule ne tue pas et que rien ne les arrête dans la diffusion du mensonge… Ils seraient bien inspirés de s’intéresser à la situation dramatique de mon ami Déo Mushayidi, victime Tutsi du génocide de 1994, condamné à perpétuité parce qu’il a réclamé, comme moi, vérité et justice pour les Tutsi et les Hutu. Demandez à tous les journalistes et associations qui ont diffusé cette rumeur à quelle date se tient le procès ? C’est hallucinant ! Ce sont des méthodes de voyous. Le droit français reste tout de même précis. Vous aurez remarqué qu’ils m’ont même baptisé « Adrien » pour l’occasion. Je n’ai jamais vu ce prénom dans mes papiers d’identité. Cela vous donne une idée du niveau de rigueur de ceux qui me poursuivent. S’ils en sont à ne même pas savoir comment je m’appelle alors que mon nom est sur tous mes livres, je serais tenté de dire qu’ils vont jusqu’à nier publiquement le nom que m’ont donné mes parents… N’est-ce pas du « négationnisme » ça ?

9. Réveil FM International: 20 ans de votre travail sur les Grands Lacs pour que seulement aujourd’hui la vérité commence petit à petit à faire son chemin…avec la conséquence de votre diabolisation…

Charles Onana: Souvenez-vous que Mandela fut longtemps traité de « terroriste » avant que le monde entier le traite de « Grand homme » ou de « démocrate », Martin Luther King était aussi présenté comme un homme « dangereux pour la sécurité de l’État » simplement parce que ces gens réclamaient la vérité et la justice dans leur pays. Moi je n’ai ni la taille ni le niveau de combativité de ces illustres personnalités. J’écris simplement des livres en apportant généralement des preuves sur ce que j’avance. Ce sont ces preuves qui permettent d’expliquer et de comprendre l’origine ou la cause principale de la tragédie du Rwanda et du Zaïre. Ce sont les même preuves qui me valent toutes les insultes, attaques et autres dénigrements. J’ai découvert des documents que je ne devais pas découvrir, des documents qui devaient rester cachés pour toujours au Conseil de sécurité. Voilà mon crime !

10.Réveil FM International: Êtes-vous en sécurité ? Vous sentez-vous menacé ?

Charles Onana: Je suis serein.

 

Freddy Mulongo

Source: Mediapart 


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“Négationniste” au sens rwandais.

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Ceux qui ne savent pas ce que ce terme signifie, quand il désigne des écrivains, des artistes, des hommes politiques ou des journalistes qui analysent et s’expriment sur les événements de 1994 au Rwanda, peuvent écouter Kizito Mihigo.

Feu Kizito explique très bien l’origine de cette insulte populaire que le régime de Kigali, ses sympathisants et ses soutiens utilisent à travers les médias, les sites internet clandestins, les réseaux sociaux, les livres, les articles de presse, les conférences publiques, contre ceux qu’ils haïssent, qu’ils veulent tuer et qu’ils maudissent.

Pour Kizito, « A chaque fois que tu évoques les autres victimes, des gens qui sont morts, du FPR, tu es totalement traité de négationniste et de révisionniste. (…) Je suis au courant qu’il y a beaucoup de Rwandais qui ont connu pas mal de violences qui ne sont pas encore reconnues comme étant un génocide… Il faut que chaque souffrance soit reconnue… ».

C’est précisément ce que je fais depuis 20 ans en publiant sur la tragédie du Rwanda et le drame du Congo-Zaïre et qui est exprimé clairement dans mon dernier livre : « Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise » .

Faire entendre la souffrance et les massacres de tous les Rwandais, quelque soit leur ethnie ou leur religion est ma ligne constante depuis 20 ans. Idem pour les Congolais. C’est pour avoir eu l’audace de faire cela, et de le faire sur le plan scientifique, documents et preuves à l’appui, que le régime de Kigali et ses thuriféraires me vouent aux gémonies et me traitent avec d’autres chercheurs comme Allan Stam, Christian Davenport ou Judi River de « Négationniste ». Pierre péan, Patrick Mbeko et d’autres écrivains sérieux ont essuyé la même insulte.

