LETTRE OUVERTE N°2 À BIZIMANA JEAN DAMASCÈNE: Non. Rira bien, en définitive, celui qui aura servi la vérité.

Monsieur BIZIMANA Jean Damascène,

À la suite de vos récentes déclarations sur votre compte X à mon endroit, il m’apparaît nécessaire de revenir sur un point fondamental qui demeure sans réponse et qui mérite d’être porté à la connaissance de tous.

Vous m’accusez d’être un « tueur de renom ». Une question simple s’impose alors : comment un homme que vous présentez comme un criminel de cette envergure a-t-il pu échapper à la justice rwandaise ? Qu’est-il donc arrivé entre 1997, année de mon retour au pays, et 2005, année de mon deuxième exil ? Pendant ces huit années, les institutions judiciaires du Rwanda étaient-elles inexistantes ? Ou bien n’existait-il tout simplement aucun élément permettant de soutenir de telles accusations ?

Vous qui évoquiez récemment une grâce présidentielle qui m’aurait été accordée, qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à affirmer que « rira bien qui rira le dernier » ? De quoi s’agit-il exactement ? D’une menace, d’une promesse ou d’un aveu que la vérité et la justice ne suffisent plus et qu’il faut désormais se réfugier dans les insinuations ?

Quant à ce que vous appelez « les faits », il convient de rappeler qu’ils ne sont ni les vôtres ni le fruit de vos recherches. Vous utilisez les notes que j’ai moi-même rédigées à l’occasion de la 25ᵉ commémoration du génocide, notes toujours accessibles en kinyarwanda sur mon site. Mais, fidèle à une méthode dans laquelle vous excellez, vous extrayez les mots de leur contexte, vous déformez leur sens et tentez de me placer au centre des événements qui s’y déroulaient. Une telle démarche ne relève pas de la recherche de la vérité, mais de la fabrication d’accusations.

Il sied également de rappeler, à titre informatif, un élément d’une importance capitale. Lors de la mise en place des juridictions Gacaca, dont vous ne cessez de vanter le travail accompli, une phase préliminaire fut consacrée à la collecte des informations relatives aux événements du génocide de 1994. Or, dans aucune de ces informations, mon nom n’apparaissait comme celui d’un malfaiteur ou d’un tueur, contrairement au portrait que vous cherchez aujourd’hui à dresser.

Je tiens également à vous rappeler que, dans ma première lettre ouverte, je vous avais donné l’occasion de faire ce qui convenait : reconnaître vos erreurs et présenter des excuses. Vous avez choisi une autre voie. Loin de revenir sur vos propos, vous persévérez dans le mal. Or, la persévérance dans le mal est d’essence diabolique.

Vous vous érigez à la fois en procureur et en juge, alors même que vous appartenez au pouvoir exécutif. Vous accusez, vous instruisez, vous condamnez et vous annoncez déjà l’issue, comme si les principes les plus élémentaires de la justice n’avaient plus cours.

D’aucuns observent avec inquiétude que votre obstination vous conduit à vous éloigner toujours davantage de la raison et de l’exigence de vérité. En persistant dans cette voie, vous donnez le sentiment d’avoir dépassé le seuil de la corrigibilité, préférant l’acharnement à la raison, l’invective à l’argumentation et les accusations sans fondement à la recherche sincère de la vérité.

Je vous exhorte néanmoins à revenir à de meilleurs sentiments. Il n’est jamais trop tard pour choisir la vérité plutôt que la calomnie, la justice plutôt que la vengeance et le respect de la dignité humaine plutôt que la fabrication d’accusations.

Je vous rappelle enfin que le monde entier n’a pas encore perdu l’intelligence, la logique et le sens de la justice. Il existe encore des hommes et des femmes capables de distinguer les faits des manipulations, la vérité des montages, la justice de la vengeance.

Les morts du génocide et toutes les victimes de notre histoire crient pour la justice. Ils ne réclament pas que l’on fabrique d’autres morts innocents. Ils n’appellent ni à la désignation arbitraire de coupables, ni à la condamnation d’innocents, mais à l’établissement de la vérité et au triomphe de la justice.

Votre slogan « HARABAYE NTIHAKABE » témoigne malheureusement de l’instrumentalisation que vous faites de leur mémoire au service du régime que vous servez. En effet, nombreux sont ceux qui comprennent ce que vous vous gardez de compléter : « Harapfuye, ntihagapfe… » . Une telle expression, loin d’honorer la mémoire des victimes, révèle un mépris glaçant pour certaines vies humaines. Quelle méchanceté !

L’histoire ne saurait être écrite au prix de la déformation des paroles, de la manipulation des faits et de la fabrication d’accusations.

Rira bien, en définitive, celui qui aura servi la vérité.

GAHUNDE Chaste

Le 23/06/2026.

SOUTENIR LE COMBAT POUR LA JUSTICE

https://www.gofundme.com/f/soutien-financier-au-dr-rwamucyo-eugene

Leave a comment