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France-Rwanda: L’opposition rwandaise en exil demande que ses doléances soient prises en compte.

Lettre au président français

S.E. Monsieur Emmanuel MACRON Président de la République

Palais de l’Élysée

55 Rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris

Objet : Demande d’intégration des doléances de l’opposition Rwandaise Elargie dans les Relations de Paris avec le régime de Kigali.

Excellence Monsieur le Président,

Sans vouloir nous ingérer dans la politique étrangère de la France ou donner des leçons, nous, membres du Cadre de Concertation des organisations politiques et de la société civile de l’Opposition, RBB en sigle (Rwanda Bridges Builders),  prenons la liberté de vous faire part de nos  préoccupations quant aux conséquences négatives qu’une complaisance continue avec la dictature de Kigali  génère et continuera d’avoir sur la paix  et la concorde sociale  au sein des rwandais si certaines précautions ne sont pas prises.

Votre discours au cours de Votre campagne électorale sur Votre engagement à « défendre le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique » et « à reconsidérer votre soutien aux gouvernements qui bafouent les droits les plus fondamentaux » avait suscité beaucoup d’espoir au sein de la communauté rwandaise en exil victime du système de répression au Rwanda.

Au début de Votre mandat, beaucoup de citoyens africains, surtout les jeunes générations, y compris rwandaises, avaient cru en l’avènement d’une nouvelle dynamique positive dans les relations France-Afrique. Ils étaient encouragés par Votre discours du mardi 28 novembre 2017 à l’université Ouaga 1 d’Ouagadougou. Dans ce discours historique, à un moment Vous dites ceci ; ‘’ Je me reconnais dans les voix d’Albert Londres et d’André Gide qui ont dénoncé les milliers de morts du Chemin de fer du Congo, et je n’oublie pas que ces voix alors ont été minoritaires en France comme en Europe.’’ ;

En termes de morts, le Rwanda et la Région des Grands lacs en ont connu depuis octobre 1990 et en connaissent encore malheureusement aujourd’hui. Il est de notoriété publique que le régime de Kigali avec lequel votre gouvernement semble vouloir entretenir des relations privilégiées est fortement impliqué dans les conflits qui ont couté la vie à plus de 6 millions de personnes, la plus grande catastrophe humanitaire depuis la deuxième guerre mondiale.

Nous constatons que le grand malheur de la société rwandaise fut, ces dernières années, d’avoir été prise en sandwich par les pôles extrémistes Hutu et Tutsi et que depuis près de 26 ans le pays est dirigé par le pôle extrémiste Tutsi qui est sorti vainqueur de la confrontation dont il porte une grande et lourde part de responsabilité.

Il Vous souviendra qu’une solution durable à la crise rwandaise avait été trouvée via la signature des accords de paix d’Arusha en 1993 que la communauté internationale dont la France avait soutenus et accompagnés. Ces accords d’Arusha ont été pulvérisés avec l’attentat du 6 avril contre l’avion présidentiel qui emportât deux chefs d’État Hutu et des membres d’équipage français. Vous aurez sans doute constaté toutes les manœuvres mises en route par le régime de Kigali afin d’éviter que la vérité sur cet attentat ne soit révélée.

L’on sait à quel point l’impunité et la complaisance entretiennent les cycles de crimes et de violence au Rwanda et dans la région. Dans le cas du régime rwandais, d’aucuns parmi les membres de la communauté rwandaise, toutes ethnies confondues, se demandent pourquoi les autorités françaises refusent toujours de regarder en face le dossier de l’élément déclencheur du génocide, à savoir l’attentat contre l’avion présidentiel au Rwanda le 6 avril 1994. C’est, en effet, un des éléments qui contribuent à renforcer la polarisation des groupes sociaux rwandais, et qui n’aident pas à aller vers le chemin obligé de la véritable réconciliation.

Sur le plan de l’impunité toujours, Vous aurez noté, Excellence Monsieur le Président, qu’il existe actuellement une forte demande des peuples de la région, en particulier des congolais, pour que les recommandations du Mapping Report [1] soient, enfin suivies d’effet.  Vous n’êtes pas sans savoir que les troupes de l’actuel régime de Kigali sont parmi ceux qui sont fortement soupçonnés d’avoir commis de graves crimes relatés dans ce rapport.

La communauté des rwandais s’attendrait plutôt à ce que la France soutienne ceux qui, comme le Parlement européen [2], en rapport avec l’initiative du Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, demandent qu’il y ait des mécanismes qui permettent que justice soit faite en ce qui concerne les crimes inventoriés par le Mapping Report.

Or, il nous semble que la trajectoire des relations avec Kigali que Votre équipe est entrain de dessiner est incompatible avec une certaine rigueur et fermeté que l’on est en droit d’attendre d’un grand pays démocratique et des Droits de l’Homme comme la France.

Monsieur le Président,

Il est heureux de Vous entendre dire, dans Votre entretien, publié vendredi 20 novembre 2020, par Jeune Afrique qu’il faut regarder notre passé dans son intégralité sans volonté de dissimuler ni s’autoflageller.

Il est, par contre, surprenant de Vous entendre dans le même interview, louer le principal acteur des tragédies rwandaises et régionales qu’est Paul Kagame, en soulignant qu’il a beaucoup pacifié son discours politique à l’égard de la France. Comme si, à Votre avis, c’est le seul critère qui compte pour qu’un dictateur avec de si lourds soupçons de responsabilités soit autorisé à tout recevoir.

Connaissant la peur bleue du régime de Kigali face à ses responsabilités dans les drames rwandais et régionaux, nous osons espérer, Excellence Monsieur le Président, que la justice et la vérité qu’attend la majorité de rwandais et de ressortissants de la sous-région, ne seront pas sacrifiées à l’autel de cette realpolitik.

Excellence Monsieur le Président,

La société rwandaise est plus que jamais divisée et polarisée suite à une politique et une stratégie, voulues et entretenues par le régime du FPR centrées sur les tensions ethniques, la peur, la terreur et le mensonge.

C’est ainsi que jusqu’à ce jour le régime dirigé par Paul Kagame refuse et fait tout pour bloquer toute initiative qui vise à ce que les crimes commis par le FPR soient sanctionnés.

Entre autres indices, actuellement les prisons rwandaises sont essentiellement peuplées par les gens d’un seul groupe ethnique avec toutes les conséquences socio-économiques que cela engendre.

De même, au Rwanda, seuls les Tutsis ont droit de commémorer la disparition des leurs. Les Hutus, quant à eux, même si également fortement endeuillés, doivent rester l’échine courbée. Avec toutes les conséquences en termes de frustrations et d’entretien de haines refoulées.

Un autre indice assez concret et frappant de cette politique de polarisation des groupes sociaux est le type de serment que le FPR fait faire à ses partisans, qui jurent, de respecter les règles actuelles et à venir du mouvement (sous-entendu y compris la poursuite et harcèlement des critiques du régimes) et qui acceptent d’être pendus s’ils contreviennent à ces exigences. Dans un article du 19/11/2020, la BBC signale que ‘’Des images fuitées d’une cérémonie de “serment” controversée au Haut-Commissariat du Rwanda à Londres alimentent les allégations d’une répression mondiale agressive de la dissidence par le gouvernement autoritaire de la nation d’Afrique de l’Est, surnommée la nouvelle “Corée du Nord” par ses détracteurs’’. [3]

Une autre ligne de fracture ‘made in Rwanda’ est le double standard de traitement envers les partisans et les opposants au régime de Kigali. Plusieurs rapports d’organismes importants et crédibles (Département d’Etat Américain[4], Human Rights Watch[5], Amnesty International[6],Freedom house [7],…) relèvent régulièrement les cas d’assassinats, de disparitions ou d’emprisonnements d’opposants politiques et autres critiques rwandais. Le régime rwandais va jusqu’à pourchasser ses opposants et critiques dans les pays de refuge. Le dernier cas emblématique de ces comportements du régime de Kigali qui violent les règles internationales est le cas du kidnapping, depuis Dubai aux Emirats Arabes Unis de l’opposant Paul Rusesabagina. A ce sujet, il est utile de rappeler la résolution[8] du parlement européen qu’il convient de soutenir pour rendre son application effective.

Cette vague d’assassinats n’épargne pas les rescapés du génocide contre les Tutsis. Ainsi il y a un an, le 17 février 2020, le célèbre chanteur et homme de paix et de réconciliation, Kizito Mihigo  a été tué dans un cachot de la police à Kigali. Des organisations de droits de l’homme réclament à cor et à cri, en vain, une enquête indépendante à ce sujet.

Excellence Monsieur le Président,

Après 27 ans d’impunité et du “tout permis” au régime du FPR de Paul Kagame, des voix commencent à monter et à s’indigner de ces violations systématiques des droits de l’Homme en toute impunité. Ceci est d’autant plus remarquable que ces voix proviennent aussi des protecteurs et alliés traditionnels jugés inconditionnels au régime de Paul Kagame,USA[9] et Grande Bretagne [10] qui ont exprimé leurs claires positions lors du dernier Examen Périodique Universel du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (ONU) à Geneve.

Monsieur le Président,

Nous souhaitons que la France, berceau des Droits l’Homme,  se  range  du côté des opprimés. En l’occurrence, il est temps que la France cesse d’écouter les trompettes de ceux qui défendent, souvent à coup de milliers d’euros dépensés dans des actions coûteuses de relations publiques, le régime criminel et dictatorial de Paul Kagame.

Nous sommes d’avis que la France n’a pas à rougir de son attitude vis-à-vis de son action passée au Rwanda. Ce fut, en effet, le seul pays qui osa braver toutes les difficultés, y compris celles dressées par le FPR de Paul Kagame à toute intervention internationale pour stopper les massacres. Par honte ou par mépris de l’opinion, personne n’ose, actuellement, évoquer l’ultimatum de Paul Kagame de considérer toute troupe étrangère au Rwanda en avril 1994 comme « ennemi », ou tout simplement la demande officielle que le FPR a adressée à l’ONU à New York [11] lui demandant de ne pas intervenir en prétendant qu’il n’y avait plus aucun Tutsi à sauver.

