Author Archives: Chaste Gahunde

Kagame, le nouvel ami encombrant du Président Macron

KAGAME-MACRON

La vérité d’un homme ne se montre parfois qu’aux initiés qui connaissent la portée de certains gestes. L’engouement récent d’Emmanuel Macron pour un personnage aussi trouble que le président du Rwanda, Paul Kagame, détonne singulièrement par rapport à l’image de modéré, libéral, défenseur des droits de l’homme qu’il se donne par ailleurs. Les évènements qui se sont produits au Rwanda depuis 1990 sont mal connus des Français lesquels, non sans un zeste de racisme, trouvent normal que les Africains se massacrent entre eux et ne se préoccupent pas de rechercher qui est responsable de quoi.

Qui est Kagame ?

La meilleure manière d’appréhender en termes simples les évènements du Rwanda est de se référer à Aristote :

« Dans les oligarchies, c’est la masse des citoyens qui se soulève, comme étant victimes d’une injustice du fait que leur part n’est pas égale à celle des  autres, dont ils se considèrent pourtant les égaux, alors que dans les démocraties, au contraire, ce sont les notables qui se révoltent, parce que leur part est seulement égale aux autres alors qu’ils ne se considèrent pas comme leurs égaux. » (Politique V,3).  

La révolte de la masse, c’est ce qui s’est passé au Rwanda en 1961, celle des notables, ce qui s’y est passé à partir de 1990. Très ancien royaume africain où, depuis des siècles, une minorité d’éleveurs-guerriers, les Tutsis (environ 10 % de la population en 1990, moins aujourd’hui), dominait une majorité de cultivateurs bantous (houtous[1]), le Rwanda a vu à l’indépendance en 1961, la majorité prendre le pouvoir, par application de la règle démocratique, le tiers  environ des anciens maîtres tutsis s’exilant en Ouganda ou en Europe (où ils constituent un lobby puissant). A partir de 1990, l’un de ces exilés, Paul Kagame a entrepris, à partir de l’Ouganda voisin, de restaurer le pouvoir de la minorité tutsie avec une armée d’exilés (Front patriotique rwandais) bien équipée par les Anglo-Saxons. Le 6 avril 1994, l’avion transportant les deux présidents houtous du Rwanda et du Bouroundi était abattu sur ordre de Kagame, selon des témoignages aujourd’hui irrécusables[2]  :  affolés, les Houtous en déroute se mirent à massacrer la minorité tutsie restée dans le pays, ce qui n’empêcha pas la victoire totale de Kagame. Ces massacres du Rwanda du printemps et de l’été 1994 ont fait entre 500 000 et 800 000 morts, probablement en majorité tutsis bien que l’armée de Kagame ait aussi massacré beaucoup de houtous au fur et à mesure qu’elle avançait dans le pays.

Une fois la capitale Kigali prise, cette armée partit très vite au Congo voisin à la poursuite des houtous en fuite, qualifiés, de « génocidaires » – même les enfants pas encore nés au moment des faits !  Selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations-Unies[3], ces opérations de représailles ont entrainé la mort  de 4 millions de personnes, rwandais houtous réfugiés ou congolais, non seulement dans la province frontalière du Kivu mais dans tout le Congo ex-belge.  Les troubles qui se produisent aujourd’hui au Kasaï en sont la suite.

Kagame a certes sauvé du massacre une petite partie ses congénères tutsis encore en vie à l’intérieur du Rwanda, la seule chose que retient la communauté internationale dûment désinformée. Il n’en porte pas moins une   responsabilité écrasante pour l’ensemble de la tragédie : en envahissant le pays sans aucune légitimité autre que d’appartenir à l’ancienne élite, ce qui est la cause première de tous les évènements, en massacrant les houtous au fur et à mesure de son avancée dans le pays, en abattant l’avion des deux présidents, attentat qui a déclenché les premiers massacres et en opérant des massacres de représailles bien plus graves encore au Congo.

On peut dire que Paul Kagame est au total le responsable direct ou indirect de la mort de près de 5 millions de personnes.

Il faut ajouter que depuis vingt-cinq ans qu’il est au pouvoir, Kagame a pris la France pour cible : sa prise de pouvoir avait déjà signifié pour notre pays la perte de toute influence dans la région des Grands lacs et même au Congo-Kinshasa (ex-Zaïre) ; il n’a cessé d’accuser de complicité de crime les soldats français de l’opération Turquoise arrivée au Rwanda en juillet 1994 sur mandat de l’ONU pour tenter de limiter les dégâts, accusation sans aucun fondement.  Il a remplacé le français par l’anglais comme langue officielle et adhéré au Commonwealth.

« Poignez vilain, il vous oindra »

Voilà le sinistre personnage auquel le président Macron a déroulé le tapis rouge à l’Elysée le 23 mai 2018.  Il est allé plus loin :  la France soutient officiellement la candidature au secrétariat général de l’Association des pays francophones d’une proche de Kagame, Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères du Rwanda, ce dont seul Mélenchon s’est ému, en termes d’ailleurs très modérés si l’on considère l’énormité de la chose.  Il est clair que pour ceux qui connaissent les dessous de l’affaire, soit tous les Africains, Macron met la France dans la position humiliante du vilain : « poignez vilain, il vous oindra. »

Comment ne pas être confondu devant tant de servilité vis-à-vis d’un roitelet africain qui aurait dû depuis longtemps être traduit devant la Cour pénale internationale ?

Il est vrai que, dès  le début de son opération de reconquête, Kagame a reçu le soutien des principales puissances occidentales (à l‘exception de la France de Mitterrand) : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, l’ancienne puissance coloniale, l’Afrique du Sud.

Il est vrai aussi que Kagame est un grand corrupteur connaissant les moyens de s’acheter les soutiens inattendus : si le Rwanda, surpeuplé, n’a guère de ressources, il contrôle désormais le Kivu, province voisine du Congo d’une fabuleuse richesse en métaux rares.

Nicolas Sarkozy était allé jusqu’ à visiter le Rwanda de Kagame, y compris le musée dénonçant les prétendus crimes de la France[4]. Mais son ignorance des questions africaines, dont avait témoigné son ridicule discours de Dakar, pouvait passer pour une excuse.

Hollande, seul, n’est pas tombé dans le piège : bien informé, lui, il a ignoré Kagame pendant cinq ans.

Mais aucun de ces trois présidents n’a daigné prendre la défense de l’armée française injustement accusée comme ils en avaient le devoir.

Qu’est-ce qui motive Macron dans cette affaire scabreuse ? L’ignorance ? On a du mal à le croire. L’obéissance aveugle à l’ordre occidental dont Kagame est, depuis le début (comme lui), le poulain et dont il adopte les yeux fermés la version tronquée des faits ? Le souci de flatter un personnage désormais influent en Afrique ? Ou bien quelque fascination plus secrète qui témoignerait du côté sombre du président français ?

Kagame, grâce au soutien des puissants de ce monde, est aujourd’hui à son zénith. Il n’est pas sûr qu’il gagne à se trouver ainsi exposé, ses soutiens non plus.

 

Roland HUREAUX

[1] Nous avons volontairement francisé l’écriture de ces noms.

[2] Notamment ses proches d’alors  devenus  dissidents , du moins ceux qui n’ont pas été assassinés pour les empêcher de témoigner.

[3] http://cec.rwanda.free.fr/documents/doc/rapportONU/DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_FR.pdf 

[4] Il est possible que cette visite humiliante, qui lui avait  fait perdre le soutien de l’armée, ait contribué à lui coûter sa réélection.

Source: Libertepolitique.com

Inquiétudes autour de la candidature rwandaise à la tête de l’OIF

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Louise MUSHIKIWABO, la ministre rwandaise des affaires étrangères 
Après avoir reçu d’importants soutiens et en l’absence d’autres concurrents déclarés, Louise Mushikiwabo, la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, a toutes les chances de devenir la prochaine secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de cette candidature issue de l’un des pires régimes en matière de liberté de la presse.

Louise Mushikiwabo est à ce jour la seule candidate en lice pour contester un deuxième mandat à Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie. L’actuelle ministre des Affaires étrangères et porte-parole du gouvernement rwandais a déjà reçu le soutien public du président français Emmanuel Macron et de l’Union africaine. Le prochain secrétaire général de l’organisation sera désigné lors d’un sommet à Erevan en Arménie prévu les 11 et 12 octobre prochains.

Au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018, le Rwanda est 154e. Parmi les 58 Etats membres de l’OIF, seuls cinq pays ont un bilan pire que le Rwanda en matière de liberté d’information. Censure, menaces, arrestations, violences, assassinats… Le régime dirigé d’une main de fer par Paul Kagamé depuis 2000, et dont Louise Mushikiwabo est ministre depuis près de 10 ans, dispose de l’un des pires systèmes de répression à l’égard des médias et des journalistes. Son président occupe une place de choix dans la galerie des prédateurs de la presse constituée par RSF.

Kagame Prédateur

“Comment l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) va-t-elle pouvoir favoriser le pluralisme des médias et la liberté de la presse conformément à ses objectifs en matière de droits de l’Homme, si elle est dirigée par l’une des principales dirigeantes d’un Etat qui piétine le droit à l’information et réprime les journalistes depuis 18 ans, s’inquiète Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. C’est la capacité de l’OIF à défendre les médias et les journalistes libres comme acteurs incontournables du développement dans l’espace francophone qui est en jeu”.

