Category Archives: Kwibuka

Gushyingura cyangwa kubika mu tubati imibiri y’abishwe? Tubyibaze.

Ikibazo kiri mu mutwe w’iyi nyandiko cyabajijwe n’umuntu ukoresha amazina ya Hon Oré kuri facebook. Aribaza niba Leta yarasabye uruhushya imiryango y’abishwe, bakemeranywa kubika iyi mibiri mu tubati aho kuyishyingura.

Dore uko abivuga:

Mu myaka yashize nagize ibyago cyangwa amahirwe yo gusura camp de concentration ya Auschwitz – birkenau muri Pologne ahakorewe génocide y’abayahudi.

➡️Nabonye ibyumba byuzuyemo za lunettes abahamburiwe ubuzima babaga bambaye.
➡️Mbona imbago n’utugare tw’ibimuga byahiciwe
➡️Mbona amafoto y’abahasize ubuzima
➡️Mbona chambres à gaz zakoreshwaga mu guhohotera izo nzirakarengane
➡️ n’ibindi byinshi…

Gusa nta mirambo, amagufa, cyangwa uduhanga by’abahasize ubuzima nahabonye.

Ibibazo abaza ni ibi bikurikira:

  1. Ese iwacu kuki twahisemo kwanika amagufa n’uduhanga by’abacu?
  2. Ko atari umuco wacu, tukaba n’ubundi dukopera abandi, kuki tutiganye uburyo abahuye n’ako kaga mbere yacu babigenje kugirango bitazibagirana?
  3. Ese Leta yaba yarabajije ababuze ababo uruhushya mbere yo kubashyira muri turiya tubati?

Ibi bibazo buri wese yabyibaza ariko ibisubizo byatangwa na Leta ya FPR. Na none umuntu yakwibaza ati ese ni nde ufite uburenganzira ku murambo w’uwitabye Imana, yaba yishwe cyangwa apfuye urupfu rusanzwe?

Nanjye nkibaza niba koko FPR yaba ifite gahunda yo kuzashyingura iyi mibiri mu gihe abiciwe ababo baba bakomeje gusaba ko bikorwa, cyane ko benshi mu banyarwanda babona kugumisha iyi mibiri mu tubati ari agashinyaguro!

Icyitonderwa: Ubusanzwe, umubiri ugizwe n’amagufwa, amazi avanze n’amaraso, n’inyama. Iyo umuntu amaze gupfa umubiri urabora hagasigara amagufwa yonyine. Ngo mu rwego rwo kubaha abishwe, FPR yafashe icyemezo cyo kuvuga imibiri mu kigwi cy’amagufwa. Ibi bikaba mu maso y’abatari bakeya bigaragara nko gushaka gushuka abiciwe ko abantu babo bapfuye batigeze babora. Abazi ibinyanye n’ibinyabuzima bemeza ko kugira ngo umubiri udashanguka, bisaba kuwutera imiti yabugenewe iwufasha kandi igatuma abawegereye batagira indwara banduzwa na wo.

Inyandiko y’umukunzi wacu.

Retour sur un massacre. L’attaque contre les réfugiés Hutu de Tingi-Tingi

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RETOUR SUR UN MASSACRE. LA DESTRUCTION DE TINGI TINGI

Paul Kagame a récidivé. Entre 1996 et 1998, sous le couvert de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila, son armée a massacré des centaines de milliers de réfugiés hutu à travers tout le territoire congolais :  Kibumba (octobre 1996), Mugunga et Osso (novembre 1996), Hombo et Biriko (décembre 1996) dans la province du Nord-Kivu ; Kashusha et Shanje (novembre 1996) dans la province du Sud-Kivu ; Tingi-Tingi et Lubutu (février-mars 1997) dans la province du Maniema, et Boende (avril 1997), …

Au mois de décembre 2019, cette même armée rwandaise, avec la complicité de l’armée congolaise, a attaqué la région de Kalehe au Sud Kivu. Des morts se comptent par milliers car les soldats rwandais au sol, appuyés par des hélicoptères de combat, ont massacré sans répit les pauvres réfugiés sans défense. Près de 2000 rescapés furent capturés et séquestrés dans le camp militaire de Nyamunyunyi où ils mouraient journellement par la faim doublée de mauvais traitements. Le CICR a protesté mais en vain.

Cette énième attaque des réfugiés hutu en RDC nous pousse à revenir sur un autre massacre horrible, celui de Tingi Tingi.

Tingi Tingi reste célèbre dans la mémoire collective des rwandais rescapés de la chasse à l’homme par les rebelles coalisés de Laurent-Désiré Kabila et de Paul Kagame. Dans leur fuite, les réfugiés hutu arrivent au Maniéma et à bout de souffle, ils font un campement à Tingi-Tingi. Le 2 février 1997, ils reçoivent la visite de Madame Emma Bonino, alors Commissaire européen à l’Action Humanitaire. Madame Emma Bonino fut sidérée de voir cette masse de réfugiés aussi émaciés et squelettiques au point qu’elle déclara, en découvrant ces réfugiés, que sa visite à Tingi Tingi constituait une descente aux enfers.

Emma Bonino lança un appel pathétique à la Communauté Internationale l’invitant à venir en aide aux réfugiés rwandais. Ces derniers verront enfin leur traitement s’améliorer peu à peu dans le courant du mois de février 1997. Hélas, pour une courte durée, puisque vers fin février 1997 déjà, toutes les ONG se retirent du camp de Tingi Tingi en alléguant les problèmes d’insécurité ! En réalité, elles avaient eu vent de l’information sur la destruction prochaine des camps et l’insécurité invoquée n’était qu’un alibi.

C’est dans ce contexte tendu qu’interviendra, le 7 février 1997, la visite, au camp Tingi Tingi, de Madame Sadako Ogata, alors Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Loin de satisfaire les attentes de la population, cette visite se passa plutôt dans un climat d’écœurement et de découragement général parmi les réfugiés, car Sadako Ogata ne put promettre aux réfugiés ni la survie, ni la sécurité, ni la protection. Pourtant, les « rebelles », qui s’étaient déjà emparés, dans l’après-midi du 13 janvier 1997, du pont stratégique sur la rivière Oso, continuaient inexorablement leur progression vers Amisi, à quelques kilomètres de Tingi Tingi. Comme par hasard, le séjour de cette illustre personnalité du HCR correspondra avec l’attaque des « rebelles » sur le camp des réfugiés rwandais d’Amisi.

À la suite de la destruction du camp d’Amisi, les réfugiés reprendront le chemin du supplice, après avoir enregistré de fortes pertes en vies humaines sur place, principalement parmi les enfants, les femmes et les vieillards trop épuisés pour pouvoir encore marcher. Les rescapés pourront seulement passer quelques jours dans le camp de Tingi Tingi, avant de se voir de nouveau obligés de reprendre l’exode, lorsque, le 1 mars 1997, le camp sera attaqué par les « rebelles ».

L’état de santé fragile des réfugiés sautait aux yeux. Il est donc évident que, de nouveau, beaucoup de réfugiés mourront dans le camp de Tingi Tingi, parce qu’ils seront tout simplement incapables de se déplacer. Les médias internationaux ont fait état de plus de 25.000 réfugiés morts dans cette attaque de Tingi Tingi qui abritait au total environ 260.000 réfugiés.

La destruction des camps de Tingi Tingi fut précédée, comme ailleurs, par une intense campagne médiatique de diabolisation des réfugiés hutu au point de leur prêter des exploits militaires imaginaires contre les rebelles de l’AFDL de Laurent Kabila. En clair, l’intoxication visait à présenter ces camps comme des objectifs militaires et ainsi justifier à priori une offensive sur eux. Toute voix qui a tenté de mettre à découvert cette machination se fera traiter de tous les noms sous prétexte qu’elle « tentait d’amener la communauté internationale à sympathiser avec des criminels ».

Les rescapés de Tingi Tingi seront achevés tout le long du parcours de plus de 250 kilomètres vers Kisangani, notamment à Kasese et à Biaro où les « rebelles » ont encerclé, pendant plus de 4 jours le gros de ces infortunés. Plusieurs ONG sur place, qui n’ont pas été autorisées à voir les réfugiés, parlèrent déjà de la solution finale en accusant les « rebelles » de vouloir exterminer ces réfugiés par la faim. C’est par exemple le cas de Stephen SMITH, dans Libération du 20 mai 1997.

De même, le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, accusa Laurent Kabila et ses « rebelles » de vouloir en finir avec les réfugiés, en les tuant à petit feu par la faim. De son temps, son prédécesseur Boutros Boutros Ghali avait tenu les mêmes propos pour dénoncer le complot ourdi contre les réfugiés, en empêchant l’arrivée de la « Force Internationale d’Intervention Humanitaire » à l’Est du Zaïre. Il avait dit qu’il s’agissait d’un « génocide par la faim » mais, malheureusement, il n’avait pas été écouté par ceux qui avaient le pouvoir d’arrêter ce génocide.

Finalement, à peine 100.000 personnes atteindront Kisangani et les environs. Même cet effectif, aussi ahurissant qu’il paraisse de part le nombre de manquants, ne fait pas l’unanimité, puisque même le porte-parole du HCR, Paul Stromberg, refusera de donner aux journalistes un quelconque chiffre exact, alors qu’il avait tous les moyens de le savoir. A-t-il eu peur ou honte de le dire ? Seule l’histoire le dira. De 260.000, les réfugiés seront ainsi réduits à 100.000 en quelque temps. RFI, au 25 avril 1997, parlera même de 85.000 personnes. Où sont donc parties les autres, soit environ 160.000 personnes ?

Le témoignage récent (mars 2017) de l’avocat américain Reed Brody qui a fait partie d’une équipe des enquêteurs qui s’est rendue sur place quelques mois plus tard après ce massacre donne de la chair de poule : « Quelque 190.000 réfugiés hutus rwandais ont été massacrés dans les forêts de l’est du Congo-Kinshasa, notamment dans la clairière de Tingi Tingi ». Il signale même qu’il a subi des pressions américaines pour ne pas enquêter sur ce massacre.

Gaspard Musabyimana

Source: http://www.echosdafrique.com

Rwanda : 1995 -2005 my youthfulness in 1930 prison

Rwanda : My youthfulness in the 1930 Prison from 1995 to 2005

Rwanda : My youth in the 1930 Prison from 1995 to 2005

Imagine that you are 18 years old, with your life ahead of you and your head full of dreams. Like the majority of Rwandans, you are in the aftermath of the genocide perpetrated against the Tutsis in 1994. You were almost killed during the genocide and now you are trying to rebuild your life. You have begun the process of resuming your studies in mathematics and physics, subjects you excelled in. But instead, overnight, you find yourself in the central prison of Kigali, known as the 1930 prison. In your new world, “prisoners are neglected, the sick are sent to hospitals to die because they are transferred too late. The fate of Rwandan prisoners is never mentioned; their suffering, the physical and moral torture they undergo”. How would you have reacted? Only a few people can testify about such circumstances, including Kalima, who experienced this misfortune. He shares his story, his downfall, his recovery and his current challenges.

Who is he?

Kalima was 17 years old at the time of the genocide against Tutsis in Rwanda in 1994. He lived in the city of Kigali, and he was a student in secondary school. He lived with his younger siblings his mother. Their father had passed away before 1994. During the genocide, he was almost killed in two or three cases and each time, neighbours who knew him saved him. He had a Hutu identity card but his look was affiliated with the Tutsi ethnic group. When the war approached their neighbourhood, he moved with his family to another place and they stayed there until the RPF-Inkotanyi seized the city of Kigali. He then fled the war to Goma and stayed there for only two weeks until he was separated from his family and returned to Kigali.

How did he go to prison?

It started when his friend told him that someone wanted him dead, but he didn’t pay it any attention. That day, in the evening, he was approached by three soldiers on the street who asked him if he knew of a certain person. The person in question was himself. He had an instinct to answer that he knew the person, without informing them that it was himself, and directed the way to his parents’ home to the soldiers. From that moment he moved to another neighbourhood, away from where his family lived. He informed his mother of his new whereabouts and from time to time he would briefly pass by the family home.

On January 24, 1995, he was walking down the street when a soldier called out his name and greeted him. The soldier told him that the brigade commander was looking for him, and Kalima could never have suspected that it was to put him in jail. He followed the soldier and when he arrived in the brigade, the soldier said “Here comes an Interahamwe!“. Kalima didn’t have time to understand what was happening to him. He describes: “The soldiers assaulted me and beat me up, they brought me where they registered new prisoners, it was the beginning of the Way of the Cross.. He remained in the cell until February 1, 1995.”It was a beautiful day in February 1995, when around 3pm, we heard a soldier, Rukara, calling13 names from our cells, including mine. He asked us to take our belongings and the other inmates began to congratulate me, thinking I was going to be released. If only they knew“, says Kalima. Outside, a pickup truck was waiting for them. They went inside, three armed soldiers accompanied them, and “the journey to hell began“. Fifteen minutes later they arrived at the central prison of Kigali; the 1930 prison. They arrived there around 5pm.Once there, the soldiers who were guarding the prison beat them up before bringing them into the prison. Kalima:”I entered with fear in my stomach, not only was I afraid to find many Interahamwe, those who killed people, but I also wondered how I would survive this prison as a young 18-years and 5 months old boy, who was timid and introverted?”. Once inside, a person exclaimed; “They’re starting to lock up Tutsis too?”. According to the penal procedure of the time, they should have been questioned by the public prosecutor; the only authority that was empowered to place people in pre-trial detention, but Kalima says; “This step was skipped, who cared about the procedures anyway?”.