Est donc « négationniste », aux yeux du régime de Kigali et de ses amis, celui qui ose dire et prouver que les victimes de crimes contre l’humanité ou de génocide se trouvent dans tous les groupes ethniques du Rwanda et même chez les Congolais.

Faut-il souligner que ces derniers n’ont jamais pris part au conflit du Rwanda mais qu’ils sont exterminés chez eux par les troupes de Paul Kagame depuis 20 ans ?

L’usage du terme « négationniste », totalement insignifiant sur le plan de la recherche scientifique concernant le Rwanda n’a qu’un seul objectif : étouffer la vérité et discréditer, disqualifier, marginaliser, ostraciser, ceux qui poussent au questionnement, à la réflexion, à la réconciliation par la vérité au Rwanda.

Il faut haïr et éliminer, physiquement, socialement, intellectuellement, économiquement, tous ceux qui refusent, comme Kizito Mihigo, de choisir un groupe de victimes parmi les différentes victimes rwandaises. C’est pour cela que le régime de Kagame et ses amis traitent sans arrêt les chercheurs qui remettent en cause leur version erronée de l’histoire tragique du Rwanda de « Négationnistes ». Ce terme est leur unique système de défense dès qu’ils sont face à des révélations. C’est aussi leur arme privilégiée quand ils n’ont rien à dire, rien à apporter dans le débat scientifique désormais ouvert au niveau international.
Quand ils n’ont ni faits ni preuves à opposer à la science, quand ils sont outrés de voir leur version mensongère s’écrouler comme un château de carte, quand plusieurs chercheurs compétents et exigeants refusent de se soumettre à la doxa, ils les traitent de « négationnistes ».

Espérant ainsi qu’ils ne seront ni écoutés ni entendus. C’est l’arme du totalitarisme et de ceux qui qui sont réfractaires au débat intellectuel et scientifique. C’est ainsi qu’ils mènent, dans les universités et dans les médias, une guerre sournoise et violente, une guerre psychologique contre le savoir.

Leur spécialité reste l’invective, la violence verbale et la terreur. C’est ce qu’ils ont fait en traitant Kizito Mihigo de « Négationniste » et même de « terroriste ».
Lui, le pacifique, le rescapé tutsi de 1994, qui voulait que la souffrance et les massacres de tous les Rwandais soient pris en compte. Lui, Mihigo, qui était contre la discrimination entre les victimes, donnait la migraine au président rwandais. C’est pour cela, qu’on l’avait emprisonné. C’est pour cela qu’on l’a « suicidé ».

C’est pour les même raisons qu’ils ont mis mon ami Déo Mushayidi en prison. Lui aussi, rescapé Tutsi de 1994 et défenseur de la vérité pour toutes les victimes rwandaises de 1994, a été traité de « terroriste ». Ils ont traité mon cher Déo de « Négationniste », de « révisionniste » et de divisionniste ».

Le « Négationnisme » est une maladie contagieuse au Rwanda. Tout le monde peut l’attraper. Tutsi, Hutu ou Twa. Il suffit de parler des Tutsi, Hutu et Twa comme ayant, tous, été l’objet de crimes contre l’humanité en 1994. On devient rapidement « négationniste » et il n’y a aucun médecin pour vous soigner. D’ailleurs, les journalistes commencent à vous éviter, vos amis aussi. Bref, on devient suspect, infréquentable et porteur du coronavirus-Négationniste.

Comme Kizito Mihigo, Déo Mushayidi a toujours prôné la réconciliation entre Rwandais et exigé la vérité pour tous. Ils ont tout fait pour l’incarcérer et pour le faire oublier. Le monde entier a aujourd’hui oublié Déo alors qu’il est vivant dans une prison sordide au Rwanda. Soyons clairs, Déo Mushayidi est en prison et il ne faut pas nous dire qu’il s’est « suicidé ». Non !! Il n’a pas d’envie de suicide.

