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Rwanda. Des journalistes arrêtés pour leurs reportages sur les mesures de confinement suite au Covid-19

Rwanda. Des journalistes arrêtés pour leurs reportages sur les mesures de confinement suite au Covid-19

Depuis, le 8 avril 2020, une rafle policière a eu lieu dans les milieux journalistiques de Kigali. Elle a permis l’arrestation d’une dizaine de journalistes les plus en vue au Rwanda dont Théo Nsengimana d’Umubavu TV, Valentin Muhirwa et David Byiringiro d’AFRIMAX TV. Le 15 avril 2020, ce fut le tour de, Niyonsenga Dieudonné alias Cyuma Hassan et son chauffeur Komezusenge Fidèle d’être arrêtés. Ces journalistes youtubeurs sont d’un courage et d’un professionnalisme qui forcent l’estime de plus d’un. Leurs chaines Youtube sont suivies par des milliers de personnes. Le plus célèbre d’entre eux est Cyuma Hassan d’ISHEMA TV.

 

Comme le précise jambonews.net, c’est ce journaliste qui a récemment couvert des cas de viols, d’actes de torture et de pillages de biens commis par les militaires rwandais au quartier dît « Bannyahe » situé à Kigali. C’est également lui qui avait rapporté, en mars dernier, la destruction par les autorités d’habitations appartenant aux plus pauvres de Kigali, sans aucune indemnisation, mettant ainsi des familles entières à la rue en pleine crise de COVID-19. En février, le même journaliste avait rapporté avoir remarqué une blessure sur le front du Kizito Mihigo pendant ses funérailles, mettant ainsi à mal la version officielle du régime, qui avait déclaré que Kizito Mihigo, s’était suicidé en prison. Cyuma Hassan, qui avait déjà confié à ses collègues de la VOA qu’il était poursuivi, est accusé d’avoir enfreint les règles de confinement en vigueur pour lutter contre le coronavirus. Les journalistes jouissent pourtant de la liberté de circuler dans le cadre de leur travail. D’où les soupçons que le régime de Kigali chercherait à étouffer les quelques rares journalistes, blogueurs et youtubeurs indépendants encore actifs dans le pays.

Les journalistes arrêtés sont tous détenus à la Station de police de Remera, tristement célèbre pour des décès inexpliqués de ceux qui y sont détenus. C’est dans les cachots de cette station qu’ont eu lieu les décès du célèbre chanteur Gospel Kizito Mihigo, l’avocat du barreau de Kigali Donat Mutunzi ou le Dr Emmanuel Gasakure. Tous pour des raisons farfelues avancées par la Police : suicides par pendaison, abattu par un policier alors qu’il tentait de lui arracher son arme,…   Plaise à Dieu qu’aucun de ces journalistes ne soit retrouvé pendu dans sa cellule ou ne meure de coronavirus dans ce haut lieu du crime !

 

Quelques jours avant, les fanatiques du FPR avaient lancé des tweets prémonitoires en réclamant la tête de ces journalistes. Paradoxalement, la plus virulente fut Immaculée Ingabire, ancienne administratrice du Haut Conseil de la Presse et actuellement chef de Transparency International au Rwanda. Contre toute éthique qui devrait caractériser une personnalité de son rang et fidèle aux principes fondateurs de l’organisation internationale qu’elle représente, on se serait attendu à ce qu’elle se positionne en défenseur des droits de l’homme et des libertés d’expression et d’opinion. Que du contraire ! Dans ses tweets et ceux des membres de son groupe, les journalistes avaient été condamnés à l’avance les qualifiant d’  « ennemis de l’État », d’  « agents des ennemis du pays », de « personnes à enfermer ou à envoyer dans un hôpital psychiatrique », etc.

Cette sortie malheureuse d’Ingabire Immaculée faisait suite aux reportages de ces journalistes sur les effets désastreux des mesures de confinement prises par le gouvernement pour contenir le Covid-19 et surtout en donnant la parole à la population pour qu’elle exprime son calvaire.

 

Sur ce registre, honte également à Cléophas Barore, Président de Rwanda Media Commission (RMC) qui s’est empressé de plaider pour le régime de Kigali dans un communiqué de presse du 13 avril 2020. Cette attitude de Barore et de RMC est très répréhensible et indigne d’une organisation qui est censée être un organisme indépendant de régulation des médias garantissant la liberté de la presse.

Il sied enfin de souligner qu’avec l’arrestation de ces journalistes, le RIB, Rwanda Investigations Bureau, vient de montrer, une fois de plus, son vrai visage : celui d’instrument de répression politique. Ses enquêteurs se conduisent comme des caïds avec un parrain, le général Paul Kagame.

Cette coupe sombre dans la crème de journalistes d’investigation vise à intimider d’autres journalistes qui pourraient être tentés de se faire avocats des gens ordinaires et de mettre à nu les travers du régime.

Comme d’habitude, des « procès-spectacles » vont être organisés devant les « tribunaux de Kangourou » avec des témoins fabriqués et entraînés.

Au moment où tous les pays du monde planchent sur une solution en vue de réduire la population carcérale pour lutter contre la propagation du Covid-19, c’est le moment qu’a choisi le gouvernement rwandais d’exposer ces journalistes inoffensifs à un risque de coronavirus en les enfermant dans des cachots de police surpeuplés attendant, sine die, que les enquêtes soient terminées !