Excellence Monsieur le Président,

Nous ne sommes pas contre une normalisation des relations rwando-françaises. Que du contraire.

Mais il convient d’attirer Votre aimable attention sur le fait  que Vous avez à faire à un régime qui ne respecte aucunement les règles classiques de coopération humaine. D’aucuns ont toujours à l’esprit qu’au paravent la France a essayé toutes sortes de soins palliatifs contre cette maladie chronique bien ancrée dans les relations France-Rwanda. Pour rappel, Monsieur Nicolas Sarkozy a rendu visite au Rwanda en 2010. Kagame a été bienvenu en France. Qu’est-ce que la France a reçu en retour ? Kagame et le FPR ont banni le français des écoles, fermé le Centre Culturel Français de Kigali, …

Entre-temps Vous êtes arrivés, Vous avez accordé à son bras droit, Madame Louise Mushikwabo, la direction de l’OIF. Il nous revient qu’elle a, aujourd’hui, entrepris de diriger cette importante organisation francophone à la manière cavalière de son patron de Kigali.

Notre groupement d’organisations comprend des personnes de toutes ethnies et toutes générations. Nous avons opté pour le rejet des idéologies des deux pôles extrémistes ci-haut mentionnés et d’œuvrer pour l’avènement d’un Rwanda réconcilié avec lui-même. Nous avons décidé de jeter les ponts entre les différentes fractures causées par l’Histoire et aggravées et entretenues par l’actuel régime de Kigali. Toutes ces fractures si elles sont laissées comme telles, elles vont continuer de miner la société rwandaise pour encore très longtemps. La nécessaire cohésion et paix sociale rwandaise se feront toujours attendre. Il serait dommage de constater, dans les temps à venir, que la France sous Votre direction soit accusée de s’être rangée contre le peuple rwandais et pour une dictature implacable.

Nous avons choisi de lutter pour l’instauration d’un système où la paix ne repose pas sur les fusils et les baïonnettes, mais sur la concorde et la bonne volonté des groupes sociaux.

Monsieur le Président, la devise de la République Française (Liberté-Egalité- Fraternité) fait peur à la dictature de Paul Kagame.

En effet en termes de ;

  • Liberté : au Rwanda, mêmes les libertés les plus élémentaires sont interdites ou réprimées
  • Égalité : Le Rwanda de Paul Kagame constitue une société parmi les plus inégalitaire d’Afrique et du Monde : L’avoir et le pouvoir sont concentrés dans les mains d’une clique autour de Paul Kagame (moins de 1% de la population). Les pauvres sont interdits dans la capitale Kigali et ceux qui y sont natifs sont chassés, déportés, souvent sans compensation. Les postes importants dans tous les secteurs clés du pays sont détenus par une faible minorité.
  • Fraternité : Le régime entretient de nombreuses lignes de fracture entre différentes tranches de Rwandais. Nous en avons souligné quelques-unes plus haut.

En Conclusion, Excellence Monsieur le Président, nous ne comprendrions pas que la France, pays de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité et des Droits de l’Homme puisse continuer à courtiser une telle dictature sans exiger des avancées notables sur ces aspects, au risque de se compromettre et quelques fois en œuvrant dans le sens contraire aux valeurs républicaines.

Notre groupe est prêt à Vous présenter, en détails, notre vision sur la résolution, de manière durable, de la problématique de démocratisation et du respect des droits humains au Rwanda et dans la région, dans une rencontre à Votre convenance ou celle de Vos collaborateurs.

Vous remerciant de votre compréhension, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre plus haute considération.

Fait à Paris le 05 mars 2021

Signé

Membres signataires

  1. Action citoyenne pour la PaixSuisse ;
  2. Amahoro-People’s Congress, Canada;
  3. Association des rescapés du génocide des réfugiés rwandais au Congo (Ex-ZaïreRDC) ARGR-Intabaza, Nederland ;
  4. Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR), Belgique ;
  5. Comité pour l’Unité, la Paix et la Réconciliation au Rwanda (CUPR), France ;
  6. Congrès rwandais du Canada (CRC), Canada ;
  7. Convention Nationale Républicaine (CNR-Intwari), Suisse ;
  8. Comité de Suivi de la Problématique des Réfugiés Rwandais (CSPR), Suisse ;
  9. COVIGLA, Collectif des victimes des crimes de masse commis dans la region des grands lacs africains, France ;
  10. Democratic Rwanda Party, DRP-ABASANGIZI, USA;
  11. Forces Démocratiques Unifiées-Inkingi, UK ;
  12. Fondation Ibukabose-Rengerabose, Mémoire et Justice pour tous, France ;
  13. Global Campaign for Rwandans’ Human Rights (UK)
  14. Global Voice of Rwandan Refugees (GVRR), South Africa ;
  15. Groupe d’initiative France-Rwanda, France ;
  16. Inganzo Gakondo, Russie ;
  17. Initiative du Peuple pour l’Alliance Démocratique (IPAD-Umuhuza), USA ;
  18. Initiative Humanitaire pour la région des grands lacs (IHRGL), Belgique ;
  19. Initiative HUMURA, Belgique ;
  20. Institut Seth Sendashonga pour la Citoyenneté Démocratique ISCID asbl, Belgique ;
  21. JAMBO asbl, Belgique ;
  22. Liberté d’Expression Culture et Paix, LECP Info, USA ;
  23. Mouvement Républicain pour la Paix et le Progrès, MRP, Belgique ;
  24. Norway Sub Sahara Africa development organization (NSADO), Norway;
  25. Observatoire des Droits de l’Homme au Rwanda (ODHR), France ;
  26. Organization for Peace, Justice and Development in Rwanda and Great Lakes Region (OPJDR), USA;
  27. PDR IHUMURE, Belgique
  28. PS Imberakuri, Belgique;
  29. Réseau International pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme au Rwanda (RIPRODHOR), France ;
  30. Rwanda National Congress – RNC, South Africa ;
  31. Rwanda National Forum (RNF), USA ;
  32. Rwandan Alliance for the National Pact (RANP-Abaryankuna), Africa.
  33. Rwandan American Youth Association, USA;
  34. Rwandan Platform for Dialogue, Truth, and Justice (RDTJ), South Africa ;
  35. Rwandiske Forum in Norway (RFN), FORUM RWANDAIS DE NORVEGE (RFN);
  36. Rwandese Revolutionary Movement (RRM) Afrique du Sud
  37. United Freedom Fighters (UFF-INDANGAMIRWA), France;

RBB Contact address: rwandabridgebuilders@gmail.com


[1] DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_FR.pdf (ohchr.org)

[2] Texts adopted – The case of Dr Denis Mukwege in the Democratic Republic of the Congo – Thursday, 17 September 2020 (europa.eu)

[3] Le serment de loyauté qui terrorise les Rwandais de la diaspora – BBC News Afrique

[4] RWANDA 2019 HUMAN RIGHTS REPORT (state.gov)

[5] Rwanda : Le meurtre d’un opposant est la dernière attaque en date contre des détracteurs du gouvernement | Human Rights Watch (hrw.org)

[6] Rwanda, assassinat du représentant politique de l’opposition – Amnesty International Belgique

[7] Rwanda Case Study | Understanding Transnational Repression (freedomhouse.org)

[8] MOTION FOR A RESOLUTION on Rwanda, the case of Paul Rusesabagina (europa.eu)

[9] UN: Countries Call Out Rwanda’s Rights Record | Human Rights Watch (hrw.org)

[10] Page not found – GOV.UK (www.gov.uk)

[11] COURRIER-DU-30-AVRIL-1994-DU-FPR-INKOTANYI-SIGNE-CLAUDE-DUSAIDI-ET-GERARD-GAHIMA.pdf (sciencespolitiquesrwandaises.fr)Burundi : Une démocratie et un modèle d’alternance politique qui dérangent.Débat : TENSIONS ENTRE LE RWANDA ET LA RDC APRÈS LE SOMMET DE PARIS SUR LES ÉCONOMIES AFRICAINES.

Qui, aujourd’hui, en France, pour dire à haute voix: « notre pays n’est pas un paillasson ».

Le grand contraste qui cerne la visite de Paul Kagame à Paris: A bras ouverts, Emmanuel Macron accueille de nouveau Paul Kagame, un des hommes les plus controversés  de la planète, ce lundi 17/05/2021. Le Président français n’a qu’un seul objectif: redorer l’image de son pays et réchauffer les relations entre la France et le Rwanda. En effet,  les autorités rwandaises ont pendant longtemps lancé des critiques grotesques contre la France, jusqu’à l’accuser d’avoir participé au génocide! Aujourd’hui, le ton a changé, mais, la France n’a pas encore d’Ambassadeur au Rwanda depuis plus de 5 ans. Il n’y a qu’un Chargé d’affaires de la République française au Rwanda.

Emmanuel Macron, le reçoit donc dans l’intérêt de la France en tant que Chef d’Etat; mais il n’ignore pas le genre de personnalité à qui il tend la main. C’est le même dictateur qui a appris le pouvoir après le génocide et la guerre de 4 ans, chef de la rébellion à l’époque. Macron est entouré par de grandes personnalités qui connaissent bien les arcanes du pouvoir actuel au Rwanda. On peut citer Jean Yves Le Drian, Ministre ayant dans ses attributions les affaires étrangères, ou encore le Chef d’Etat Major de l’armée, le Général François Lecointre qui était présent au Rwanda durant l’opération turquoise en 1994.

Le totalitarisme est le qualificatif du pouvoir de Paul Kagame. Selon différents rapport des ONG de droits de l’homme, les Rwandais souffrent à cause de son régime plus que jamais répressif. La Région des grands lacs africains le connaissent pour les conflits et guerres au-delà des frontières, plus particulièrement en RDC. Il est en froid avec les Chefs d’Etats voisins, l’Ouganda et le Burundi en particulier. Longtemps soutenu par les USA et la Grande Bretagne, Paul Kagame n’est plus le bon élève des Américains ni des Britanniques. La France lui souhaite la bienvenue.