Les organisations des droits de l’Homme courageuses devraient chercher à le rencontrer et demander le réexamen de son dossier. Il a été fabriqué comme celui de Mihigo.

Mon ami Déo résiste en prison, dans l’indifférence générale, mais il ne veut pas se suicider. Je demande donc à tous ceux qui ont à cœur Kizito et son combat de se mobiliser pour la libération de Déo Mushayidi. N’attendons pas l’irréparable. Levons-nous ! Levez-vous pour Déo Mushayidi ! Du fond de sa prison, il a besoin de vous, il a besoin de nous.

Déo est un prisonnier d’opinion, c’est un martyr de la liberté, c’est un héros de liberté de la presse et de la liberté d’expression au Rwanda. Il purge une peine de prison à perpétuité alors que toute sa famille fut exterminée en 1994 et qu’il avait soutenu Paul Kagame. Quand il a commencé à s’exprimer sur la nécessité d’une commission vérité et réconciliation au Rwanda comme ce fut le cas en Afrique du Sud, Déo est devenu dangereux… C’est pour cela que je vous prie de ne pas oublier Déo….

Ne le laissons mourir en prison comme Kizito. Du fond de sa prison, il espère un regard, un geste d’attention et d’amour, une aide si petite soit-elle. Il a besoin de nous. S’il vous plaît faisons quelque chose pour Déo, l’autre Kizito encore en vie !

Dr Charles Onana, Ph D

RDCongo : Comment le duo Tschisekedi-Kamerhe travaille au bradage des ressources naturelles congolaises au profit du Rwanda.

RDC: Comment le duo Tshisekedi-Kamerhe travaille au bradage des ressources naturelles congolaises au profit du Rwanda
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Dans une interview accordée à un journal de Kinshasa à l’occasion de l’an 1 de « l’alternance » made in Kingakati, Vital Kamerhe a abordé la question de la paix au Kivu et de la stratégie adoptée par le gouvernement congolais pour mettre fin à la situation d’instabilité qui perdure dans cette région. Selon le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, la seule façon d’éviter la guerre dans cette partie du pays est de créer les conditions économiques qui permettraient aux pays de la sous-région de se rapprocher. Voici les propos tenus Vital Kamerhe : « Aujourd’hui, il y a un rapprochement où il y a des actes concrets qui montrent que nous voulons avoir des intérêts communs au niveau de la région (Gagnant-gagnant) pour que nos populations en sortent bénéficiaires. Aujourd’hui Rwand’Air atterrit à Kinshasa, le régime passé hésitait de la faire en considérant que le peuple congolais va se soulever. Aujourd’hui nous sommes en discussion et nous avons dit avec le Président Kagame que la meilleure façon d’éviter la guerre à l’Est, c’est d’avoir aussi un plan économique de développement de la région de grands lacs… », a-t-il déclaré à ACTUALITE.CD.

À première vue, ces propos peuvent paraître anodins. Mais pour quiconque comprend les enjeux qui sous-tendent l’instabilité dans le Kivu, les déclarations de Vital Kamerhe sont d’une extrême gravité. Car derrière « le plan économique » auquel il fait allusion, c’est bien le fameux projet du « partage des richesses » du Congo avec le Rwanda qui est promu ici.

Concocté par les Rwandais avec l’appui de certains pays occidentaux, ce projet a été au cœur des discussions entre Paul Kagame et Joseph Kabila en 2005, en marge de l’investiture du Président Jakaye Kikwete de Tanzanie. En 2008, l’ancien secrétaire d’État aux Affaires africaines, Herman Cohen, en a parlé à mots couverts dans le New York Times. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy l’a abordé ouvertement, en parlant du « Rwanda, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite », et de la « République Démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières ». Et d’ajouter : « Il faudra bien qu’à un moment ou un autre il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel : comment, dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses et on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d’adresse et qu’il faut apprendre à vivre les uns à côté des autres. »

Quelques jours après, le Courrier International titre : « Sarkozy veut dépecer la RDC ». Tandis que le journal Le Monde, dans son édition du 18 janvier 2009, reprend le discours du Président français en confirmant l’existence d’un « plan Sarkozy » sous forme d’une initiative de paix que celui-ci devait présenter aux autorités de Kinshasa.