The first steps into the prison

The registration in the prison was done in two steps. First they were registered with the Capita General[1], they were given a blanket, a plate and cup and then assigned to their cell blocks. The prison was divided into 12 administrative blocks and prison staff tried to balance the number of prisoners per block. At the time of registration, a former neighbour recognized Kalima and followed him through the second step. This step consisted of registration in the assignment block. Kalima was given the number 521. There were already 6,000 prisoners in a prison with a capacity of 2,500 people. This figure reached 10,000 prisoners during Kalima’s stay in prison. Kalima would wait in line for 3 hours before he could get food . His meal consisted of corn paste and beans, half of which were stones. “It didn’t surprise me, because at boarding school you could find stones in your beans”, he said. He went to eat at his neighbour’s place, his neighbour made sure that Kalima got a place to sleep by taking him to a section called “mu kiderenka – in delinquency” and by buying prison space for him at 200 Frw, he also gave him an extra blanket. The prisoners were sleeping on the floor and used bricks as pillows. Kalima’s makeshift space was 40 cm wide and 2 m long. A few meters down, some people were discussing how they had killed people in the Genocide and it gave him chills. “I didn’t sleep that night. I hadn’t realized just what my new world was yet and I would learn later that it would be common to hear such stories. The prison would become my new home for the next 3,830 days”, he says.

Prison as a university

A few days before his arrest, Kalima had registered in a school to resume his studies of mathematics and physics. During the first days of prison, he was carefully listening to the announcements, naively thinking that they (those who had arrested him) would realize that they had made a mistake and let him go. In prison jargon, he was still a “umuselire – newcomer“, and little by little he realized that he had entered another university, the one of a hard life, and that mathematics and physics would be for later. It was only after two weeks that he had his first visitor. His family had not heard from him since his arrest and it was the neighbour’s wife who informed his mother that her son was in prison. Kalima: “On that first visit, I didn’t talk to my mother, she couldn’t stop crying.”

Kalima was getting used to the hard life in prison. The corn paste had become tasty, and spending three hours in line to go to the toilet or to drink water seemed normal to him. He had just gone from the newcomer’s rank to that of the “umupeuple – a person used to prison.” He was no longer shy, nor a student; he had become a prisoner. “The first few days are so difficult, but the more you get used to life in prison, the sooner you accept fate, the easier life in prison will be. The only choice we have is to be mentally strong, otherwise we crack under the difficult life in prison.”. It took Kalima two months to start getting involved in prison activities.

The organization of the prison

Inside the prison, there was an organizational chart with the different departments and their responsibilities. The head of the prison was called “general capita” and his office composed of the secretary general and a steward. Food, soap, and other utensils were distributed in the 12 administrative blocks. The prisoners were registered according to the blocks that catered to them; each block was managed by a “capita“, assisted by a secretary. There was a security service headed by a Chief Brigadier, assisted by two Sub-Brigadiers and a secretary. Each block had its own security staff, whose manager was called an advisor, assisted by a subadvisor. There was a hygiene service, a medical team and a radio station “Radio Mouvement Xaveri (RMX)” which kept prisoners informed. Finally, there was a Socio-Educational Support Service (SESE) which provided training for prisoners with a varied range of lessons.

The judicial aspect in prison

  • Arbitrary arrests

In Rwanda, after the RPF-Inkotanyi came to power in 1994, the new authorities began to arrest people and put them in prison, accusing them of having participated in the genocide. Many would be lured away from their homes by soldiers or RPF cadres (abakada), who told them to follow them to clarify a small matter (gusobanura akantu gato). These people never returned home again.”25 years later, they are still clarifying“, Kalima said. Other people were arrested following senseless accusations from their neighbours. The people accused had not necessarily participated in the genocide, but they were targeted because of jealousy, the settling of scores between neighbours, pure hatred or extremism.

Another reason why people were arrested was because of their physical characteristics. RPF soldiers would claim that these people had undoubtedly killed Tutsis, even if they did not know them at all and there were no accusations against them. Most of the people arrested were tortured to the point of accepting responsibility for crimes they did not commit, without realizing the consequences. People were beaten to the point they forgot their own names. Sometimes the soldiers invited those who had accused the person to participate in the beating. Kalima recalls a case: “Gasogi, had his hands tied at the back, in a style used by the RPF (ingoyi), and the woman who had accused him was called and she peed in his mouth“.

  • Arbitrary detentions

Only a part of the people who were arrested made it to prison.. They would sigh with relief that they had escaped death when they arrived at the prison. Indeed, after being arrested, Kalima told us that “people were being held in holes in the ground, for example in Mount Kigali, and soldiers were slowly killing some of them and throwing their bodies back with those who were alive, in order to frighten them. They could not feed or wash themselves, and their bodies and clothes were covered with lice. The luckiest were found by the ICRC (International Committee of the Red Cross), which registered them and they could no longer be killed by RPF soldiersDetention was arbitrary, unjust and illegal“. The fate of those who were imprisoned has notbeen properly documented or is largely ignored. According to Kalima, “it was part of a sinister plan to bring part of the population to their knees.” By July 1994, the first group of people had already been arrested and detained in Rilima, including the late Ambassador Sylvestre Kamali and others.. When the Kigali Central Prison was reopened in August 1994, its first prisoner was Hassan Nkunzurwanda (Ndanda), a footballer.

  • The case of Kalima

From 1995 to 2001, Kalima did not meet any prosecutor. He was languishing in prison without knowing what he was accused of. In 2001, the management requested a list of prisoners who had never been at the prosecutor’s office, and once the list was made, the deputy prosecutors began to question them one by one. On his turn, he met the prosecutor’s substitute, named Ndibwami Rugambwa, who asked him to state the names of the people whom he knew and who were killed during the genocide. In good faith, Kalima provided him with the list and the substitute promised that he would investigate and come back to him. Three weeks later, Ndibwami came and charged Kalima with killing the people Kalima had named. When he asked him if he had any evidence, he told Kalima that he was the one who had to prove his innocence. Kalima: “From that moment on, after 6 years of illegal detention, I was formally charged with a case that was handled and dismissed in a non-professional manner. The universal presumption of innocence was violated“.

  • The Gacaca in the prison

With more than 150,000 prisoners, the Rwandan government decided to set up the Gacaca courts system to speed up genocide trials. This system resulted in an information gathering process (Ikusanyamakuru) in the 1930 prison. Prisoners were asked to list the people who were killed between October 1, 1990 and December 31, 1994, who killed them, where and which weapon they used. The inmates gathered in their cells according to where they lived in 1994. The exercise did not produce the expected results. The majority of those listed were Hutus killed by the RPF. All the information collected was requested by the prison management to never be seen again and the prisoners were then asked to only list Tutsis.

  • The conclusion

According to Kalima, anything was done to break the prisoners emotionally. Some cracked easily and others resisted. Most of the prisoners were not formally charged, though they were treated as convicts. At the time, the principles of justice were backwards in Rwanda, and one would be considered “guilty until a court has proven otherwise“. For about 7 or 8 years, the soldiers would come and randomly select a few people from the “group without charges” and those selected were never seen again. Kalima thinks they were being killed. The prison was overcrowded, the prisoners had difficulty breathing and were left at the mercy of diseases such as cholera, dysentery and typhoid, which killed thousands of people. There was no hope and “the prisoners called on God to die in peace“.

Daily life in prison

  • The visits

Prison functions as a country within a country. Prisoners were entitled to a family visit once a week. Students and workers could visit on Friday or Saturday, after presenting evidence of their status, such as a school card. Young children were allowed one Thursday a month, then they added on a Wednesday. The visit was not individualized; it was in a huge crowd and lasted 3 minutes. Exception was made for people who had medical evidence proving that they could not eat food from the prison, they were entitled to a daily visitor to bring them food.

The society in prison resembled any other, prisoners were not equal. Those who had a family that took care of them were in advantage. The ones who did not have any visitors had a difficult life as the food rations were low.

  • The food

Prisoners were deliberately starved. Kalima describes the time when the jailers developed a sinister plan to slowly eliminate the prisoners : “They roasted and mixed glass in sorghum (a cereal used to prepare the prisoners’ porridge). Imagine if you were given glass to eat“! There were also the times when “the prisoners went 3 days without eating, the weakest would die and the day they decided to bring back the food, others would also die because they would eat too much, without knowing that after such a long time of fasting one has to eat a small amount“. The worst time concerning food was in May 1997 when Kalima recalls “we only ate 8 times during the whole month, sometimes there was food and no firewood or vice versa, people went to bed at night and did not wake up…”

The food was of very poor quality. “There was this bitter corn flour and rotten beans (imungu)” Kalima said. As for the quantity, it was a cup of beans and a few grams of corn paste per person, and rarely cassava paste would be distributed, but it was so thin that the prisoners had nicknamed it “the crumbs“. Generally, the menu was a mixture of beans and corn (impungure) served by a quantity of two cups per person.

For extra rations, you had to be part of the supervision or kitchen team; in that case you were entitled to a double or triple serving. In addition, when a person worked for others, such as washing their clothes, queuing in their place to look for food and so on, the person was paid in food.

In 1995, when ICRC began to provide supplementary biscuits and multivitamin tablets, the situation of the prisoners improved a little. Some prisoners refused to take the tablets for fear of becoming sterilized.

  • Resourcefulness

Technically, prisoners were not allowed to own money but they did. There were many small businesses; for example hairdressers, selling goods, those who ironed clothes, tailors, and those who fetched water for others. One could work in prison, as a capita or security guard, or work in the kitchen, if he agreed to be paid in food or in other benefits such as not having to queue for services (such as food distribution, collecting water to wash, meeting visitors). There was also the possibility of being part of the production team that could go out of the prison, for example to do construction work. The SESE (Socio-Educational Support Service) provided various training courses. Many of the prisoners learned trades there and used them for their livelihood when they were released from prison. For Kalima, the greatest benefit for the inmates has been for the illiterate who learned how to read and write in prison.

Furthermore, there were rooms everywhere in the prison reserved for prayer. There was a house for all Christian denominations, and they alternated to pray, and Muslims had their mosque.

  • Medical care

In each block, 5 prisoners were registered per day and every morning a lot was drawn to choose those who would be taken to the infirmary outside the prison. Non-prison nurses were managing the infirmary and they were assisted by prison doctors and nurses. Inside the prison, there was a hospital run by prisoners and when one fell seriously ill at night, one was carried by the Red Cross to this hospital to receive first aid and the next day he was taken outside. The most complicated cases were sent to the Kigali Hospital (CHK). It was the head of the infirmary who decided on the cases to be transferred to the CHK and the prison director gave his consent. At the CHK, it was prisoners who took care of the hospitalized inmates as it was not allowed for their families to do so. The medical service, composed of incarcerated doctors and nurses, played an essential role by raising awareness among prisoners in the fight against contagious diseases and awareness on health and hygiene.

Sometimes prisoners would raise funds through “the collection for the sick”, to help prisoners who could not afford to buy their medicines, but this was not enough to acquire all the medication needed.

  • Living it together

In general the prisoners lived well together, but like everywhere else, there were small problems. Prisoners fought for power to the point of conspiring against each other. For example, they would accuse one another of preventing others to confess to the charges brought against them, so that they could be transferred to another prison. It could also happen that a person who has put others in prison, was also imprisoned in turn. In such a case, the first few days would be difficult for this person, but after a few days, even the people he imprisoned could just talk to him. There have been very few cases where prisoners have fought. In general, there was a good atmosphere in the 1930 prison and the security officers did their job well by putting anyone who wanted to bring trouble in a dungeon (inside the prison). People talked about ethnic groups sometimes, but they didn’t care about them. The main concern of the prisoners was to “get out of prison“. In 2005, before Kalima left the prison, there was a malicious climate linked to the Gacaca courts inside the prison, and some of the prisoners were going to ask for specific security measures because they did not feel safe.

  • Children in prison

Kalima says that there were many young people in prison, much younger than him. They were active in youth movements such as the Xaveri, Scouts, YCW or Red Cross.

There was a general Capita, who had been a teacher in secondary schools and he ensured that the young people were involved in security, hygiene or cooking services, and a small part of them, including Kalima, was involved in administration tasks. Although homosexuality and prostitution were prohibited in the prison, sadly, some youth under 18 years of age were forced to prostitute themselves in order to survive, for example in exchange for a supplementary food serving. A small proportion of the young people fell into drugs.

Putting children in prison is damaging them, they are released with many wounds, some of them have become dangerous criminals. If they were imprisoned while they were innocent, they come out with a lot of anger and discontent“, Kalima said.

  • The consequences for families

Basic necessities such as food were rare commodities in prison, so prisoners depended on their families, who were already exhausted because they had been deprived of their main breadwinner. This is the first consequence for families.

Moreover, family members would put pressure on the prisoners to confess, because they were told that people stay in prison because they did not confess. The family members on the outside could start doubting their imprisoned relatives, and there were scenes where “children who came to visit their parents told them that it was their fault if they were still in prison, that if they had confessed they would have gone out“. And some families stopped coming to see their families for this reason.

The prison guards or soldiers took advantage of their situation to abuse women: “I was there when women who came to visit their fathers, brothers or husbands were brought to sleep with the soldiers or guards, including Sub-Lieutenants Beni and Kayijamahe, Sergeants Emmanuel, Valens and Sibomana, before they were allowed to see their imprisoned relatives“.