 Le revers de la médaille: 

Comment être fier, quand on déroule le tapis rouge à l‘un des hommes les plus violents de ce monde? En 2007, une femme courageuse et membre du gouvernement français, n’avait pas supporté la visite de Kadhafi à Paris. Rama Yade avait déclaré:  » «Notre pays n’est pas un paillasson». Bernard Kouchner avait estimé qu’elle «avait raison de parler ainsi». Mais Kouchner est-il capable de dire pour le cas de Kagame? Kouchner est-il capable de dire que Kadhafi est pire que Kagame? Aujourd’hui, Sarkozy est-il si fier d’avoir reçu en grandes pompes Kadhafi? Macron le sera-t-il dans 5 ans, 10 ans? L’Histoire le dira. 

Les Rwandais qui vivent en Europe ont obtenu une autorisation pour manifester à Paris ce 18/05/2021 contre Paul Kagame à la tête d’un régime très critiqué en matière de violation de droits de l’homme. HRW, Amnesty International, Crisis Group, ne cessent de tirer la sonnette. Personne ne pourrait prétendre ne pas savoir. Macron non plus.

Source: Rédaction LECP Info.

Le Groupe d’Initiative France – Rwanda (GIFR) réagit au Rapport Duclert.

Réaction du Groupe d’Initiative France-Rwanda aux conclusions du Rapport de la Commission chargée de mener un travail de fond centré sur l’étude de toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 afin d’analyser le rôle et l’engagement de la France durant cette période.

Paris le 16 mai 2021

Suite à la sortie du rapport de la Commission de Recherche sur les Archives que le Professeur Vincent DUCLERT a remis au Président de la République, Monsieur Emmanuel MACRON, le 26 mars 2021, le Groupe d’Initiative France-RWANDA (GIFR) aimerait exposer brièvement ses commentaires sur ce document long de plus de 1200 pages.

Il convient de rappeler d’abord que le Président Emmanuel MACRON, dans sa lettre du 5 avril 2019, adressée au Président de ladite Commission a défini les objectifs assignés à celle-ci :

  • Consulter l’ensemble des fonds d’archives françaises relatifs à la période pré-génocidaire et celle du génocide lui-même ;
  • Rédiger un rapport qui permettra -d’offrir un regard critique d’historien sur les sources consultées –d’analyser le rôle et l’engagement de la France au Rwanda au cours de cette période, en tenant compte du rôle des autres acteurs engagés au cours de cette période –
  • Contribuer au renouvellement des analyses historiques sur les causes du génocide des Tutsi, profondes et plus conjoncturelles, ainsi que sur son déroulement, en vue d’une compréhension accrue de cette tragédie historique et de sa meilleure prise en compte dans la mémoire collective, notamment pour les jeunes générations.

À la lecture de ce rapport, notamment dans sa conclusion, il ressort nettement que les membres de la commission accusent le Gouvernement français de l’époque, avec à sa tête le Président François Mitterrand, d’avoir entretenu des relations personnelles et directes avec le régime du Président Juvénal Habyarimana, ce qui est absolument faux car les relations entre les deux pays furent des relations diplomatiques normales.

De 1990 à 1994, Monsieur Jean Marie Vianney Ndagijimana, membre actuel du GIFR, fut ambassadeur du RWANDA à Paris. Aussitôt la commission de recherche sur les archives mise en place en avril 2019, le GIFR, et particulièrement cet ancien ambassadeur, a adressé un courrier recommandé avec accusé de réception dans lequel il exprimait son désir et sa disponibilité d’être auditionné par la commission, afin de témoigner au sujet de ces relations franco-rwandaises. Monsieur Ndagijimana promettait de mettre à la disposition de la commission des éléments d’archives personnelles et officielles. La Commission a refusé cette offre et ceci est bien regrettable.

Le Front Patriotique Rwandais (FPR), composé, en majorité, de réfugiés Tutsi en Uganda, a attaqué le Rwanda à partir du 1er octobre 1990, provoquant une guerre fratricide qui a duré trois ans et demi. À la demande du gouvernement légitime du Rwanda, et en application d’un accord de défense signé en 1975 par le Président Valéry Giscard d’Estaing, la France est intervenue au Rwanda pour stabiliser le front militaire et favoriser les négociations ayant abouti à la signature des Accords de Paix d’Arusha le 4 août 1993, entre le Gouvernement rwandais, dirigé par le Président Juvénal Habyarimana et les rebelles du FPR, dirigés par Monsieur Paul Kagame.

Les accords d’Arusha avaient permis de mettre fin à la guerre et devaient aboutir, in fine, à la mise en place d’un gouvernement consensuel basé sur le partager du pouvoir entre les deux parties en conflit. Mais c’était sans compter avec l’agenda caché du général Paul Kagame : prendre le pouvoir par la force et régner en maitre absolu sur le Rwanda au détriment du partage du pouvoir.

Le point culminant fut l’attentat du 06 avril 1994 perpétré contre l’avion transportant le Président rwandais Juvénal Habyarimana, le Président burundais Cyprien Ntaryamira, d’autres personnalités rwandaises et burundaises, ainsi que trois membres de l’équipage français. Cet attentat, commis par les rebelles du FPR, vint annihiler tous les efforts de paix consentis pas la France et fut ainsi l’élément déclencheur du génocide des Tutsis et des nombreux massacres au sein de la population rwandaise.

En application de la résolution 929 du 22 juin 1994 du Conseil de sécurité de l’ONU, la France fut alors le seul pays occidental qui accepta d’intervenir pour voler au secours des populations rwandaises, alors que la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR), dirigée par le Général canadien Roméo Dallaire, s’avérait impuissante et incapable d’arrêter le génocide.

Dans sa lettre de mission, le président de la République Emmanuel Macron a demandé à la Commission Duclert d’analyser le rôle et l’engagement de la France au Rwanda, en tenantcompte du rôle des autres acteurs engagés au cours de cette période. On peut citer les pays tels que l’Uganda qui a formé, armé et soutenu militairement et diplomatiquement la rébellion du FPR du début jusqu’à la fin de la guerre, sans oublier la Grande Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique qui ont apporté un appui militaire et diplomatique au FPR.

Pour sa part, la Belgique, ancienne puissance coloniale dont le contingent militaire constituait l’ossature de la MINUAR, a retiré ses troupes une semaine après le déclenchement du génocide.

II est donc incompréhensible et inadmissible que la commission de recherche sur les archives parle d’aveuglement à où la France a, la première, saisi opportunément le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour demander l’envoi de troupes au Rwanda, ce qui a été accepté en juin 1994 et a permis à l’« Opération Turquoise » de sauver des dizaines de milliers de Tutsi mais aussi de Hutus et de Twa en danger de mort. Les responsables politiques et militaires français témoins de cette période ont fourni des renseignements précis sur le déroulement des événements tels que vécus sur place au Rwanda ou à Paris.

Pour des raisons inavouées, et pour masquer ses propres responsabilités dans l’attentat terroriste du 6 avril 1994 et dans le génocide subséquent, le régime de Paul Kagame n’a cessé d’accuser la France d’être complice du génocide des Tutsis.

Dès son élection à la Présidence de la République en 2017, le Chef d’État français, Emmanuel MACRON a manifesté sa volonté d’améliorer les relations entre la France et le Rwanda. Cette démarche est compréhensible et normale entre deux pays et la création de la commission Duclert s’inscrit dans cette volonté de normalisation.

Cependant, au vu des conclusions de la commission, il s’avère que ce rapport est essentiellement politique, partiel et partial. En effet, à travers ses multiples déclarations dans la presse française et internationale, le Professeur Vincent Duclert, président de la commission, a donné l’impression de vouloir à tout prix faire plaisir aux autorités de Kigali, allant jusqu’à suggérer au président Macron de reconnaître la responsabilité de la France dans la tragédie rwandaise, tout en écartant toute complicité directe dans le génocide.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda considère qu’en stigmatisant par trop le régime de feu le Président Juvénal Habyarimana, et en présentant la rébellion du FPR comme de valeureux libérateurs ayant accouru pour arrêter le génocide des Tutsi, sans parler suffisamment du rôle des pays qui ont sponsorisé la guerre au cours de la période sous examen, la commission Duclert est sortie du cadre de sa mission de recherche historique objective. En prenant ouvertement fait et cause pour les thèses et le discours militant du régime de Paul Kagame, la commission Duclert a cessé d’être neutre.

Nos inquiétudes sont d’autant plus fondées que de sources diverses, certains membres de la commission seraient proches d’associations connues pour leur soutien sans réserve au régime de Paul Kagame. Il est donc permis de douter de la neutralité et du caractère strictement scientifique de ce rapport.

Pour conclure, le Groupe d’Initiative France-Rwanda (GIFR), composé de résidents rwandais et de Français d’origine rwandaise, soutient la volonté du Président Emmanuel MACRON de renouer les relations entre la France et le Rwanda. Cependant le groupe tient à rappeler que le régime actuel de Kigali, dirigé par le Président Paul Kagame depuis déjà 27 années, foule au pied la démocratie, l’état de droit et le respect des droits humains au Rwanda.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda demande en conséquence au Président Emmanuel Macron de ne pas ‘’faire de mauvais compromis sur les droits de l’Homme’’, notamment sur les nombreux crimes commis par le régime dictatorial de Paul Kagame contre les populations du Rwanda et des autres pays d’Afrique des grands lacs au cours de ces trois dernières décennies.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda demande instamment au président Emmanuel Macron de soutenirsans réserve l’Initiative du Dr. Denis MUKWEGE, Prix Nobel de la Paix 2018, pour la mise en place du Tribunal pénal international ad hoc recommandé par le Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, ex-Zaïre.

La nouvelle page des relations franco-rwandaises ne devrait pas s’écrire sur la base du seul rapport partial et partiel présenté par la commission Duclert, au risque d’inscrire dans le marbre les nombreuses inexactitudes contenues dans ce rapport considéré par beaucoup comme par trop favorable aux thèses anti-françaises développées par le régime du président Paul Kagame.

