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 « Emmanuel Macron et Paul Kagamé réinventent la Pravda et le révisionnisme soviétique » – Jacques Myard.

Tribune. Le voyage du Président de la République, Emmanuel Macron, au Rwanda, laisse pantois. Les accusations de responsabilités de la France dans les génocides rwandais relèvent du plus pure révisionnisme historique .

La mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès qui a rendu son rapport le 15 décembre 1998 le démontre parfaitement, j’y ai participé activement.

E. Macron a commandé le rapport Duclert afin de souligner l’aveuglement de la France sur la tragédie  du Rwanda. En réalité ce rapport est une « commande politique » sur la période post 6 avril 1994. Il ne porte que sur les événements tragiques du massacre des Tutsis par les Hutus en passant sous silence les événements d’avant et d’après.

Il y a bien évidemment eu génocide dans les moments qui ont suivi la destruction de l’avion d’Habyarimana à Kigali le 6 avril 1994. Le rapport Duclert, à ce propos, glisse sur cet acte de guerre et se refuse de répondre à la question « qui a décidé de détruire l’avion du Président rwandais ». Il ne fait que préciser qu’il y a des doutes sur les commanditaires …et pour cause.

Nous savons que les missiles qui ont abattu l’avion piloté par deux français étaient des missiles livrés par l’URSS à l’Ouganda.

Paul Kagamé a été le chef des services secrets de l’Ouganda avant de devenir le chef des forces du Front Patriotiques Rwanda ( FPR ) qui ont attaqué le Rwanda dès 1990 avec le soutien de milieux économiques anglo-saxons, notamment lors de l’attaque du 1er Octobre 1990 .

Lorsque le Président François Mitterrand a appris cet attentat, il a déclaré : « cela va être terrible ».

Au 6 avril 1994 la France n’avait plus de coopération militaire avec le régime d’Habyarimana. Elle avait retiré tous ses coopérants .

Il y avait sur place des casques bleus belges qui n’ont pas bougé, un bataillon du FPR, le Président Habyarimana revenait d’Arusha où avait été négocié un accord pour organiser des élections démocratiques au Rwanda. La France a tout mis en œuvre pour la conclusion de cet  accord.

Paul Kagamé savait parfaitement que s’il y avait des élections démocratiques, il ne les gagnerait pas, pour des raisons claniques, le seul moyen était la lutte armée pour prendre le pouvoir, ce qu’il a fait.

La faiblesse structurelle du rapport Duclert réside dans le fait majeur qu’il ne se concentre que sur la période post avril 1994, oubliant toutes les attaques armées du FPR de Kagamé, attaques répétées à partir de l’Ouganda, à partir de 1990 contre le gouvernement légal, avec le soutien actif de milieux économiques anglo-saxons, qui l’ont doté en armement.

C’est à cette période que la France a mis en place une coopération militaire pour répondre à ces agressions.

Juste avant le 6 avril 1994, il est exact que la radio des mille collines, contrôlée par les Hutus extrémistes, a appelé aux meurtres des Tutsis.

La première personne qui a parlé de génocide a été le Pape et dans la foulée Alain Juppé, Ministre des Affaires Étrangères qui a bataillé pour obtenir la résolution 929 du Conseil de Sécurité du 22 juin 1994 pour monter l’opération Turquoise contre l’avis des Américains qui ont tout fait pour que la Résolution ne mentionne pas le terme «  génocide ».

Cette résolution dispose: « Profondément préoccupé par la poursuite des massacres systématiques et de grande ampleur de la population civile au Rwanda ».

Cette formulation est loin d’être neutre, elle prend en compte le fait qu’après le massacre génocidaire, des Tutsis par les Hutus, il y a eu dans la foulée le massacre des Hutus pas les Tutsis, notamment dans leur fuite au Congo.

Les massacres réciproques constituent malheureusement une très longue histoire du Rwanda. La France en intervenant avec l’opération Turquoise a permis l’arrêt de ces massacres. C’est tout à son Honneur.

Il convient de rappeler que le chiffre de 800 000 Tutsis assassinés malheureusement, est sans doute inexact. Le recensement de 1991 dénombrant 596 000 Tutsis représentait 8,4 % de la population.

En conséquence, avoir une lecture biaisée, partielle de la tragédie du Rwanda, en ciblant la prétendue responsabilité française est non seulement du négationnisme, mais une faute lourde que les autorités françaises et rwandaises reprennent en niant les réalités historiques à des fins de volonté politique justifiant le voyage du Président de la République à Kigali.

The Economist du 27 mars 2021 consacre un long article sur Paul Kagamé. Il a eu dans le passé le soutien actif des médias anglo-saxons, lesquels doutent  désormais fortement de sa vraie nature. The Economist  titre « Paragon or Prison » « modèle de vertu ou prison ». Les actions de Kagamé, les assassinats multiples qu’il a perpétrés, dont l’assassinat de son ancien chef des services secret qui connaissait les activités de Paul Kagamé,- il a été assassiné dans son hôtel en Afrique du sud-  illustre sa véritable nature .

Les tueurs avaient simplement posé sur la porte « Don’t disturb », sans commentaire.

Un article du 30 Avril 2021du Washington Post va dans le même sens.

Les réalités historiques sur les événements au Rwanda et surtout sur la prétendue responsabilité de la France sont très loin des commentaires entendus sur nombre de médias français et autres qui véhiculent  une vision accusatrice de la France à des fins politiques pour justifier un voyage de la honte .

Pour ma part, j’estime que le voyage du Président de la République est une faute sans appel. Faire confiance à Paul Kagamé qui n’est rien d’autre qu’un criminel de guerre, un génocidaire, relève d’un total aveuglement.

La France n’a pas failli au Rwanda, rendons justice à nos militaires qui sont intervenus dans l’opération Turquoise !

Jacques Myard
Membre Honoraire du Parlement
Maire de Maisons-Laffitte
Président du Cercle Nation et République

Entreprendre.fr

Jeu, set et match : KAGAME

Le discours d’Emmanuel Macron à Kigali (Rwanda) fera date : il en restera l’image de la France, un genou à terre et le carnet de chèques à la main.