  • The specific case of his family

In July 1995, Kalima’s mother did not visit for two weeks. He was starting to worry when he learned that she had also been arrested. “One Friday afternoon, one of my fellow prisoners who knew her, informed me that my mother was now in prison (women’s ward) and that she had asked him to tell me about it. I was so devastated and hoped that she would be released because this woman could not even hurt a fly“. Kalima saw her on Sunday at church in the Roman Catholic Mass. Seeing his mother in a pink uniform and her head shaved, as is common in Rwanda, broke Kalima. His mother smiled and greeted him from afar because contact was not allowed between the prisoners.

The following Friday, on the occasion of the special weekly visit allowed between male and female relatives, Kalima saw his mother: “She continued to struggle to get used to the reality of prison life and hoped to get out fairly quickly and that things would return to normal”. Between the allowed visits, Kalima and his mother sent paper planes to each other to communicate. This was how male and female prisoners communicated with each other, though it was forbidden but prisoners bypassed it.

In October 1997, Kalima’s mother became ill and was transferred to the Kigali hospital (CHK). Red Cross members informed Kalima and he was allowed to visit her 3 days before her death. He spent 7 hours at her bedside: “I could see that she was fragile and could not manage it“. She kept a brave face and told her son that they would be released, that God could not allow such injustice to continue. His mother’s wish was that her son would be released before her so that he could resume his studies. Kalima remembers the passage from the Bible that his mother had glued on her hospital bed: “Two things I ask of you, Lord; do not refuse me before I die: Keep falsehood and lies far from me; give me neither poverty nor riches, but give me only my daily bread. Otherwise, I may have too much and disown you and say, ‘Who is the Lord?’ Or I may become poor and steal, and so dishonor the name of my God“. Proverbs 30:7-9. That day Kalima and his mother talked about many things.

On November 04, 1997, Kalima woke up with a back pain, something unusual for his young age, and a bad mood. Later in the morning he was called to go to the prison social services where he met his cousin who brought him the worst news of his life: “My mother had breathed for the last time, I burst into tears“. He went back inside the prison, he didn’t want to talk to anyone. The bad news spread quickly in the prison and many prisoners came to see him to comfort him: “The more people tried to comfort me, the more the news hurt me, the sadder I was. My best friend had left, the woman who endured the injustice of a regime that was obstinately determined to make part of the population suffer was now gone. She had taken with her hopes of seeing justice, her dreams of seeing her children grow, her dream of becoming a grandmother. She had also left with the pain and suffering of having seen her children’s lives shattered, of leaving them young to face a world full of hatred by themselves.” Kalima was not allowed to go to bury his mother, because of “prison life” but was comforted that she had a dignified burial.

The second birth

Kalima was released from prison on July 29, 2005, when all persons under 18 years old during the genocide were released from prison. He was unable to return to school because he lacked support. On the day of his release, Kalima had mixed feelings. He was happy to finally regain freedom, but at the same time feared reintegration into society: “I was afraid that people would attack me and I didn’t know where I was going to live, I was a teenager when I went to prison and I had become a man on release, I didn’t see myself living at someone’s place“.

The prison had destroyed his family. They were fatherless, Kalima, the eldest of his family, being in prison had meant one less support for his mother and younger siblings. His mother’s imprisonment was harmful for the rest of the siblings who grew up hurt, to the point they refused to visit their mother and older brother in prison. It was thethe extended family that had taken care of them. When Kalima was released from prison, he went through a re-education camp for a month. He says: “We were taught the gospel of the RPF“, after which they were given the papers to go home. They had to go to the prosecutor’s office every last Friday of the month. Once outside, the first advice Kalima was given was to “live by walking on eggshells because people had changed a lot“. Kalima’s appreciation of Rwanda after prison was that “the country had changed a lot, people, culture and behaviour had changed. Rwanda frightened me, I didn’t see myself in this Rwanda”.

Life after prison was difficult, Kalima could not get used to it, he felt the stigma of having been imprisoned for the crime of genocide even though he was innocent. Whenever possible, he tried to hide it and so he didn’t stay in Rwanda. Eventually he went into exile. Despite the harshness of life in prison, it was a school of life for Kalima where he learned English, customs clearance, project studies and construction (theory). In retrospect, he says: “prison broke my dreams and left me with a deep depression from which I still suffer“.

Kalima’s request to the world is to not believe that all people in rwandan prisons are criminals: “There are innocent people who are in prisons because of false accusations or because the strongest put them in prison, or they are in jail because they were envied or hated“.

He encourages people who have their loved ones in prison to go to see them, to not abandon them, because life in prison is very hard. “If you can’t go, send someone else in your place“, he says.

Finally, he emphasizes that there are also positive things in prison such as “people living together, it is a school of life, if one stays there for a short time one would come out with new perspectives on life, but when one stays there for a long time, the prison hurts“.

Life in prison inspired Kalima’s motto, which he used to share with the young inmates: “Never let anyone break our minds, they may have broken our bones, broken our dreams but our minds have remained intact. I will never succumb to hatred, I will never seek revenge, I will always plead for justice and equity, I will never subject any human being to torture or illegal detention. Through the experience in prison, God’s hands have kept me. I place my destiny on his shoulders.”

Constance MUTIMUKEYE

Jambo News

RWANDA : 1995 – 2005 ma jeunesse dans la prison de 1930.

Rwanda : 1995-2005 ma jeunesse dans la prison de 1930

Imaginez que vous ayez 18 ans, la vie devant vous et la tête pleine de rêves. Comme la majorité des Rwandais, vous êtes au lendemain du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, ce génocide a failli vous emporter et vous essayez de vous reconstruire. Vous êtes réputé brillant en mathématiques et avez entamé les démarches pour reprendre vos études. A la place, du jour au lendemain, vous vous retrouvez dans la prison centrale de Kigali, dite « 1930 ». Dans votre nouveau monde : « Les prisonniers étaient négligés, les malades étaient envoyés dans les hôpitaux pour mourir parce qu’ils étaient transférés au dernier moment. Ils [Les responsables de la prison] les transféreraient quand il était trop tard. Le sort des prisonniers rwandais n’est jamais évoqué : leur souffrance, les tortures physiques et morales qu’ils subissent ». Comment auriez-vous réagi ? Kalima, à qui cette mésaventure est arrivée, nous donne la réponse en racontant son histoire, sa descente aux enfers, sa reconstruction et ses défis aujourd’hui.

Qui est-il ?

Kalima avait 17 ans au moment du génocide contre les tutsi au Rwanda en 1994. Il habitait dans la ville de Kigali et était élève dans une école secondaire. Il vivait avec ses petits frères et sœurs et leur mère, leur père étant décédé avant 1994. Pendant le génocide il a failli être tué à deux ou trois reprises et à chaque fois ses voisins l’ont sauvé. Il avait une carte d’identité hutue mais avait des traits physiques attribués aux Tutsi. Quand la guerre a approché leur quartier, ils se sont déplacés dans un autre quartier et y sont restés jusqu’à la prise de la ville de Kigali par le FPR-Inkotanyi. Il a alors fui la guerre jusqu’à Goma en République Démocratique du Congo. Dans la fuite il a été séparé de sa famille et a préféré retourner au Rwanda à Kigali après deux semaines.

Comment-est-il allé en prison ?

Cela a commencé quand son camarade lui a dit que l’on voulait le faire tuer, il n’a pas pris l’information au sérieux. Le soir de cette journée il a rencontré trois militaires dans la rue qui lui ont demandé s’il connaissait untel. La personne en question était lui-même, Kalima. Il a eu la présence d’esprit de répondre qu’il le connaissait et a indiqué aux militaires le chemin qui allait chez ses parents. A partir de cet instant, il a pris la décision d’aller vivre dans un autre quartier où il a été hébergé par la famille. Il a informé sa mère du lieu où il vivait et passait de temps en temps au domicile familial, en coup de vent.

Le 24 janvier 1995, il marchait dans la rue quand un militaire l’a interpellé par son nom et lui a dit bonjour. Il lui a dit que le commandant de la brigade le cherchait. Kalima était à mille lieux de se douter que c’était pour le mettre en prison. Il a suivi le militaire et une fois à la brigade, le militaire a dit « voici un Interahamwe » ! Kalima n’a pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait car, dit- il : « Les militaires se sont déchaînés sur moi et m’ont rué de coups. On m’a conduit là où on enregistrait les nouveaux prisonniers, c’était le début du chemin de croix ». Il est resté dans le cachot jusqu’au 01 février 1995 : « c’était un beau jour de février 1995 vers 15h, nous étions dans une cellule et un militaire, Rukara, a appelé 13 noms, j’ai été cité. Il nous a demandés de prendre nos affaires et les autres codétenus ont commencé à me féliciter, pensant que j’allais être libéré. Si seulement ils avaient su ! » . Ce jour-là un pickup les attendait pour les conduire à la prison centrale de Kigali, la fameuse prison 1930 « le voyage vers l’enfer commençait » nous confie Kalima.

Ils y sont arrivés vers 17h, une fois sur place, les militaires qui gardaient la prison les ont frappés avant de les faire entrer dans la prison. « J’y suis entré avec la peur au ventre, non seulement j’avais peur d’y trouver beaucoup d’Interahamwe, ceux qui avaient tués les gens mais aussi comment allais-je survivre dans cette prison moi, jeune adolescent de 18 ans et 5 mois, timide et introverti ? ». Une fois à l’intérieur, une personne s’est exclamée « ils commencent à enfermer les Tutsi aussi ? ». Pour Kalima, selon la procédure pénale de l’époque, ils auraient dû être interrogés par le procureur public, la seule autorité qui était habilitée à placer des personnes en détention provisoire : « Cette étape a été sautée, mais qui se souciait des procédures ? »

Les premiers pas dans la prison

L’enregistrement dans la prison s’est fait en deux étapes, en premier lieu, les prisonniers ont été enregistrés chez le capita général [1]. On a donné à chaque détenu une couverture, une assiette et un gobelet et on les a affectés à des « blocs ». La prison était divisée en 12 blocs administratifs et chaque prisonnier était affecté à un bloc, le personnel de la prison équilibrait le nombre de prisonniers par bloc. A cette étape un ancien voisin a reconnu Kalima et l’a suivi dans les étapes qui ont suivies. La seconde étape d’enregistrement a été effectuée auprès du bloc d’affectation, on a attribué à Kalima le numéro 521, il y avait déjà 6 000 prisonniers dans la prison pour une capacité de 2 500 personnes, ce chiffre a atteint 10 000 durant le séjour de Kalima. Ensuite Kalima a passé 3h en faisant la queue pour avoir à manger, son plat était composé de pâte de maïs et de haricots dont la moitié était des cailloux. « Cela ne m’a pas surpris, à l’internat on pouvait trouver des cailloux dans le plat des haricots ».

Kalima a mangé chez son voisin, ce dernier s’est assuré que Kalima trouve une place où dormir en le conduisant à un endroit nommé « mu kiderenka – dans la délinquance » et en lui achetant une place à 200Frw, il lui a donné aussi une couverture supplémentaire. Les prisonniers dormaient par terre et utilisaient des briques comme coussins, sa place de fortune était large de 40 cm et longue de 2 m. Kalima se souvient que quelques mètres plus loin, quelques personnes discutaient de comment ils avaient tué des gens au cours du génocide et cela lui glaçait le dos. « Je n’ai pas fermé l’œil cette nuit-là, je n’avais pas encore réalisé quel était mon nouveau monde et j’apprendrai plus tard que ce sera fréquent d’entendre de telles histoires». La prison allait devenir sa nouvelle maison pour les prochains 3 830 jours.

La prison en guise d’université

Quelques jours avant sa détention, Kalima s’était inscrit dans une école pour reprendre ses études de mathématiques et de physique, de ce fait pendant les premiers jours de prison il écoutait attentivement les annonces, il pensait naïvement qu’ils (ceux qui l’avaient arrêté) réaliseraient qu’ils avaient commis une faute et le libéreraient. Dans le jargon de la prison, il était encore un « umuselire – nouvel arrivant », petit à petit il a pris conscience qu’il était entré dans une autre université, celle de la vie dure et que les mathématiques et la physique seraient pour plus tard. Kalima a eu sa première visite après deux semaines en prison. Sa famille était restée sans ses nouvelles depuis son arrestation et c’est la femme du voisin qui avait pu informer sa mère de sa situation « à cette première visite, je n’ai pas parlé à ma mère, elle n’a pas pu s’empêcher de pleurer ».

Petit à petit Kalima commençait à s’habituer à la vie difficile de la prison, la pâte de maïs était devenue savoureuse, faire trois heures de file pour aller aux toilettes ou pour aller boire de l’eau lui semblait normal. Il venait de passer du grade de nouvel arrivant à celui du « umupeuple – une personne habituée à la prison », il n’était plus timide, ni un étudiant, il était devenu un prisonnier : « Les premiers jours sont si difficiles, mais le plus tôt on s’habitue à la vie en prison, le plus vite on accepte le destin, plus facile sera la vie en prison. Le seul choix que l’on a, est d’être mentalement solide, sinon la vie difficile en prison vous fait craquer. ». Il a fallu deux mois à Kalima pour commencer à s’impliquer dans les activités de la prison.