Fait à Paris, le 16 mai 2021

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda (GIFR)

Contact : groupe.gifr@gmail.com

Le document en format PDF

Lettre Ouverte au Président français Emmanuel Macron à l’occasion de sa visite annoncée au Rwanda en 2021

Introduction de la Lettre

L’actualité en France sur le Rwanda est marquée par la sortie du rapport Duclert pointant « des responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans la dérive ayant abouti au génocide des Tutsi en 1994. ». Un groupe de Français d’origine rwandaise et ressortissants rwandais a souhaité alerter les hommes politiques français ainsi que les principales parties prenantes en France souhaite sur la situation actuelle au Rwanda en 2021.

Une Lettre Ouverte a été adressée au président français Emmanuel Macron pour l’informer de l’inquiétude du groupe « face à la dégradation de la situation politique et de l’absence de la Démocratie, de l’Etat de droit et du manque de respect des Droits Humains au Rwanda ».

Cette lettre s’inscrit dans le cadre d’une manifestation globale ayant eu lieu aux quatre coins du monde samedi dernier le 20 mars 2021 : au Canada, aux Etats-Unis, en Argentine, en Afrique du Sud, en Espagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Suède, au Norvège, au Danemark, en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et en France. En France les manifestations ont eu lieu à Lyon, à Strasbourg, à Mayotte et sur internet à Paris.

Si la manifestation à Paris n’a pas pu avoir lieu après annonce du confinement, le groupe a pu réunir en 72h, 120 personnes vivant dans 72 villes françaises pour manifester leur soutien en cosignant la Lettre Ouverte.  Les noms des personnes qui ont cosigné la lettre ne peuvent pas être divulgués car une partie de ces personnes ont peur de représailles sur leurs familles au Rwanda ou sur leurs propres personnes ici en France et ce d’autant plus que Emmanuel Macron soutient aveuglement le régime dictatorial, autoritaire et sanguinaire de Paul Kagame et son Front Patriotique Rwandais.

De lors la situation est d’autant préoccupante lorsque les citoyens français en viennent à vivre dans un climat de peur ici en France car une partie d’hommes politique français préfèrent fermer les yeux sur les violations des droits fondamentaux d’un régime « raciste » (apartheid mémoriel et ségrégation ethnique, « corrompu » (la richesse rwandaise appartient aux oligarques du FPR) et « violent » (exécutions extra-judiciaires, Mapping Report) » du « président tutsi Paul Kagame ». C’est ce que pourra dire le « rapport Duclert 2 » qui analysera la politique de Macron au Rwanda.

Emmanuel Macron reproche à Mitterrand ce que lui même fait à savoir : fermer les yeux pour garder intact son amitié avec Paul Kagame. A quand le rapport Duclert 2 ?

Il est du devoir du groupe d’alerter Emmanuel Macron, le Quai d’Orsay, les parlementaires, les sénateurs, les ambassades, tous les bailleurs de fond du régime de Paul Kagame et tous les organismes pouvant agir afin d’éviter que le pire ne continue de se reproduire au Rwanda.

Lettre Ouverte au Président français Emmanuel Macron à l’occasion de sa visite annoncée au Rwanda en 2021

Monsieur le Président de la République,

Nous avons l’honneur, Monsieur le Président, de nous adresser à vous afin de vous interpeller sur la situation préoccupante des droits de l’Homme au Rwanda, avant votre visite dans le pays annoncée entre avril et mai 2021 selon Jeune Afrique[1].

Nous sommes un groupe de Français d’origine rwandaise et ressortissants rwandais inquiets face à la dégradation de la situation politique et de l’absence de la Démocratie, de l’Etat de droit et du manque de respect des Droits Humains au Rwanda.

C’est avec des sentiments mitigés que nous accueillons votre visite au Rwanda. Nous ne pouvons que nous réjouir des bonnes relations entre la France et le Rwanda. Néanmoins, nous sommes préoccupés par la realpolitik ignorant les violations des droits fondamentaux, au risque de porter préjudice au peuple rwandais.

Nos préoccupations sont les disparitions, les emprisonnements arbitraires, les assassinats politiques et les exécutions extrajudiciaires qui deviennent de plus en plus fréquents et alarmants au Rwanda.

Le cas que nous souhaitons vous parler en premier est très inquiétant et est l’élément déclencheur de notre mobilisation. C’est le cas d’une mère isolée de 4 enfants, rescapée du génocide et aujourd’hui incarcérée pour avoir dit la vérité et exprimé publiquement son opinion sur sa chaîne YouTube. Elle s’appelle Madame IDAMANGE IRYAMUGWIZA Yvonne. Dans sa prise de parole elle a dénoncé :

  • La mort par la faim d’une grande partie de rwandais confinés dans leurs maisons, dans le contexte du covid-19, par un système de copier/coller des mesures occidentales qui, hélas, n’accorde aucune aide compensatoire.
  • La dégradation du système éducatif dont les victimes sont les enfants des classes moyennes et pauvres.
  • L’abandon des rescapés à leur sort, rappelant qu’elle est rescapée elle-même. Elle en déduisait une sorte d’instrumentalisation du génocide par le gouvernement rwandais qui obtient des fonds et des aides au nom des victimes.

Madame IDAMANGE est actuellement détenue par le Rwanda Investigation Bureau (RIB) qui l’accuse d’incitation au trouble à l’ordre public et du non-respect des mémoriaux de génocide.

Madame IDAMANGE IRYAMUGWIZA Yvonne

L’autre cas récent est celui de Paul RUSESABAGINA, qui a acquis la nationalité belge. Ce héros du génocide dont l’histoire a inspiré le film Hôtel Rwanda pour avoir sauvé plus de 1200 Tutsi, devenu opposant au régime du FPR dont il critique les exactions, a été kidnappé. Enlevé à Dubaï par les autorités rwandaises à l’aide d’un jet privé le 27 août 2020, il s’est réveillé à Kigali où il est actuellement détenu. Dans sa Résolution du 11 février 2021, le Parlement Européen, dont la France est membre, a dénoncé et condamné ce kidnapping.

Troisième cas, celui de Kizito MIHIGO, chanteur-compositeur chrétien. Sa mort est survenue le 17 février 2020 dans un cachot de la police où il était détenu depuis 3 jours. Selon la police il se serait « suicidé » dans sa cellule. Le gouvernement rwandais reste sourd aux nombreux appels d’organismes internationaux des Droits de l’Homme[2] réclamant une enquête indépendante. Les morts suspectes dans les geôles rwandaises, souvent qualifiées de « suicide », sont très fréquentes.

A ces cas nous ajoutons quelques chiffres relevés portant uniquement sur la période 2019 et 2020 pour illustrer la situation, veuillez trouver ci-après :

  • 102[3] personnes ont été victimes des exécutions extrajudiciaires par l’un des nombreux organes qui composent les forces de l’ordre rwandaises.
  • 23 prisonniers politiques tels que Déogratias MUSHAYIDI, Dr Théoneste NIYITEGEKA, Theophille Ntirutwa ou Phocas Ndayizera sont incarcérés dans différentes prisons du Rwanda.
  • 14 personnes, en grande majorité des jeunes, sont portées disparues. La dernière victime est le jeune poète Innocent BAHATI qui dénonçait au travers de son art la mauvaise gestion du pays. On ne l’a plus revu depuis le 7 février 2021, jour où il était parti à un rendez-vous dans le sud du Rwanda. Sa famille ignore le lieu de sa détention.

Ces chiffres non-exhaustifs sont documentés, mais ne reflètent pas malheureusement la réalité du terrain. Beaucoup de rwandais terrassés par la peur n’osent pas parler.

Le cas de Kizito MIHIGO, fondateur de l’Association Kizito Mihigo pour la Paix, est le reflet majeur de l’injustice subie par le peuple rwandais, en particulier les rescapés du Génocide perpétré au Rwanda contre les Tutsi en 1994. Kizito prônait la paix, l’unité et la réconciliation des Rwandais. C’est le message de l’une de ses chansons « Igisobanuro cy’urupfu » (L’explication de la mort), laquelle chanson a été le motif de son arrestation en 2014. Il dénonçait toute sorte de crimes et condamnait la ségrégation mémorielle et ethnique au Rwanda.

Permettez-nous, Monsieur le Président, de vous remettre le livre posthume de Kizito MIHIGO dont le titre, « Rwanda : embrasser la Réconciliation pour vivre en Paix et mourir Heureux » et celui de Judi REVER, journaliste Canadienne, portant le titre « Rwanda, l’éloge du sang ». Livre d’investigation sur les crimes du FPR.

A la lecture de ces ouvrages, vous en apprendrez davantage, avant votre rencontre avec votre homologue rwandais, sur la réalité non édulcorée que vit globalement le peuple rwandais et particulièrement le chemin de croix traversé par Kizito.

Comme l’ont fait 29 députés de la République française dans leur courrier de soutien au Dr Denis MUKWEGE daté du 25 novembre 2020, nous souhaitons également, Monsieur le Président, demander que la France soutienne la création d’un Tribunal Pénal International pour les crimes répertoriés dans le Mapping Report et la lutte contre l’impunité dans la région des grands lacs.

Le 12 octobre 2018[4] , en confiant la Francophonie à Madame Louise MUSHIKIWABO, vous avez fait le pari que cette nomination allait changer et transformer le Rwanda. Vous avez déclaré : « Je ne fais pas partie de celles et ceux qui pensent qu’il faut ….faire des mauvais compromis sur les sujets des Droits de l’Homme ».

Monsieur le Président, en vous alertant, notre démarche a pour but de vous permettre d’atteindre le noble objectif que vous êtes assigné à cette occasion. C’est pour cela que nous vous demandons, lors de votre visite, d’user de tous les moyens en votre possession pour que Madame IDAMANGE recouvre sa liberté et puisse s’occuper de ses enfants. De façon plus générale ce sera, nous osons l’espérer, l’occasion de vous entretenir avec votre homologue sur les Droits Humains et les valeurs fondamentales d’une démocratie.

Au-delà de cette Lettre Ouverte, Monsieur le Président, notre délégation est disponible pour vous rencontrer en vue d’un échange davantage édifiant. Nous vous prions de croire, Monsieur le président de la République, à l’assurance de notre plus haute considération.