Depuis 1996, huit journalistes ont été tués ou sont portés disparus et 35 ont été contraints à l’exil. Ces dernières années, le nombre d’exactions enregistrées par notre organisation a baissé mais la censure reste omniprésente et l’autocensure la règle pour éviter de faire partie du tableau de chasse du régime. Les programmes très écoutés de la BBC en Kinyarwanda sont suspendus depuis 2015, après que la chaîne a diffusé un documentaire évoquant des massacres provoqués par le Front patriotique rwandais (FPR) au moment du génocide des Tutsis de 1994.

Lors du XVIe sommet de la Francophonie à Antananarivo en novembre 2016, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient rappelé leur engagement à “garantir la protection effective des journalistes et la liberté de la presse”.

Chaque année, l’OIF décerne le Prix francophone de l’innovation dans les médias avec RSF et RFI.

Source: Reporters Sans Frontières

Rwanda: Paradis Infernal

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Paradis infernal, maladie australe
Zizanie ancestrale, apostasie fatale
Démocratie artisanale, propagande si pâle
Logorrhées sempiternelles, démagogie banale

Shirt of shame
Paradis pathétique, maladie gasabolique
Apparences canoniques, réalités apocalyptiques
Turbulences sarcastiques, coupables atypiques
Des justices dogmatiques aux logiques épileptiques

Victoire-Ingabire-handcuffed-in-court
Paradis infernal, maladie australe
Des sommes si colossales aux urnes,
Des primes si minimales pour pain diurne
Des épis rouges aux tapis rouges, tout pour le look,
Des ventres vides crevant fort comme nues autoroutes,
Des graines pour veines cédant aux pérennes injustes peines,
Les dus de base servent au show comme des guitares basses sur scène !

Ignorants errants matin-midi-soir sans cause,
Des pères et mères assis souvent seuls sans chose
Des lâches défaillants applaudis toujours à deux mains sans dose
Des sages vaillants maudits du jour au lendemain sans pause,
Beaucoup vivant ailleurs comme des morts en trouille sans prose,
Le reste demeure museaux cousus sous patrouille, rouillés sans glucose !

Des demains douteux, affreux sans garantie commode,
Pourtant tous étant pris pour des nantis nés pour la mode
par nos voisins prétendant que nous on fait une douche chaude ;
Des absurdités voilées jamais démenties soumises aux codes,
Des vérités vraies compromises en fait comme des antipodes,
Même les caboches pépites préfèrent la trêve avant qu’on ne les corrode.
Paradis infernal, maladie australe
Monde aux divers, Monde à l’envers Où :
Qui dit opinion dit punition
Qui dit émission dit démission
Qui dit apparition dit disparition
Qui dit ambition dit inhibition
Qui dit proposition dit opposition
Qui dit guérison dit trahison
Qui dit réunion dit coalition
Qui dit proportion dit division
Apparemment, ça ne fait que tourner en rond sans vision !
Pratiquement, on ne fait que bouffer à fond sans provision !
O losange des Mille collines, O Minable figurine !
D’où viens-tu- Où vas-tu comme ça sans discipline ?
Des substances grises privées de libres-triples pensées,
Des blessures saignant sans qu’elles ne soient pansées sans pour autant dépenser,
On pleure, tous écœurés, ballant sans bagage ni courage
On se dit que tout ira sans place ni parole,
Beaucoup étant d’ailleurs des acteurs fugaces sans un rôle
On jubile corps évidés tenant le coup sans gloire,
On soupire, cœurs abîmés, les coups baissés sans savoir ni pouvoir !
Mais, Quousque tandem ?
Ma plume creusant, son encre s’étiolant
Ma brune se vidant, sa mousse m’aiguillonnant ;
Je ne peux plus jamais baisser la tête
Malgré ceux qui me blessent et guettent,
Malgré ce qui me stresse et maltraite
Je ne veux plus jamais gâcher la fête
Malgré des requêtes-enquêtes qui s’apprêtent,
Malgré les cris des bêtes traîtres qui m’embêtent !
O Losange des mille collines qui nous parraine,
Je te félicite pour le pas franchis quand même,
Mais ta dignité mérite plus que ça comme per diem
Il est temps que les tiens ne vivent plus que du/par carême,
Il est grand temps que seule la transparence redevienne ton emblème
Que le suprême te maudisse tout aveugle engouement et l’abus des termes,
Que tes enfants se hissent pour l’unité et la franchise comme purs thèmes sans ces pires peines!
Ensemble pour une nation sereine & Plus ensemble pour un monde meilleur !

A suivre

Mushikiwabo à la tête de la Francophonie?! À moins qu’on veuille lui conférer de mandats autres que ceux de promouvoir la langue française et les droits et libertés de la personne.

Louise Mushikiwabo dans le commenwealth

Louise Mushikiwabo dans le commenwealth

Le Canada, le Québec et le Nouveau Brunswick ont réitéré vivement leur soutien à Michaëlle Jean. Depuis l’annonce de la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et le soutien officiel du président Emmanuel Macron, plusieurs médias ont relevé de nombreuses faiblesses de cette candidature, tant en ce qui a trait à son leadership pour la promotion de la langue française que pour la promotion des valeurs démocratiques prônées par l’organisation.
Une autre faiblesse majeure que les médias n’ont pas mentionnée assez, qui pointe déjà à l’horizon et risque de mettre à mal l’action de la Francophonie, est celle de la mobilisation des ressources financières nécessaires à la planification et à l’exécution de programmes et activités de l’OIF, au moment où la France annonce des coupures drastiques dans le budget de TV5, un opérateur de l’OIF. Comme on le sait, le financement de la Francophonie est assuré par les contributions statutaires des États, ainsi que par des contributions volontaires, transitant par le Fonds multilatéral unique (FMU) et dédiées aux programmes de coopération de l’OIF, de l’Agence universitaire, de l’Association des maires francophones, de l’Université Senghor d’Alexandrie et de TV5 Afrique.

Depuis près dix ans, Louise Mushikiwabo est ministre des Affaires étrangères du Rwanda et, en tant que telle, siège régulièrement au Conseil des ministres de la Francophonie (CMF), une instance chargée du suivi de l’action politique, diplomatique, économique, de coopération, ainsi que des questions administratives et financières de l’organisation. Et pourtant, son pays a toujours fait preuve d’une certaine nonchalance et de laxisme dans l’acquittement de sa contribution statutaire à l’OIF dans les temps requis, et ce, pendant des années. Malgré le fait que l’OIF a dû lui accorder une réduction de 50 % et s’entendre sur un calendrier de paiement régulier des sommes dues, le compte du Rwanda est resté en souffrance les années 2015, 2016, 2017 et 2018, pour une modique contribution annuelle de 30 000 euros, pour un pays que l’on considère comme le modèle de réussite économique en Afrique.

Comment Mme Mushikiwabo pourra-t-elle convaincre les États membres d’en faire un peu plus et de s’acquitter à temps de leurs obligations financières envers l’Organisation, alors qu’elle-même n’a pas daigné répondre favorablement aux rappelles de l’OIF à honorer le paiement des arriérés de son pays? En fait, le Rwanda de Paul Kagame n’a jamais cru en l’efficacité de cette organisation, pas plus qu’il ne lui a jamais fait confiance. Il est curieux de voir aujourd’hui la même ministre qui, hier avait critiqué les méthodes de la France d’imposer sa volonté au sein de cette organisation, et aujourd’hui se targuer du même soutien de la France pour accéder à la tête de la Francophonie !
Les chefs d’État africains ne sont pas dupes. Hier c’était la BAD, aujourd’hui l’UA, maintenant on convoite la Francophonie, en 2020 ce serait le Commonwealth. La seule motivation qui justifie le désir du Rwanda de prendre la direction de toutes les organisations qui comptent, répond à une logique qui est la tienne : avoir la mainmise de ces organisations pour l’intérêt personnel et national. La majorité silencieuse francophone croit profondément que Louise Mushikiwabo n’incarne pas les valeurs de la Francophonie et sa désignation serait une grande erreur de casting lourde de conséquences pour l’OIF. Comme disait Christophe Boisbouvier de RFI, ce serait de : « Faire entrer le loup dans la bergerie ». Cette désignation va sérieusement entamer le capital de crédibilité dont l’OIF bénéficiait encore auprès de l’opinion francophone et même internationale, mais surtout contribuerait à long terme à l’affaiblir complètement.
Désignation de Louise Mushikiwabo, un camouflet pour le Canada
Premier Ministre Trudeau accueilli à Paris par Madame Jean

Premier Ministre Trudeau accueilli à Paris par Madame Jean

Le Canada, le Québec et le Nouveau Brunswick ont réitéré vivement leur soutien à Michaëlle Jean. Et, le Premier ministre du Canada continue d’encourager les chefs d’État et de gouvernement membres à user de leur pouvoir, en reconduisant Mme Jean pour un second mandat à l’OIF. L’échec de la tentative de la faire réélire sera considéré, pas comme un échec personnel de Michaëlle Jean, mais bien comme un sérieux camouflet pour le Canada et sa diplomatie, ce qui ne serait pas sans conséquence. En effet, le Canada, en tant que l’un des membres fondateurs de l’Agence de coopération culturelle et technique en 1970, devenue par la suite l’OIF en 2005, est un acteur majeur au sein de cette organisation, tant par sa représentation que par sa contribution financière substantielle.