L’organisation de la prison

A l’intérieur de la prison, il y avait un organigramme avec les départements et leurs responsabilités. Le responsable de la prison avait le titre du « capita général », il était à la tête d’un bureau composé d’un secrétaire général et d’un intendant. La nourriture, le savon, et les autres ustensiles étaient distribués dans les 12 blocs administratifs. Les malades étaient enregistrés dans leurs blocs qui se chargeaient de les faire soigner, chaque bloc était dirigé par un « capita » aidé par un secrétaire. Il y avait un service de sécurité dirigé par un Brigadier-chef aidé par 2 sous-brigadiers et un secrétaire. Chaque bloc avait ses propres hommes chargés de la sécurité dont le responsable avait le titre de conseiller et était secondé par un sous conseiller. Il y avait le service d’hygiène, une équipe médicale et une radio « Radio Mouvement Xaveri, RMX » qui informait les prisonniers. Pour finir il y avait un Service d’Encadrement Socio-éducatif (SESE) qui fournissait un apprentissage aux prisonniers avec des leçons variées.

L’aspect judiciaire en prison

  • Les arrestations arbitraires

Au Rwanda, après l’arrivée au pouvoir du FPR-Inkotanyi en 1994, les nouvelles autorités ont ressemblé les gens et les ont mis en prison, elles les accusaient d’avoir participé au génocide. Une grande majorité de gens est sortie de chez elle en suivant les soldats ou les cadres du FPR (abakada), qui leur disaient de les suivre pour aller fournir une petite explication (gusobanura akantu gato). Beaucoup de ces personnes ne sont plus jamais retournées chez elles « 25 ans plus tard, elles sont toujours en train d’expliquer », ironise Kalima. Une autre partie des gens a été arrêtée à la suite de délations de leurs voisins, les gens dénoncés n’avaient pas nécessairement participé au génocide mais étaient dénoncés à cause de la jalousie, de règlements de comptes entre voisins, de la haine pure ou de l’extrémisme.

L’autre motif qui a fait arrêter les gens est leur physionomie, les soldats disaient à propos de ces gens que sans aucun doute ils avaient tué des Tutsi, même s’ils ne les connaissaient pas du tout, bien que personne ne les ait dénoncés. La plupart des gens arrêtés a été torturée au point d’accepter la responsabilité des faits dont elle ne réalisait pas l’ampleur. Par exemple les gens étaient battus au point d’oublier leurs noms. Parfois, les soldats appelaient ceux qui avaient dénoncés à participer au tabassage de ceux qu’ils avaient dénoncés, Kalima a cité un cas « Gasogi, qui avait les mains attachées à l’arrière, un style utilisé par le FPR (ingoyi) et la femme qui l’avait dénoncé a été appelée, comme c’était la nuit, elle a pissé dans sa bouche ».

  • Les détentions arbitraires

Pour Kalima toutes les personnes arrêtées n’ont pas été conduites en prison, une partie seulement l’a été et c’était pour elle un soulagement. En effet après avoir été arrêtés : « Les gens étaient détenus dans des trous, par exemple à Mont Kigali, et les soldats tuaient lentement certains d’entre eux et jetaient leurs corps auprès de ceux qui étaient encore en vie pour les effrayer. Ils ne pouvaient pas se nourrir, ni se laver, leurs corps et leurs vêtements étaient couverts de poux ». Les plus chanceux ont été retrouvés par le CICR, qui les a enregistrés et ils ne pouvaient plus être tués par les soldats du FPR. « La détention a été arbitraire, injuste et illégale », le sort de ceux qui se sont retrouvés dans les prisons n’a jamais été dûment documenté ou a été beaucoup ignoré. Kalima continue en disant que «Cela faisait partie d’un plan sinistre visant à mettre une partie de la population à genoux ». « Dès juillet 1994, les premières personnes ont déjà été arrêtées et détenues à Rilima, comme le regretté ambassadeur Sylvestre Kamali et les autres qui ont été les premières personnes à être emprisonnées. Quand la prison centrale de Kigali a été rouverte en août 1994, son premier détenu a été Hassan Nkunzurwanda (Ndanda), un footballeur ».

  • Le cas de Kalima

De 1995 à 2001, Kalima n’a pas rencontré de procureur, il croupissait en prison sans savoir ce qui lui était reproché. En 2001, la direction a demandé la liste des prisonniers qui n’avaient jamais rencontré le parquet. Quand la liste a été faite, les substituts du procureur ont commencé à interroger les personnes sur la liste un à un. Quand ce fut son tour, Kalima a rencontré le substitut nommé Ndibwami Rugambwa qui lui a demandé de nommer les personnes qu’il connaissait et qui ont été tuées pendant le génocide. De bonne foi Kalima lui a communiqué la liste et le substitut a promis d’enquêter et de revenir vers lui. Trois semaines après, Ndibwami est venu et a inculpé Kalima d’avoir tué les personnes que Kalima avait nommées. Quand ce dernier lui a demandé s’il avait des preuves, il lui a répondu qu’il devait prouver son innocence. « A partir de ce moment-là, après 6 ans de détention illégale et hors la loi, j’ai été formellement inculpé d’une affaire qui a été traitée et classée de manière non professionnelle, la présomption d’innocence, un principe universel, était bafouée ».

  • Les Gacaca dans la prison

Avec plus de 150.000 prisonniers, le gouvernement rwandais a décidé de mettre en place des tribunaux « gacaca » pour accélérer les procès pour génocide. Dans la prison de 1930 on a demandé aux prisonniers de collecter les informations (Ikusanyamakuru) en listant les personnes qui ont été tuées entre le 1er octobre 1990 et le 31 décembre 1994, en indiquant qui les a tuées, quelle arme a été utilisée et l’endroit où les personnes ont été tuées. Pour ce faire les prisonniers se rassemblaient dans leurs cellules en fonction de là où ils habitaient en 1994. L’exercice n’a pas eu les résultats escomptés car la majorité de personnes listées étaient des Hutu tués par le FPR. La direction de la prison a demandé toutes les informations recueillies et le sujet n’a plus jamais été évoqué. On a alors demandé aux prisonniers de ne lister que les victimes tutsies.

  • La conclusion

Selon Kalima, dans la prison tout a été fait pour briser émotionnellement les prisonniers, Une partie a craqué facilement et une autre a résisté. La plupart des prisonniers n’avait pas été inculpée et malgré cela ils ont été traités comme des condamnés. Au Rwanda à l’époque les principes étaient renversés : « La culpabilité jusqu’à ce qu’un tribunal ait prouvé le contraire ». Pendant environ 7 ou 8 ans, les militaires venaient et choisissaient quelques personnes au hasard parmi « les sans dossiers » et ils n’étaient plus jamais revus. Kalima pense qu’ils auraient été tués. La prison était surpeuplée, 10 000 personnes au plus fort pour une capacité de 2 500 personnes. Les prisonniers respiraient difficilement, étaient laissés à la merci des maladies comme le choléra, la dysenterie et la typhoïde, qui ont fait des milliers de morts. Il n’y avait pas d’espoir en prison « les prisonniers demandaient à Dieu de mourir en paix ».

La prison au quotidien

  • Les visites

La prison est un pays à l’intérieur d’un pays, Les prisonniers avaient le droit à une visite de leur famille une fois par semaine. C’était le vendredi ou le samedi pour les étudiants et les travailleurs sur présentation des justificatifs comme une carte scolaire. Un jeudi par mois, sur lequel on a ajouté un mercredi par mois, c’était la journée des enfants en bas âge. La visite n’était pas personnalisée, elle se passait dans une foule immense et durait 3 minutes. L’exception était faite pour les gens qui avaient des justificatifs médicaux attestant qu’ils ne pouvaient pas manger la nourriture de la prison. Eux, avaient droit à une visite quotidienne pour leur apporter à manger.

Pour le reste, la société en prison est comme partout ailleurs: tout le monde n’est pas égal, ceux qui avaient une famille qui prenait soin d’eux étaient les mieux lotis. Celui qui n’avait personne pour venir le voir avait une vie pénible dans la mesure où les rations de nourriture distribuées étaient maigres.

  • La nourriture

D’un point de vue alimentaire, les prisonniers étaient délibérément affamés. Kalima raconte la fois où les geôliers ont élaboré un sinistre plan pour éliminer lentement les prisonniers « Ils grillaient et mélangeaient des éclats de verre dans le sorgho (une céréale servant à préparer la bouillie des prisonniers) : «Imaginez que l’on vous donne des bris de verres pour manger ! » Il y avait aussi les fois où « les prisonniers passaient 3 jours sans manger. Les plus faibles mouraient, et le jour où ils décidaient de ramener la nourriture, les autres mouraient aussi puisqu’ils voulaient beaucoup manger sans savoir qu’après un si long moment de jeûne on mange une petite quantité». Le pire moment pour l’aspect nourriture est le mois de mai 1997 quand « nous n’avons mangé que 8 fois ce mois-là, parfois il y avait de la nourriture et pas de bois pour le feu ou vice versa, les gens dormaient la nuit et ne se réveillaient pas, emportés par la faim».

Pour la qualité, elle n’était pas au rendez-vous, « il y avait cette farine de maïs amère et surtout des haricots pourris infestés de charançons (imungu) ». Pour la quantité, c’était un gobelet de haricots et quelques grammes de pâte de maïs par personne. Exceptionnellement, la pâte de manioc pouvait être distribuée, elle était si maigre que les prisonniers l’avaient surnommé « les miettes ». Dans la grande majorité des cas, le menu était un mélange de haricots et de maïs (impungure) servi en quantité de deux gobelets par personne.

Pour avoir des rations complémentaires, il fallait faire partie de l’équipe de supervision ou travailler dans la cuisine. Dans ce cas, on avait droit à une double ou triple ration. Aussi quand on travaillait pour les autres : laver leur linge, faire la queue à leur place…on était payé en nourriture.

La situation des prisonniers s’est un peu améliorée en 1995 quand le CICR a commencé à fournir des biscuits et des comprimés multivitaminés. Cependant une partie des prisonniers a refusé de prendre ces comprimés, de peur de devenir stérile.

  • La débrouillardise

Les prisonniers n’étaient pas autorisés à posséder de l’argent mais ils en avaient : il y avait beaucoup de petits commerces : les coiffeurs, des boutiques, ceux qui repassaient les habits, les tailleurs, ceux qui allaient chercher l’eau pour les autres…on pouvait aussi travailler en prison comme capita, chargé de sécurité, ou dans la cuisine, si on acceptait d’être payé en nourriture ou en autres avantages comme : ne pas faire la queue pour tous les services (distribution des aliments, récupérer l’eau pour se laver, rencontrer ses visiteurs…) Il y avait aussi la possibilité de faire partie de l’équipe de production qui sortait de la prison pour aller faire les travaux de construction, par exemple. Le SESE (Service d’Encadrement Socio Educatif) donnait des formations diverses, beaucoup de prisonniers y ont appris des métiers et en ont fait leur gagne-pain à leur sortie de prison. Pour Kalima, le plus grand bénéfice et pour le grand nombre a été pour les analphabètes qui ont appris à lire et à écrire en prison.

Pour la prière, il y avait une maison pour toutes les religions chrétiennes qui alternaient pour prier, les musulmans avaient leur mosquée et, un peu partout dans la prison, il y avait des chambres réservées à la prière.

  • La prise en charge médicale

Dans chaque bloc, cinq prisonniers étaient enregistrés tous les matins. Un tirage au sort était effectué pour choisir ceux qui allaient être conduits à l’infirmerie à l’extérieur de la prison. Cette infirmerie était gérée par des infirmiers non prisonniers aidés par des docteurs et infirmiers prisonniers. A l’intérieur de la prison, il y avait un hôpital géré par les prisonniers. Quand on tombait gravement malade au cours de la nuit, on était transporté par la Croix Rouge vers cet hôpital pour recevoir les premiers soins et le lendemain on était amené à l’extérieur. Les cas les plus compliqués étaient envoyés au Centre Hospitalier de Kigali (CHK). C’est le responsable de l’infirmerie qui choisissait les cas qui devaient être transférés au CHK, et le directeur de la prison validait le transfert. Au CHK ce sont les prisonniers qui prenaient soin des détenus hospitalisés car il n’était pas autorisé que leurs familles le fassent. Le service médical composé de médecins et infirmiers incarcérés jouait un rôle essentiel dans la prison, il sensibilisait les prisonniers dans la lutte contre les maladies transmissibles, sur la santé et l’hygiène.

Parfois les prisonniers faisaient une collecte de fonds « la collecte pour les malades » afin de venir en aide aux prisonniers qui n’avaient pas les moyens de se procurer les médicaments, mais cela n’était pas suffisant.

  • Le vivre ensemble

En général, les prisonniers vivaient bien ensemble mais, comme partout, il y avait de petits problèmes entre les gens. Ils pouvaient se battre pour le pouvoir au point de conspirer les uns contre les autres, par exemple on accusait celui que l’on voulait qu’il soit transféré à une autre prison d’avoir empêché les autres d’avouer ce qui leur était reproché. Il pouvait arriver aussi qu’une personne qui a fait mettre les autres en prison, soit aussi emprisonnée à son tour, dans ce cas les premiers jours pouvaient être étranges pour la personne et au bout de quelques jours les protagonistes pouvaient se parler. Il y a eu très peu de cas où les prisonniers se sont battus entre eux. En général il y avait une bonne ambiance dans la prison de 1930 et les chargés de sécurité faisaient bien leur travail en mettant celui qui voulait faire les troubles dans un cachot (à l’intérieur de la prison). Les gens parlaient des ethnies parfois du bout des lèvres mais n’y accordaient pas d’importance. Le souci majeur des prisonniers était de « sortir de la prison ». Avant que Kalima ne quitte la prison, soit en 2005, il commençait à y avoir un mauvais climat lié aux tribunaux Gacaca qui avaient lieu à l’intérieur de la prison et une partie des prisonniers allait demander des mesures de sécurité spécifiques car elle ne se sentait pas en sécurité.