Signataires :

En leur qualité des porte-paroles l’initiative Idamange France

Marie Goretti Byukusenge        

Mutimukeye Constance          

Patrick Nkubana


[1] https://www.jeuneafrique.com/1125978/politique/rwanda-france-emmanuel-macron-bientot-en-visite-officielle-a-kigali/

[2] https://www.hrw.org/fr/news/2021/03/08/appel-une-enquete-independante-sur-la-mort-du-chanteur-rwandais-kizito-mihigo

[3] https://www.rwandanlivesmatter.site/

[4] [4] RFI et France 24

RELATIONS FRANCE-RWANDA. LE RAPPORT DUCLERT, UNE OPÉRATION POLITICO-MÉDIATIQUE RONDEMENT MENÉE

Rappel du contexte

Le 26 mars 2021, un rapport de près de 1 200 pages a été remis officiellement à Emmanuel Macron. Il y a deux ans, le président français avait chargé une quinzaine d’historiens, réunis au sein de cette commission présidée par l’historien Vincent Duclert, d’examiner « les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide rwandais», entre 1990 à et 1994. L’objectif affiché était d’établir le rôle de la France dans le génocide rwandais.

En attendant d’éplucher le volumineux rapport de 1200 pages, ceci est une réaction à chaud suite à sa présentation qui défraie la chronique depuis le 26 mars 2021.

Coup médiatique

Nous osons qualifier la sortie de ce rapport de “coup médiatique” suite à la façon dont il a été présenté et des réactions à chaud des principaux concernés que sont le Gouvernement français et le régime de Kigali.

D’emblée il a été souligné que le rapport commandité par le président de la France Emmanuel Macron lui a été remis au même moment qu’au régime de Kigali. La dépêche de RFI du 26 mars 202 indique en effet que : “En signe de bonne volonté, le rapport a d’ailleurs été remis aux autorités rwandaises au moment où il était présenté officiellement à Emmanuel Macron.”

On pourrait donc se demander à qui il était destiné en premier. Ensuite, les services du président français Emmanuel Macron ont aussitôt déclaré, toujours d’après RFI :« Nous espérons cette fois que la démarche de rapprochement avec le Rwanda pourra être engagée de manière irréversible », explique-t-on avec en ligne mire, la nomination d’un ambassadeur à Kigali prochainement.”

Dans la foulée, le régime rwandais a réagi, toujours selon RFI : “De son côté, le ministère des Affaires étrangères du Rwanda a salué dans la foulée « un pas important vers une compréhension commune du rôle de la France dans le génocide des Tutsis »’’.

On le voit donc, cette coordination médiatique n’est pas le fait du hasard mais le résultat d’une campagne médiatique savamment menée et coordonnée.

Le côté politicien de ce rapport transparait dans une interview de plusieurs minutes que Vincent Duclert qui présidait cette commission des historiens a accordé à RFI juste après la remise de son rapport au président Macron.

Celui qui, au départ, disait rester dans son rôle d’historien s’est répandu dans des considérations politiques et même s’est permis de donner ses avis et considérations sur des affaires judiciaires encore en cours. L’historien Vincent Duclert a en effet affirmé que le régime du Président Juvénal Habyarimana était “raciste et corrompu” mais sans indiquer si c’est dans les archives françaises qui lui étaient ouvertes dans le cadre de la commission qu’il a trouvé ces affirmations ou si c’était son point de vue personnel. Plus grave, il a prétendu que l’avion qui transportait le Président du Rwanda et son homologue du Burundi et leurs suites et qui fut abattu le 06 avril 1994, acte considéré comme “élément déclencheur du génocide” avait été abattu par des “extrémistes hutu” qui trouvaient Habyarimana trop mou. Ceci au moment où ces mêmes “extrémistes hutu” n’ont jamais cessé de demander, même quand ils étaient jugés par un tribunal de l’ONU le TPIR sis à Arusha en Tanzanie, que cet attentat fasse l’objet d’une enquête et que ces auteurs soient jugés, mais en vain. Le TPIR leur répondait en effet que la date du 06 avril 1994 n’entrait pas dans la période pour laquelle il avait le mandat, période qui va du 01 janvier au 31 décembre1994 comme le précisait la Résolution 955 du 8 novembre 1994 créant le TPIR.

Bien plus, les familles des trois citoyens français membres de l’équipage de cet avion et qui ont trouvé la mort dans cet attentat demandent, depuis 27 ans, à la Justice française de leur donner justice, mais le Ministère Public de France fait du forcing pour qu’un non-lieu soit définitivement prononcé pour cette affaire de l’attentat du 06 avril 1994. Quand Vincent Duclert affirme que ce seraient les “ extrémistes hutu“ qui auraient commis cet attentat terroriste, maintenant qu’ils sont démunis, sans défense et apatrides, on ne comprend pas comment la France rechignerait à les juger pour ce crime surtout que des citoyens français aussi en furent des victimes.

L’historien évoque aussi le cas du Capitaine Barril mais on ne voit pas en quoi les actes de cet officier qui n’était plus sous les drapeaux pourraient engager la responsabilité de la France comme il le prétend.

Délicate opération politique franco-française

La lecture de la formulation des conclusions auxquelles est arrivée cette commission Duclert permet de saisir la portée politique de cette entreprise.

La France ne serait pas complice du génocide commis au Rwanda. Mais “La France porte des «responsabilités lourdes et accablantes » dans les évènements qui ont abouti au génocide des Tutsis en 1994, selon les conclusions du rapport.”

Mais cette responsabilité est à mettre sur le dos du seul ancien Président François Mitterrand. C’est astucieux. Sachant que le Parti socialiste de François Mitterrand a éclaté. Ce faisant, Macron récupère les socialistes anti-mitterrandiens genre Bernard Kouchner ou Raphael Glucksmann, … mais sans s’aliéner l’aile socialiste qui comptera tout de même dans la balance électorale dans les perspectives de 2022.

Du même coup, en faisant tout endosser au disparu Président Mitterrand qui, en 1994, était en cohabitation avec la droite, Macron évite de heurter les anciens membres du Gouvernement Balladur qui se trouvent être actuellement ses alliés objectifs (Sarkozy, De Villepin,…) dont il aura besoin en 2022. Il ménage aussi ceux de la droite non complexée qui n’admettraient pas que l’honneur de la France soit sacrifié sur l’autel de la réconciliation avec le régime tutsi du Rwanda, comme Alain Juppé.

Enfin. il se garde de heurter la hiérarchie de la “Grande muette”, l’Armée française  qui est  convaincue d’avoir accompli ses missions dans l’honneur et l’abnégation au Rwanda malgré les calculs des politiciens.

Risques

En cédant aux pressions du régime de Paul Kagame mais sans trop céder, le président français Emmanuel Macron risque de se retrouver dans une position plus inconfortable que celle dont il a hérité en 2017. Fort de son coup, le régime du FPR va faire monter les enchères en exigeant que des personnalités politiques et militaires nommément citées soient traduites en justice pour : “complicité de génocide”. Et pour avoir reconnu la responsabilité de François Mitterrand, le régime du FPR de Paul Kagame va demander à la France des réparations que même les plus puissants ordinateurs du monde ne sauraient chiffrer.

Que retenir de cette histoire pour l’Histoire?

Nous, nous retiendrons seulement que quand une puissance moyenne s’engage dans une guerre aux côtés d’un allié, quand cet allié perd la guerre, les conséquences et surtout l’humiliation de la défaite se répercutent aussi jusque chez cette puissance. La France s’était engagée à soutenir le régime républicain et démocratique agressé par les descendants des féodo-monarchistes membres de l’Armée régulière de l’Ouganda. En acceptant et même en hâtant la défaite de son allié d’alors, elle doit boire la tasse jusqu’à la lie tant que le régime féodo-monarchique restauré au Rwanda en 1994 règnera dans ce pays. Quant à Vincent Duclert et consorts, ils ne sont que des pièces de ce puzzle politico-médiatique.

Emmanuel Neretse

Source: Musabyimana.net

France-Rwanda : pourquoi les lobbies pro-FPR de France s’agitent autour d’un banal télégramme diplomatique?

Depuis quelques jours, les milieux pro-FPR de France et d’Europe sont montés au créneau pour clamer haut et fort qu’un document explosif venait d’être découvert dans les archives de l’ancien Président français François Mitterrand désormais accessibles. Le document serait susceptible, d’après ces milieux, de faire accuser la France de complicité de génocide ou tout au moins d’en accuser certaines personnalités politiques et militaires français qui étaient aux affaires à l’époque.

Ces milieux qui vont, des associations comme “Survie”, “Ibuka-France”, jusqu’aux individualités comme la belge Colette Braeckman en passant par des médias comme RFIMédiapartLa CroixLa Libre Afrique, …, rivalisent d’efforts pour présenter ce document comme explosif par des titres plus ronflants et triomphalistes les uns que les autres:

Timing

Le timing adopté pour mener cette campagne autour de cette curieuse découverte en dit long sur leurs intentions et leurs calculs. Nous sommes en effet à quelques semaines de la sortie du rapport des historiens à qui le président français a demandé de se pencher sur le rôle de la France au Rwanda de 1990 à 1994. Ce rapport devrait sortir le 02 avril 2021.

Nous sommes aussi à quelques semaines du 07 avril 2021 qui marquera le 27ème anniversaire officiel du génocide rwandais et que ces milieux comptent exploiter pour marquer encore des points comme chaque année. Ils y mettent autant le paquet que le président français Emmanuel Macron avait souhaité se rendre au Rwanda en cette année 2021. Pour ces milieux, tout serait parfait s’il s’y rendait pour demander pardon après que la France ait été reconnue comme complice dans le génocide rwandais.

Le télégramme lui-même

Mais quel est ce document explosif et que révèle-t-il ?

Il s’agit en fait d’un simple télégramme diplomatique qui rapporte les échanges entre un ambassadeur sur le terrain en juillet 1994 et sa hiérarchie de Paris. Celui-ci demandait quelle attitude prendre envers les dignitaires du régime qui venait d’être renversé par le FPR et qui se retrouveraient dans la Zone Humanitaire Sûre instaurée suite à l’Opération Turquoise autorisée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies en juin 1994.