Retour en arrière

Dès les années 1980, à la tête d’un « Front patriotique rwandais » fabriqué de toute pièce, Paul Kagame à partir de l’Ouganda voisin où il s’est installé, organise la déstabilisation du pouvoir en place au Rwanda, suscitant de fait une première guerre civile et sa prise de contrôle d’une partie du pays.

Trois ans plus tard survient l’immonde boucherie qui a vu s’entretuer Hutus et Tutsi deux ethnies ancestralement installées au Rwanda, pays assez éloigné de la zone d’influence française, mais lié au nôtre par un accord de coopération et d’assistance militaire depuis 1975. Paul Kagame prend le pouvoir, et ne lâchera plus jamais.

Revisiter l’Histoire

On doit reconnaitre à l’inamovible Président du Rwanda, Paul Kagamé, une ténacité à nulle autre pareille et une persistance absolue à vouloir revisiter l’Histoire.

Révolutionnaire dans les années 80, il a endossé depuis le déguisement d’un redresseur de tort, qui dissimule sous sa cape de Zorro, l’uniforme du militaire/chef des services secrets qu’il a toujours été.

On connait bien maintenant la psychologie du Président Macron, banquier d’affaires de son état et comédien à ses heures perdues, qui a fait du « en même temps » sa marque de fabrique : dire un jour blanc et un autre jour noir et changer de pied quand le terrain devient hostile. Or l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui un terrain miné pour la France, en grande partie à cause d’une politique erratique (ou pire une non-politique) menée sous les quinquennats de Nicolas Sarkozy, puis de François Hollande et dont notre actuel Président a emboité les pas.

Tenter de s’ouvrir des portes en Afrique de l’Est où la mentalité colle mieux à la culture « davossienne » d’Emmanuel Macron est une belle esquive, à l’heure où l’Afrique francophone lui tourne le dos et où la France y est mal menée.

Un effet d’aubaine donc pour deux personnalités qui se sont trouvées : Paul Kagame termine avec brio son entreprise de révision de l’histoire depuis 20 ans qui tend à le dédouaner définitivement du génocide rwandais ;

Emmanuel Macron veut se désengluer d’un bourbier africain qui lui colle aux semelles en cherchant de nouvelles alliances sous domination anglo-saxonne.

Dont acte.

Mais de là à s’associer à la plus grande opération de désinformation de la fin du 20ème siècle, et à s’essuyer les pieds sur l’honneur de l’institution militaire, à lui imputer une responsabilité de massacres suscités par d’autres, il y avait un fossé jamais franchi. Le Président de la République, chef des armées, l’a fait en toute connaissance de cause. Allant même jusqu’à apporter une offrande de 500 millions d’euros, probablement au titre de dommages de guerre …

Cette affaire restera un cas d’école magistral d’une entreprise de désinformation totalement réussie.

Quelques filets de voix tentent de tempérer la doxa officielle martelée par des ONG, des rapports sortis opportunément pour balayer les jugements des tribunaux internationaux, des influenceurs, toutes et tous dédiés à la cause.

Jeu, set et match Kagame. Du travail de pro.

Charles Millon
Ancien ministre de la Défense
Le 28 mai 2021

La normalisation des relations avec le Rwanda ne doit pas se faire à n’importe quel prix.

ENTRETIEN. Le colonel belge Luc Marchal est l’ancien numéro 2 de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Il a été au cœur des événements dramatiques de 1994. En ce jour de visite officielle d’Emmanuel Macron au Rwanda, nous l’avons interrogé sur ce dossier brûlant.

Colonel Luc Marchal : « la normalisation des relations avec le Rwanda ne doit pas se faire à n’importe quel prix »

Front populaire : Le président français est à Kigali aujourd’hui. Que pensez-vous de cette visite ?

Luc Marchal : Pour être sincère et bref, cette visite me fait penser à une autre visite historique. Celle rendue par Edouard Daladier et Neville Chamberlain au chancelier Adolf Hitler en septembre 1938 et qui s’est concrétisé par la signature des accords de Munich. Le but des émissaires franco-britanniques était de sauver la paix, mais au prix du dépeçage de la Tchécoslovaquie. C’est ce qui fit dire à Winston Churchill : Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre. Qu’en sera-t-il des conséquences de la visite du président Macron à Kigali ? L’avenir nous le dira. En tout cas, au-delà des intérêts franco-français qui sont en jeu, si l’une des conséquences est l’officialisation de la balkanisation en cours de la République Démocratique du Congo, notamment par le Rwanda, alors cette visite serait bel et bien un véritable Munich bis.

FP : Faut-il « normaliser les relations » avec un État qui, en la personne de son président Paul Kagamé, accuse la France de complicité de génocide depuis des années ?

LM : Je peux comprendre qu’une normalisation des relations entre la France et le Rwanda soit recherchée, mais je reste d’avis que cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Voilà des années que la France est accusée de toutes les forfaitures par le président rwandais. Voilà des années que celui-ci jette l’opprobre sur l’armée française et son action au Rwanda. Plusieurs ressortissants français ont été assassinés en avril 1994 : l’équipage du Falcon 50 et deux gendarmes ainsi que l’épouse d’un des deux. Sans oublier les innombrables autres victimes. Vouloir faire table rase du passé et considérer ces victimes comme des dégâts collatéraux au prix d’une hypothétique normalisation me paraît difficilement acceptable. Pour exprimer mon sentiment, je reprendrai les paroles du Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix : lorsque vous essayez de sacrifier la justice sur l’autel de la paix, vous n’avez finalement ni justice ni paix.

FP : Vous avez été aux premières loges de toute cette histoire dans les années 1990. Pouvez-vous nous raconter votre rôle ?