  • Les enfants en prison

Kalima raconte qu’il y avait beaucoup de jeunes en prison, beaucoup plus jeunes que lui. Ils étaient actifs dans les mouvements de jeunesse comme les Xaveri, les Scouts, la Jeunesse ouvrière chrétienne ou la Croix Rouge…

Il y a eu un capita général, qui avait été un professeur dans les écoles secondaires, il avait fait en sorte que les jeunes soient impliqués dans les services de sécurité, d’hygiène ou dans la cuisine, et une petite partie d’entre eux, dont Kalima, était impliquée dans l’administration. Pour la partie sombre, l’homosexualité et la prostitution étaient interdites dans la prison mais malgré cela certains enfants (moins de 18 ans) ont été obligés de se prostituer pour survivre, par exemple pour avoir une ration de nourriture complémentaire. Une petite partie des jeunes est tombée dans la drogue.

« Mettre les enfants en prison revient à les abîmer, ils en ressortent avec beaucoup de blessures, une partie en ressort en étant devenue de dangereux criminels. S’ils ont été emprisonnés alors qu’ils étaient innocents, ils en ressortent avec beaucoup de mécontentement ».

  • Les conséquences pour les familles

Les produits de première nécessité dont la nourriture, étaient une denrée rare en prison. Les prisonniers dépendaient de leurs familles, qui elles-mêmes étaient déjà épuisées car on leur avait privé du principal soutien de la famille. C’est la première conséquence pour les familles.

De plus, les familles étaient utilisées pour mettre la pression sur les prisonniers pour qu’ils avouent, on leur disait que si les leurs restaient en prison c’était parce qu’ils n’avouaient pas. La famille des prisonniers pouvait douter de leur proche et on pouvait assister à des scènes où « les enfants qui venaient rendre visite à leurs parents leur disaient que c’est de leur faute s’ils étaient toujours en prison, que s’ils avaient avoué ils seraient sortis ». Et quelques familles arrêtaient de venir voir les leurs pour ce motif.

Les gardiens ou militaires de la prison profitaient de leur situation pour abuser des femmes : « J’étais là quand les femmes qui venaient rendre visite à leurs pères, frères ou maris étaient amenées à coucher avec les soldats ou gardiens, notamment les sous-lieutenants Beni et Kayijamahe, les sergents Emmanuel, Valens et Sibomana, pour pouvoir voir les leurs ».

  • Le cas spécifique de sa famille

En Juillet 1995 Kalima n’a pas eu la visite de sa mère pendant deux semaines. Il commençait à s’inquiéter quand il a appris qu’elle avait été arrêtée. « Un vendredi après-midi, un de mes compagnons de prison qui la connaissait m’a informé que ma mère était maintenant en prison (quartier des femmes), qu’elle lui avait demandé de m’en informer. J’étais tellement dévasté et espérais qu’elle serait libérée car cette femme ne pouvait même pas faire du mal à une mouche ». Kalima l’a vue le dimanche à l’église dans la messe catholique romaine du dimanche. Voir sa mère en uniforme rose et le crâne rasé, comme il est de coutume pour les détenus au Rwanda, a brisé Kalima. Sa mère lui a souri et salué de loin car le contact n’était pas permis entre les prisonniers.

Le vendredi suivant, à l’occasion de la visite spéciale hebdomadaire autorisée entre les détenus de sexe masculin et féminin apparentés, Kalima a vu sa mère, « elle continuait à lutter pour s’habituer à la réalité de la vie carcérale et espérait sortir assez rapidement et que les choses reviendraient à la normale ». Entre deux visites hebdomadaires Kalima et sa mère s’envoyaient des avions en papier pour communiquer. C’est ainsi que les détenus hommes et femmes communiquaient entre eux, c’était interdit mais ils passaient outre.

En octobre 1997, la mère de Kalima est tombée malade et a été transférée à l’hôpital de Kigali (CHK). Ce sont les membres de la Croix Rouge qui ont informé Kalima, il a été autorisé à aller la voir 3 jours avant sa mort et a passé 7 heures à son chevet « je pouvais voir qu’elle était fragile et ne pouvait pas y arriver ». Elle a gardé un visage courageux et a dit à son fils qu’ils allaient être libérés, que Dieu ne pouvait pas autoriser qu’une telle injustice se poursuive. Le souhait de la mère était que le fils soit libéré avant elle pour qu’il puisse reprendre ses études. Kalima garde en mémoire précieusement le passage de la bible que sa mère avait collé sur son lit d’hôpital «Il y a deux choses que je t’ai demandées ; Ne me les refuse pas avant que je meure : Éloigne de moi fausseté et paroles mensongères ! Ne me donne ni pauvreté, ni richesses ! Dispense-moi le pain de mon ordinaire, De peur qu’étant rassasié je ne te renie Et ne dise : Qui est l’Éternel ? Ou qu’étant devenu pauvre, je ne dérobe Et ne porte atteinte au nom de mon Dieu » Proverbes 30 :7-9. Ce jour-là le fils et la mère ont parlé de beaucoup de choses.

Le 04 novembre 1997, Kalima s’est réveillé avec un mal de dos, une chose inhabituelle vu son jeune âge, et une mauvaise humeur. Plus tard dans la matinée il a été appelé pour aller dans les services sociaux de la prison, là il a rencontré son cousin qui lui apportait la pire nouvelle de sa vie : « Ma mère avait respiré pour la dernière fois, j’ai fondu en larmes ». Il est retourné à l’intérieur de la prison, il ne voulait parler à personne. Les mauvaises nouvelles se rependaient rapidement dans la prison et de nombreux détenus sont venus le voir sur son lit où il était assis pour le consoler : « Plus les gens essayaient de me réconforter, plus la nouvelle me faisait mal, plus j’étais triste, ma meilleure amie était partie, la femme qui a souffert de l’injustice d’un régime qui était obstinément décidé à faire souffrir une partie de la population était décédée, Elle avait emporté avec elle ses espoirs d’avoir droit à une justice, ses rêves de voir ses enfants grandir, son rêve de devenir grand-mère. Elle était partie aussi avec la douleur, la souffrance d’avoir vu la vie de ses enfants brisée, de les laisser jeunes, devant affronter par eux-mêmes un monde plein de haine ». Kalima n’était pas autorisé à aller enterrer sa mère, « c’est la vie en prison » mais se consolait qu’elle ait eu un enterrement digne.

La seconde naissance

Kalima est sorti de la prison le 29 juillet 2005 quand on a sorti des prisons toutes les personnes qui avaient moins de 18 ans pendant le génocide. Il n’a pas pu reprendre les études car il manquait de soutien. Le jour de sortie, Kalima avait des sentiments mixtes, il était content de retrouver enfin la liberté et en même temps appréhendait la réintégration dans la société: « J’avais peur que l’on s’en prenne à moi et je ne savais pas où j’allais habiter. J’étais un adolescent quand je suis allé en prison et j’étais devenu un homme à la sortie, je ne me voyais pas vivre chez quelqu’un ».

La prison avait détruit sa famille: orphelin de père, aîné de sa famille, lui en prison c’était un soutient en moins pour sa mère et ses petits frères et sœurs. L’emprisonnement de sa mère a nui au reste de la fratrie, qui a grandi blessée au point de ne pas aller rendre visite à leur maman et grand frère. La familleélargie avait pris soin d’eux. A la sortie de prison, Kalima est passé par un camp de rééducation pendant un mois. « On nous apprenait l’évangile du FPR ». Après on leur a donné les papiers pour rentrer chez eux et ils devaient se présenter au parquet tous les derniers vendredis du mois. Une fois dehors, le premier conseil que l’on a donné à Kalima est de « vivre en marchant sur les œufs car les gens avaient beaucoup changé». L’appréciation de Kalima du Rwanda après la prison a été que « le pays avait beaucoup changé, les gens, la culture et les comportements avaient changé. Le Rwanda me faisait peur, je ne me voyais pas dans ce Rwanda ».

La vie après la prison a été difficile, Kalima n’a pas pu s’y habituer, il sentait peser sur lui le stigma d’avoir été emprisonné pour le crime de génocide même s’il était innocent. Quand c’était possible, il essayait de le cacher et il a fini par prendre le chemin de l’exil. Malgré la dureté de la vie en prison, elle a été pour Kalima une école de la vie, il y a appris l’anglais, le dédouanement, faire les études des projets et la construction (la théorie). Lorsqu’il est invité à dire un mot sur son expérience Kalima répond « la prison a brisé mes rêves et m’a laissé une dépression dont je souffre toujours »

Le message que Kalima veut faire passer auprès du grand public est de ne pas croire que toutes les personnes en prison sont des malfaiteurs. « Il y a des innocents qui sont en prison à la suite de fausses accusations dont ils ont fait l’objet, ou parce que des plus forts qu’eux les ont fait mettre en prison. Ils sont en prison parce qu’ils faisaient des envieux, ou à cause de la haine ». Il encourage les gens qui ont les leurs en prison d’aller les voir, de ne pas les abandonner car la vie en prison est très dure. «Si vous ne pouvez pas y aller, envoyez quelqu’un à votre place ».

Pour finir, il dit qu’il n’y a pas que du négatif dans la prison, il y a des choses positives comme « le vivre ensemble, c’est une école de la vie, si on n’y restait pas longtemps on en ressortirait avec des nouvelles perspectives sur la vie, mais quand l’on y reste longtemps, la prison abîme ».

La vie en prison a inspiré à Kalima cette devise qu’il partageait avec les jeunes codétenus : « Ne jamais laisser personne briser nos esprits, ils ont peut-être brisé nos os, brisé nos rêves mais nos esprits sont restés intacts. Je ne succomberai jamais à la haine, je ne chercherai jamais à me venger, je plaiderai toujours pour la justice et l’équité, je ne soumettrai jamais aucun être humain à la torture ou à la détention illégale. Au travers de l’expérience en prison les mains de Dieu m’ont gardé, je remets mon destin entre ses mains».

Constance MUTIMUKEYE

Jambonews

Le CLIIR soutient l’initiative de Diane RWIGARA.

COMMUNIQUE  n° 145/2019

La mort et l’humiliation des Rescapés Tutsis dénoncée par Diane Rwigara dans sa lettre du 15/07/2019 au Président Paul Kagame

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« La paix n’est pas un bien que l’on possède, mais un bien que l’on conquiert ».

Dans sa lettre ouverte adressée le 15 juillet 2019 au Président de la République Paul KAGAME, Mademoiselle Diane RWIGARA a osé lui demander d’assurer la sécurité et la paix pour tous. Bien qu’elle se soit focalisée sur les meurtres systématiques des rescapés tutsis, Diane Rwigara exige la fin des meurtres, de l’impunité et de l’injustice. Bref, elle exige le respect de tous les droits humains violés massivement par le régime Kagame depuis 25 ans.

 L’association des Rescapés TutsisIBUKA et la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG) se sont attaquées à Mlle Diane RWIGARApour lui dénier son droit naturel de défendre son prochain. Diane assume son devoir d’exiger la paix pour tous les survivants et donne, à titre de preuves, une liste de 40 victimes dont la majorité sont TUTSIS.

La religion rappelle à tout homme qu’il est “le gardien de son frère“. Accepter passivement l’injustice – la ségrégation – revient à dire à l’oppresseur que ses actes sont moralement bons. C’est une façon d’endormir sa conscience. Dès cet instant, l’opprimé cesse d’être le gardien de son frère.L’acceptation, si elle est souvent la solution de facilité, n’est pas une solution morale : c’est la solution des lâches. Diane demande des comptes au régime totalitaire qui enferme le peuple rwandais dans l’insécurité et la servitude imposée au Rwanda.

Depuis sa conférence de presse du 23/02/2017, Diane RWIGARA a décidé de travailler sans relâche à la conquête de sa propre dignité et celle de son peuple. Elle n’acceptera jamais de compromis avec le mensonge, la haine ou ladestruction du peuple rwandais. Quant au CLIIR, nous avons déjà publié deux communiqués n°70/2003 et n°120/2010 pour dénoncer et condamner les assassinats de rescapés tutsis tués depuis 1996, il y a 23 ans déjà. Ces deux communiqués sont annexés à notre présent communiqué n°145/2019 du 21/07/2019) :

Notre Communiqué n° 70/2003du 23/12/2003 intitulé :«RWANDA : A qui profite les assassinats de rescapés tutsis ?» ;

Notre Communiqué n°120/2010du 28/01/2010 intitulé «L’extermination programmée des rescapés Tutsis pour avoir un prétexte d’éliminer certains opposants politiques du Rwanda».

Le peuple rwandais est humilié, terrorisé, colonisé et racketté.