Sa hiérarchie lui répondit qu’il fallait “inviter” ces dignitaires à quitter la Zone et pour le reste ils devraient être considérés comme toute personne se trouvant dans cette zone dans laquelle l’Opération Turquoise avait pour mission d’y protéger toute personne s’y trouvant et d’y empêcher toute violence.

Le télégramme date du 15 juillet 1994. A noter que Kigali avait été prise le 04 juillet, donc 10 jours auparavant.

D’après la résolution de l’ONU autorisant l’Opération Turquoise ainsi que les ordres opérationnels donnés par le Gouvernement et l’Etat-Major français, les militaires de l’Opération Turquoise, (non seulement Français mais aussi d’autres pays, on l’oublie souvent), n’avaient pas mandat pour exercer des missions de Police Judiciaire dans la zone Turquoise. En clair, ils n’avaient pas la possibilité d’enquêter sur les criminels présumés, de les inculper pour ensuite les arrêter. Ils ne devaient qu’assurer la sécurité de toute personne se trouvant dans la zone Turquoise.

A noter que le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) ne fut mis en place par l’ONU qu’en novembre 1994 et que ses premiers inculpés ne furent arrêtés qu’en 1997 et 1998.

Il est donc compréhensible que les militaires de l’Opération Turquoise ne pouvaient pas arrêter quelqu’un soupçonné de n’importe quel crime au Rwanda en juillet 1994 fusse-t-il membre du Gouvernement intérimaire qui venait d’être renversé.

Il n’y a donc aucune découverte sensationnelle à retrouver dans les échanges diplomatiques du message dans lequel la Hiérarchie rappelait à ceux qui étaient sur le terrain dans le cadre de l’Opération Turquoise en juillet 1994 qu’ils n’avaient aucune base légale ni moyens pour enquêter et arrêter les criminels présumés.

Membres du Gouvernement intérimaire présumés coupables en 1994 ?

Pour revenir aux membres du Gouvernement intérimaire que ces lobbies pro-tutsi voudraient qu’ils aient été arrêtés par les militaires de l’Opération Turquoise en juillet 1994, il est à noter que peu d’entre eux ont séjourné dans la Zone Humanitaire Sûre. Et parmi ceux qui y ont séjourné ou l’ont traversée en 1994, presque tous ont été inculpés et jugés par le TPIR depuis 1998. Curieusement ils ont tous été acquittés, que ce soit individuellement, que ce soit comme membre du Gouvernement car le TPIR n’a jamais pu établir que ce Gouvernement fut une “organisation criminelle”.

Nous citerons :

– Ministre des Transports et Communication : André Ntagerura, acquitté

– Ministre des Affaires Etrangères : Jérôme Bicamumpaka, acquitté

– Ministre de la Santé : Dr Casimir Bizimungu, acquitté

– Ministre de l’Enseignement primaire et secondaire : Dr André Rwamakuba, acquitté

– Ministre du Commerce et de l’Artisanat : Justin Mugenzi, acquitté.

– Ministre de la Fonction Publique : Prosper Mugiraneza, acquitté.

On se demande alors comment les militaires de l’Opération Turquoise non mandatés pour cette mission pouvaient en juillet 1994 inculper des personnalités envers lesquelles le TPIR, avec tous les moyes requis et pendant DIX ans d’enquêtes, allait être incapable de prouver leur culpabilité.

Motivations et but de la campagne actuelle

Ce qui suit est un essai de compréhension des motifs et du but de cette étrange campagne médiatico-judiciaire.

Nous pensons qu’il s’agit d’une diversion afin de maintenir le statut du régime du FPR : impunité garantie. En effet, après 27 ans d’impunité et du “tout permis” au régime du FPR de Paul Kagame, des voix commencent à monter et à s’indigner de ces violations systématiques des droits de l’Homme en toute impunité. Ceci est d’autant plus inquiétant pour ses lobbies que ces voix proviennent aussi des  protecteurs et alliés traditionnels jugés inconditionnels au régime tutsi de Paul Kagame : USA et Grande Bretagne.

Les mêmes lobbies font pression pour influencer la politique étrangère de la France en Afrique et spécialement au Rwanda en l’obligeant de faire profil bas.

Au passage les mêmes lobbies tentent de salir et diaboliser les personnalités politiques et militaires français qui ont pu résister au diktat et à la toute-puissance des lobbies pro-tutsi de France.

Ce faisant, ils comptent humilier les Armées Françaises sur le théâtre d’opérations d’Afrique.

Et au passage, ils cherchent à justifier l’invasion et l’occupation de la RDC par l’armée tutsi de Kagame depuis 1996 à nos jours au moment où les voix se lèvent pour réclamer justice (Mapping Report).

Bref, ceci constitue un cas illustratif de la transformation d’un fait banal et un non-événement en un tremblement de terre qui secoue la classe politique d’une puissance moyenne et frileuse comme la France. Le plus étonnant est que le coup réussit souvent.

Emmanuel Neretse

Source : echosdafrique.com

Sarkozy à Kigali pour vérifier la “mort” de Kagame?

Ayant appris les rumeurs autour de la mort de Paul Kagame, Nicolas Sarkozy se rend à Kigali pour “vérifier” cette information d’importance capitale. Rappelons que dans l’histoire du Rwanda, qui contrôle l’information sur la mort des dirigeants, a l’autorité sur la succession et sur les institutions suivantes. Eh oui! Même avec la Constitution en place, la mort d’un dirigeant, ça change tout.
Ceci date du temps du royaume Nyiginya. Ce sont les Abiru qui décidaient le moment opportun de déclarer la mort du roi, après avoir trouvé le successeur parmi ses fils.

Au moment de la colonisation belge, la pratique a eu quelques modifications sans toutefois perdre son objectif de gérer la succession. Le Mwami Musinga en désaccords avec les Belges s’est vu “excommunié ” vers le Congo, et ce sont les Belges, et pas les Abiru, qui ont cherché le successeur en Mutara III Rudahigwa. A la mort de Rudahigwa dans les circonstances non- élucidées, vu que ce dernier n’avait pas eu de fils, les Abiru ont senti un complot des Belges dans la gestion de la succession et ont proclamé le nouveau roi en Kigeli V Ndahindurwa, le petit frère du feu roi. Dans un climat hautement explosif, avec risques de bains de sang, les Belges ont accepté le successeur. C’est ce jeune petit roi qui sera déchu par la révolution dirigée par les grands fils de la Nation, Kayibanda Grégoire, Dominique Mbonyumutwa et compagnie. Cette révolution a été en grande partie facilitée par le déplacement du roi Ndahindurwa en dehors du pays.
En 1973 Habyarimana a lancé un coup d’état contre son parrain, Kayibanda. Tenant le pouvoir militaire, il a géré la succession. En 1994, la mort de Habyarimana n’a pas pu être gardée secrète pour préparer une succession forte. Le contexte de la guerre, un multipartisme naissant, et la diplomatie défavorable, ont joué à l’échec du nouveau gouvernement dit d’ABATABAZI. Résultat : vide de leadership, chaos, et massacres sans précédent. Personne n’y était pour calmer la situation.

Aujourd’hui on parle de la mort de Kagame. Certaine pour les uns, probable pour les autres, la mort du dirigeant rwandais aurait des implications lointaines. Surtout parce que le régime de Kagame a été construit autour de sa propre personne unique. “Après moi, le déluge ” si l’on se réfère aux mots du Maréchal congolais, Mobutu Sese Seko de son temps. Une mort subite de Kagame signifierait le désordre total. Or ces jours-ci, il semble que c’est le cas. KAGAME est absent partout où il devait être physiquement. On aurait réussi à le remplacer par une sosie qui porte un masque fabriqué avec la technologie de pointe pour tricher sur la “mort”du président. Et comme la sosie aurait du mal a imiter tous les gestes de Kagame parfaitement, le Kagame d’aujourd’hui n’est visible que derrière l’écran de l’ordinateur. Le jeu marche à merveille avec la situation sanitaire du Covid-19.
D’autres sources, opposées aux premières, ne nient pas l’absence prolongée du président. Pour eux, Kagame souffre d’un cancer au dernier stade, et sa mort est plus certaine très prochainement. Selon ces sources, le président Kagame est atteint d’un glioblastome multiforme (GBM) ou d’un glioblastome, également connu sous le nom d’Astrocytome de grade 4.
La présidence reste muette à ce sujet.

Si le clique autour de Kagame parvient à maîtriser cette information, il lui revient d’organiser la succession à leur goût.
La descente de Nicols Sarkozy sur Kigali pourrait apporter une clarté. D’abord, plus probablement, on lui refusera tout contact avec “Kagame”. On invoquerait les motifs sanitaires, entre autres. Ou bien, on lui laisse quelques minutes pour s’entretenir avec “Kagame ” sans pouvoir se déplacer pour ne pas permettre à Sarko d’apprécier la différence entre l’ancien Kagame et le nouveau Kagame. Sarkozy parvient pourrait disposer de l’information capitale à la succession dans la politique rwandaise. Dans ce cas, l’ex-president français deviendrait un élément dangereux au FPR, car, grâce à lui, les renseignements français éplucheraient en profondeur ce qui se trame dans le centre sombre des Milles Collines. Au Rwanda, qui détient le cadavre, a l’autorité sur la succession.

Chaste GAHUNDE

L’ex-Premier ministre Édouard Balladur ouvre ses archives de 1994 sur le Rwanda

L’ancien Premier ministre français Édouard Balladur a annoncé ce lundi l’ouverture prochaine de ses archives sur le Rwanda, à quelques semaines de la remise d’un rapport d’historiens sur le rôle controversé de Paris pendant le génocide de 1994.