Nous en appelons au gouvernement rwandais afin de mettre fin à ses intimidations contre les journalistes. Aux bailleurs de fonds, aux amis du Rwanda, à tous les défenseurs des droits humains, nous demandons de faire pression sur le gouvernement rwandais pour qu’il procède à la libération de ces journalistes, sans conditions.

Le mot de la fin est celui de saluer le courage et le professionnalisme de ces journalistes qui se sont refusés de se laisser embrigader par des politiciens sans foi ni loi.

Winston Churchill l’avait bien vu. Il nous a laissé cette phrase célèbre : « Une presse libre est l’ennemi le plus dangereux de la tyrannie ».

 

Gaspard Musabyimana

http://www.echosdafrique.com

Rwanda : Rafles de journalistes et de youtubeurs en période de confinement

Rwanda : Rafles de journalistes et de youtubeurs en période de confinement
Dieudonné Niyonsenga alias Cyuma Hassan, directeur d’ISHEMA TV, arrêté et menotté.
 

Depuis la mise en place d’un confinement total le 21 mars 2020 par les autorités rwandaises pour lutter contre le Covid-19, plusieurs journalistes, youtubeurs et blogueurs ont été arrêtés, une dizaine pour le moment. Si les autorités accusent nombre d’entre eux d’avoir violé les règles du confinement, la population y voit une volonté du régime de Kigali de profiter de la crise de COVID-19 pour se débarrasser des médias indépendants, les seuls qui rapportent en ce moment ce qui se passe dans un pays totalement bouclé.  

Le Rwanda est parmi les pays du continent africain ayant mis en place les mesures de confinement les plus drastiques. Dans un pays fréquemment décrit comme une « prison à ciel ouvert », le confinement total imposé par le régime de Kigali depuis le 21 mars a mis la population sous un contrôle et une répression encore plus intenables. C’est dans ce cadre notamment que le 2 avril dernier, dans le district de Nyanza au Sud du pays, la police a abattu par balles deux hommes qui n’avaient pas respecté le confinement.

Depuis le 21 mars, les Rwandais n’ont plus le droit de sortir de chez eux, sauf pour aller faire des courses. La circulation entre les différentes régions du pays est interdite. C’est dans la foulée de ce confinement total qui a soulevé des vives protestations parmi la population que le régime de Kigali, réputé répressif contre la liberté de la presse, a décidé d’arrêter plusieurs journalistes, youtubeurs et blogueurs actifs ces derniers jours, et les seuls à informer sur ce qui se passe dans un pays dans lequel la presse indépendante a pratiquement disparu.

Depuis sept jours, une dizaine de journalistes, blogueurs et youtubeurs ont été arrêtés ou sont portés disparus. Parmi ceux appréhendés figure Dieudonné Niyonsenga alias Cyuma Hassan d’ISHEMA TV. Arrêté ce 15 avril avec son chauffeur, Cyuma Hassan avait récemment couvertdes cas de viols, d’actes de torture et de pillages de biens commis par les militaires rwandais au quartier dît « Bannyahe »situé à Kigali.

C’est également lui qui avait rapporté, en mars dernier,la destruction par les autorités d’habitations appartenant aux plus pauvres de Kigali, sans aucune indemnisation, mettant ainsi des familles entières à la rue en pleine crise de COVID-19. En février, le même journaliste avait rapporté avoir remarqué une blessure sur le front du Kizito Mihigo pendant ses funérailles, mettant ainsi à mal la version officielle du régime, qui avait déclaré que Kizito Mihigo, une icône de la lutte pour la réconciliation, s’était suicidé en prison. Des voix concordantes parlaient d’assassinat, tout en exigeant une enquête indépendante.

Cyuma Hassan, qui avait déjà confié à ses collègues de la VOA qu’il était poursuivi, est accusé d’avoir enfreint les règles de confinement en vigueur pour lutter contre le coronavirus. Les journalistes jouissent pourtant de la liberté de circuler dans le cadre de leur travail. D’où les soupçons que le régime de Kigali chercherait à étouffer les quelques rares journalistes, blogueurs et youtubeurs indépendants encore actifs dans le pays.

D’autres journalistes arrêtés sont : Fidèle Komezusenge (ISHEMA TV), David Byiringiro et Innocent Valentin Muhirwa (AFRIMAX TV), Théoneste Nsengimana (UMUBAVU TV), Ivan Mugisha, (correspondant de l’Agence France-Presse), Saul Butera (Bloomberg), John Gahamanyi (New Times). Ces trois derniers, Mugisha, Butera et Gahamanyi ont été libérés ce mercredi 15 Avril.

Arrestations, persécutions, disparitions et même assassinats de journalistes sont monnaie courante au Rwanda dont le Président Paul Kagame figure en bonne place dans le classement des prédateurs de presse établi par Reporters sans Frontières.

Dans son livre Bad news – derniers journalistes sous une dictature, Anjan Sundaram, répertorie sur base d’une enquête de terrain, une liste non exhaustive de 60 journalistes ayant été agressés, emprisonnés, assassinés, ou qui sont portés disparus depuis la prise du pouvoir de Paul Kagame, soit en moyenne, un journaliste tous les quatre mois.