LM : Je suis arrivé au Rwanda le 04 décembre 1993, pour occuper, au sein de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (Minuar), la fonction de commandant du Secteur Kigali. Le déploiement de cette mission des Nations Unies était la conséquence des accords de paix d’Arusha, signés le 4 août 1993 entre le gouvernement rwandais de l’époque et le Front patriotique rwandais (FPR). Consécutivement à ces accords de paix, le Conseil de Sécurité des Nations Unies fixa le cadre juridique de la Minuar, le 5 octobre 1993, par le vote de la résolution 872. Le Secteur Kigali était une vaste zone d’environ 1.000 Km² englobant la capitale du pays ainsi que l’aéroport international Grégoire Kayibanda. Au sein de cette zone sous mon contrôle opérationnel, mieux connue sous l’appellation de « Zone de consignation des armes », un protocole d’accord définissait très minutieusement ce qui était autorisé et ce qui ne l’était pas. Ce protocole avait été négocié et signé par les parties concernées par le processus de paix, soient : le gouvernement rwandais, le FPR et la Minuar. Cette description très générale de ma mission est destinée à faire comprendre que dans l’exercice de mon commandement, j’étais en contact direct non seulement avec les autorités militaires du Rwanda et du FPR, mais également avec les différentes autorités politiques et administratives lorsque leur domaine de compétence touchait à l’exécution de ma mission, ce qui était plutôt fréquent.

FP : L’assassinat du président Habyarimana a eu un rôle clef dans le drame rwandais. Que savez-vous de cet événement ?

LM : En effet, cet attentat est bien l’élément déclencheur des tragiques événements qui l’ont suivi et dont les conséquences déstabilisatrices sont toujours d’actualité dans la région des Grands Lacs.

Je l’ai vécu au premier degré, bien conscient de son caractère historique et de ses conséquences potentielles. Soit la Minuar parvenait à gérer la situation et éviter la reprise des hostilités entre les forces gouvernementales et le FPR de Kagamé, soit c’était le chaos garanti. On sait ce qu’il en a été.

Ce n’est que plus tard, une fois rentré en Belgique, que j’ai été en mesure de prendre le recul nécessaire afin d’analyser cet attentat au regard de mon vécu. Tout d’abord, quand je me suis retrouvé à la réunion du comité de crise qui s’est tenue à l’état-major des Forces armées rwandaises (FAR), de suite après l’attentat, je n’ai pu que constater que j’étais en présence d’hommes profondément bouleversés et désemparés par ce qui venait de se passer et non face à des conspirateurs. Leur démarche n’avait d’autre but que d’évaluer les conséquences de la disparition du chef de l’État et du chef d’état-major de l’armée afin d’éviter que ce vide du pouvoir ne débouche sur l’anarchie. Sans la moindre ambiguïté possible, ils ont fait appel à la Minuar pour les aider à gérer cette crise issue de l’attentat et aussi pour répercuter vers le Conseil de Sécurité l’expression de leur volonté de voir les institutions de transition se mettre en place le plus rapidement possible, conformément aux accords d’Arusha. Si des organisateurs de l’attentat s’étaient trouvés à ce moment-là autour de la table, cette réunion se serait déroulée de manière bien différente et qui plus est, dans pareille éventualité, j’ai de sérieux doutes que le général Dallaire et moi-même aurions été conviés à y participer.

D’autre part, au plan technique, un coup d’État est quelque chose qui répond à des critères généraux. Si l’on veut garantir le succès de l’opération, on ne prend aucun risque. Tous les éléments militaires et paramilitaires sur lesquels les organisateurs peuvent s’appuyer sont d’emblée injectés dans le scénario, de façon à exclure tout risque de surprise et mettre le pays devant un fait accompli. Ce n’est, mais alors pas du tout, la situation qui prévalait à Kigali dans les heures qui ont suivi l’attentat. Nombre de témoins directs ont déclaré que la nuit du 6 au 7 avril 1994 avait été particulièrement calme. Moi-même, j’ai traversé, sans la moindre escorte armée, une partie de la ville vers 2 heures du matin et j’ai pu constater de visu l’absence de tout dispositif militaire ressemblant de près ou de loin à un état de siège. Non, décidément, ce contexte ne correspondait en rien à un coup d’État qu’un noyau d’extrémistes purs et durs aurait organisé.

FP : En revanche, l’attentat a été suivi de l’offensive du FPR de Kagamé pour prendre le pouvoir au Rwanda…

LM : À ce manque de prise en main du pouvoir, par l’une ou l’autre faction connue pour son opposition au processus de paix ou à la personne du chef de l’État, correspond effectivement le démarrage immédiat d’une offensive militaire d’envergure du FPR. Cette offensive, en totale contradiction avec les accords de paix d’Arusha, se terminera trois mois plus tard par une conquête sans partage du pouvoir. En tant que militaire, la simultanéité entre l’attentat et le déclenchement de cette offensive militaire m’amène à formuler les considérations suivantes : Primo, il est impossible de profiter d’une opportunité, telle que la disparition du président Habyarimana et du général Nsabimana (chef d’état-major des FAR), pour improviser une offensive générale mettant en œuvre de nombreuses unités aux missions totalement différentes. Bien au contraire, pareil engagement ne peut qu’être le résultat d’un processus majeur de préparation comportant la conception de la manœuvre sur le plan stratégique, la diffusion des ordres jusqu’aux plus petits échelons et la mise en place de milliers d’hommes, dans les positions de départ, prêts à réagir à l’ordre d’exécution.

Tout cela ne s’organise pas en claquant des doigts, mais exige au contraire des délais importants et incompressibles. Il ne faut pas être un grand stratège pour comprendre ce genre de contrainte, c’est une question de bon sens élémentaire. Autre considération : le FPR n’aurait pas été en mesure d’assurer le punch et la continuité de son offensive sans la constitution préalable de stocks importants de munitions, d’armements, d’équipements et de matériels divers. Bref, une logistique à l’échelle des moyens humains mis en œuvre durant plus de trois mois d’opérations. Il n’y a aucun miracle en la matière, pas d’opérations militaires sans logistique adaptée. Or, c’est exactement la crainte que le général Nsabimana m’avait exprimée quelques jours plus tôt. Au cours d’une entrevue, le 30 mars exactement, soit sept jours à peine avant l’attentat. Il me confiait son intime conviction que le FPR allait reprendre la guerre dans les jours suivants. Il fondait précisément cette conviction sur les stocks logistiques importants constitués depuis des semaines par le FPR le long de la frontière en Ouganda. À ma réplique sur le fait que le FPR ne pouvait se permettre pareille aventure sous le regard direct de la communauté internationale, il me répondit mot pour mot ceci : « le FPR n’a que faire de telles considérations ; l’erreur que vous (Minuar) commettez est de lui prêter le même raisonnement que le vôtre, mais la réalité est bien différente ; le FPR est un mouvement révolutionnaire et c’est en tant que tel qu’il raisonne et définit ses propres objectifs ; contre des révolutionnaires, conclut-il, si vous n’adoptez pas les mêmes méthodes vous serez toujours perdants. » Point n’est besoin, je crois, d’expliquer que cette conversation m’interpella au plus haut point, non seulement au moment même, mais surtout des semaines plus tard quand je me suis remémoré ces paroles et que je les ai confrontées à la réalité des événements.