Hormis les contributions volontaires dans les domaines spécifiques tels que l’égalité des sexes, l’insertion économique des jeunes et des femmes dans le marché du travail et la lutte contre le chômagela contribution statutaire du Canada, avec ses trois provinces membres (Québec, Nouveau Brunswick et Ontario), aux institutions de l’OIF avoisine les 50 millions de dollars, soit plus de 30 % de l’ensemble du budget annuel de l’organisation. Quand on sait que les gouvernements canadiens membres de l’OIF tiennent beaucoup au respect des valeurs chères aux Canadiens, qui sont prônées autant par la Francophonie, à savoir les libertés publiques, la démocratie, l’État de droit et le respect de la dignité humaine, il est moins sûr qu’ils puissent continuer à verser de l’argent des contribuables canadiens à une organisation qui va fermer les yeux sur les violations des droits de la personne et les comportements antidémocratiques de certains États membres.

Quoi qu’il en soit, si on veut bien d’une Francophonie aussi ambitieuse, dynamique et cohérente avec ses missions légendaires notamment de promouvoir la langue française, l’éducation et les nouvelles technologies en français, ainsi que les valeurs démocratiques, d’une voix forte, il est évident que ce n’est pas avec Louise Mushikiwabo qu’on va réaliser ces objectifs. Ce qui est sûr, c’est que la Francophonie va, non seulement perdre son âme et sa raison d’être, mais va aussi perdre de son lustre qui la caractérisait, en tant qu’organisation vouée à la promotion des droits humains, de la démocratie et des libertés fondamentales. À moins qu’on veuille lui conférer d’autres mandats qui n’ont rien à voir avec les mandats traditionnels de la Francophonie et qui n’ont pas pour but de promouvoir la langue française et les droits et libertés de la personne.

RWANDA : QUELLE SOLUTION AU PROBLÈME HUTU-TUTSI ?

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Qu’on le veuille ou non, les problèmes politiques du Rwanda, avec leurs corollaires, trouvent leurs origines dans le conflit Hutu-Tutsi dans leur lutte pour le pouvoir économique et politique.

Il nous semble intéressant de se pencher sur la façon dont les différentes puissances et régimes successifs qui ont régné sur le pays ont tenté de résoudre ce problème récurrent. Nous allons également tenter de comprendre pourquoi ces tentatives ont toutes échoué. C’est l’occasion aussi de se demander si la solution proposée par l’actuel régime du FPR qui règne sur le Rwanda depuis 1994 serait la bonne.

Le problème est ancien : la période allemande (1894-1916)

Le premier résident impérial allemand, le Dr Richard Kandt nommé en 1907 note dans son ouvrage « Caput Nili » qu’il avait reçu des plaintes des Hutu sur leurs mauvais traitements et leur marginalisation par les Tutsi.

Bien avant lui, les missionnaires et le Comte Von Gotzen avaient rapporté les plaintes des Hutu relatives aux humiliations et à l’exclusion qu’ils subissaient de la part de la monarchie tutsi.

Les Allemands, maîtres du Rwanda, se sont alors contentés d’une administration indirecte. Ils ont maintenu le régime oligarchique et ségrégationniste et l’ont même renforcé en apportant leur soutien aux efforts du régime pour soumettre les régions encore rebelles.

La première tentative pour résoudre le problème hutu-tutsi fut la révolte de Ndungutse, déclenchée en 1912. Celui-ci exigeait la suppression des corvées obligatoires auxquelles étaient soumis les Hutu. La révolte fut réprimée dans le sang par les troupes impériales allemandes ?

La période belge

Après la défaite de l’Allemagne, la Belgique reçut de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, le mandat d’administrer le Ruanda-Urundi. Les Belges continuèrent la politique menée par les Allemands. Ils iront même plus loin dans le renforcement de la domination Tutsi sur des Hutu.

Ainsi en 1926, le Gouverneur Charles Voisin concentra, sous la même autorité du sous-chef tutsi, les pouvoirs relatifs au bétail et à la terre étendit le système à toutes les régions du pays.

C’est sous ce gouvernorat que l’  « uburetwa » (travaux forcés non rémunérés) fut imposé aux régions dans lesquelles les corvées féodales n’existaient pas.

Et pour clore le tout, l’autorité tutélaire introduisit une carte d’identité avec mention de l’ethnie et du clan pour pouvoir déceler les Hutu qui tenteraient de se hisser aux rangs et aux fonctions auxquels ils ne seraient pas destinés de par leurs origines. Les Tutsi ne protestèrent pas contre cette classification. Et pour cause : elle renforçait le monopole sur leurs privilèges.

Après la deuxième guerre mondiale, le régime de mandat attribué à la Belgique par le Traité de Versailles en 1919 fut remplacé par celui de tutelle. Cette décision ordonnait à la Belgique d’assurer le développement politique, social et économique du Rwanda en vue d’éduquer la population à la démocratie, delà même à l’autonomie et à l’indépendance.

Sous la pression de la communauté internationale, la Belgique organisa des élections pour former des conseils dans les structures administratives du pays. Les Hutu s’adjugèrent des 30 à 80% des représentations dans ces conseils.

Les Tutsi comprirent que le suffrage universel direct était un danger pour leur régime. Le Conseil Supérieur du Pays, sorte de Parlement autochtone, qui était dominé par les Tutsi, prit peur et adressa à l’autorité de Tutelle et l’ONU un document appelé « Mise au point ».

Dans cette « mise au point », ils revendiquaient notamment l’accroissement des pouvoirs du roi et du Conseil Supérieur du Pays. C’est en réaction à ce texte que le 24 mars 1957, neuf intellectuels hutu publièrent le « Manifeste des Bahutu » dans lequel ils réclamaient notamment l’abolition du principe de l’administration indirecte, la suppression des corvées, la liberté d’expression, l’accès équitable à l’enseignement secondaire et à la promotion des Hutu aux fonctions publiques, bref plus d’égalité et de partage du pouvoir.

La solution proposée par le Mwami Mutara Rudahigwa

Le 30 mars 1958, le Mwami Mutara nomma une commission paritaire composée de 12 membres, six Hutu et six Tutsi pour étudier la question hutu-tutsi.

Avant que le Conseil Supérieur du Pays ne se réunisse pour débattre du problème, le 17 mai 1958 les « grands dignitaires de la Cour » donnèrent à la délégation conduite par Joseph Habyarimana Gitera, la réponse suivante : « L’on peut se demander comment les Bahutu réclament maintenant leurs droits au partage du patrimoine commun. Ceux qui réclament le partage du patrimoine sont ceux qui ont entre eux des liens de parenté. Or, les relations entre nous (Tutsi) et eux (Hutu) ont été de tout temps jusqu’à présent basées sur le servage. Il n’y a donc entre eux et nous aucun fondement de fraternité puisque nos rois ont conquis les pays hutu. Comment maintenant ceux-ci peuvent-ils prétendre être nos frères ? ».

Le roi lui-même avait pris une décision avant la tenue de la session du Conseil Supérieur du Pays, et dans des termes menaçants et péremptoires, disait : « On nous a posé un problème, après examen attentif nous déclarons qu’il n’y pas de problème. Et que prenne garde ceux qui disent le contraire,… ».

Rudahigwa mourra en 1959 laissant au Rwanda sa recette pour résoudre le problème hutu-tutsi, à savoir : « Il n’y pas de problème ». Et pourtant…!

La République

La République fut proclamée à Gitarama le 28 janvier 1961 par un congrès composé de Bourgmestres et de Conseillers élus en juin et juillet 1960 ainsi que des députés désignés proportionnellement à leur poids électoral lors des élections communales. Dès 1959, un certain nombre de Tutsi s’étaient réfugiés dans les pays limitrophes d’où ils ont mené des opérations de reconquête avant d’abandonner (provisoirement) les velléités belliqueuses en 1967. Ce ne sera que partie remise car ils vont réattaquer cette fois-ci avec succès en 1990 pour enfin reconquérir le pouvoir, après une guerre meurtrière de plus de 3 ans

La solution proposée par le régime Kayibanda (1961-1973)

Dès son entrée en fonction, le Président Grégoire Kayibanda n’a cessé de marteler que les Tutsi devaient accepter la démocratie et de ne plus prétendre à leur suprématie naturelle pour vivre harmonieusement avec les autres composantes de la société rwandaise.

Les appels répétitifs au retour du Président Kayibanda en 1963 et 1964 allaient dans ce sens. En définitive, Kayibanda croyait que la résolution du problème hutu-tutsi serait résolu par la démocratie.

Ainsi donc, tout comme Rudahigwa qui a décrété, en 1958, qu’il n’y avait pas de problème hutu-tutsi, le régime Kayibanda qui croyait aux vertus de la démocratie populaire pour résoudre le problème l’a laissé toujours pendant. En clair, ce fut un échec sur toute la ligne.

Le régime Habyarimana (1973-1994)

Il faut rappeler et insister, au risque de heurter certaines certitudes politiques, que Habyarimana est arrivé au pouvoir dans un sursaut de rétablir la paix et la sécurité de la population et plus concrètement en mettant un terme à une vague anti-tutsi qui s’était abattue sur le pays en 1973.

Le régime Habyarimana, tout en reconnaissant l’existence des ethnies, prit pour devise « Paix et Unité nationale ». Il la fera endosser par la formation politique qui fut mise sur pied pour asseoir son régime, à savoir le « Mouvement révolutionnaire National pour le Développement » (MRND).

Dans la mise en pratique de ces principes, le régime décréta la politique d’équilibre notamment ethnique. En clair il fallait que dans tous les domaines et à tous les échelons, chaque ethnie y soit représentée proportionnellement à son poids démographique.

