Daily Archives: July 27, 2019

Patrick MBEKO rend hommage à Pierre PEAN.

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Il était le meilleur de sa génération; l’un des meilleurs journalistes d’enquête, non pas en France seulement, mais au monde. « Il », c’est Pierre Péan. Quand j’étais de passage en France et qu’il était disponible, nous nous organisions pour aller prendre un café au Café de la paix situé à la Place de l’opéra à Paris. Nos rencontres étaient l’occasion de parler de politique africaine, des enquêtes et surtout de la situation dans la région des Grands Lacs. Au fil des ans, il était devenu un ami, un aîné, que j’appelais affectueusement « MZEE » (littéralement « vieux » en swahili ou « sage »). À chaque fois que j’avais besoin de lui, il était disponible. Ses conseils et observations étaient toujours pertinents.

Pierre Péan n’est plus. Quelle triste nouvelle ! Une énorme perte. C’est un ami de l’Afrique et des Africains qui s’en est allé. Un homme dont les enquêtes faisaient trembler les puissants, aussi bien en France qu’en Afrique. Un homme d’un courage exceptionnel qui n’avait pas peur de susciter la controverse et qui savait tenir tête aux puissants, parfois au péril de sa vie. Des anecdotes, il en avait beaucoup à raconter. Un jour, il vient me prendre à la gare et on se rend chez lui. À l’entrée de sa résidence, il me montre un coin et me dit : «C’est ici qu’on a déposé la bombe… », conséquence directe de son enquête sur les liens pour le moins troublants entre la France et le Gabon (Affaires africaines, Fayard, 1983). Je suis abasourdi.

L’homme en a vu des vertes et des pas mûres. Son enquête sur le génocide rwandais (Noires fureurs, blancs menteurs, Ed. Fayard, 2005) lui a valu des attaques violentes de la part des soutiens et autres thuriféraires français de Paul Kagame et un procès pour « diffamation raciale » et «discrimination raciste». Procès qu’il a gagné en première instance et en appel.

Bref. De Pierre Péan, je retiens la simplicité, la rigueur, l’abnégation, le courage, mais aussi et surtout un grand amour pour le continent africain. Des comme lui, il n’y a presque plus. Repose en paix MZEE. À jamais dans nos coeurs…

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Patrick MBEKO

L’Élysée rend hommage à Pierre PEAN

L'ELYSEE REND HOMMAGE À PIERRE PÉAN

Décès de Pierre Péan

Pierre Péan, l’un des plus grands journalistes d’enquête français, nous a quittés hier.

Il incarnait la grande tradition du journalisme d’investigation quoiqu’il ne goutait guère ce mot dans lequel il décelait des accents inquisitoriaux.

Cet amoureux de Tintin était, comme son idole, toujours en reportage. Il menait de longues enquêtes avec patience et passion, avec le souci constant de l’expertise et de la justesse. Puis il publiait le fruit de ses recherches dans des ouvrages qui furent régulièrement de grands succès de librairie, d’autant que son écriture les rendait aussi haletants que des romans policiers.

Pierre Péan avait signé sa première grande révélation dans les pages du Canard enchaîné : c’était l’affaire des diamants qu’aurait offert le dictateur centrafricain Bokassa à Valéry Giscard d’Estaing.

Spécialiste de l’Afrique, il publia aussi Affaires africaines sur les relations entre la France et le Gabon et Noires fureurs et Blancs menteurs au sujet du génocide rwandais dans lequel il remettait en cause les accusations portées contre le gouvernement français.

Pierre Péan s’intéressait également aux coulisses des médias, enquêtant aussi bien sur TF1 que sur Le Monde.

Il n’hésitait pas non plus à sonder les parcours des personnalités politiques les plus éminentes. C’est avec Une Jeunesse française, son enquête sur le passé trouble de François Mitterrand durant l’Occupation, qu’il connut son succès le plus retentissant. Il y révélait que celui qui était encore Président de la République avait d’abord frayé avec le Régime de Vichy avant de rejoindre le chemin de l’honneur et de s’engager dans la Résistance.

Mais jamais Pierre Péan ne cherchait à s’ériger en procureur, encore moins en moraliste. Il lui importait trop de restituer toute la complexité des êtres et des situations. Sa boussole, c’était la vérité des faits. Son cap, la vérité tout court.

Farouchement libre et indépendant, rétif aux sujets en vogue et aux modes médiatiques, il n’avait jamais peur de soulever les couvercles qui recouvrent parfois les événements du passé, la marche des Etats et la vie des puissants. Mais il avait aussi le respect du secret défense et savait que la transparence absolue pouvait devenir une tyrannie.

Lui qui exerçait un journalisme aussi exigent que patient, qui menait des enquêtes au long cours, craignait la servitude de la vitesse qui s’est abattue sur nos sociétés contemporaines et s’inquiétait de la dérive des temporalités médiatiques qui tendent à clouer toute information à ce qu’il avait appelé le « pilori de l’instantané ».

L’œuvre de journalisme qu’il a bâtie en plus de 50 années de carrière a révélé des trésors d’informations. Elle constitue aujourd’hui un héritage plein de leçons pour les temps présents.

Le Président de la République salue la quête inlassable de vérité de Pierre Péan et adresse à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont travaillé avec lui ses respectueuses condoléances.