Burundi: mystérieuses attaques à la grenade à Bujumbura

mediaUne «trêve» de deux jours dans les manifestations a été décrétée par le collectif opposé au troisième mandat de Pierre Nkurunziza, ce vendredi 1er mai.AFP PHOTO / SIMON MAINA

Trois personnes, dont deux policiers, ont été tuées et quatre autres blessées au cours d’une série d’attaques à la grenade, vendredi 1er mai, à Bujumbura. Le gouvernement burundais accuse les auteurs des attaques à la grenade d’être liés à la contestation contre un troisième mandat du président Nkurunziza. Le ministre de la Sécurité publique promet de stopper les manifestations qualifiées d’«entreprise terroriste». Vendredi, avant ces attaques, le collectif «Halte au troisième mandat» avait annoncé une trêve de deux jours dans les manifestations.

Une série de mystérieuses attaques à la grenade visant des policiers est survenue ce vendredi 1er mai à Bujumbura, en début de soirée. Deux policiers ont été tués et quatre autres blessés. L’une des attaques a eu lieu dans le quartier de Kamenge et l’autre dans le centre-ville de la capitale burundaise. Une troisième attaque, toujours à la grenade, a eu lieu un peu plus tard dans le centre de Bujumbura, et a fait trois blessés chez les policiers, selon la police.

La police accuse les manifestants qui, depuis dimanche dernier, protestent contre la candidature à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Ces attaques surviennent alors que le collectif anti-troisième mandat avait annoncé, plus tôt dans la journée de vendredi, une trêve de deux jours dans les manifestations pour laisser le temps au chef de l’Etat de reconsidérer sa position et d’enterrer les morts. Sept civils ont été tués depuis le début des affrontements, et 66 personnes ont été blessées.

Jets de grenades et tirs de Kalachnikov

Sur le site de l’une de ces attaques, à deux pas de la 9e Avenue de Bujumbura, dans le quartier de Kamenge qui n’avait fait jusqu’ici l’objet d’aucun trouble, on peut voir plusieurs mares de sang. Selon des témoins interrogés par RFI, une première grenade a explosé aux environs de 19h30, vendredi soir. Puis quelques tirs de Kalachnikov ont presque immédiatement retenti.

« Nous étions tranquillement en train de boire au cabaret », explique l’un des habitants du quartier. Si la plupart se sont abrités, deux membres des forces de sécurité qui n’étaient pas de service se sont précipités pour porter secours aux blessés. « Il y avait aussi une vendeuse de maïs grillé et un enfant blessé au même endroit », explique un autre témoin. De l’autre côté de la rue, un passant a également été tué.

Un commissaire est alors dépêché sur les lieux. Il se serait garé au niveau de la 8e Avenue. A nouveau, une grenade est lancée, et des rafales de tirs retentissent. « C’était dix minutes plus tard. On n’a rien vu, on a juste entendu », explique encore un témoin. L’impact de la grenade au sol marque l’endroit où elle a explosé. Des éclats ont touché un mur en tôle et une autre mare de sang était encore visible sur les lieux, vendredi soir. « On ne sait pas combien étaient les assaillants, ni où ils ont fui », expliquent des témoins.

De hauts responsables de la police accusent d’ores et déjà les manifestants. « Ils veulent la guerre, ils vont l’avoir », menace même l’un d’entre eux. Une version qui étonne un observateur de la vie politique burundaise. « Kamenge, c’est un quartier hutu qui n’avait jamais participé aux manifestations », s’étonne-t-il, ajoutant ne pas comprendre comment et pourquoi des manifestants issus essentiellement de quartiers tutsis se seraient aventurés jusque-là.

Le ministre de la Sécurité publique qualifie les manifestants de « terroristes »

Dans une vidéo distribuée par la police burundaise ce samedi 2 mai, le général Gabriel Nizigama, ministre de la Sécurité publique, a lié ces attaques aux manifestations. « On ne savait pas que ces manifestations cachaient une entreprise terroriste. Nous annonçons donc que, à partir d’aujourd’hui, nous ne verrons plus des manifestants, mais des malfaiteurs, des terroristes et même des ennemis du pays », affirme-t-il dans cette vidéo dont RFI a pu avoir copie.

Et le ministre se fait menaçant, soulignant vouloir « mettre en garde les politiciens et les membres de la société civile qui ravitaillent en vivre, en argent et même fournissent les plans d’actions aux manifestants ». Il affirme également avoir demandé à la justice d’agir en urgence et « prenne toutes les mesures nécessaires pour les arrêter et les juger pour que notre pays puisse retrouver la paix et surtout pour que les élections puissent avoir dans notre pays. Et que ces élections puissent se dérouler dans un climat de paix et la sécurité. »

RFI

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