Cette politique fut plus tard dénoncée par certains de ceux-là même elle était censée favoriser, comme une politique raciste et présentée comme la preuve du caractère discriminatoire du régime. Une fois de plus, la solution proposée n’était pas la bonne

Le régime FPR

Des éléments en provenance de l’armée ougandaise attaquent le Rwanda le 1 octobre 1990. Grâce à une bonne préparation médiatique, l’agression fut présentée comme « un retour des réfugiés dans leur pays ». Pourtant d’après les conventions internationales, l’attaque était bel et bien une agression extérieure.

Après quatre années de guerre les anciens ‘‘réfugiés’’ s’emparent du pouvoir à Kigali. Ils vont remodeler le pays à leur bon vouloir et édicter des lois liberticides et censées pérenniser leur régime.

Pour résoudre définitivement, croit-il, le problème hutu-tutsi, le régime FPR ne cherchera pas bien loin. Il va tout simplement décréter que les ethnies n’existent plus. Evoquer l’existence des Hutu ou des Tutsi sera considéré comme « divisionnisme » et sanctionné comme tel. Cette solution simpliste semble vouée à l’échec. Le mwami Rudahigwa qui avait la même position, été contredit par les événements quand éclata la révolte populaire qui mit fin à une monarchie féodale vieille de quatre siècles.

L’exemple du Burundi est parlant

Voisin du Rwanda et pays jumeau, le Burundi connaît le problème hutu-tutsi depuis la nuit des temps. Sa  »politique d’autruche » consistant à nier l’existence des groupes ethniques a très vite cédé au réalisme.

Au milieu des années 70, après le massacre des Hutu par l’armée gouvernementale dominée par les Tutsi en 1972, le régime du Colonel Bagaza qui, lors d’une révolution de palais, a succédé au Général Micombero, s’empressa de décréter que le fait d’évoquer le problème hutu-tutsi constituent une atteinte à la sécurité de l’Etat. Il dut très vite déchanter, puisque ce problème persista mais encore sera à la base d’une guerre civile sanglante. L’arrêt de celle-ci ne fut possible qu’en étalant le problème hutu-tutsi au grand jour et en emmenant les Burundais sur une table de négociations sur cette base.

Aujourd’hui le Burundi est régie par des textes issus de ces négociations et qui consacrent le partage du pouvoir entre Hutu et Tutsi dans tous les domaines et à tous les échelons.

Ne pas persévérer dans l’erreur

Ainsi donc va l’histoire. Les Allemands comme les Belges ont échoué à résoudre le problème hutu-tutsi parce qu’ils l’ont abordé d’un mauvais côté, celui qui les avantageait leur rendait la vie facile : maintenir et même renforcer la domination des uns par les autres.

Le mwami Mutara Rudahigwa essuya le même échec pour avoir cru qu’en occultant le problème, celui-ci disparaîtrait de lui-même.

Le président Grégoire Kayibanda, qui était un pur produit de la Révolution populaire, était mal placé pour proposer une solution acceptable au problème hutu-tutsi. Pour les unes il était leur libérateur, pour les autres leur ennemi. Il était entre le marteau et l’enclume.

Son successeur le Président Habyarimana a raté l’occasion d’entrer dans l’Histoire comme celui qui aurait résolu une fois pour toutes le problème hutu-tutsi. Ayant pris le pouvoir à la suite des troubles interethniques et s’étant fixé pour but de ramener la paix et l’unité au pays, son crédit était immense tant du côté des Hutu que des Tutsi. Les premiers étaient las d’assister aux intrigues d’un régime fatigué et sans vision, tandis que les seconds, les Tutsi, ils se voyaient enfin reconnus comme citoyens à part entière et comme tel jouissant d’une même protection de la part du pouvoir.

Pour n’avoir pas compris que le conflit était avant tout politique et que les Tutsi ambitionnaient avant tout le pouvoir, le régime Habyarimana ne parvint jamais à les rassurer et encore moins à les satisfaire même quand ils tenaient en leurs mains le pouvoir économique. La politique de la paix et de l’unité nationale prônée par le régime Habyarimana ne fit pas le poids face aux ambitions des ‘‘réfugiés’’ tutsi qui eux ne rêvaient qu’à reconquérir le pouvoir dans leur pays d’origine. Donc échec sur toute la ligne.

Le régime FPR compte sur le lavage des cerveaux (ingando), l’élimination d’une tranche de la population (celle éduquée dans ‘‘le cadre de l’idéologie du génocide’’, c’est-à-dire entre 1959 et 1994) pour créer une nouvelle population rwandaise qui ignoreraient ce que c’est un Hutu et un Tutsi et ce qui les a toujours opposé.

Le hic est que les initiateurs et les animateurs de cette politique n’ont comme but que de faire durer la domination de la bande d’aventuriers qui s’est emparé du pouvoir à Kigali en 1994.

L’échec de cette solution est certaine et le régime FPR viendra grossir les rangs de tous ceux qui, par opportunisme, ignorance ou naïveté politique, n’ont réussi à administrer le bon remède pour sauver le Rwanda de la maladie « conflit hutu-tutsi ».

Quelle solution ?

En ce qui nous concerne, nous préconisons l’approche burundaise qui consiste à emmener les Hutu et les Tutsi, comme tels, à une même table de négociations et à parler de ceux qui les opposent pour dégager les bases d’une coexistence pacifique dans leur pays commun, étant entendu que la pomme de discorde reste le partage du pouvoir politique.

Source: Archives

Volkswagen-Kagame Deal Shows Why The Carmaker Has A Serious Reputation Problem Open Letter Dr. Herbert Diess, Chairman of the Board of Volkswagen

VW - Kagame deal

Dear Dr. Herbert Diess,

this letter refers to Volkswagen’s investment in Rwanda. Volkswagen says it has built a US$20 Million assembly plant there. The company further asserts that the Rwandan plant is assembling no less than three models — Polo, Passat and Teramont. These claims are highly problematic. For a carmaker seeking to restore its reputation after it was caught cheating in 2015, calling the US$20 Million investment in Rwanda “an automobile assembly” is dubious. Before dealing with this matter, I first highlight what Volkswagen stated in its 2017 Annual Report with regards to the 2015 scandal:

”We overhauled our code of conduct and our whistleblowing systems…The combination of integrity, compliance, and culture is important and indispensable of the transformation process we are undergoing. We are renewing ourselves from the inside out and are evolving on a daily basis to merit our most important asset — the trust of our customers and stakeholders.

By this statement, Volkswagen is asking the public to trust it again after the 2015 scandal destroyed its reputation. Volkswagen admitted that 500,000 cars it sold in the US were fitted with “defeat devices” designed to fool emissions tests.

Volkswagen is storing its defective vehicles at various facilities around the US.

For this rigging, Volkswagen incurred around US$30 billion in fines— a figure that included the price of buying back the vehicles sold in the US.

Sadly, Volkswagen is still engaging in dishonest acts. Case in point is its venture in Rwanda, launched on June 27, 2018. It was on that day that Rwanda President Paul Kagame infamously informed the world that Volkswagen is now building cars in Rwanda. This is how Kagame put it:

”Some found it hard to believe that German cars could really be built in Rwanda. Yet today, the first vehicles are rolling off the assembly line.”

This, of course, is a big lie. Kagame is a man who routinely lies and exaggerates his socioeconomic accomplishments. He claims to have transformed Rwanda into the Singapore of Africa . Yet, the World Bank’s 2018 Economic Update shows that nearly 40% of Rwandan children suffer from chronic malnutrition. Britain which is the second largest aid donor to Rwanda reports that ”Rwanda remains one of the poorest countries in the world. Over a third of its population live in poverty.” So when Kagame boasts that German cars are rolling off the assembly line in Rwanda, that is Kagame being Kagame.

Surprisingly, Volkswagen echoed Kagame’s big lie.

One would have expected Volkswagen to launch its comparatively small investment with a modest announcement. Not Volkswagen. Instead, the company boasted that its investment marked ”a new era” in Rwanda. Like Kagame, Volkswagen described its project in Rwanda in self-aggrandizement terms:

Sure enough, Kagame repeated Volkswagen’s “new era” slogan. In his own words, Volkswagen’s assembly plant “undoubtedly represents a new chapter in Rwanda’s journey of economic transformation.”

Dear Dr. Herbert Diess, if I may say so, this is hardly the way to restore your reputation. Even for a small economy such as Rwanda with a GDP of US$8.3 Billion, a US$20 Million investment is hardly as remarkable as you describe it. Worse still, one must ask this question — where in the world can US$20 Million build an automobile assembly plant? Where in the world did you ever see an assembly line with only four workers?

Thomas Schaefer posing with the entire workforce of four men the so-called assembly plant in Rwanda.

Dr. Diess, as the Chairman of Volkswagen, you know how costly automobile assembly plants are. For example, your Uitenhage assembly plant in South Africa cost R4.5 Billion or US$328 Million in 2015. Volkswagen’s assembly plant in Chattanooga, Tennessee, USA cost US$1 Billion. And now Volkswagen shamelessly abuses people’s intelligence by claiming that it built an assembly line in Rwanda for US$20 Million.

Dr. Herbert Diess, the profile of the top leadership you deployed to run your Rwanda operations also revealed Volkswagen’s duplicity.

Michaella Rugwizangoga and Schaefer.

Your CEO in Rwanda is Michaella Rugwizangoga who apparently never worked in, let alone led an automobile company. Rugwizangoga was previously employed by President Kagame’s wife, Madam Jeannette Kagame Nyiramongi, in her Imbuto Foundation . Before that, Rugwizangoga worked for the Kagame government in Rwanda Development Board (RDB). This is no means to belittle Rugwizangoga’s accomplishments in the world of work. I am merely pointing out the absurdity of a US$20 Million automobile assembly led by someone who has no knowledge of the industry.