Au regard de toutes ces manoeuvres, le consultant américain Alain Bischoff fera observer : « La solution envisagée par les Occidentaux revient à confier au Rwanda le leadership économique de la région des Grands Lacs africains au détriment du Congo producteur des richesses.»

C’est justement cette « solution » que le duo Tshisekedi-Kamerhe promeut aujourd’hui pour soi-disant ramener la paix dans le Grand-Kivu. En fait, le nouveau pouvoir congolais remet tout simplement au goût du jour le projet de partage de richesses proposé par Nicolas Sarkozy, Herman Cohen et tous ces gens qui promeuvent une exploitation sans entraves des richesses congolaises via le Rwanda interposé. Les propos de Kamerhe à ce propos ne souffrent d’aucune ambiguïté. Bien qu’il parle de « rapprocher les pays de la sous-région », le principal bénéficiaire de cette politique méphistophélique est le Rwanda de Paul Kagame. Kamerhe ne déclare-t-il pas lui avoir dit que la solution passe par un plan économique régional ?

Je ne cesserais jamais de le dire : ce que Joseph Kabila n’a pu faire ou n’a pas voulu faire par peur de la réaction du peuple congolais, le duo Félix Tshisekedi-Vital Kamerhe le fait au grand jour, au mépris de la souveraineté du Congo. Plus le temps passe, plus il nous révèle la nature et la mission de ces deux hommes à la tête de la République à démocratiser du Congo.

Demain, personne ne dira qu’il ne savait pas…

Patrick MBEKO.

Comment les Banyamulenge sont devenus Congolais sans vraiment l’être

Comment les « Banyamulenge » sont devenus Congolais sans vraiment l’être
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Comme nous ne le savons tous, les « Banyamulenge » prétendent qu’ils sont originaires du Congo; ils déclarent à qui veut l’entendre qu’ils sont Congolais au même titre que les autochtones de ce pays. Mais que disent donc les faits, pour ne pas dire l’Histoire ?

Puisque la question de la nationalité congolaise est au cœur des revendications des « Banyamulenge », c’est donc autour de celle-ci que je vais articuler mon analyse. Cette dernière va porter sur l’historique de la nationalité congolaise à travers les grandes périodes de l’Histoire du Congo-Zaïre que l’on peut subdiviser en six périodes :

1. La période antérieure à la création de l’État Indépendant du Congo (EIC).
2. La période de l’État Indépendant du Congo (1885-1908).
3. La période coloniale (1908-1960).
4. La période prémobutienne (1960-1965).
5. La période mobutienne (1965-1997)
6. De la période AFDLienne à nos jours (1997-…)

Durant la première période, celle antérieure à la création de l’EIC, la notion de nationalité congolaise n’existait pas pour la simple et bonne raison que l’État congolais n’était pas encore créé. Toutefois, chaque individu appartenait à une tribu. Celle-ci était définie par les attributs suivants : la langue, le territoire et les coutumes. Même si la cartographie géographique n’était pas connue à l’époque, chaque tribu connaissait cependant les limites exactes de son territoire de telle sorte que, malgré les migrations, on ne pouvait pas venir s’installer n’importe où sans courir le risque d’en découdre avec le premier occupant d’un territoire donné. Dans le cas qui nous concerne, le territoire du Kivu revendiqué par certains immigrants rwandophones (Goma, Walikale, Rutshuru, Masisi, Kalehe et Idjwi) était occupé en premier lieu par les Shi et les Hunde après avoir chassé les pygmées. Ce sont ces deux tribus qui se sont donc approprié les terres conquises. Quant à la conquête ultérieure de ce même territoire par les rois Tutsis du Rwanda (RUGANZU II, NDORI et KIGERI IV, RWABUGIRI), aucun fait historique ne vient accréditer cette thèse, comme le démontre le professeur Assani, qui a produit une analyse interessante sur la question.