Le peuple rwandais vit dans l’humiliation totale et dans l’insécurité généralisée. Il est corvéable et taillable à merci.L’oppresseur est un groupuscule de criminels rassemblés autour du président Paul KAGAME qui accapare et contrôle tous les pouvoirs militaire, politique et économique. Ce peuple ne vit pas dans la paix et la justice. Il est terrorisé, trompé, colonisé, dépossédé et racketté par une véritable Mafia dont les crimes sont couverts par le parti unique : le Front Patriotique Rwandais (FPR). Ce mouvement politico-militaire règne par la terreur, le mensonge et la corruption généralisée. Bref, le peuple rwandais est un des peuples les plus humiliés de la planète. Particulièrement, depuis qu’il est pris en otage par ce noyau de chefs militaires et criminels sans frontières qui ont massacré des populations civiles en Uganda, au Rwanda, en République Démocratique du Congo. Ils ont assassiné des centaines de réfugiés rwandais dans plusieurs pays africains.

Sous le régime totalitaire du Rwanda, l’usage de la terreur, du mensonge et de la corruptionempêche les citoyens rwandais de vivre en paix et dans la dignité. La justice est impossible car l’arbitraire règne à tous les niveaux. Les institutions officielles de l’Etat Rwandais sont noyautéescontrôlées etparalysées par ce petit noyau de chefs militaires et politiques du FPR qui jouit d’un « pouvoir occulte ». Une sorte de « gouvernement parallèle » qui gère le pays par la terreur, le mensonge et la corruptionCe gouvernement invisible orchestre les meurtres, les enlèvements, les disparitions forcées, le racket, le chantage, les spoliations des biens mobiliers et immobiliers appartenant à des propriétaires de biens. Quand ses derniers refusent de céder leurs biens, ils sont assassinés, emprisonnés, pillés, persécutés et/ou contraints de s’exiler. Les pillages des ressources naturelles à l’intérieur et à l’extérieur du pays (en RDC) constituent une autre source d’enrichissement pour cette mafia insatiable et dont la soif de richesse est légendaire.

Les rescapés tutsis sont tués comme des opposants au régime :

 Tous les prétextes sont bons pour la junte militaire du général Paul KAGAME pour se débarrasser des ses opposants réels ou supposés. Toutes les ethnies confondues sont attaquées. Depuis 1996, les rescapés Tutsis nous ont appelés au secours. Notre Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR)* a lancé plusieurs cris d’alarme pour demander la mise en place d’une Commission internationale indépendante pour enquêter sérieusement sur l’assassinat des rescapés Tutsis depuis 1996. Cette commission devrait découvrir non seulement les assassins mais aussi le ou les commanditaires ainsi que les bénéficiaires de la mort des rescapés Tutsis sacrifiés chaque fois qu’il y a une crise politique majeure au Rwanda.

 Il y a 16 ans, le CLIIR a déjà publié deux communiqués pour dénoncer et condamner l’assassinat des rescapés tutsis. Il est inutile de s’attaquer à Diane dont la lettre est justifiée.

 IBUKA et CNLG sont des outils du régime totalitaire. Elles ont un job de défendre le régime totalitaire. Elles n’ont jamais défendu les rescapés face au régime tyrannique. C’est pourquoi elles ont été contraintes de s’attaquer à Mlle Diane RWIGARA sur ordre de Kagame. Mais IBUKA ne se préoccupe jamais de défendre des rescapés tutsis que le régime Kagame qualifie d’opposants. Ces rescapés Tutsis, qui tentent de refuser toute forme d’HUMILIATION, sont décidés de marcher la tête haute dans leur pays. Ils refusent de  vivre dans la terreur quotidienne et dans la servitude imposées à tous les rwandais.

Mlle Diane tient à vivre LIBRE et DIGNE depuis l’assassinat de son père le 04 février 2015. Elle a enterré sa peur. Dans sa lettre du 15/07/2019, elle demande au Président Kagame d’exiger que les assassins du Rwanda « remettent leurs épées au fourreau ». Le CLIIR estime que la violence a vaincu le régime totalitaire de Kagame. Les fondations de ce régime sont gravement rongées par le meurtre, l’impunité, l’injustice, le pillage, la corruption, la cupidité et la stupidité. Il ne lui reste qu’à s’écrouler au moindre coup de vent de la révolution.

Or la cupidité et la stupidité engendrent la cruauté qui frappe tous les rescapés du Rwanda.

Nous encourageons chaque rwandais à être « le gardien de son compatriote » en toutes circonstances. Nous saluons le courage de Mlle Diane RWIGARA et demandons à IBUKA et au CNLG de reconnaître son intrépidité qui lui permet de ne pas trembler devant la tyrannie.

Dans l’histoire du peuple Rwandais, Mlle Diane Shima RWIGARA restera une citoyenne exceptionnelle. Pour elle, les valeurs de fierté et de courage sont universelles.

Le meurtre des rescapés du Rwanda permet au régime de Kagame de vider le pays de ses forces vives. Opposer IBUKA et la CNLG à Mlle Diane RWIGARA, c’est introduire la guerre et la discorde entre les rescapés tutsis, telle est la stratégie du président Kagame.

La guerre entre les rescapés doit cesser immédiatement. C’est l’union de tous les rescapés qui fera leur force. Mlle Diane et le peuple rwandais sont en résistance pacifique, selon le slogan populaire « Exister, c’estrésister». La peur paralyse le cerveau et l’intelligence humaine (selon notre slogan « ubwoba butoba ubwenge »)

Fait à Bruxelles le 21 juillet 2019.

Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur (gsm 0476701569)

Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) Rue de la Colonne, n°54/4 1080 BRUXELLES Tél/Fax : +32.81.601.113 GSM : +32.487.616.651 (Base) & +32.476.701.569 (Proximus)

Le 05 juin 1994: l’Église Catholique Rwandaise décapitée. Que s’est-il passé à Gakurazo ?

RWANDA: LA NUIT DE LONGS COUTEAUX

Gakurazo : 5 Juin 1994

De l’assassinat des évêques rwandais et d’autres ecclésiastiques à Gakurazo, le dimanche 5 juin 1994

Abbé Vénuste LINGUYENEZA
Waterloo, 2 décembre 1999

Je m’en vais raconter les événements qui ont trait à l’assassinat des évêques Vincent NSENGIYUMVA, archevêque de Kigali, Joseph RUZINDANA, évêque de Byumba et Thaddée NSENGIYUMVA, évêque de Kabgayi et président de la conférence épiscopale, avec 9 prêtres ainsi que le Supérieur Général des Frères Joséphites, Jean Baptiste NSINGA. Les prêtres assassinés sont tous du diocèse de Kabgayi sauf l’Abbé Denis MUTABAZI du diocèse de Nyundo: il avait fui Nyundo où il avait reçu une vilaine blessure d’un coup de lance dans la main (droite si je me rappelle bien) et le malheureux avait cru avoir échappé à la mort. Il s’agit de Monseigneur Jean Marie Vianney RWABILINDA, vicaire général; Monseigneur Innocent GASABWOYA, ancien vicaire général; les Abbés Emmanuel UWIMANA, recteur du petit séminaire, Sylvestre NDABERETSE, économe général, Bernard NTAMUGABUMWE, représentant préfectoral de l’enseignement catholique, François Xavier MULIGO, curé de la cathédrale, avec ses vicaires Alfred KAYIBANDA et Fidèle GAHONZIRE(ce dernier étant en même temps aumônier de l’hôpital). C’est donc pratiquement tout le staff du diocèse de Kabgayi qui a été ainsi décapité.

J’en fais le récit parce que témoin, parce que de fausses ou incomplètes relations circulent, parce qu’on ne demande pas aux témoins ce qui s’est réellement passé (même l’épiscopat rwandais, jusqu’à ce jour, ne m’en a jamais demandé le récit) et parce que, même les études les plus récentes, donnent toujours, des faits, la version du Front Patriotique Rwandais (F.P.R.). Et pourtant beaucoup de témoins sont encore en vie qui pourraient en faire chacun sa relation: le recoupement de ces différents témoignages donnerait un récit le plus complet et le plus fiable possible. On pourrait même retrouver les noms des responsables militaires du site de Kabgayi, qui sont vraisemblablement les responsables de cet assassinat prémédité, faut-il le souligner.

D’entrée de jeu, j’atteste que les évêques savaient plus ou moins ce qui les attendait, mais ils ont refusé de fuir. Ils en avaient discuté avant avec tous les prêtres responsables des communautés de Kabgayi.

Le F.P.R. arrive le jeudi 2 juin 1994. Tout le site de Kabgayi tombe en leurs mains avec la fin de la matinée. Tout Kabgayi, c’est-à-dire jusqu’au garage du diocèse: toutes les propriétés du diocèse avec l’hôpital, les écoles, les ateliers, le grand séminaire de philosophie et les résidences du personnel.

Comme toujours le F.P.R. arrive un peu avant les heures du repas. C’est ainsi qu’ils sont arrivés à l’évêché entre 11h et midi; l’infiltration datait déjà de plusieurs jours, si ce n’est de plusieurs semaines. Ils ont cherché les évêques et spécialement l’archevêque de Kigali; celui-ci fêtait précisément l’anniversaire d’ordination épiscopale, puisqu’il a été ordonné le 2 juin 1974; on avait donc préparé un bon repas de circonstance, mais ceux qui s’en sont régalés n’étaient pas invités!

Les soldats du F.P.R. ont regroupé, devant la cathédrale, les trois évêques avec Mgr Gasabwoya, Mgr Rwabilinda, l’Abbé Muligo, le Frère Nsinga et plus tard l’Abbé Uwimana. On va garder tout le groupe là sous le soleil jusque vers 15h quand on les descend sur la route devant l’école des infirmières. Aux alentours de 19h, les militaires les remontent à l’évêché pour qu’ils prennent quelques effets personnels. Les soldats en profitent pour ramasser tous les prêtres qui se trouvaient à Kabgayi (à l’exception de ceux qui se trouvaient encore au Philosophicum). Trois jeunes filles tiennent à accompagner et à rester avec le groupe, bien que les soldats feront tout pour les éloigner. Ils leur proposaient par exemple, d’aller se mettre à l’abri, mais elles refusaient. Vers 3 h du matin du vendredi, on conduisit tout le groupe en voiture à Ruhango à une quinzaine de kilomètres; on les garda chez un particulier près de la maison communale. Dans la pièce d’à coté, d’autres prisonniers étaient ligotés à la manière F.P.R. qui va les passer par les armes tôt dans la matinée. Les évêques vont rester là avec les prêtres jusqu’au matin du dimanche 5 juin.

Le dimanche 5 juin dans la matinée, on conduit tout le groupe au noviciat des Frères Joséphites. Le curé de Byimana a la surprise de les voir là quand il va célébrer la messe dominicale pour les frères, les religieuses et les fidèles réfugiés là-bas: le Frère Vivens était venu lui demander de faire la messe parce qu’il n’y avait pas de prêtre et il concélébrera avec le groupe qui venait de Ruhango. Ce sera leur dernière messe puisqu’ils seront assassinés dans la soirée du même jour vers 19h. Est-ce une coïncidence que c’était la Fête-Dieu, appelée aussi Fête du Précieux Sang?

Il faut dire qu’entre-temps les militaires devaient attendre des ordres d’en-haut. Tout comme ils avaient voulu rassembler en un même lieu tous les responsables des communautés de Kabgayi. C’est ainsi que là où j’étais à Byimana, avec quatre autres confrères (le préfet des études de philosophât et les prêtres de la paroisse de Byimana), et avec la secrétaire de l’évêché, on est venu vendredi 3 juin au matin, nous dire que bientôt un véhicule viendrait nous emmener rejoindre les autres “banyakiliziya” (néologisme arrivé au Rwanda avec le F.P.R. pour dire “les gens de l’Eglise”). Celui qui nous a ordonné de nous préparer à partir, convoyait une camionnette qui emmenait les Sœurs Benebikira de Byimana ; pour des raisons que j’ignore on n’est pas venu nous embarquer. Y aurait-il eu divergences au sein du F.P.R., car même si le sort des évêques était déjà scellé, il n’en était pas de même pour tous les prêtres qui étaient avec eux et dont certains étaient tutsi. Finalement, les militaires tireront sur le groupe sans distinction.

J’étais donc à Byimana paroisse. En effectuant un flash-back, je me suis rendu compte que la tension était montée chez le militaires ce dimanche-là. Nous subissions une perquisition presque toutes les heures, et chaque fois la hargne était plus visible. Spécialement dans l’après-midi de ce dimanche, deux militaires ont failli même nous tuer; ils ont prétendu que ce qui les retenait, c’est que leur armé ne tue pas les prêtres, ce que nous avons cru à l’instant, sans savoir ce qui se tramait, et sans savoir à ce moment-là, que tous prêtres du diocèse de Byumba qui étaient sur place en avril 1994, avaient été exterminés sans en laisser échapper un seul. Les militaires qui nous ont malmenés cet après-midi, cherchaient à justifier leur colère par les accusations devenues habituelles selon lesquelles l’Eglise n’a pas protégé les Tutsi (et pourtant à Kabgayi, le personnel et les infrastructures du diocèse ont pu sauver plus ou moins 30.000 personnes) ; ils ont même accusé l’évêque de Kabgayi (qu’ils confondaient tout le temps avec l’archevêque de Kigali et le traitaient de “cya gikaridinali”, c’est-à-dire le gros cardinal) d’avoir chez lui un immense dépôt d’armes. Visiblement ils cherchaient à forger une culpabilité qui justifierait le massacre qui se préparait.