Would a person of such profile be hired to run Volkswagen’s Uitenhage assembly plant in South Africa, or the Chattanooga’s plant in Tennessee, USA, or the Thika plant in Kenya? The answer is obviously no — the three plants are genuine assemblers which require automobile-manufacturing leadership.

Dr. Herbert Diess, in conclusion, I wish to state that, evidently, Volkswagen is not renewing itself in order to merit public trust. Your company cannot be trusted. Here is a carmaker shamelessly aggrandizing a US$20 Million workshop into an automobile assembly plant. Suddenly, attaching tires, bumpers, and exhaust pipes to a vehicle become an assembly process. This scandal is not in the league of the 2015 “emissionsgate” — but it is a disgrace, nonetheless.

Sincerely,

David Himbara

Source: https://medium.com

Un « second génocide » au Rwanda : retour sur un débat complexe

file-20180622-26564-82q1spIl faut être reconnaissant à la spécialiste du génocide au Rwanda Claudine Vidal pour avoir proposé un échange serein sur un thème aussi grave que le génocide qu’aurait commis le Front patriotique rwandais (FPR) contre les Hutus.

En réalité, Claudine Vidal ne s’exprime pas tant sur le contenu du livre de Judi Rever, mais sur ses objectifs, sa finalité. Elle trouve que l’articulation entre enquêtes et preuves à finalité judiciaire, dans ce livre comme dans d’autres publications, pose problème : il s’agit, dit-elle, d’un « réquisitoire au sens juridique du terme : la description des massacres est conduite de façon à établir la qualification de génocide. »

Avant de revenir sur cette question méthodologique, voyons comment Claudine Vidal aborde le contenu du livre. Elle n’exprime nulle part son désaccord sur les faits. Elle dit même que ceux-ci étaient connus dans leurs grandes lignes et que le livre n’apporte donc pas de révélations, mais recueille de nouveaux éléments. Elle ne dit pas non plus que le livre ne montre pas que le FPR aurait commis un génocide contre les Hutus, même si elle utilise le terme « massacres » lorsqu’il s’agit des crimes dont les Hutus ont été victimes. Enfin, elle ne conteste pas que les crimes du FPR sont restés impunis.

Des nouvelles données fondamentales

Je pense, cependant, que Claudine Vidal sous-estime l’importance des nouvelles données fournies par Judi Rever. Basées sur de nombreux entretiens avec des anciens – y compris des repentis – du FPR, de deux rapports jusqu’ici restés secrets du bureau « Enquêtes spéciales » du Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR) et d’un nombre important de témoignages assermentés recueillis par le bureau du procureur du TPIR, ces nouvelles données constituent un saut qualitatif et quantitatif de notre connaissance des crimes commis par le FPR.

Surtout, ces données permettent d’avancer la qualification de génocide, alors que la plupart des spécialistes du Rwanda, y compris moi-même, avaient jusqu’à présent rejeté la thèse du double génocide. Or des dizaines de récits très concrets de massacres montrent l’intention de détruire les Hutu, comme tels, ce qui correspond à la définition de la Convention sur le génocide. Un indicateur très fort de cette intention est la séparation de Hutus et de Tutsis, souvent avec l’aide de civils tutsis, après quoi les Hutus sont tués et les Tutsis épargnés.

Vérité juridique et vérité historique

Claudine Vidal estime, toutefois, qu’il n’est « pas nécessaire d’affirmer l’existence d’un génocide pour justifier des enquêtes sur des massacres (de Hutus). » Il lui suffit « de considérer que les leaders du FPR ont effectivement mené une politique de terreur fondée sur des massacres de Rwandais hutus. »

Cela est sans doute vrai, et les responsables du FPR auraient pu être poursuivis pour crimes de guerre ou pour crimes contre l’humanité, deux qualifications que le TPIR avait dans son mandat. Le problème est que ces poursuites n’ont pas eu lieu pour des raisons bien connues, et que le FPR a donc bénéficié de l’impunité la plus totale.

Que ceux frustrés par cette injustice veuillent « susciter le scandale », comme le dit Claudine Vidal, n’est donc pas étonnant. De toute façon, aucune juridiction n’est aujourd’hui compétente pour juger les suspects du FPR, dont les crimes resteront très probablement impunis malgré leur caractère imprescriptible. Dès lors, si la vérité judiciaire ne sera pas établie, la vérité historique peut et doit être recherchée, et le livre de Rever contribue à cette quête.

Le droit et le devoir des chercheurs

Claudine Vidal a également raison de dire, en conclusion, que les sciences sociales ne sont pas limitées par les contraintes d’enquêtes judiciaires qui visent la poursuite et la condamnation dans le contexte bien déterminé du droit et de la justice. Cependant, les sciences sociales, elles aussi, sont tenues d’utiliser les termes exacts pour décrire les phénomènes qu’elles observent (un meurtre prémédité est un assassinat ; un homicide peut être involontaire).

Un camp de réfugiés rwandais à l’est du Zaïre (Congo), en 1994. Dave Proffer/WikimediaCC BY

En 1994, tant Claudine Vidal que moi-même, ainsi que de nombreux autres, avons qualifié de génocide les crimes dont les Tutsis venaient d’être victimes, et cela avant la première enquête judiciaire, et a fortiori des poursuites et des condamnations judiciaires. C’était notre droit et notre devoir. Pourquoi Judi Rever n’aurait-t-elle pas aujourd’hui ce même droit et ce même devoir ?

Je termine sur la question posée par Claudine Vidal dans le titre de sa contribution. Je ne vois pas d’indication que Rever aurait voulu « à tout prix » rechercher un deuxième génocide. Voyant sa démarche, qui s’étale sur une vingtaine d’années, j’ai plutôt l’impression que la possibilité que le FPR ait commis un génocide est venue se préciser, pour enfin être confirmée. Des éléments contingents, et surtout l’accès à de nombreux documents confidentiels du TPIR, ont contribué à autoriser ce constat. Mais rien n’indique que Rever est partie de l’hypothèse d’un génocide et que toute sa recherche ait été orientée dans le sens de prouver cette hypothèse.

Filip Reyntjens

Source: Theconversation.com

Non-lieu confirmé en appel pour le prêtre Wenceslas Munyeshyaka dans le génocide rwandais

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Abbé Wenceslas MUNYESHYAKA

La justice a confirmé jeudi 21 juin 2018 le non-lieu dont a bénéficié Wenceslas Munyeshyaka, un prêtre rwandais installé en Normandie et qui était visé par la plus ancienne plainte en France concernant le génocide de 1994 au Rwanda.

La justice a confirmé jeudi 21 juin 2018 le non-lieu dont a bénéficié Wenceslas Munyeshyaka, un prêtre rwandais installé en Normandie et qui était visé par la plus ancienne plainte en France concernant le génocide de 1994 au Rwanda.

La cour d’appel de Paris a ainsi confirmé l’ordonnance rendue, en octobre 2015, par les juges du pôle Crimes contre l’humanité au sujet de ce prêtre de 59 ans, dont les parties civiles avaient fait appel.

Les juges d’instruction avaient estimé que sa passivité face aux massacres ne pouvait suffire à l’accuser de « génocide » et à le juger devant la cour d’assises de Paris, malgré le rôle « trouble » qu’il avait joué dans sa paroisse de Kigali.

Un non-lieu requis par le parquet

Le parquet de Paris avait requis ce non-lieu, faute de charges suffisantes au terme d’une enquête de vingt ans, nourrie de centaines de témoignages et de plusieurs confrontations, ainsi que des déplacements sur place des juges et des gendarmes spécialisés.

« C’est au-delà de l’acquittement, cela signifie qu’il n’y a pas de charges », s’est félicité auprès de l’AFP Me Jean-Yves Dupeux, l’avocat de l’ecclésiastique. « Voilà un homme qui est mis en cause depuis 23 ans pour des faits gravissimes, qui s’est défendu pied à pied et qui a réussi à démontrer qu’il s’agissait d’accusations mensongères », a-t-il ajouté, dénonçant « une procédure mise en œuvre par des associations proches du pouvoir rwandais et sous pression politique permanente ».

« Nous allons envisager sérieusement la possibilité d’un pourvoi en cassation », a réagi Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), association en pointe dans les poursuites de possibles génocidaires réfugiés en France.

Une absence de réactions mais pas une participation active

L’enquête avait démarré dès les premières plaintes en 1995 en France, où s’était installé le prêtre. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda, qui souhaitait le juger, s’était désisté au profit des juridictions françaises, dont la loi reconnaît une compétence universelle pour les crimes les plus graves. À l’époque des massacres, le prêtre était vicaire de la paroisse de la Sainte-Famille à Kigali, où furent accueillis des milliers de civils. Il y circulait armé et protégé d’un gilet pare-balles pendant le génocide qui a fait, selon l’ONU, quelque 800 000 morts entre avril et juillet 1994, principalement au sein de la minorité tutsi.

L’accusation des témoins la plus fréquente « était son absence de réaction lors de ces exactions » mais « peu de témoins rapportaient une contribution active du mis en examen » aux intrusions meurtrières des miliciens hutus, avaient souligné les juges d’instruction dans leur ordonnance.

Paris-Normandie

Miracle ou mirage rwandais: faut-il croire aux chiffres?