D’autre part, lorsque le FPR reprit les hostilités à Kigali, le 7 avril 1994 vers 16h30, il justifia sa décision unilatérale par la nécessité de mettre un terme aux massacres des Tutsis. Or, le 12 avril, soit au 5me jour de son offensive générale, il a déjà infiltré, à ma connaissance, trois bataillons supplémentaires à Kigali. Je dis « à ma connaissance » car il s’agit d’une constatation personnelle. Cela n’exclut nullement, comme d’aucuns l’affirment, que le FPR disposait de beaucoup plus de combattants à Kigali. Quoi qu’il en soit, avec ces trois bataillons infiltrés et celui qui se trouvait déjà sur place, le Front possède une force capable d’agir contre les massacres qui prennent de plus en plus d’ampleur dans la capitale. Qui plus est, ce même 12 avril, dix officiers supérieurs des FAR signent un manifeste que l’on peut qualifier, dans les circonstances du moment, de très courageux. Dans ce document, ils font un appel direct et solennel au FPR en vue de conclure un cessez-le-feu immédiat et de conjuguer leurs efforts pour « éviter de continuer à verser inutilement le sang des innocents ». Cet appel ne suscita aucun écho, avec pour conséquence directe l’amplification des tueries. À aucun moment je n’ai pu constater que, d’une manière ou d’une autre, le FPR tentait de s’opposer aux massacres des Tutsis à Kigali. Pourtant les forces dont il disposait sur place étaient parfaitement en mesure de sécuriser certains quartiers situés à proximité des zones qu’il contrôlait militairement et créer ainsi des zones refuge. De toute évidence le sort réservé à ces lointains parents de l’intérieur ne faisait pas partie de leurs priorités. Qui plus est, la pugnacité avec laquelle ces mêmes autorités du FPR ont exigé le départ des troupes étrangères venues évacuer les expatriés, plutôt que de requérir leur collaboration pour stopper net le carnage, est éminemment suspecte ; comme si le FPR craignait de se voir contrer, par la communauté internationale, dans ses plans de conquête du pouvoir par les armes.

Non seulement à aucun moment le FPR n’a sollicité l’appui de la Minuar pour juguler le chaos qui s’installait, mais au contraire il l’alimenta. Le 10 avril, il lança un ultimatum à la Minuar, lui signifiant que si le bataillon ghanéen déployé dans la zone démilitarisée n’avait pas quitté ses positions dans les 24 heures, il serait pris sous ses tirs d’artillerie. Dieu sait si un cessez-le-feu aurait permis de mettre un terme au martyre de la population. Je ne peux que témoigner que toutes les demandes de cessez-le-feu exprimées par le général Dallaire ou par les FAR essuyèrent une fin de non-recevoir du FPR. Ceci n’est pas une interprétation tendancieuse de la réalité, c’est un fait. Le général Nsabimana ne s’était pas trompé : le FPR menait sa guerre conformément à ses seuls objectifs, sans se soucier le moins du monde du sort des populations locales ou de l’opinion de la communauté internationale. J’aurais encore bien d’autres considérations à formuler sur l’aspect militaire de ces événements. Je pense cependant que la relation de ce qui précède est suffisamment explicite pour réaliser que la version des faits que certains voudraient faire admettre comme vérité historique est pour le moins sujette à caution. La communauté internationale qui, il est vrai, a fait preuve d’une immense lâcheté au moment du génocide n’a aucune raison de continuer à se laisser intoxiquer par le discours de celui qui prétend, urbi et orbi, avoir mis un terme au génocide, alors que tout laisse penser qu’il en est le principal artisan.

FP : Pensez-vous que toute la lumière sera un jour faite sur le dossier complexe du Rwanda ? Qui aurait intérêt à entraver l’émergence de la vérité ?

LM : Je ne peux qu’espérer ardemment que la lumière soit faite sur ce dossier. Non seulement que la vérité historique soit établie sans contestation possible, mais aussi que justice soit rendue aux millions de victimes que certains souhaiteraient reléguer dans les oubliettes de l’histoire. Ces deux conditions – Vérité et Justice – sont les conditions indispensables à la stabilisation de la situation dans la région des Grands Lacs. Je crains malheureusement que l’indispensable manifestation de la vérité soit entravée par ceux qui ont soutenu la prise de pouvoir par les armes de l’actuel président du Rwanda et qui ont couvert l’invasion du Congo-Zaïre en 1996 par une coalition de pays africains sous le leadership du Rwanda. Il suffit de s’intéresser aux multinationales qui exploitent les richesses minières de l’actuelle République Démocratique du Congo pour comprendre à qui profite le crime. Si en 2021 on ne sait toujours pas officiellement qui est responsable de l’attentat du 6 avril 1994, ce n’est pas l’effet du hasard ou d’éventuelles négligences coupables. Non, certains pays, dont les USA sont le pion majeur, ne tiennent pas à ce que leur implication dans la tragédie des Grands Lacs soit officialisée. Pourtant, le rôle des USA a été mis en lumière par l’ancienne sénatrice démocrate Cynthia McKinney qui fut l’envoyée spéciale de Bill Clinton en Afrique durant les années ’90. C’est en cette qualité qu’elle a témoigné du rôle choquant joué en Afrique centrale par l’administration américaine sous la présidence de Bill Clinton et ensuite par l’administration Bush. Voilà l’obstacle majeur à la manifestation de la vérité.

Colonel Luc Marchal

Bon voyage, Monsieur le Président !