L’assassinat s’est fait comme partout ailleurs où le F.P.R. a tiré sur les gens: on réunit tout le monde soi-disant pour parler sécurité, puis brusquement on ouvre le feu. C’est ce qui s’est passé avec les évêques et le groupe qui était avec eux. Vers 19h, on les a réunis au réfectoire des Frères Joséphites pour parler de leur séjour et de leur sécurité, leur a-t-on dit. Les militaires se sont énervés quand ils ne voyaient pas arriver l’archevêque (qui était à la chapelle) : on est allé le quérir illico presto. Entre-temps, le chef de poste s’est éclipsé avec ses subordonnées qui jusque-là étaient restés assis à l’écart. Puis des militaires enragés ont fait irruption dans la salle en demandant ce que les “femmes” faisaient là: il s’agit des trois demoiselles qui avaient accompagné les ecclésiastiques depuis Kabgayi et qui s’était obstinées à entrer et à rester avec les religieux au réfectoire alors que les militaires avaient voulu les éloigner en leur disant que la réunion ne les concernait pas ; elles ont été séparées du groupe et jetées dans un coin avec violence ; deux sont restées sur place, littéralement pétrifiées et elles ont assisté à toute la scène quand on a tiré sur tout le monde. La troisième fille s’est échappée avec le seul prêtre rescapé du massacre : ils ont réussi à s’échapper par la porte du fond du réfectoire, une autre que celle par laquelle étaient entrés les militaires. Ils ont couru vers la ferme des frères; ils se sont cachés quelques minutes, puis quand on les a retrouvés, on ne leur a rien fait: l’orage était passé.

On a donc tiré sur les évêques et leur groupe vers 19h-20h. Vers minuit, les militaires rassemblèrent les religieux, les religieuses et tous ceux qui étaient chez les frères Joséphites. De force, tout le monde devait aller regarder les corps des victimes. Ceux qui étaient près de la porte comme Sylvestre NDABERETSE, étaient réduits à de véritables passoires. Toutes les victimes étaient allongées et avaient reçu le coup de grâce, une balle dans la tête: RWABILINDA et GAHONZIRE avaient même les yeux crevés. Un seul était resté assis dans son fauteuil et n’avait pas reçu le coup de grâce: l’évêque de Kabgayi avec sa carrure large, a reçu peut-être toute la première rafale et a dû mourir sur le coup.

Avec les ecclésiastiques, sont morts deux jeunes gens qui étaient restés sans rien savoir du danger qui les guettait. Et l’on s’étonne de la présence du Supérieur Général des Frères Joséphites parmi les victimes. Car les frères avaient su ce qui se tramait et lui-même devait le savoir, mais il est resté volontairement, peut-être parce qu’il pensait qu’on allait tuer l’un ou l’autre, et pas tout le monde. Le Frère Balthazar, maître des novices (hutu, burundais par surcroît) avait essayé de sauver quelques prêtres; il avait inventé un stratagème pour les avertir de l’imminence de l’assassinat: il les faisait sortir un à un soi-disant pour leur montrer leurs chambres; mais quand il a vu que celui qu’il venait d’avertir retournait obstinément dans le groupe, il y a renoncé. On l’a lui-même assassiné quelques semaines après à Kinazi, tout comme le Frère Vivens, neveu de Monseigneur KALIBUSHI. La plupart des autres frères Joséphites présents à Gakurazo en cette nuit du massacre, ont, comme par hasard, rejoint l’armée du F.P.R. la semaine qui a suivi.

Le matin du lundi 6 juin, les militaires du FPR accompagnent le seul prêtre rescapé pour nous annoncer la terrible nouvelle, dans la version qui sera désormais officielle: des jeunes écervelés ont commis la bavure, parce qu’ils auraient trouvé leur famille décimée alors que l’Eglise n’a rien fait pour empêcher les tueries.

Nous sommes atterrés et nous pensons que notre tour viendra bientôt. En début d’après-midi, nous prenons notre courage à deux mains pour aller voir les corps des victimes: ils ont été déplacés dans une autre salle et le réfectoire a été lavé; il n’y a plus de traces, sauf l’odeur forte et caractéristique du sang, ainsi que les impacts des balles, des nombreuses balles, dans les murs. Ce sont les Sœurs de Sainte Marthe (de Kabgayi) et celles du Foyer de Charité (Remera-Ruhondo) qui ont lavé les corps et les ont placés côte à côte sur des nattes et des tapis. Tous les visages ont été couverts.

Quand nous demandons à ensevelir les corps, l’on nous dit que justement des officiers voulaient arranger cela avec nous. On m’a dit plus tard qu’il y avait trois colonels dans le groupe. Nous faisons une réunion avec eux. Nous leur faisons trois propositions qu’ils rejettent l’une après l’autre. Heureusement d’ailleurs. La première était que chaque évêque devait être enseveli dans sa cathédrale, que ce serait possible certainement pour ceux de Byumba et Kabgayi puisque c’était en zone F.P.R., tandis que l’archevêque de Kigali pouvait être confié à la MINUAR ou à la Croix-Rouge pour être enterré à Kigali. Niet. Heureusement, car on ne sait jamais ce que seraient devenus les corps, tandis que maintenant c’est sûr qu’ils ont été enterrés, ce sont eux qui gisent dans la cathédrale de Kabgayi et ils ont eu une belle messe concélébrée (des photos ont été prises). La deuxième proposition était que ce n’est pas n’importe qui, qui enterre un évêque, que donc l’autorité du F.P.R. pouvait aller chercher l’évêque de Kibungo (zone F.P.R. également) pour venir enterrer ses confrères. Deuxième niet: les “civilians” ne circulaient pas. C’était notre troisième proposition qui allait rencontrer leur agrément: enterrer les évêques dans la cathédrale à Kabgayi, et le reste dans une fosse commune à Gakurazo.

On me donna tout de suite dans la même après-midi, une camionnette (avec un mineur d’âge comme chauffeur) pour aller chercher au ‘Philosophicum’, le matériel pour creuser les tombes et la fosse commune. J’en profitai pour me rendre compte des dégâts faits à mon établissement et pour prendre au passage ma soutane. Le lendemain très tôt, on creusa les tombes. A la cathédrale, une tombe fut creusée profondément pour l’évêque du lieu; les deux autres arrivèrent à 1 m puisqu’on pensait que pour les deux autres évêques, la sépulture était provisoire, qu’on les transférerait dans leurs cathédrales respectives le plus tôt possible. A Gakurazo, on creuse une longue fosse commune. A Kabgayi comme à Gakurazo, les militaires furent alignés pour aider à creuser.

Les funérailles étaient prévues pour 14h le mardi 7 juin. Nous commencerons la messe avec un retard. Elle est chantée; je la préside: Seuls les cercueils sont sortis de la salle et rangés près de l’autel de fortune sur la ‘barza’ devant la salle où les autres corps restent allongés. Je fais un sermon qui a failli me coûter cher: il semble qu’on n’a pas attendu la fin de la messe pour tirer quelques personnes à l’écart et leur demander si je ne suis pas interahamwe, car je prenais la défense des évêques assassinés, de l’Eglise calomniée, et je m’en prenais à toute violence. Après la communion, le F.P.R. demande à parler: l’officier qui prend la parole affirme qu’ils sont tous navrés de cet assassinat, mais qu’on cherche avec acharnement les auteurs qui ne sont personne d’autres que de jeunes gens qui ont trouvé leurs familles décimées, et qui ont pensé que les évêques auraient dû empêcher ce malheur; il ajoute qu’un des coupables s’est tiré une balle parce qu’il savait qu’il serait sérieusement puni (sur le lieu-même, personne n’avait entendu aucun coup de fusil depuis la nuit horrible où furent assassinés nos confrères).

Après la messe, l’abbé Jean NSENGIYUMVA s’occupe de l’enterrement à Gakurazo; on lui demande de prendre la précaution de noter dans quel ordre les corps sont rangés, pour pouvoir les reconnaître à l’avenir. Moi je vais à la cathédrale avec d’autres personnes pour enterrer les évêques. Il fait déjà nuit et on termine l’enterrement à la bougie, avec, à l’extérieur de la cathédrale, on concert de rugissement de mitraillettes. Des journalistes anglophones passeront mais feront semblant de n’avoir rien remarqué, sauf un qui posera deux ou trois questions à la dérobée. Encore une fois, à Kabgayi comme à Gakurazo, les militaires aident à combler les fosses.

Quand nous rentrons à Byimana, quelle ne fut pas notre surprise de remarquer qu’on a démoli toutes les portes de la paroisse, que nos affaires ont été volées, et que le reste est dispersé par terre. Pourtant des militaires avaient reçu l’ordre de garder la paroisse. Mais cela n’est rien.

Vers 2h du matin (c’est l’heure des exécutions chez le F.P.R.), un groupe de militaires nous terrorise. Il a pour chef KAMARAMAZA (nom de guerre comme il est de coutume chez le F.P.R.). Deux prêtres les accompagnent (Alexandre NGEZE qui est décédé au Bugesera début juillet, et un deuxième dont je dirai le nom en cas de besoin); visiblement, ces deux-là ne se doutent pas qu’une exécution est dans l’air. On me demande de suivre la troupe. Je passe ma soutane par dessus le pyjama et on me fait une place dans la cabine de la camionnette. On file sur Gakurazo. Le chef “afandi” va en conciliabule à l’intérieur avec ses homologues ou ses supérieurs encore sur les lieux. Quand il revient, il me dit qu’il me ramène à la paroisse. C’est par après que j’ai su avec certitude le danger que j’avais pressenti, que j’ai couru cette nuit-là, et même tout le temps que je suis resté au Rwanda: comment se fait-il que je sois encore en vie, alors que tous les chefs de communautés de Kabgayi ont été tués avec les trois évêques, sauf moi? Comment rester en vie encore après ce que j’ai dit à la messe des funérailles?

C’est le lendemain qu’un journaliste de Radio-Muhabura (du F.P.R.) est venu prendre des notes. On lui a donné tous les noms des victimes, mais il s’obstinait à demander pourquoi on ne dirait pas que le Frère NSINGA est dixième prêtre assassiné! Il semble que les membres du F.P.R. de parenté proche avec NSINGA (ceux de la famille GASABWOYA d’ailleurs aussi) avaient protesté contre son assassinat. On connaît la version qui a été lue à Radio-Muhabura. Ils ont faussé les dates en disant que l’assassinat avait eu lieu “hier”, c’est-à-dire le mardi 7 juin; on n’a jamais donné le nom du Frère NSINGA, mais on a donné plutôt…le mien!

Abbé Vénuste LINGUYENEZA
(Sé)

Ese Padiri Pierre ntiyaba umwe mu bari bagize “éléments avancés” za FPR ?

UBUHAMYA BWA PADIRI Pierre HABARUREMA IGICE CYA 4 :

Guhungira muri Eveché ya CYANGUGU ntibyabujije Padiri  Pierre Habarurema gukomeza kujya kubonana n’abicanyi kabuhariwe buri gitondo, saa kumi n’ebyiri n’igice !

Padiri Pierre Habarurema yavuye ku Muyange taliki ya 12/4/1994.  Kwica Abatutsi muri Paruwasi ya Muyange byasaga n’ibirangiye kuko bishwe kuva taliki ya 9 kugera ku ya 11/4/1994. N’ubwo yavuye ku Muyange taliki ya 12, abari muri Evéché bemeza ko yahageze taliki ya 15/4/1994 !

Dore uko Padiri Pierre Habarurema ubwe yivugira ibyo yakoze mu gihe yari amaze kugera mu nzu y’Umwepiskopi(Eveché) ya Cyangugu :

« Rutanga yari yarishe, yarakoze ibyo ashaka byose…uwo muntu  niwe nakoreshaga…nahuraga nawe buri munsi, buri gitondo saakumi n’ebyiri n’igice…  ndakomeza nkorana na we…»

Uwo mwicanyi RUTANGA, ngo yibwiriye Padiri Pierre Habarurema ko yaryaga imitima y’abatutsi ngo ikamuryohera. Nyamara Padiri Pierre Habarurema araduhishurira ko ari we ubwe « wakoreshaga » uwo mwicanyi , ko ndetse babonanaga buri gitondo, saa kumi n’ebyiri n’igice. Nta bwoba Padiri Pierre Habarurema yigeze aterwa n’uwo mwicanyi ngo waryaga imitima y’abandi batutsi ikamuryohera !

Aha rero niho hateye benshi kwibaza ngo Padiri Pierre Habarurema, umututsi utaratinyaga gukorana /gukoresha abicanyi barimburaga abandi batutsi, yari muntu ki ?