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Vue de la ville de Kigali.© RFI/Stéphanie Aglietti
Des Journées européennes de développement au sommet du G7, Paul Kagame, actuel président en exercice de l’Union africaine, est invité partout, malgré son troisième mandat officiellement obtenu à près de 99% des suffrages exprimés. Même en France, malgré les accusations réciproques et l’interdiction de l’enseignement du français, c’est au Rwanda et à sa candidate Louise Mushikiwabo que le président Emmanuel Macron apporte son soutien pour le poste de secrétaire général de la Francophonie. Le Rwanda est présenté comme un modèle de développement pour l’Afrique et le bon élève de la politique de l’aide. Pourtant, tout comme sur la question des droits de l’homme et de la démocratie, de plus de plus de voix se font entendre pour critiquer ce modèle qui exclut des fruits de la croissance des millions de paysans rwandais parmi les plus défavorisés.

« Le Rwanda est aujourd’hui perçu comme l’un des pays les plus avancés et les plus respectés d’Afrique », justifie un porte-parole d’Arsenal. En s’achetant une manche du maillot de son équipe fétiche, Paul Kagame a créé une polémique, suscitant des critiques, y compris chez les parlementaires britanniques et néerlandais, deux pays qui ont longtemps été les soutiens du pays. Mais le célèbre club anglais persiste et signe, parlant d’un contrat de sponsoring signé après un processus d’évaluation menée par des « experts indépendants ». « Le Rwanda s’est transformé radicalement ces derniers temps », croit savoir le porte-parole du club.

Dans un contexte de restriction, de l’aide humanitaire internationale, le Rwanda qui figure toujours parmi les plus pauvres et les plus assistés d’Afrique, vient de débourser 40 millions de dollars sur trois ans pour cette campagne des plus ambitieuses, « Visit Rwanda ». Selon l’Agence rwandaise de promotion des investissements, avec cette simple mention sur un maillot vu 35 millions de fois par jour, selon le club, les revenus du tourisme devraient doubler sur les six prochaines années pour dépasser les 800 millions de dollars. L’une des principales attractions touristiques du Rwanda, ce sont ses parcs, ses volcans et les gorilles des montagnes chers à l’anthropologue Diane Fossey. Un fan d’Arsenal devra débourser 1 500 dollars pour une heure en leur compagnie. Comme dans d’autres secteurs, le petit Rwanda a toujours visé un tourisme haut de gamme, cantonné aux lodges et aux hôtels de luxe. Pour atteindre son objectif, il lui faudra entre 10 000 à 15 000 touristes supplémentaires par an, avec des poches bien garnies. Rien que l’on considère impossible au pays des Mille Collines, 24 ans après un génocide qui, selon l’ONU, a coûté la vie à 800 000 Tutsis et Hutus modérés, soit un dixième à l’époque de sa population.

Aujourd’hui présenté par les bailleurs comme l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, le Rwanda a connu une croissance du PIB d’environ 8% par an entre 2001 et 2014, sous la conduite de son homme fort. L’ancien chef rebelle, Paul Kagame, prend officiellement le pouvoir six ans après le génocide. L’an dernier, le président rwandais s’est officiellement fait réélire à près de 99%. Une modification de la Constitution peut lui permettre aujourd’hui de garder les rênes du pays jusqu’en 2034. Il n’y a plus beaucoup de détracteurs pour lui barrer la route. Au Rwanda, presque tous les opposants ont été tués, emprisonnés ou vivent en exil, selon l’ONU. Même les bailleurs, sans doute sur fond de culpabilité liée au génocide, mais aussi peut-être par crainte de représailles, hésitent à le contredire.

Des distributions alimentaires ciblées

Dans une Afrique de l’Est et centrale soumise depuis 2014 à des sécheresses, des inondations à répétition causées par le changement climatique, le Rwanda est étrangement absent des rapports du Programme alimentaire mondial sur la sécurité alimentaire, comme si les phénomènes climatiques s’arrêtaient à la frontière. « C’est sans doute faute de données récentes », assure un porte-parole du PAM qui se dit bien conscient de la gravité de la sécheresse au Rwanda. Mais l’agence onusienne dit espérer être en mesure de publier dans les prochaines semaines les résultats préliminaires de l’analyse sur la sécurité alimentaire et la vulnérabilité des personnes au Rwanda. Quand la presse régionale fait état de déplacements dans les pays voisins de milliers de familles rwandaises frappées par la sécheresse, le HCR dit ne pas être informé.

L’existence des distributions alimentaires d’urgence était quasi-taboue au Rwanda. Des journalistes ont été inquiétés pour avoir voulu évoquer la question de la malnutrition. Mais en janvier 2018, le gouvernement rwandais a finalement reconnu avoir assisté en 2016 quelque 100 000 « foyers », soit plus d’un demi-million de Rwandais, avec une aide alimentaire d’urgence dans les provinces du sud et de l’est. Selon le New Times, quasi-agence de presse du régime, la ministre des Affaires sociales s’est engagée cette année encore à ce que « aucun Rwandais ne meure de faim », malgré une nouvelle période de sécheresse débutée en octobre 2017 puis des inondations qui ont déjà fait des centaines de morts.

Depuis le début de l’année, Kigali annonce tous les mois des distributions alimentaires ciblées et assure avoir suffisamment de nourriture pour tout le monde. Selon des documents internes au PAM, le gouvernement avait pourtant en 2016 demandé au moins une fois à l’agence onusienne d’assister quelque 125 000 Rwandais et l’agence onusienne avait planifié cette opération. Interrogé sur la fréquence et l’importance de ces distributions depuis, le Programme alimentaire mondiale assure que cette assistance ne s’est finalement pas révélé nécessaire et dit n’avoir fait depuis aucune distribution « à grande échelle » et « indiscriminée » à des Rwandais vivant au Rwanda. L’agence onusienne qui connaît de graves difficultés financières décrit comme une « évolution positive » le fait que Kigali se retrouve aujourd’hui seule en première ligne.

Les statistiques sont-elles truquées ?

En 2014, l’Institut rwandais des statistiques a annoncé que la pauvreté au Rwanda était en net recul, passant de 44,9 % en 2010 à 39,1% en 2014, soit une baisse de six points. L’Institut britannique OPM, qui jusque-là apportait un appui technique sur ce projet, s’est refusé à cosigner l’étude sans plus d’explication. Mais des chercheurs belges, comme Filip Reyntjens ou plus récemment Sam Desiere, ont remis en cause ces chiffres ; l’un dénonçant une manipulation derrière la « mise à jour » opérée par l’Institut rwandais dans le calcul du panier de consommation de base des ménages rwandais ; l’autre, démontrant que l’inflation était plus élevée que ce que les autorités pouvaient reconnaître.

Pour Sam Desiere, spécialiste de la question des statistiques dans les pays en voie de de développement, le taux de pauvreté au Rwanda n’aurait pas baissé de six points, mais augmenté d’un peu plus d’un point. Sur la même période, le taux d’inflation ne serait pas de 17%, mais de plus de 30%, ce qui entraînerait une plus grande vulnérabilité, notamment dans les couches les plus pauvres de la population rwandaise.

L’ancien expert de la Banque mondiale, Bert Ingelaere, en fait même une tribune dans le New York Times publiée le 2 août 2017 et intitulée « Le président pour toujours ». Quelques jours avant la réélection annoncée de Paul Kagame, il décrit publiquement comment, alors qu’il travaillait encore pour l’institution de Bretton Woods, on lui a demandé de ne pas poursuivre une étude dont les questions ne plaisaient pas au gouvernement rwandais. « Les questions étaient standard pour tous les pays, certaines portaient sur la gouvernance », précise Bert Ingelaere. « Je n’ai rien dit publiquement sur le coup parce que je pensais à la sécurité de nos équipes rwandaises sur le terrain », conclut ce désormais maître de conférences à l’Université d’Antwerp et auteur du livre Les cours Gacaca au Rwanda : rechercher la justice après le génocide.

Une autre experte explique avoir été elle aussi censurée. Elle avait effectué un rapport d’évaluation pour le compte d’une ONG d’un programme de lutte contre la pauvreté. « Mon rapport montrait des taux de malnutrition très inquiétants dans certains villages rwandais, l’ONG n’a pas voulu le publier parce que cela démontrait aussi que ses programmes n’avaient pas les résultats escomptés », confie encore l’experte. « Entretenir l’idée d’un miracle rwandais, ça profite tout autant aux bailleurs et aux ONG qu’au gouvernement rwandais », confirme un responsable d’ONG, qui poursuit : « Il y a une indulgence, sans doute emprunte d’un fond de culpabilité du génocide, mais qui ne rend pas compte de la réalité. »

Paul Kagame tape du poing sur la table

Au mois de février 2018, lors de la retraite organisée chaque année par le régime rwandais, le président Paul Kagame a lui-même tancé ses ministres pour les mauvais résultats en termes de malnutrition chronique. 37% des enfants de moins de cinq ans en souffrent toujours. « Est-ce que nous manquons à ce point de nourriture ? » a lancé l’homme fort du Rwanda, se disant fatigué de devoir répéter les mêmes choses. « Paul Kagame aime faire ça, il aime jouer les sauveurs, mettre le gouvernement en ordre, comme un PDG efficace », s’amuse un observateur. Officiellement, ces quatre dernières années, ce taux est resté quasi-inchangé. 37%, c’est six points de moins que son voisin, la République démocratique du Congo, souvent décriée pour sa mauvaise gestion.