Durant la seconde période (celle de l’EIC-1885-1908), la situation change. Pour la première fois, la notion de nationalité congolaise est définie par décret le 27 décembre 1892. L’article premier de ce décret dit clairement que « la nationalité congolaise s’acquiert par la naissance sur le territoire de l’État de parents congolais, par la naturalisation, par la présomption de la loi et par l’option ». Il en découle que la nationalité congolaise d’origine procède du système du jus soli (né au Congo) et de celui du jus sanguinis (de parents congolais). Ce décret aurait-il attribué la nationalité congolaise aux immigrants rwandophones installés au Congo en 1892 ? Pas sûr. L’autorité coloniale belge savait pertinemment bien que les ressortissants rwandophones installés au Kivu étaient des immigrés qui ne jouissaient d’aucun droit politique ni foncier. N’étant donc pas nés sur le sol de l’EIC, ils ne pouvaient pas obtenir la nationalité congolaise au même titre que les autochtones. Durant toute cette période, aucun Rwandophone ne semble s’être prévalu de la nationalité congolaise.

La période coloniale (1908-1960) est celle qui a connu une immigration importante et soutenue des rwandophones au Congo, dans le cadre entre autres de la Mission d’Immigration de Banyarwanda (MIB), dont il a été question dans un texte précédent. Pendant toute cette période, l’autorité belge n’a jamais promulgué une nouvelle loi sur la nationalité congolaise de telle sorte que seules les personnes nées des parents congolais se sont transmis la nationalité congolaise de génération en génération par filiation.

Durant la période prémobutienne (1960-1965), le Congo a été confronté à plusieurs exodes massifs (1959, 1962 et 1963) des populations tutsies rwandaises fuyant leur pays suite à la Révolution sociale hutu de 1959. C’est durant cette période que la première loi sur la nationalité congolaise a été promulguée. Cette loi, édictée en 1964 par la Constitution dite de « Luluabourg », stipulait que : « Est congolais, au terme de l’article 6 de la Constitution, à la date du 30 juin 1960, toute personne dont un des ascendants est ou a été membre d’une des tribus établies sur le territoire de la République démocratique du Congo dans ses limites du 18 octobre 1908 et telles que modifiées par les conventions ultérieures ». À l’instar du décret du 27/12/ 1892, cette loi n’attribue à aucun immigrant rwandophone la nationalité congolaise.

Toutefois un événement significatif se produisit à cette même période suite à l’accession du Rwanda à l’indépendance, en 1962 : la promulgation d’une loi sur la nationalité rwandaise. Cette dernière stipule que « est Rwandais, tout individu né d’un père rwandais ou dont la possession d’État Rwandais est établie ». Fondée sur le droit du sang, cette loi attribua d’office la nationalité rwandaise à tous les immigrants rwandophones installés depuis longtemps au Congo-Zaïre sans demander leur avis. Depuis la promulgation de ladite loi, aucun de ces immigrants n’a protesté ni renoncé à cette nationalité. En définitive, on peut donc dire que c’est à l’indépendance du Rwanda que la nationalité rwandaise des Rwandophones vivant au Congo a été confirmée. De plus, le statut de réfugiés des exilés tutsis installés au Congo (ceux qui se feront plus tard appeler « Banyamulenge ») durant cette période a été confirmé dans une note du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), qui les enjoignait à ne pas s’impliquer dans aucune activité politique que ce soit sur le territoire congolais.

Si jusqu’ici la question de la nationalité congolaise des Rwandophones vivant au Congo n’a posé aucun problème, c’est à partir de la période mobutienne (1965-1997) que va réellement surgir la problématique des tutsis rwandais vivant au Congo. On va assister à des revendications de plus en plus virulentes, non pas de tous les Rwandophones, mais bien d’un groupe de Tutsis arrivés au Congo au début des années 1960, comme susmentionné.