C’est là mon souhait au président français, Son Excellence Emmanuel Macron, qui se rendra au Rwanda à la fin de ce mois de mai 2021. Bon voyage à l’allée, bon voyage durant son séjour au Rwanda, bon voyage de retour à Paris. Et surtout bon voyage vers son entrée dans l’histoire. Il y est déjà entré de son vivant pour avoir été, après Napoléon I Bonaparte et jusqu’à date, le plus jeune français à accéder à la magistrature suprême de ce pays. Aujourd’hui, c’est par une autre voie qu’il presse le pas pour y entrer définitivement, une fois pour toutes.

Tel un bélier, les yeux fermés et la tête baissée, il fonce à toute allure sous les acclamations et les applaudissements à tout rompre de supporters fanatisés. Mais contre qui ce jeune bélier se déchaîne-t-il, ignorant les conseils les plus avisés des politiciens, des politologues, des sages, des historiens et autres hommes et femmes de terrain ? C’est, sans plus ni moins, contre l’honneur de la République Française. Il le fait en vouant aux gémonies, en proposant sciemment ou inconsciemment à la « damnatio memoriae » l’un de ses plus éminents prédécesseurs : François Mitterrand d’heureuse mémoire, président de France entre 1981 et 1995[1].

De quoi accuse-t-il Mitterrand ? D’avoir mené le pays des droits de l’homme à des « responsabilités accablantes » dans le génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda, tout en écartant l’idée d’une « complicité » française avec les génocidaires. Quand un accusateur pointe de l’index l’accusé, il ne se rend pas compte que les 4 autres doigts de sa propre main, à commencer par le pouce, sont tournés vers lui-même ! Admettons par impossible que le l’administration Mitterrand ait été responsable des faits qui lui sont reprochés. Est-ce que le président Emmanuel Macron se rend compte qu’il flirte aujourd’hui au Rwanda avec un régime dix, cents, mille fois plus génocidaire que celui de Juvénal Habyarimana (1973-1994) ? Dire haut et fort que ce régime a commis un génocide des Hutus au Rwanda et en République Démocratique du Congo n’a rien à voir avec une quelconque négation ou banalisation de celui des Tutsis. Par ailleurs, le génocide des Hutus a fait plus de victimes que celui des Tutsis, il a commencé avant lui et il continue jusqu’aujourd’hui. Il est facile d’en donner les preuves. Elles sont là, elles crèvent les yeux.

Oui, la France a des intérêts économiques, financiers et géopolitiques à défendre dans la Région africaine des Grands Lacs. Mais pas à n’importe quel prix. Et surtout pas au prix de la vérité historique, pas aux prix de l’honneur et de la grandeur de la France.

« Aux armes, Citoyens [français et rwandais]. Formez vos bataillons » (La Marseillaise).

Fortunatus Rudakemwa

echosdafrique.com


[1] La “damnatio memoriae” était un ensemble de condamnations post mortem à l’oubli voté par le Sénat romain à l’encontre d’un personnage politique. Elles consistaient par exemple en l’annulation de ses honneurs, l’effacement de son nom sur les inscriptions publiques, la déclaration de son anniversaire comme jour néfaste ou le renversement de ses statues.

Lettre Ouverte au Président français Emmanuel Macron à l’occasion de sa visite annoncée au Rwanda en 2021

Introduction de la Lettre

L’actualité en France sur le Rwanda est marquée par la sortie du rapport Duclert pointant « des responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans la dérive ayant abouti au génocide des Tutsi en 1994. ». Un groupe de Français d’origine rwandaise et ressortissants rwandais a souhaité alerter les hommes politiques français ainsi que les principales parties prenantes en France souhaite sur la situation actuelle au Rwanda en 2021.

Une Lettre Ouverte a été adressée au président français Emmanuel Macron pour l’informer de l’inquiétude du groupe « face à la dégradation de la situation politique et de l’absence de la Démocratie, de l’Etat de droit et du manque de respect des Droits Humains au Rwanda ».

Cette lettre s’inscrit dans le cadre d’une manifestation globale ayant eu lieu aux quatre coins du monde samedi dernier le 20 mars 2021 : au Canada, aux Etats-Unis, en Argentine, en Afrique du Sud, en Espagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Suède, au Norvège, au Danemark, en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et en France. En France les manifestations ont eu lieu à Lyon, à Strasbourg, à Mayotte et sur internet à Paris.

Si la manifestation à Paris n’a pas pu avoir lieu après annonce du confinement, le groupe a pu réunir en 72h, 120 personnes vivant dans 72 villes françaises pour manifester leur soutien en cosignant la Lettre Ouverte.  Les noms des personnes qui ont cosigné la lettre ne peuvent pas être divulgués car une partie de ces personnes ont peur de représailles sur leurs familles au Rwanda ou sur leurs propres personnes ici en France et ce d’autant plus que Emmanuel Macron soutient aveuglement le régime dictatorial, autoritaire et sanguinaire de Paul Kagame et son Front Patriotique Rwandais.

De lors la situation est d’autant préoccupante lorsque les citoyens français en viennent à vivre dans un climat de peur ici en France car une partie d’hommes politique français préfèrent fermer les yeux sur les violations des droits fondamentaux d’un régime « raciste » (apartheid mémoriel et ségrégation ethnique, « corrompu » (la richesse rwandaise appartient aux oligarques du FPR) et « violent » (exécutions extra-judiciaires, Mapping Report) » du « président tutsi Paul Kagame ». C’est ce que pourra dire le « rapport Duclert 2 » qui analysera la politique de Macron au Rwanda.

Emmanuel Macron reproche à Mitterrand ce que lui même fait à savoir : fermer les yeux pour garder intact son amitié avec Paul Kagame. A quand le rapport Duclert 2 ?

Il est du devoir du groupe d’alerter Emmanuel Macron, le Quai d’Orsay, les parlementaires, les sénateurs, les ambassades, tous les bailleurs de fond du régime de Paul Kagame et tous les organismes pouvant agir afin d’éviter que le pire ne continue de se reproduire au Rwanda.

Lettre Ouverte au Président français Emmanuel Macron à l’occasion de sa visite annoncée au Rwanda en 2021

Monsieur le Président de la République,

Nous avons l’honneur, Monsieur le Président, de nous adresser à vous afin de vous interpeller sur la situation préoccupante des droits de l’Homme au Rwanda, avant votre visite dans le pays annoncée entre avril et mai 2021 selon Jeune Afrique[1].