De l’autre côté de la frontière, au Congo, avec un taux de malnutrition chronique de 43%, l’Unicef parle d’une « urgence silencieuse », d’un risque de retard dans l’éducation et le développement de ces enfants. Pour René Mugenzi, activiste rwandais en exil en Grande-Bretagne, la faim fait tellement partie du quotidien des Rwandais que pour pouvoir en parler sans violer le tabou, ils l’ont appelée « Nzaramba », ce qui signifie « que ta vie soit longue ». Un journaliste rwandais confirme : « C’est l’expression utilisée dans l’est du pays, mais il existe d’autres expressions “Warwaye ryani”, “Shira Umuteto”… Il y en a presque autant que de districts ». Pour les organisations paysannes rwandaises, certains de leurs partenaires, des chercheurs rwandais comme étrangers, cette insécurité alimentaire croissante dans certaines parties du pays n’est pas uniquement due au changement climatique.

Une mauvaise répartition de la croissance ?

Il y a dix ans, le Rwanda s’engageait à bras le corps dans la « révolution verte » promue par le FMI et la Banque mondiale, imposant des cultures de rente comme le maïs ou le blé, plus sensibles aux aléas climatiques, et un développement à marche forcée, à coup de semences améliorées, de fertilisants et d’engrais chimiques, à des paysans rwandais qui constituent aujourd’hui encore la frange de la population la moins éduquée et la plus pauvre du Rwanda. La production agricole, elle, contribue pourtant à plus de 30% du PIB. « Il y a des réels gains de productivité, c’est un facteur à ne pas négliger dans un pays aussi densément peuplé »,  explique An Ansoms, professeure à l’université catholique de Louvain.

An Ansoms fait partie d’un collectif de chercheurs étrangers qui, depuis l’an dernier, tire la sonnette d’alarme. Cette course à la productivité aurait surtout bénéficié aux élites rwandaises, devenues les intermédiaires dans cette « révolution verte », et aux agriculteurs qui disposent d’au moins deux hectares, quand 70% des parcelles cultivables font aujourd’hui moins d’un hectare et que 70% de la population vit encore de ce qu’elle produit.

« Ce qui n’est jamais expliqué dans toute la littérature sur la révolution verte ou dans les success stories sur le Rwanda relayées par le gouvernement et les bailleurs, c’est que pour chaque Rwandais qui accepte d’ouvrir un compte en banque et toutes les conditions des politiques d’Etat, il y a au moins un Rwandais qui en est exclu », affirme Chris Huggins, professeur à l’université d’Ottawa et auteur de La réforme agricole au Rwanda : autoritarisme, marchés et zones de gouvernance, paru en octobre 2017.

Les paysans aussi se plaignent d’être les laissés pour compte du « miracle rwandais ». « Ce n’est pas comme pour tous les autres métiers, nous, c’est un peu comme si on opérait dans l’informel », déplore un paysan rwandais. « Quand on distribuait les cartes d’identité, toute personne qui n’avait pas de boulot, qui était chômeur et travaillait une heure par jour, était enregistrée comme un agriculteur. » Au Rwanda, 17epays le plus pauvre au monde, le taux de chômage est officiellement de 16,7%, un chiffre comparable à celui de l’Espagne, 14e puissance mondiale.

« Même ceux qui ont quelques ares de terrain, même l’agent de l’Etat, même la prostituée avec un jardin, sont considérés comme des agriculteurs. Et ça empêche de faire des politiques adaptées aux différentes catégories », peste encore l’agriculteur.

Pour lui, comme pour d’autres sur les collines rwandaises, il faut aujourd’hui assouplir les politiques publiques, offrir des « services spécifiques ». Même si l’Etat fait « beaucoup d’efforts », reconnaissent ces paysans, en subventionnant les intrants pour ceux qui acceptent de rejoindre son programme d’intensification des cultures, ces efforts restent tournés vers le développement d’un agrobusiness dans lequel l’Etat, le régime et leurs démembrements tiennent une place prépondérante. Une des sociétés du ministère de la Défense, l’APTC (Agro Processing Trust Corporation), a longtemps été l’un des principaux acteurs dans la chaîne d’approvisionnement en fertilisants et en semences. « Nous, tout ce qu’on demande, c’est un traitement équitable » conclut l’agriculteur.

Sonia Rolley

Source: RFI

Miracle ou mirage rwandais: faut-il croire aux bienfaits de la révolution verte?

Rwanda-The_0Des Journées européennes de développement au sommet du G7, Paul Kagame, actuel président en exercice de l’Union africaine, est invité partout, malgré son troisième mandat officiellement obtenu à près de 99% des suffrages exprimés. Même en France, malgré les accusations réciproques et la suppression de l’enseignement du français au primaire, c’est au Rwanda et à sa candidate Louise Mushikiwabo que le président Emmanuel Macron apporte son soutien pour le poste de secrétaire général de la Francophonie. Le Rwanda est présenté comme un modèle de développement pour l’Afrique et le bon élève de la politique de l’aide. Pourtant, tout comme sur la question des droits de l’homme et de la démocratie, de plus de plus de voix se font entendre pour critiquer ce modèle qui exclut des fruits de la croissance des millions de paysans rwandais parmi les plus défavorisés.

La Fédération des agriculteurs et des éleveurs du Rwanda, Imbaraga, ose aujourd’hui le dire tout haut, ce que beaucoup d’observateurs étrangers n’auraient pas cru possible il y a encore quelques mois. « Le gouvernement fait beaucoup d’efforts, mais les agriculteurs rwandais restent les plus pauvres parce qu’ils dépensent aujourd’hui plus qu’ils ne reçoivent », assure son secrétaire général, Joseph Gafaranga. Une déclaration que les experts du régime rwandais jugent exagérée. « Ces paysans sont des assistés, le gouvernement dépense des millions en subventions et en formation », insiste l’un d’eux. Et pourtant la liste des dépenses est longue, de l’achat des semences et des fertilisants à l’imposition de taxes réelles ou illégalement établies par les dirigeants des coopératives ou des autorités locales. Mais des discussions sont en cours entre le gouvernement et la fédération paysanne qui a formulé une série de propositions visant à améliorer les conditions de vie des paysans les plus pauvres, très largement majoritaires dans le pays.

Avec la politique d’intensification des cultures mise en place depuis dix ans, le Rwanda s’est inscrit dans la « révolution verte » âprement défendue par la Banque mondiale et le FMI, maintes fois réformée officiellement pour produire plus de justice sociale, mais toujours aussi critiquée quarante ans pour les inégalités qu’elle creuse et son coût écologique. L’idée de cette « révolution » est simple : avec des semences améliorées et des fertilisants, la production peut croître et nourrit une population toujours croissante. En Asie, entre 1970 et 1995, grâce à l’introduction de nouvelles variétés de blé et de riz, la production agricole a cru de 310 millions à 650 millions de tonnes par an, alors que la population asiatique a plus que doublé.

Pour les détracteurs de la révolution verte, cette politique a eu un coût écologique élevé et aurait même plongé jusqu’à 800 millions d’Asiatiques sous le seuil de pauvreté. Vivre avec moins d’un dollar par jour, c’est le niveau choisi par la Banque mondiale pour définir le seuil de la pauvreté, selon ses plus âpres critiques. Certains de ses défenseurs rétorquent que, sans la Révolution verte, au vu de la croissance de la population mondiale (quatre milliards de plus d’êtres humains), le nombre de pauvres serait plus élevé encore. Le débat est presque aussi vieux que l’idée, même si les Institutions de Bretton Woods promettent à chaque réforme que la redistribution des ressources sera plus équitable.

L’épineuse question des terres

« Il y a beaucoup de rapports d’études là-dessus, ce sont les paysans les plus pauvres qui s’en sortent le moins avec la révolution verte, mais au Rwanda, malheureusement, cela constitue une très grande majorité de la population », explique Chris Huggins, professeur à l’université d’Ottawa. Ce dernier a passé plus de quinze ans à travailler sur l’épineuse question des terres, notamment au Rwanda, il a publié l’an dernier un livre intitulé La réforme agricole au Rwanda : autoritarisme, marchés et zones de gouvernance. Au pays des Mille Collines, la question des terres reste un sujet sensible. Ce n’est que dix ans après le génocide qu’une loi encadrant la propriété a été adoptée, avec pour objectif affiché de renforcer les droits des propriétaires terriens.

Pour enrayer le morcellement des terres, le gouvernement rwandais a interdit de diviser les terres de moins d’un hectare. « Même si c’est une bonne mesure d’essayer d’éviter les subdivisions à l’infini, chaque médaille a son revers », explique un membre de la société civile. « 70% des Rwandais n’ont que ça à transmettre en héritage à leurs enfants ». L’autre mesure qui réduit la possibilité pour le petit paysan de vendre ou de transmettre sa terre, ce sont les 30 000 francs rwandais de frais administratifs, exigés jusqu’ici pour enregistrer le titre de propriété, quelle que soit la taille de la parcelle. Pour le professeur Chris Huggins, cette dernière mesure est de nature à encourager les petits paysans à transmettre illégalement leurs parcelles et à nuire à terme à la fiabilité du cadastre que le gouvernement rwandais a mis quatre ans à constituer.

Avec 500 habitants au kilomètre carré, le Rwanda, c’est Taïwan sans les gratte-ciel, un maillage serré de micro-parcelles cultivées flanquées sur des collines plus ou moins escarpées, des agriculteurs, des éleveurs, des déplacements de populations depuis l’indépendance et des conflits fonciers à foison. Au Rwanda, même les marécages sont mis à contribution, surtout en saison sèche. Seuls les parcs, ses volcans et ses gorilles, sont protégés. Or depuis le génocide de 1994, la population rwandaise a doublé, dépassant les 13 millions d’habitants. Le nombre de terres cultivées au Rwanda croît chaque année.