Durant la Deuxième République qui a vu le Congo devenir le Zaïre, trois lois sur la nationalité furent promulguées. S’agissant des populations rwandophones, la première ordonnance-loi (n° 71-020), édictée le 26 mars 1971, stipulait que « les personnes originaires du Ruanda-Urundi établies au Congo à la date du 30 juin 1960 sont réputées avoir la nationalité zaïroise à la date susdite ».

Comme on peut le constater, cette loi fait la différence entre les Congolais d’origine et « les personnes ORIGINAIRES du Ruanda-Urundi » établies au Congo avant l’indépendance. En passant, le Rwanda-Urundi, c’est ce qui est devenu aujourd’hui le Rwanda et le Burundi…

Quelques mois après la promulgation de la loi du 26 mars 1971, une autre loi sur la nationalité est promulguée le 5 janvier 1972, référencée sous le n° 72-002. À son article 47, elle énonce : « L’ordonnance-loi n° 71-020 du 26 mars 1971 est nulle et non avenue. Toutes les dispositions législatives antérieures contraires à la présente loi sont annulées ». Au premier article, alinéa 2, cette loi stipule : « Sont Zaïrois, aux termes de l’article 5 de la Constitution, à la date du 30 juin 1960, toutes les personnes dont un des ascendants est ou a été membre d’une des tribus établies sur le territoire de la République du Zaïre dans ses limites du 15 novembre 1908 et telles que modifiées par les conventions ultérieures.» S’agissant des populations rwandophones, l’article 15 de la loi énonce : « Les personnes originaires du Ruanda-Urundi, qui étaient établies dans la province du Kivu avant le 1er janvier 1950 et qui ont continué à résider depuis lors dans la République du Zaïre jusqu’à l’entrée en vigueur de la présente loi, ont acquis la nationalité zaïroise à la date du 30 juin 1960. »

Deux observations à faire ici : 1) la seconde loi (no 72-002) annule les dispositions de la première (référencée sous le n° 71-020) en réaffirmant le principe de la définition de la nationalité d’origine par appartenance. 2) Toutefois, cette même loi (no 72-002), dans son article 15, octroie la nationalité congolaise aux sujets rwandophones.

Détail important : cette seconde loi, qui octroie la nationalité zaïroise au sujets rwandophones présents au Zaïre, a été instituée par un autre rwandophone évoluant dans les arcanes du pouvoir zaïrois, notamment dans le cabinet du Président Mobutu : le Tutsi Barthelemy Bisengimana. Ce dernier a été l’un des artisans de la stratégie d’infiltration des institutions zaïroises et d’autres pays de la région par les Tutsis exilés arrivés au début des années 1960. Dans les années 1970 déjà, Bisengeimana avait attiré l’attention des services de renseignement zaïrois qui, à la suite d’une longue enquête menée au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie, au Kivu et au Katanga, avaient découvert qu’il était à la tête d’un redoutable réseau d’exilés tutsis aux ambitions obscures et démesurées. C’est à ce réseau que devait appartenir Paul Kagame qui évoluait à l’époque en Ouganda.

À la différence des Tutsis exilés [va-t-en-guerre] qui avaient tenté, en vain, de reconquérir le pouvoir au Rwanda par les armes en 1963 et 1966, Bisengimana, lui, préconisait une stratégie à long terme privilégiant l’accès à l’éducation pour les jeunes tutsis dans les pays d’accueil et l’établissement des liens d’amitié partout où cela s’avérait nécessaire. L’option militaire ne devait être relancée qu’une fois les réfugiés bien organisés et mieux outillés. C’est dans cette optique que les exilés tutsis ont bâti un vaste « réseau » s’étendant sur tous les continents avec des antennes dans les milieux politiques en Occident et dans les pays de la région. La création du FPR en Ouganda par Fred Rwigema et Paul Kagame s’inscrivait dans cette dynamique. Au Zaïre, il y avait Bisengimana et un certain nombre de notables tutsis, dont un certain Gisaro Muhoza. Ce dernier, l’éminence grise des exilés tutsis vivant au Zaïre, est à l’origine du nom « Banyamulenge » en 1976. Profitant de la loi sur la nationalité initiée par son frère Bisengimana, il va postuler et se faire élire, après une élection contestée, comme commissaire du peuple (Député) à Uvira. Fermons la parenthèse et revenons à l’analyse de la loi 72-002. Que constate-t-on ?