Nous sommes un groupe de Français d’origine rwandaise et ressortissants rwandais inquiets face à la dégradation de la situation politique et de l’absence de la Démocratie, de l’Etat de droit et du manque de respect des Droits Humains au Rwanda.

C’est avec des sentiments mitigés que nous accueillons votre visite au Rwanda. Nous ne pouvons que nous réjouir des bonnes relations entre la France et le Rwanda. Néanmoins, nous sommes préoccupés par la realpolitik ignorant les violations des droits fondamentaux, au risque de porter préjudice au peuple rwandais.

Nos préoccupations sont les disparitions, les emprisonnements arbitraires, les assassinats politiques et les exécutions extrajudiciaires qui deviennent de plus en plus fréquents et alarmants au Rwanda.

Le cas que nous souhaitons vous parler en premier est très inquiétant et est l’élément déclencheur de notre mobilisation. C’est le cas d’une mère isolée de 4 enfants, rescapée du génocide et aujourd’hui incarcérée pour avoir dit la vérité et exprimé publiquement son opinion sur sa chaîne YouTube. Elle s’appelle Madame IDAMANGE IRYAMUGWIZA Yvonne. Dans sa prise de parole elle a dénoncé :

  • La mort par la faim d’une grande partie de rwandais confinés dans leurs maisons, dans le contexte du covid-19, par un système de copier/coller des mesures occidentales qui, hélas, n’accorde aucune aide compensatoire.
  • La dégradation du système éducatif dont les victimes sont les enfants des classes moyennes et pauvres.
  • L’abandon des rescapés à leur sort, rappelant qu’elle est rescapée elle-même. Elle en déduisait une sorte d’instrumentalisation du génocide par le gouvernement rwandais qui obtient des fonds et des aides au nom des victimes.

Madame IDAMANGE est actuellement détenue par le Rwanda Investigation Bureau (RIB) qui l’accuse d’incitation au trouble à l’ordre public et du non-respect des mémoriaux de génocide.

Madame IDAMANGE IRYAMUGWIZA Yvonne

L’autre cas récent est celui de Paul RUSESABAGINA, qui a acquis la nationalité belge. Ce héros du génocide dont l’histoire a inspiré le film Hôtel Rwanda pour avoir sauvé plus de 1200 Tutsi, devenu opposant au régime du FPR dont il critique les exactions, a été kidnappé. Enlevé à Dubaï par les autorités rwandaises à l’aide d’un jet privé le 27 août 2020, il s’est réveillé à Kigali où il est actuellement détenu. Dans sa Résolution du 11 février 2021, le Parlement Européen, dont la France est membre, a dénoncé et condamné ce kidnapping.

Troisième cas, celui de Kizito MIHIGO, chanteur-compositeur chrétien. Sa mort est survenue le 17 février 2020 dans un cachot de la police où il était détenu depuis 3 jours. Selon la police il se serait « suicidé » dans sa cellule. Le gouvernement rwandais reste sourd aux nombreux appels d’organismes internationaux des Droits de l’Homme[2] réclamant une enquête indépendante. Les morts suspectes dans les geôles rwandaises, souvent qualifiées de « suicide », sont très fréquentes.

A ces cas nous ajoutons quelques chiffres relevés portant uniquement sur la période 2019 et 2020 pour illustrer la situation, veuillez trouver ci-après :

  • 102[3] personnes ont été victimes des exécutions extrajudiciaires par l’un des nombreux organes qui composent les forces de l’ordre rwandaises.
  • 23 prisonniers politiques tels que Déogratias MUSHAYIDI, Dr Théoneste NIYITEGEKA, Theophille Ntirutwa ou Phocas Ndayizera sont incarcérés dans différentes prisons du Rwanda.
  • 14 personnes, en grande majorité des jeunes, sont portées disparues. La dernière victime est le jeune poète Innocent BAHATI qui dénonçait au travers de son art la mauvaise gestion du pays. On ne l’a plus revu depuis le 7 février 2021, jour où il était parti à un rendez-vous dans le sud du Rwanda. Sa famille ignore le lieu de sa détention.

Ces chiffres non-exhaustifs sont documentés, mais ne reflètent pas malheureusement la réalité du terrain. Beaucoup de rwandais terrassés par la peur n’osent pas parler.

Le cas de Kizito MIHIGO, fondateur de l’Association Kizito Mihigo pour la Paix, est le reflet majeur de l’injustice subie par le peuple rwandais, en particulier les rescapés du Génocide perpétré au Rwanda contre les Tutsi en 1994. Kizito prônait la paix, l’unité et la réconciliation des Rwandais. C’est le message de l’une de ses chansons « Igisobanuro cy’urupfu » (L’explication de la mort), laquelle chanson a été le motif de son arrestation en 2014. Il dénonçait toute sorte de crimes et condamnait la ségrégation mémorielle et ethnique au Rwanda.

Permettez-nous, Monsieur le Président, de vous remettre le livre posthume de Kizito MIHIGO dont le titre, « Rwanda : embrasser la Réconciliation pour vivre en Paix et mourir Heureux » et celui de Judi REVER, journaliste Canadienne, portant le titre « Rwanda, l’éloge du sang ». Livre d’investigation sur les crimes du FPR.

A la lecture de ces ouvrages, vous en apprendrez davantage, avant votre rencontre avec votre homologue rwandais, sur la réalité non édulcorée que vit globalement le peuple rwandais et particulièrement le chemin de croix traversé par Kizito.

Comme l’ont fait 29 députés de la République française dans leur courrier de soutien au Dr Denis MUKWEGE daté du 25 novembre 2020, nous souhaitons également, Monsieur le Président, demander que la France soutienne la création d’un Tribunal Pénal International pour les crimes répertoriés dans le Mapping Report et la lutte contre l’impunité dans la région des grands lacs.

Le 12 octobre 2018[4] , en confiant la Francophonie à Madame Louise MUSHIKIWABO, vous avez fait le pari que cette nomination allait changer et transformer le Rwanda. Vous avez déclaré : « Je ne fais pas partie de celles et ceux qui pensent qu’il faut ….faire des mauvais compromis sur les sujets des Droits de l’Homme ».