Une surexploitation sur fond de croissance démographique

Selon le dernier rapport de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), entre 2007 et 2010, le nombre de terres officiellement cultivées a été multiplié par dix. Aujourd’hui encore, la Fédération des paysans et éleveurs du Rwanda demande au ministère de l’Agriculture à pouvoir utiliser les terres disponibles le long des rivières, des lacs, à l’aider à consolider les terres d’altitude. Toutes ces propositions ont été favorablement accueillies par le gouvernement tant la pression sur les terres est forte. « Depuis 2012, les femmes peuvent aujourd’hui hériter au Rwanda, ce qui est une bonne chose, mais cela rajoute encore de la pression », dit Chris Huggins.

Au Rwanda, c’est dans les milieux ruraux que la croissance de la population reste la plus forte. Sur les collines, les femmes continuent de faire cinq à six enfants. « Le nombre d’agriculteurs augmente et la superficie de terres cultivées par famille diminue. Nous avons moins de terres que nos voisins, ça nous rend moins compétitifs, on ne produit pas assez », regrette le patron du syndicat paysan Joseph Gafaranga, quand la production agricole représente déjà 30% du PIB. C’est aussi sur les collines qu’on enregistre les taux de malnutrition chronique les plus élevés chez les enfants de moins de cinq ans, 37% au niveau national, jusqu’à 60% dans certains districts selon les statistiques officielles de 2015. Ces districts défavorisés sont aussi trop souvent ceux qui ont été frappés ces dernières années par la sécheresse, les inondations, les invasions de parasites.

« Si vous comparez la taille des enfants par rapport à leur âge, ils sont très petits, ils ont des problèmes d’anémie, ils ont du mal à suivre à l’école, ils sont condamnés à ne pas être productifs, c’est une génération de perdue », déplore un membre de la société civile. Comme dans les autres pays qui ont adopté la révolution verte, le gouvernement a dû subventionner les intrants pour permettre aux petits producteurs de pouvoir produire plus, visant non seulement l’autosuffisance alimentaire, mais aussi l’exportation. « Comme la densité augmente, il y a une surexploitation des terres qui nécessite d’utiliser beaucoup d’intrants agricoles, en particulier des fertilisants. »

Des prix imposés aux paysans

Le réseau européen pour les Grands Lacs, EurAc, va plus loin, en reprenant tout ce qui fait le socle des critiques de la révolution verte. « Les politiques du gouvernement ont changé de façon radicale la manière dont les Rwandais produisent de la nourriture et cela dégrade leur sécuritaire alimentaire », explique l’un de ses chargés de plaidoyer et chercheur sur le Rwanda, Giuseppe Cioffo. Le sorgho, la banane à bière et parfois même la patate douce, « que l’on peut pourtant récolter toute l’année », ont été remplacés par des cultures destinées à la commercialisation et à l’exportation, un modèle « plus risqué » face au changement climatique, pas adapté à une « agriculture encore vivrière », modèle « trop cher » aussi pour la majorité des Rwandais et avec un coût écologique élevé qui est contraire à toute idée de durabilité. « Il y a des terres érodées, des terres qui deviennent infertiles, des semences qui n’ont pas donné la production promise », martèle le chargé de plaidoyer.

Dans son dernier rapport daté d’avril 2018, l’IRDP partage une partie de ces conclusions, mais soutient que les faiblesses observées sont moins du fait de la politique en elle-même que dans sa mise en œuvre. « On ne peut pas nier que dans la politique d’intensification des cultures (CIP), il y a une vision. Sur le papier, ce modèle se veut équitable », explique son directeur, Eric Ndushabandi. Dans les textes, la CIP est censée permettre aux petits paysans réunis en coopérative de « consolider leur terre », en produisant suivant les instructions du gouvernement une culture désignée comme favorable pour son district.

Au niveau national, toutes ses productions devaient amener à créer une alimentation peu chère et diversifiée pour les Rwandais. Mais selon l’enquête de satisfaction menée par l’IRDP, 47% des paysans interrogés disent ne pas être intéressés par cette politique, persuadés après dix ans de mise en œuvre qu’elle entraînerait des famines ou permettrait à l’Etat de s’accaparer leurs terres. Cette insatisfaction envers les réformes agraires et foncières est même perceptible dans le Citizen Report Card financé par l’ONU et basé sur des statistiques produites par le comité de gouvernance du Rwanda.

Ce que dénoncent les paysans et chercheurs, c’est qu’au Rwanda, sans surprise, on est bien loin du modèle libéral pourtant claironné par les institutions de Bretton Woods. Dans un pays où presque toutes les voix dissidentes ont été réprimées, c’est difficile de négocier. « Le petit paysan n’a pas beaucoup son mot à dire sur le prix des semences, des fertilisants, le prix d’achat des récoltes. Ce sont les gros vendeurs et acheteurs qui les fixent », explique Joseph Gafaranga, secrétaire général du syndicat paysan. Le docteur Eric Ndushabandi renchérit sur ce point : « Il y a deux choses que les coopératives ne doivent pas faire : imposer des contributions supérieures au prix que le paysan va obtenir avec sa récolte ; et elles doivent surtout, comme c’est écrit dans les textes, favoriser les petits paysans et non les grands producteurs ». Pour l’IRDP, il est crucial de rendre le système des coopératives plus attractif, et de mieux vulgariser ses effets positifs, car c’est dans cet espace que se concentrent les interventions du gouvernement, appui technique, formation, subventions.

« Education, éducation, éducation »

Pour la Fédération des paysans et éleveurs du Rwanda, il y a urgence à donner un statut aux agriculteurs, de définir des catégories pour pouvoir adapter les services, alors que trop souvent « même ceux qui n’ont pas de terres, même ceux qui ne travaillent pas ont ce statut », justifie son secrétaire général. Pour Joseph Gafaranga, cette proposition « est aussi avantageuse pour le gouvernement », parce qu’elle permettrait de lister les devoirs des agriculteurs vis-à-vis des terres ou de l’Etat. « Les objectifs de commercialisation et d’exportations sont bons, mais la réalité, c’est qu’au Rwanda, cela reste en majorité une agriculture de subsistance, avec des paysans très attachés à leur terre, à leurs traditions et encore trop peu formés aux nouvelles techniques », commente le docteur Eric Ndushabandi.

Une révolution est pourtant en marche au Rwanda. Selon l’étude menée par l’IRDP, moins de 3% des jeunes de 15 à 24 ans vivent des activités agricoles. Les trois quarts des paysans rwandais ont aujourd’hui entre 35 et 54 ans et ils ont à peine un niveau d’éducation primaire. « Le gouvernement rwandais fait beaucoup d’efforts sur la formation des jeunes et sur la création d’emplois, car c’est le défi d’avenir », souligne le directeur de l’IRDP. Mais ce dernier insiste sur la nécessité de renforcer l’information et la formation des agriculteurs pour « réduire les résistances au changement » : « Je n’ai qu’un mot pour les autorités : éducation, éducation, éducation pour créer des perspectives d’emploi. »

L’autre aspect de cette révolution dans les campagnes, c’est que, selon cette étude, un petit plus de la moitié des agriculteurs possède sa propre terre. Les autres 40% louent ou travaillent sur des propriétés qui appartiennent à des tiers. « C’est l’une des conséquences de cette politique, les paysans s’endettent, ils finissent par perdre leurs terres, doivent travailler pour d’autres pour des salaires souvent très limités »,  explique An Ansoms, professeure à l’université catholique de Louvain. Il est difficile d’évaluer le volume de « paysans sans terres » ni même d’expropriations. Mais la loi autorise les pouvoirs publics depuis 2015 à exproprier des citoyens pour une large palette de motifs, infrastructures « et autres activités sur décret ministériel ».

La hantise de l’expropriation

Selon une étude menée cette fois par la société civile sur les expropriations et transferts des terres, publiée en octobre 2017, le monde agricole, peu informé des lois et des recours, reste le principal touché par ce phénomène, inhérent à la politique du gouvernement rwandais d’un développement à marche forcée, à coup de grands projets pilotés par l’Etat. Si un système de compensation est prévu dans la loi, l’écart entre les villes et les campagnes peut dépasser les 150% et renforce le ressenti vis-à-vis du régime d’une partie des paysans, privés de leurs moyens de substances. « Pour comprendre ce ressenti, il ne faut pas négliger le poids du passé et les interférences permanentes exercées par le régime à la base. Mais cette tension porte moins aujourd’hui sur l’ethnie que sur l’adhésion politique ou non au FPR », explique encore le professeur Chris Huggins.

Depuis presque deux ans, des discussions sont ouvertes entre le gouvernement et les représentants du monde paysan, avec une liberté de ton qui surprennent les partenaires, comme les observateurs étrangers, habitué aux discussions plus policées dans une sphère publique très contrôlée. Pour la professeure An Ansoms, Kigali, comme les bailleurs de fonds, reconnaît jusqu’ici « des couacs » dans la politique agricole, mais n’est pas encore prête à une « remise en cause systémique » plus à même de permettre une meilleure répartition des ressources. « Le gouvernement sait aussi qu’il doit parfois les entendre », car la faim reste « le meilleur catalyseur pour une révolte », estime un observateur avisé. « Il ne peut y avoir deux Rwanda, celui qu’on vend à l’extérieur et la réalité du quotidien », renchérit un responsable de la société civile. « Ces paysans, c’est la majorité de la population, ils peuvent faire disparaître les pauvres dans les villes, mais pas dans les campagnes. Il faut faire avec. »

Sonia Rolley

RFI