Bien que cette loi soit la seule qui attribue la nationalité zaïroise aux immigrants rwandophones, elle présente deux écueils majeurs sur lesquels je ne vais pas m’attarder ici. Ce qu’il importe de savoir, c’est que, contrairement à la pensée répandue, la loi 72-002 n’a jamais été appliquée dans les normes, puisque le recensement permettant d’identifier les sujets visés dans son article 15 n’a jamais eu lieu. C’est donc en toute illégalité que certains Rwandais ont acquis la nationalité zaïroise en se référant à la loi du 5 janvier 1972. Un autre point important: cet article ne concernait pas les «Banyamulenge» qui sont arrivés au début des années 1960, mais bien les Rwandophones arrivés avant le 1er janvier 1950…

Constatant l’anticonstitutionalité de cette loi et ayant pris conscience du danger qu’elle représentait, le législateur congolais promulgua une troisième loi sur la nationalité le 29 juin 1981, portant le n° 81-002. Cette loi abrogea avec effet rétroactif la loi de 1972. Mais c’est l’ordonnance n° 82-061 du 15 mai 1982 complétant cette nouvelle loi qui porta un coup dur aux desseins des « Banyamulenge » vivant au Congo-Zaïre. L’énoncé de cette ordonnance-loi portant certaines mesures d’exécution de la loi sur la nationalité disposait en effet, en son article 20 : « Sont nuls et non avenus les certificats de nationalité zaïroise ou tout autre document d’identité délivré en application de l’article 15 de la loi n° 72-002 du 5 janvier 1972 sur la nationalité zaïroise. » Par conséquent, tous les sujets Rwandophones, qui ont obtenu la nationalité zaïroise en se prévalant de la loi 72-002, ont automatiquement perdu cette nationalité.

À l’époque, les « Banyamulenge », furieux, ont écrit un mémo au secrétaire général de l’OUA. Voici un extrait de leur correspondance : « Grâce à notre influence grandissante dans le pays, certains de nos compatriotes occupent des postes de première importance. C’est ainsi, suite au soutien personnel de Son Excellence le président Mobutu Sese Seko, à cette époque-là, une loi sur la nationalité globale fut promulguée en 1972 et qui nous reconnaissait le droit à la citoyenneté zaïroise. »

On constate ici que les « Banyamulenge » fondent leur revendication de la nationalité zaïroise (congolaise) en se référant à la loi n° 72-002 du 5 janvier 1972 instituée par leur frère. Aucune allusion à une quelconque origine zaïroise…

Aujourd’hui, le problème identitaire au Kivu a été résolu sans équivoque. L’article 10 de la dernière mouture de la Constitution congolaise approuvée par référendum le 19 décembre 2005 stipule : « Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la RDC) à l’indépendance. »

Au regard de tout ce qui précède, on peut affirmer, sans crainte d’être contredit par les petits « historiens de Wikipédia » qui intoxiquent certains Congolais naïfs et/ou intellectuellement paresseux, que les « Banyamulenge » ne sont pas originaires de la RDC; que depuis l’arrivée de tous les immigrants rwandophones au Congo en vagues successives, aucune loi ne leur a attribué globalement et définitivement la nationalité congolaise. C’est donc par les armes (en 1996-97, puis en août 1998), le mensonge et la fourberie que les « Banyamulenge » vont obtenir la nationalité congolaise sans vraiment devenir des vrais congolais, mettant ainsi à mal les autres populations rwandophones qui désirent vivre en paix avec leurs frères de la RDC et qui ont le droit d’obtenir la nationalité congolaise au même titre que tout étranger désirant faire du Congo sa seconde patrie. J’y reviendrai dans la troisième partie…

Patrick MBEKO