Quelqu’un a soulevé une question intéressante : « J’aimerais bien que vous m’expliquiez le rôle de la France dans le génocide rwandais, car je n’y comprends plus rien. »
La question mérite mieux que les slogans et les caricatures.
Pour commencer, il faut distinguer plusieurs périodes et plusieurs responsabilités. La France de François Mitterrand et, dans une certaine mesure, celle de Jacques Chirac ne peuvent pas être analysées à travers le prisme de la politique française actuelle.
Avant le génocide de 1994, la France et le Rwanda étaient liés par des accords de coopération. La présence française au Rwanda s’inscrivait officiellement dans ce cadre. La France a également soutenu le processus de paix et joué un rôle dans les négociations qui ont abouti aux accords d’Arusha.
Après le déclenchement du génocide, la France a lancé l’opération Turquoise, une opération militaire et humanitaire qui a permis, selon ses défenseurs, de sauver de nombreuses vies humaines. Cette opération demeure controversée et fait l’objet d’interprétations radicalement opposées. Mais réduire son rôle à une simple entreprise criminelle, sans examiner les faits et le contexte, relève davantage du militantisme que de l’histoire.
Il faut également rappeler que la France a longtemps été considérée comme un obstacle par certains acteurs anglo-saxons qui soutenaient une autre vision géopolitique de la région. Paul Kagame a lui-même, au fil des années, tenu des propos extrêmement durs à l’égard de la France. La rupture entre Paris et Kigali n’est donc pas née d’hier.
Mais l’histoire ne s’arrête pas en 1994. Les hommes changent, les gouvernements changent et les intérêts géopolitiques évoluent.
C’est dans cette nouvelle période qu’apparaît Nicolas Sarkozy. Sa politique africaine et sa relation avec le Rwanda marquent un tournant important. Puis vient Emmanuel Macron.
Lorsque le génocide survient en 1994, Emmanuel Macron n’a que 15 ans. Il n’est évidemment pas un acteur des événements de cette époque et ne peut être tenu personnellement responsable de décisions prises avant même son entrée dans la vie politique.
En revanche, il est légitime d’analyser les choix politiques de son gouvernement et la manière dont la France actuelle regarde son propre passé.
À mes yeux, le débat devrait donc éviter deux excès : d’un côté, l’idée que la France serait totalement innocente de toute erreur ou de toute responsabilité politique ; de l’autre, la thèse simpliste selon laquelle la France aurait été l’architecte du génocide.
L’histoire est rarement aussi simple.
Il faut examiner les faits, les décisions, les responsabilités individuelles et institutionnelles, les rapports de force internationaux et les évolutions géopolitiques. Et surtout, il faut se méfier des récits écrits après coup par les vainqueurs, les États et les puissances qui ont intérêt à imposer leur propre lecture de l’histoire.
Comprendre le rôle de la France au Rwanda exige donc de regarder l’ensemble de la séquence historique, et pas seulement les événements à travers le récit politique dominant d’aujourd’hui.
Jean-Claude NDUNGUTSE
Sociologue et Enseignant

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