Édouard Balladur photographié en 1994 à Rennes alors qu'il était Premier ministre.
Édouard Balladur photographié en 1994 à Rennes alors qu’il était Premier ministre. | ARCHIVES OUEST-FRANCE/PHILIPPE CHER

J’ai décidé d’autoriser le moment venu l’ouverture de mes archives de Premier ministre, afin que chacun puisse librement constater ce que furent nos actions et ses résultats , écrit ce lundi Édouard Balladur, qui fut entre 1993 et 1995 le chef d’un gouvernement de droite dit « de cohabitation », sous la présidence socialiste de François Mitterrand.

Dans sa déclaration, Édouard Balladur défend notamment l’Opération Turquoise, une intervention militaro-humanitaire lancée par Paris au Rwanda, sous mandat de l’ONU entre juin et août 1994, qui a selon lui assuré la sauvegarde des victimes quelles qu’elles soient et dissuadé la poursuite des violences.https://d-2865446181427112706.ampproject.net/2011252111003/frame.html

Il « aimerait que les doutes soient levés »

Les détracteurs de Turquoise estiment que cette opération visait en réalité à soutenir le gouvernement génocidaire hutu, et s’inscrivait dans une stratégie de longue date menée notamment par la présidence française.

Les archives de Édouard Balladur vont faire apparaître que le gouvernement de l’époque et l’armée n’avaient rien à se reprocher, a déclaré à l’AFP un ancien conseiller du Premier ministre, Hugues Hourdin.

M. Balladur aimerait que les doutes soient levés sur l’action du gouvernement qu’il a conduit, il s’agit de purger ce débat lancinant depuis 25 ans, a-t-il ajouté.

Les zones d’ombre sur le rôle de Paris avant, pendant et après le génocide des Tutsis au Rwanda – qui fit selon l’ONU au moins 800 000 morts d’avril à juillet 1994 – restent une source récurrente de polémiques en France et empoisonnent les relations avec Kigali depuis près de 25 ans.

Les archives seront ouvertes début avril

Les archives de Édouard Balladur, des centaines de notes personnelles, de notes de cabinet, de PV d’entretiens avec le président Mitterrand, seront ouvertes au grand public début avril, en même temps que la publication du rapport de la commission d’historiens dirigée par Vincent Duclert pour faire la lumière sur le rôle de Paris.

Mise en place par Emmanuel Macron en 2019, cette commission a eu accès aux archives de Édouard Balladur, mais également à celles de François Mitterrand.

L’annonce de leur ouverture au grand public est une première victoire, a réagi M. Duclert, qui espère également l’ouverture du fonds Mitterrand.

Source : https://amp.ouest-france.fr/monde/rwanda/l-ex-premier-ministre-edouard-balladur-ouvre-ses-archives-de-1994-sur-le-rwanda-7107533?__twitter_impression=true

Génocide rwandais: la commission sur le rôle présumé de la France mise en garde.

En date du 14 novembre 2020 on apprenait le retrait d’un des membres de la “Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)”. Cette commission mise sur pied par le président Emmanuel Macron a pour but d’éplucher les archives et déterminer quel a(urait) été le rôle de la France dans le conflit rwandais qui a culminé en génocide de 1994. Un travail très délicat si l’on considère les implications diplomatiques et politiques du sujet. Les acteurs de la société civile et universitaires d’origine rwandaise réunis sous Groupe d’Initiative France Rwanda (GIFR) avaient partagé par avance avec cette commission leurs inquiétudes avant de soumettre des recommandations. Les membres du GIFR pressentent les tentatives de manipulations de la commission par le FPR à travers les trous que la démocratie française pourrait naïvement offrir à la dictature rwandaise.

Leur lettre est reprise ci-bas.

Note à la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)

Mesdames, Messieurs, membres de la Commission ;

Le Groupe d’Initiative France Rwanda (GIFR) salue votre dévouement et votre bon travail pour atteindre les objectifs définis lors de la création de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994). Le monde entier en général, la France et le Rwanda en particulier attendent de vous les réponses aux questions qui, jusqu’ici, n’ont pas eu de réponses définitives et convaincantes sur le rôle qu’aurait joué la France dans la tragédie rwandaise il y a 26 ans.

En tant que Rwandais et Français d’origine rwandaise vivant en France, nous avons suivi ce dossier de près car il nous est indéniable que seule la vérité sur ce qui s’est réellement passé, pourra nous permettre de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays dans un esprit de respect mutuel. Pour les Rwandais spécialement, il nous sera enfin possible de nous réconcilier avec notre passé, de rendre justice à tous ceux qui en ont soif depuis déjà trop longtemps, de mettre un point à notre deuil, et d’avancer en envisageant un avenir durable.

Par cette note nous nous permettons d’apporter notre observation en termes de contribution et soutien au travail qui vous est confié et qui requiert l’objectivité, l’éthique et le professionnalisme. Nos apports sont fondés et soutenus par nos expériences en tant qu’acteurs de la société civile rwandaise et acteurs politiques, universitaires et/ ou témoins de certains événements de la période concernée par votre travail.

  1. Des objectifs précis mais aux antipodes de la politique menée par le Front Patriotique Rwandais (FPR).

Les objectifs de cette mission sont très clairs et concis ne laissant aucune fenêtre au moindre doute, et le résultat reflètera la position de la France à ce sujet et guidera les décisions et actions dans l’avenir. Cependant, il est commode de souligner que le FPR a déjà sa version des faits, une version que le régime de Kigali est prêt à défendre, une hypothèse que le régime fera tout pour qu’elle soit confirmée. Selon cette hypothèse, la France est complice dans le génocide et au moins 13 anciens dirigeants français sont incriminés[1]. Par exemple, selon la conclusion du rapport “MUCYO” de la Commission nationale chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’état français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 « Durant toute la période du génocide, la France a soutenu diplomatiquement et militairement le gouvernement intérimaire qui, au su du monde entier, en temps réel, était en train d’organiser et d’exécuter un génocide [2]».  

Et dans ses recommandations, la même Commission encourage l’Etat rwandais de soutenir toute action individuelle ou collective de victimes qui souhaiteraient porter plainte pour le préjudice causé par l’Etat français. La Commission ajoute que, cependant, le gouvernement rwandais pourrait se contenter d’un arrangement diplomatique avec l’Etat français pour trouver une solution à cette question. Ceci, dit la Commission, dépendrait de la décision de l’Etat français de reconnaître toutes ses responsabilités dans le génocide et de procéder à des réparations[3].

Bien que les méthodologie et témoignages utilisés par la Commission étaient vivement critiqués, les conclusions de l’enquête ont été saluées par le Gouvernement Rwandais. Le rapport constitue un instrument important et une arme pour mettre à genoux la France. Aucun travail de professionnels aussi intègre qu’il soit ne saura faire bouger le FPR de sa position, car il s’agit d’une cause existentielle.

  1. Une démarche scientifique versus une pratique machiavélique

Lors de la composition de votre Commission, le Président Emmanuel Macron s’est basé sur vos valeurs et professionnalisme confirmés par vos travaux et succès dans vos missions du passé. Pour cela, les membres du GIFR n’ont aucun doute sur vos neutralité et sincérité. Pourtant, votre démarche scientifique est une chose inexistante au Rwanda. Le FPR utilise toute sorte de pression et n’épargne rien, y compris le mensonge, la manipulation de statistiques[4] et les méthodes les plus illégales, pour arriver à ses fins. Les chercheurs[5] les plus fidèles à leurs carrières sont victimes de chantage et terrorisme orchestrés par les services secrets rwandais pour les contraindre à revenir aux conclusions de leurs travaux qui contredisent la version officielle de Kigali. Tel a été le modus operandi du FPR, et ça a marché dans plusieurs cas.

Dans son jeu, le FPR paie des lobbies et média pour véhiculer le faux narratif en sa faveur, ce qui en partie façonne l’opinion internationale susceptible d’influencer les conclusions si on adopte la démarche scientifique. En effet, la littérature sur le sujet est pleine de ce genre de sources. Un exemple frappant concerne la thèse du génocide contre les Tutsis qui aurait été planifié, une thèse qui continue d’être répétée même par les chercheurs sérieux alors que même le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) n’a pas reconnu cette planification par le gouvernement rwandais de l’époque[6]. Aujourd’hui la France est encore accusée de complicité dans cette « prétendue » planification.

L’on pourrait aussi citer l’assertion de « la communauté internationale qui a manqué à ses responsabilités d’intervenir pour assister aux Tutsis qui faisaient massacrer en 1994 ». Or, c’est bien le FPR qui s’est opposé au déploiement de la force onusienne, car, le mouvement rebelle craignait qu’une telle intervention aurait pu empêcher sa conquête militaire qui s’annonçait inévitable[7]. Et des observateurs avisés estiment que les décisions de l’Etat français prises par rapport au dossier du génocide rwandais, tendent à céder au chantage de l’Etat rwandais[8]. Ainsi, quand on s’attendait à la vérité, c’est la realpolitik qui a été privilégiée.

  1. La démocratie française au service de la dictature rwandaise

La démocratie française et ses nobles valeurs offrent une porte d’entrée exploitable par la dictature rwandaise. En effet, au moment où tous les témoignages au Rwanda sont manipulés, la liberté d’expression est garantie à chacun en France. Nous avons observé des associations françaises, des universitaires, des médias, ou de simples citoyens[9] défendre les intérêts du Rwanda au détriment de leur pays, seulement parce qu’ils sont tombés sur une source attractive mais mensongère, ou qu’ils ont cru naïvement en la version officielle de Kigali, ou qu’ils sont payés pour ça.

Bien qu’il y ait pas mal de suspicions sur les relations qu’entretiennent certaines associations et le régime de Kigali, aucune enquête sérieuse n’est menée par des instances habilitées pour déterminer à quel point ça pourrait constituer un danger à la démocratie. Ces associations et individus au service du FPR créeront une sorte de populisme et serviront en tant que groupes de pression sur n’importe quelle Commission pour faire triompher la version de Kigali. Ils iraient même jusqu’à dire que les archives ont été altérées s’il arrivait que les résultats ne correspondent pas aux attentes du FPR.