Monsieur le Président, en vous alertant, notre démarche a pour but de vous permettre d’atteindre le noble objectif que vous êtes assigné à cette occasion. C’est pour cela que nous vous demandons, lors de votre visite, d’user de tous les moyens en votre possession pour que Madame IDAMANGE recouvre sa liberté et puisse s’occuper de ses enfants. De façon plus générale ce sera, nous osons l’espérer, l’occasion de vous entretenir avec votre homologue sur les Droits Humains et les valeurs fondamentales d’une démocratie.

Au-delà de cette Lettre Ouverte, Monsieur le Président, notre délégation est disponible pour vous rencontrer en vue d’un échange davantage édifiant. Nous vous prions de croire, Monsieur le président de la République, à l’assurance de notre plus haute considération.

Signataires :

En leur qualité des porte-paroles l’initiative Idamange France

Marie Goretti Byukusenge        

Mutimukeye Constance          

Patrick Nkubana


[1] https://www.jeuneafrique.com/1125978/politique/rwanda-france-emmanuel-macron-bientot-en-visite-officielle-a-kigali/

[2] https://www.hrw.org/fr/news/2021/03/08/appel-une-enquete-independante-sur-la-mort-du-chanteur-rwandais-kizito-mihigo

[3] https://www.rwandanlivesmatter.site/

[4] [4] RFI et France 24

Kagame, le nouvel ami encombrant du Président Macron

KAGAME-MACRON

La vérité d’un homme ne se montre parfois qu’aux initiés qui connaissent la portée de certains gestes. L’engouement récent d’Emmanuel Macron pour un personnage aussi trouble que le président du Rwanda, Paul Kagame, détonne singulièrement par rapport à l’image de modéré, libéral, défenseur des droits de l’homme qu’il se donne par ailleurs. Les évènements qui se sont produits au Rwanda depuis 1990 sont mal connus des Français lesquels, non sans un zeste de racisme, trouvent normal que les Africains se massacrent entre eux et ne se préoccupent pas de rechercher qui est responsable de quoi.

Qui est Kagame ?

La meilleure manière d’appréhender en termes simples les évènements du Rwanda est de se référer à Aristote :

« Dans les oligarchies, c’est la masse des citoyens qui se soulève, comme étant victimes d’une injustice du fait que leur part n’est pas égale à celle des  autres, dont ils se considèrent pourtant les égaux, alors que dans les démocraties, au contraire, ce sont les notables qui se révoltent, parce que leur part est seulement égale aux autres alors qu’ils ne se considèrent pas comme leurs égaux. » (Politique V,3).  

La révolte de la masse, c’est ce qui s’est passé au Rwanda en 1961, celle des notables, ce qui s’y est passé à partir de 1990. Très ancien royaume africain où, depuis des siècles, une minorité d’éleveurs-guerriers, les Tutsis (environ 10 % de la population en 1990, moins aujourd’hui), dominait une majorité de cultivateurs bantous (houtous[1]), le Rwanda a vu à l’indépendance en 1961, la majorité prendre le pouvoir, par application de la règle démocratique, le tiers  environ des anciens maîtres tutsis s’exilant en Ouganda ou en Europe (où ils constituent un lobby puissant). A partir de 1990, l’un de ces exilés, Paul Kagame a entrepris, à partir de l’Ouganda voisin, de restaurer le pouvoir de la minorité tutsie avec une armée d’exilés (Front patriotique rwandais) bien équipée par les Anglo-Saxons. Le 6 avril 1994, l’avion transportant les deux présidents houtous du Rwanda et du Bouroundi était abattu sur ordre de Kagame, selon des témoignages aujourd’hui irrécusables[2]  :  affolés, les Houtous en déroute se mirent à massacrer la minorité tutsie restée dans le pays, ce qui n’empêcha pas la victoire totale de Kagame. Ces massacres du Rwanda du printemps et de l’été 1994 ont fait entre 500 000 et 800 000 morts, probablement en majorité tutsis bien que l’armée de Kagame ait aussi massacré beaucoup de houtous au fur et à mesure qu’elle avançait dans le pays.

Une fois la capitale Kigali prise, cette armée partit très vite au Congo voisin à la poursuite des houtous en fuite, qualifiés, de « génocidaires » – même les enfants pas encore nés au moment des faits !  Selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations-Unies[3], ces opérations de représailles ont entrainé la mort  de 4 millions de personnes, rwandais houtous réfugiés ou congolais, non seulement dans la province frontalière du Kivu mais dans tout le Congo ex-belge.  Les troubles qui se produisent aujourd’hui au Kasaï en sont la suite.

Kagame a certes sauvé du massacre une petite partie ses congénères tutsis encore en vie à l’intérieur du Rwanda, la seule chose que retient la communauté internationale dûment désinformée. Il n’en porte pas moins une   responsabilité écrasante pour l’ensemble de la tragédie : en envahissant le pays sans aucune légitimité autre que d’appartenir à l’ancienne élite, ce qui est la cause première de tous les évènements, en massacrant les houtous au fur et à mesure de son avancée dans le pays, en abattant l’avion des deux présidents, attentat qui a déclenché les premiers massacres et en opérant des massacres de représailles bien plus graves encore au Congo.

On peut dire que Paul Kagame est au total le responsable direct ou indirect de la mort de près de 5 millions de personnes.

Il faut ajouter que depuis vingt-cinq ans qu’il est au pouvoir, Kagame a pris la France pour cible : sa prise de pouvoir avait déjà signifié pour notre pays la perte de toute influence dans la région des Grands lacs et même au Congo-Kinshasa (ex-Zaïre) ; il n’a cessé d’accuser de complicité de crime les soldats français de l’opération Turquoise arrivée au Rwanda en juillet 1994 sur mandat de l’ONU pour tenter de limiter les dégâts, accusation sans aucun fondement.  Il a remplacé le français par l’anglais comme langue officielle et adhéré au Commonwealth.