Cas de l’Association Survie

Lors de la sortie de votre note intermédiaire[10], l’association Survie a fait une réaction avec indignation comme quoi « la grande lessive a déjà commencé [11]». Toujours en quête de protéger la bonne relation entre Survie et le FPR, la stratégie utilisée reste inchangée : partir d’une réalité, la sortir de son contexte temporaire, légal et légitime, pour en faire une situation tout à fait différente, horrible et condamnable. Il s’ensuit de faire beaucoup de bruit à ce sujet dans des actions encouragés par le FPR, premier profiteur de la situation. Mais à en juger de plus près, Survie n’a aucune autorité morale dans cette affaire pour des raisons bien connues.

En effet, le FPR et Survie marchent main dans la main depuis un peu avant 1994. Se présentant comme une association contre la néo-colonisation française en Afrique, Survie propose ses services au FPR. En 1994, le fondateur de l’association, Monsieur Jean Carbonare devient Conseiller du Président Pasteur BIZIMUNGU. Son rôle principal était de faire la promotion de l’image du nouveau régime post-génocide et sera impliqué dans plusieurs projets à caractère commercial contrairement aux objectifs de l’association Survie. L’héritage de Monsieur Carbonare sera ( Ndlr: et reste) bien entretenu après sa mort.

  1. Recommandations

La France était présente au Rwanda et a encouragé le multipartisme et les négociations entre les deux camps opposés dans la guerre lancée par le FPR en 1990, néanmoins, force est de constater que les acteurs dans ce conflit étaient plus nombreux. Pour cela, malgré l’importance que les archives françaises représentent, elles ne peuvent pas à elles seules expliquer les actions et réactions des deux camps. C’est dans cette optique qu’il serait judicieux de consulter, dans la mesure du possible, les archives de l’Ouganda, des Etats Unis d’Amérique, de Belgique, du Canada, et de l’Organisation des Nations Unies.

L’Etat rwandais vous invite à consulter les « chercheurs » rwandais pour avoir une vue complète de toute la situation. Cependant, le FPR n’était pas aux affaires pendant la période concernée et la totalité d’archives a été détruite pendant la guerre. Cette lacune pourrait être en partie comblée par les entretiens avec les personnes qui ont servi dans la diplomatie rwandaise de l’époque, mieux placés que le FPR.


[1] https://www.lefigaro.fr/international/2008/08/05/01003-20080805ARTFIG00452-le-rwanda-accuse-la-france-de-participation-au-genocide-.php

[2] Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994, p. 328

[3] Idem, p.329

[4] https://www.france24.com/en/20190813-financial-times-says-rwanda-has-manipulated-its-economic-data

[5] https://www.musabyimana.net/20141121-le-professeur-belge-filip-reyntjens-dans-le-collimateur-du-regime-de-paul-kagame/

[6] Serge DUPUIS, De la planification du génocide des Rwandais tutsis, note 214, Fondation Jean Jaurès, 2014.

[7] https://nsarchive2.gwu.edu//NSAEBB/NSAEBB117/Rw29.pdf

[8] http://www.echosdafrique.com/20171215-rwanda-france-la-justice-coincee-entre-chantage-et-realpolitik

[9] https://www.france24.com/fr/video/20180321-rwanda-france-a-soutenu-le-gouvernement-genocidaire

[10] https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/note_intermediaire_-_commission_rwanda_cle8afecc.pdf

[11] https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/la-france-et-le-genocide-des-tutsis/article/commission-duclert-la-grande-lessive-a-commence

Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’ « affaire » Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France

Un nouvel exemple caractérisé de censure et d’exigence de repentance : l’ « affaire » Julie d’Andurain ou comment les officines du général Kagamé et leurs relais médiatiques font pression sur la France

C’est une « édifiante » histoire que je vais exposer ici et qui mérite d’être connue par le public le plus large ; d’abord par les naïfs qui croient encore que nous vivons dans un pays de liberté. Le 5 avril 2019, cédant une nouvelle fois à son tropisme de la repentance, le président Macron décida la création d’une « Commission chargée de mener un travail de fond centré sur l’étude de toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 (afin) d’analyser le rôle et l’engagement de la France durant cette période. »

 Première remarque, tout a déjà été dit et écrit sur le sujet, notamment à travers le Rapport d’information de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Paul Quilès publié au mois de décembre 1998. Mais aussi à travers mes expertises devant le TPIR 10 ans d’expertise et mon livre Rwanda, un génocide en questions.

La seconde remarque pose un sérieux problème de crédibilité car aucun des membres de la dite commission n’a travaillé sur le Rwanda, ni même sur l’Afrique des Grands Lacs ou encore sur l’Afrique en général… Quant aux deux seuls spécialistes français, experts durant des années auprès du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda), à savoir André Guichaoua pour l’Accusation et Bernard Lugan pour la Défense, tous deux ont été écartés d’emblée de cette insolite commission… En revanche, y siègent une archiviste paléographe, deux professeurs de droit public, un spécialiste du génocide des Arméniens, une spécialiste des « femmes et du genre » ( ?), un conseiller d’Etat, deux spécialistes de la Shoah, une « spécialiste du général de Gaulle » (?), un spécialiste « des organisations (?) », un professeur certifié du secondaire spécialiste des « archives secrètes », une doctorante (traduction une étudiante qui n’a pas soutenu de thèse) spécialiste des « ressources images, photos et vidéos » et Julie d’Andurain, spécialiste d’histoire militaire contemporaine.

A cette « liste à la Prévert », manque le président de la commission, à savoir le professeur Vincent Duclerc, dont la thèse porte sur « L’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus », et le mémoire d’habilitation sur « L’histoire des engagements démocratiques depuis le XIXe siècle »… Une double garantie de compétence scientifique pour appréhender la complexité des questions ethno-politiques du Rwanda…Comment en effet oser prétendre analyser les archives françaises consacrées à ce pays sans en connaître l’environnement, la complexe histoire, les rapports entre les hommes de la houe et de la glèbe et ceux de la vache et de la lance ? Toutes choses totalement inconnues des membres de cette insolite commission. Le Père Ubu en rirait de bon cœur…

Or, au sein de cette commission à la « crédibilité » pour le moins « problématique », Julie d’Andurain se trouva victime d’un montage digne des pires procès de Moscou, avec, dans le rôle des dénonciateurs et du procureur, comme à l’habitude en pareil cas, ses « chers collègues ». Une « affaire » montée de toutes pièces par le tandem Canard Enchaîné – Mediapart  alimenté en sous-main par les« compagnons de route » du général Kagamé et autres « amis démocrates desdictateurs ».

En toute modération, objectivité et retenue, Mediapart titra ainsi le 13 novembre 2020 « Une historienne décrédibilise la commission sur le rôle de la France au Rwanda (…) et suscite l’indignation ». Puis les accusations de « négationnisme » furent lancées ici et là.

Quel crime avait donc commis Julie d’Andurain ? Pourquoi ce lynchage ? Tout simplement parce que, ayant été enseignante à l’Ecole militaire entre 2010 et 2017, elle était accusée de ne pas avoir une vision « objective » de la question du Rwanda…Et cela, naturellement à la différence des autres membres de l’insolite commission qui, eux, tels des agneaux venant de naître sont d’une totale objectivité en la matière, alors que plusieurs d’entre eux ont soit signé des pétitions ou bien manifesté publiquement leur adhésion à la thèse de la culpabilité de la France… Il faut dire que la malheureuse Julie d’Andurain avait osé soutenir que les détracteurs de l’armée française sont des civils qui ne comprennent pas les contraintes opérationnelles. Pourtant, rien de plus exact et constaté par tous les hommes de terrain. Mais voilà qui a suffi à la meute lancée à ses trousses pour  la qualifier d’historienne « négationniste », sous-entendu, à ranger dans la catégorie de ceux qui réhabilitent le IIIe Reich, nient l’existence des camps de concentration et de la Shoah… Une véritable mise à mort scientifique dont Julie d’Andurain aura du mal à se  relever.

Mais surtout, et là est la clé de l’affaire, Survie avait relevé des « biais » dans le rapport mi-mandat publié par l’insolite « commission Duclerc ». Et, dans la plus pure méthode stalinienne, de demander : « Etaient-ils dus à Julie d’Andurain ? » Cette aimable question était suivie d’un chantage : « On peut espérer (maintenant que Julie d’Andurain a été exclue de la commission mon ajout) une vision plus nuancée, plus indépendante ». Traduction : Survie, donc le général Kagamé, attend une conclusion du rapport reprenant les thèses de Kigali à travers des « résultats qui pourront aider les décideurs politiques à procéder à la reconnaissance officielle par la France de son rôle précis dans le génocide des Tutsi ».

L’impudence de Survie, officine porte-voix du régime de Kigali est donc sans limites. Pourquoi d’ailleurs en aurait-elle alors qu’elle est totalement immergée dans les cercles du pouvoir politique et médiatique français ?

Quant à Vincent Duclerc, drapé dans la toge immaculée de l’« impartialité », il ne pouvait pas ne pas réagir. Aussi, au nom de cette sacro-sainte « impartialité » dont il ne cesse de se réclamer, accepta-t-il la « mise en retrait », – hypocrite synonyme de démission-, de Julie d’Andurain obtenue à travers d’ « amicales » pressions.

Or, le moins que l’on puisse dire de l’« impartialité »  de Vincent Duclerc dans la question qui est au cœur des travaux de l’insolite commission qu’il préside, est qu’elle est « discutable ». En effet, à de nombreuses reprises, et parfois même ès-qualités, comme cela sera publié, avec détails et références, dans le numéro du mois de décembre 2020 de l’Afrique Réelle que les abonnés recevront le 1er décembre, il a en effet montré qu’il est partisan de la thèse de la « culpabilité de la France »… ce qui annonce clairement la couleur des conclusions de la commission dont il est le président.

Dans les hautes terres du Forez, l’on a coutume de dire de qui veut monter au mât de cocagne « qu’il doit avoir le fond du froc propre »… Or, visiblement le « cher collègue » Vincent Duclerc a oublié de faire passer le sien à la lessiveuse… Rendez-vous donc à la prochaine parution de l’Afrique Réelle pour plus de détails…

Source: https://bernardlugan.blogspot.com/2020/11/un-nouvel-exemple-caracterise-de.html