« Poignez vilain, il vous oindra »

Voilà le sinistre personnage auquel le président Macron a déroulé le tapis rouge à l’Elysée le 23 mai 2018.  Il est allé plus loin :  la France soutient officiellement la candidature au secrétariat général de l’Association des pays francophones d’une proche de Kagame, Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères du Rwanda, ce dont seul Mélenchon s’est ému, en termes d’ailleurs très modérés si l’on considère l’énormité de la chose.  Il est clair que pour ceux qui connaissent les dessous de l’affaire, soit tous les Africains, Macron met la France dans la position humiliante du vilain : « poignez vilain, il vous oindra. »

Comment ne pas être confondu devant tant de servilité vis-à-vis d’un roitelet africain qui aurait dû depuis longtemps être traduit devant la Cour pénale internationale ?

Il est vrai que, dès  le début de son opération de reconquête, Kagame a reçu le soutien des principales puissances occidentales (à l‘exception de la France de Mitterrand) : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, l’ancienne puissance coloniale, l’Afrique du Sud.

Il est vrai aussi que Kagame est un grand corrupteur connaissant les moyens de s’acheter les soutiens inattendus : si le Rwanda, surpeuplé, n’a guère de ressources, il contrôle désormais le Kivu, province voisine du Congo d’une fabuleuse richesse en métaux rares.

Nicolas Sarkozy était allé jusqu’ à visiter le Rwanda de Kagame, y compris le musée dénonçant les prétendus crimes de la France[4]. Mais son ignorance des questions africaines, dont avait témoigné son ridicule discours de Dakar, pouvait passer pour une excuse.

Hollande, seul, n’est pas tombé dans le piège : bien informé, lui, il a ignoré Kagame pendant cinq ans.

Mais aucun de ces trois présidents n’a daigné prendre la défense de l’armée française injustement accusée comme ils en avaient le devoir.

Qu’est-ce qui motive Macron dans cette affaire scabreuse ? L’ignorance ? On a du mal à le croire. L’obéissance aveugle à l’ordre occidental dont Kagame est, depuis le début (comme lui), le poulain et dont il adopte les yeux fermés la version tronquée des faits ? Le souci de flatter un personnage désormais influent en Afrique ? Ou bien quelque fascination plus secrète qui témoignerait du côté sombre du président français ?

Kagame, grâce au soutien des puissants de ce monde, est aujourd’hui à son zénith. Il n’est pas sûr qu’il gagne à se trouver ainsi exposé, ses soutiens non plus.

 

Roland HUREAUX

[1] Nous avons volontairement francisé l’écriture de ces noms.

[2] Notamment ses proches d’alors  devenus  dissidents , du moins ceux qui n’ont pas été assassinés pour les empêcher de témoigner.

[3] http://cec.rwanda.free.fr/documents/doc/rapportONU/DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_FR.pdf 

[4] Il est possible que cette visite humiliante, qui lui avait  fait perdre le soutien de l’armée, ait contribué à lui coûter sa réélection.

Source: Libertepolitique.com

Diplomatie : Le torchon brûle à nouveau entre Paris et Kigali… Macron répond à Paul Kagame

KAGAME-MACRON

Le torchon brule à nouveau entre Paris et Kigali. Les fragiles relations entre la France et le Rwanda viennent, une fois de plus, de connaitre un regain de tensions. En cause, la relance de l’enquête française sur l’attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994. Cette enquête avait déjà provoqué une rupture des relations diplomatiques entre 2006 et 2009 et en 2016.

On apprend aujourd’hui, par une source proche du dossier citée par l’Agence France-presse sous couvert d’anonymat, que le juge français a ordonné la confrontation de ce nouveau témoin avec deux personnes déjà mises en examen en 2010 : James Kabarebe, actuel ministre de la Défense du Rwanda, et un certain Franck Nziza, tireur présumé qui, selon Kigali, n’a jamais appartenu à l’APR (Armée patriotique Rwandaise, branche militaire de la rébellion tutsie avant 1994).

Selon la source citée par l’AFP, la confrontation est prévue – par la justice française – pour la mi-décembre.

De quoi Paul Kagame a-t-il peur ?

 « Il est exclu que le ministre de la Défense réponde à cette convocation de la justice française. » À Kigali, l’entourage présidentiel est unanime : pas question que James Kabarebe, ministre depuis 2010 et ancien aide de camp de Paul Kagame au temps de la rébellion, se rende à Paris afin d’y être confronté à un témoin de la dernière heure qui accuse le FPR (aujourd’hui au pouvoir) d’avoir abattu, le 6 avril 1994, l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana.

Dans un discours à Kigali le 10 octobre, le président rwandais Paul Kagame a en effet évoqué la possibilité d’une nouvelle rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Et effectivement, l’ambassadeur du Rwanda à Paris, Jacques Kabale, vient d »être rappelé à Kigali « pour consultation ».

Le 7 octobre 2017, le juge français chargé de l’instruction sur l’attentat du 6 avril 1994 visant l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana a ordonné la confrontation d’un nouveau témoin avec deux personnes mises en examen dans ce dossier. Ce témoin accrédite la thèse selon laquelle l’attentat aurait été commis sur ordre de Paul Kagame. En effet, un nouveau témoin dans l’instruction menée en France depuis près de 20 ans sur l’attentat du 6 avril 1994 visant l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana a été entendu par le juge d’instruction français en mars, à deux reprises, dans la plus grande discrétion.

Selon une source proche de Paul Kagame, une rupture des relations diplomatiques serait « une éventualité ».Un diplomate rwandais ajoute que « c’est un scénario probable, à moins que la cause de ce rappel ne disparaisse »

À un chef d’État d’Afrique de l’Ouest exprimant son embarras face à cette détérioration des relations entre Kigali et Paris, Emmanuel Macron a adressé, en substance, ce message : il ne s’agit pas de l’ouverture d’une nouvelle instruction, mais de la poursuite de l’ancienne ; merci de rappeler au président Paul Kagame que la justice française est indépendante. La France, elle, n’a plus d’ambassadeur au Rwanda depuis le départ de Michel Flesch, en 2015, Kigali n’ayant jamais accordé d’agrément à son successeur.

Merci de rappeler au président Paul Kagame que la justice française est indépendante. La France, elle, n’a plus d’ambassadeur au Rwanda depuis le départ de Michel Flesch, en 2015, Kigali n’ayant jamais accordé d’agrément à son successeur.
Emmanuel Macron
Source: BeninWeb TV