Twibukiranye 

  1. Ubwo Paruwasi ya Muyange yaterwaga taliki ya 9 /4/1994 hishwe abatusi benshi. Abashoboye kurokoka ni abo Padiri Pierre Habarurema ubwe yatoranyije, yumvikana n’Umwicanyi witwa PIMA wari uyoboye igitero, ko atagomba gukora ku ncuti ze. Padiri Pierre Habarurema afatanyije n’umwicanyi PIMA, batoranya incuti za Padiri Pierre bazishyira mu nzu y’abapadiri (Presbytere) yo ku Muyange, kandi koko nta wabariye n’urwara ! Muri bo hari Hyacinthe MUKARUSAGARA, abavandimwe be, umugabo we n’abana be ;  Mzehe Gaetan ZIMURINDA n’umuryango we ;  Celestin MUSABYIMANA, n’abandi.
  2. Taliki ya 13/4/1994 Padiri Pierre Habarurema yagaragaye kuri Bariyeri y’i SHANGI, aha amategeko abari bayiriho kandi bakamwumvira, taliki ya 14/4/1994 Paruwasi ya SHANGI iraterwa, abatutsi baratikizwa karahava.
  3. Bariyeri kabuhariwe yo ku CYAPA i Kamembe, yari iyobowe na Mubyara wa Pierre Habarurema witwa Habimana Vedaste, ubu ni Umuheshawinkiko i Kigali, wawundi mwabonye ateza cyamunara imitungo ya Assinapol Rwigara n’iya Tribert RUJUGIRO…. Iyi Barrière yo ku CYAPA yaguyeho Abatutsi batagira ingabo barimo Padiri Joseph Boneza na Padiri Alphonse Mbuguje.
  4. Padiri Pierre Habarurema ageze muri Evéché yahengeraga Musenyeri n’abandi bapadiri baryasinziriye, akanyarukira kuri barriere yo mu GATANDARA « gukoresha » ba bicanyi yemezako baryaga imitima y’abatutsi!

 

Padiri Pierre Habarurema n’incuti ye

 

Twibaze kandi twisubize

 

  1. Muri Diyosezi ya Cyangugu hari abapadiri bari bafite amakuru y’uko Padiri Pierre Habarurema yajyaga ata Paruwasi yari ashinzwe akajya gukurikira amahugurwa y’Inkotanyi i KINIHIRA. Ibi yabikoze mu myaka ya 1992 /1993.
  2. Nyuma y’uko FPR ifashe ubutegetsi mu 1994, Padiri Pierre Habarurema ntiyongeye gukora muri Diyosezi ya Cyangugu, yewe nta n’indi Diyosezi y’u Rwanda yigeze ashaka gukoramo ubutumwa bwa gisaserdoti. Yikoreraga ibyo yishakiye(Vagus). Yirirwaga agenda n’abasilikari ba FPR ndetse hari n’abamuvugiragaho ko yigize ku ngufu « Aumonier » w’abasilikari ba FPR. Yagendanaga imbunda ebyiri za Revolver mu modoka. Abamuzi ibyo yakoraga muri Kigali bazatange ubuhamya.

 

Kubera izo mpamvu zose dore ibibazo twibaza :

 

  1. Aho Padiri Pierre Habarurema ntiyaba ari muri ba ba « Commandos » FPR yagiye yohereza kuri za Barrières ngo bashyushye imitwe abicanyi maze bashishikarire kwica abatutsi kurushaho ?
  2. Ibyo kuvuga ko abahutu bo mu Rwanda no mu burundi bafite umuco wo kurya imitima y’Abatutsi kugira ngo bagire ububasha bwabo bigamije iki ? Ese ubwo bubasha budasanzwe bw’abatutsi Padiri Pièrre ashaka kuvuga bubaho koko ? Ni ubuhe ?
  3. Aho ibyo Padiri Pierre Habarurema yita UBUHAMYA si umuyoboro wo gukwirakwiza ya INGENGABITEKEREZO y’ibimanuka yemeza ko mu Rwanda hari ubwoko busumba ubundi abatutsi bakaba aribo bantu, naho abahutu bakaba abantu-nyamaswa(sous-hommes) ?
  4. Ese aho ntihaba hari n’abandi bapadiri cyangwa Abasenyeri bitwaye cyangwa bitwara nka Padiri Pierre Habarurema muri Kiliziya y’u Rwanda ?

Murakoze.

Joachim Kabera,

Ubwanditsi bw’urubuga Umuhanuzi.

 

Iyumvire UBUHAMYA budasanzwe bwa Padiri Pierre HABARUREMA :

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14 Mata 1994.

Nari naraye ntasinziriye neza. Naraye nsimbagurika buri kanya,nkarota nsimbuka umukingo muremure ngashidukira hejuru ntaragera mu kabande!
Ariko nari naraye nsezeranyije Freddy na Petero ko nzajya kubareba ngo menye ko bageze mu rugo amahoro. Nahagurutse iwacu nka saa tatu za mu gitondo njya i Rushikiri. Ngezeyo naganiriye na Muhindi na Doroteya baranshimira bambwira ko abahungu bahageze amahoro. Cyakora bampishuriye ko bagenda batakaza icyizere. Ni muri uro rwego bari bahishe Petero na Freddy kwa Mariya, mushiki wa Petero wari yarashatse umugabo w’umuhutu. Uyu Mugabo yakoze uko ashoboye arinda umugore we, Imana ibimufashamo ararokoka. Narahavuye nyura kwa Mariya ndamusuhuza dusangira ibya saa sita ndakomeza ndataha. Nihutiye kugera mu rugo. 

Guhera uwo munsi twakomeje kugira ubwoba bwinshi mu rugo kubera impamvu ebyiri.
Byakomezaga kugaruka mu magambo y’abantu ko abatutsi b’abagabo bagomba gupfa, hagakurikiraho abatutsikazi barongowe n’abahutu ariko hamwe na hamwe hari abataratinyaga kuvuga ko hazasoza abashambo kuko nabo ari abatutsi. Kuri ibi hakiyongeraho ikimasa umututsi witwa Bwanakweri ari yari yarohereje iwacu giherekeje inka yaduhaye mbere gatoya y’uko indege ihanurwa.
Nta mututsi wari ukigaragara. Ubusanzwe Mushubati yari ituwe n’abatutsi benshi rwose ariko byageze kuri iyi tariki baragiye , harishwe abo kwa Murari, kwa Sakindi, Andereya, Nzogera na Musesarugamba bene Rutanga.
Umuryango wa Muhindi wari ukirinzwe n’abasore b’abahutu bari bayobowe na Rwanyindo.

Iminsi yakurikiyeho sinigeze mva mu rugo uretse nko kujyana n’umukozi gukura ibijumba cyangwa kuvoma.
Uretse Freddy na Petero nta wundi muntu wigeze aza kwihisha iwacu. N’ubwo twari dufite ubwoba ariko twakoze uko dushoboye ngo tubarinde risques. Twahoraga dutegereje ko abana Papa na Mama bari barabyaye muri batisimu b’abatutsi cyangwa ababyeyi babo baza kwihisha iwacu cyakora nta waje. Hari icyizere ko kujya ku Kibuye byari gutanga amahirwe yo kurokoka ku batutsi. Imindi yakurikiyeho hagiye haba ibikorwa by’ubwicanyi n’ubusahuzi hirya no hino ariko ibizwi cyane akaba ari igitero cyagabwe kwa Muhindi kikabanza kunanirwa ariko nyuma kikaza gutsemba umuryango wose. Tuzabiharira umwanya wabyo.

Uvuye i Mushubati werekeza iya Rutsiro , hakurya ya Bumba hari agasozi kari kihindiyeho abatutsi mu rwego rwo kwegerana. Mu minsi yakurikiyeho baje kugabwaho igitero bicwamo benshi cyane. Ako gasozi kitiriwe Nyamagumba biturutse ku ntambara yahabereye.
Biracyaza.

13 Mata 1994 (ibikurikira)

Natangiye mbabwira ko tariki 13Mata 1994 awabaye umunsi mubi mu mateka ya Mushubati. Nababwiye kandi ko aribwo umuryango wa Sakindi wishwe wose hagasigara umugore we w’umuhutukazi. Kwa Muhindi, twapanze gahunda yo kuza gukura Freddy na Petero iwacu tukabazana iwabo muri iryo joro. Dore uko umugambi wari uteye.

Jye nari gutegereza ko buhumana maze ngaherekeza abo basore nkabageza ku ivomero ryo mu Kunini. Iri vomero twitaga Kano (bituruka kuri canaux ) ryari riherereye hepfo yo kwa Pascal Gapyisi unyuze iruhande rwa kawa y’ishuri rya primaire rya Mushubati. Aha niho nari guhurira na Rwanyindo akabaherekeza akabageza mu rugo i Rushikiri. Isaha twahanye iya saa moya z’umugoroba. Nta téléphones zabagaho ngo duhamagarane tubwirane aho tugeze. Umugambi tumaze kuwunoza ndasezera ndataha.

Nigiriye inama yo kudaca inzira nanyuze nza mu rwego rwo kwirinda ko hari uwambaza byinshi. Nabanje ariko gusuhuza Mubyara wanjye (mushiki wa Petero ) wari yarashatse hafi aho ku mugabo w’umuhutu.
Ndangije manuka ku Gitega nsha mu ma kawa mpinguka mu muhanda wa Leta nywuvamo nerekeza kuri ya kano twagombaga guhuriraho nzamuka kwa Gapyisi Pascal mpinguka ku nzu mberabyombi ya Paroisse yitwaga “Mubyiruke”. Nta muntu twahuriye muri iyo nzira yose.

Ngeze kuri Paroisse nashatse kujya gusuhuza Umudiyakoni wahabaga mpageze Sergent gendarme ambwira ko Diyakoni adahari ko yerekeje ku ivuriro. Yari yajyanye n’aba gendarmes babiri aho hasigaye babiri.
Nagumye kwa Padiri ntegereje Diyakoni nk’amasaha 2 ari nako nganira na Sergent.

Mbonye atinze kandi ndambiwe kuguma aho ndasezera ndazamuka nerekeza muri Jebeka (GBK).
Mpageze nagiye muri Boutique ya Datawacu Benoît Bayahore ndahaguma. Icyo nari ngamije kwari ukwanga kujya mu rugo ngo hatagira ushaka kwinjira mu cyumba cyanjye kuko ari cyo cyarimo Petero na Freddy. Nifuzaga kuza kugera mu rugo bitinze rwose.
Twicaye aho turaganira hahoraga abantu benshi buri gihe. Ndibuka ko twaganiriye ku byerekeranye n’igisirikari tujya impaka bamwe bavuga ko FPR igeze i Gitarama abandi bahakana.

Hashize umwanya hafi y’isaha n’isaha n’igice, havuze amasasu ku muhanda ujya ku Mashuri ya primaire ahari ishusho rya Bikira Mariya. Kubera ko twarimo tuvuga ibya gisirikare, twagize ubwoba ariko abari aho twese turasohoka ngo turebe. Twabonye imodoka ya Daihatsu y’ubururu yari imaze kuhanyura ivuye ku ivuriro. Ngereranyije bari nka 20. Twamanutse ngo turebe ikibaye tuhageze dusanga aba gendarmes babiri tubona abantu benshi bakurura imirambo bayita mu byobo byari aho. Negereye Diyakoni ngo mubwire ko nari nagiye kumusuhuza nkamubura. Ibintu ntibyari byoroshye. No mu kubyandika si icyoroshye kuko umutima uratera birenze .

Mu modoka imbere harimo Véronique Mukankwiro nababwiye mu bice byashize. Yari afite umwana we muto ku bibero. Yari yicaye hagati ya Diyakoni n’umushoferi. Hanze hari umugabo ufite inkota abwira Diyakoni ngo nabahe iyo nyenzi. Diyakoni yanga gusohoka. Ku ruhande haje abantu benshi mu bo twari tuzanye binginga abari bateze iyo modoka ngo bayireke ikomeze. Wa mugabo wari ufite inkota twaje kumenya ko yaturukaga i Rarankuba ngo akaba yari yarirukanywe mu gisirikare.

Kugira ngo bareke imodoka igende, umwe mu bo twari tuzanye yatanze mafaranga 5000 maze Véronique ahava ntacyo abaye n’uruhinja yari ateruye. Aba gendarmes bari babanje kurasa masasu ariko abicanyi babarusha ubwinshi barabagota mu gihe abandi bicaga. Nyuma twaje kumenya ko mu bahaguye harimo abana ba Véronique, muramukazi we n’abana be. Harimo kandi umusore witwaga Yozefu wari u neveu wa Padiri Clément Kanyabusozo. Mu bari batawe mu byobo harimo umugore witwa Agata wo kwa Munyansanga. We yaje kuvamo ndetse aza kurokoka, Imana ishimwe.
Abapfuye bose Imana ibahe iruhuko ridashira.

Muri abo bahaguye nta n’umwe wari utuye i Mushubati, bose bakomokaga za Buhinga, secteur twari duturanye mu majyaruguru yacu. Abaturage benshi bari baje kureba ibibaye ni nabo batakambye ngo Véronique aticwa. Ni we wari ukiriho. Sinshidikanya ko iyo tuza kuhagera mbere wenda nta wari kwicwa.

Twavuye aho dusubira haruguru muri Jebeka ariko sinahatinda mpita ntaha, ubwoba bwanyishe.
Nambutse Nyakiriba ngera iwacu. Nabwiye ababyeyi amagenzi yanjye na gahunda twafashe yo guherekeza Freddy na Petero. Aba basore nabo nababwiye iby’iyicwa ry’aba bantu.
Isaha yo kubaherekeza iregereza ariko mbona hakibona. Nibwo twiyemeza kuryama gatoya. Nakangutse haciye akanya ndababyutsa ngo tugende. Twarabyutse turambara tugeze hanze ubwoba buramfata. Natekereza ibyari byabaye ku manywa nkumva birandangiranye. Nigiriye inama yo kubyutsa umukozi wacu w’umusore ngo aduherekeze. Ntiyari azi ko Freddy na Petero bahari. Ariko yemeye ko tujyana.
Tugenda tugwa mu migende ya Nyakiriba twomoka ku kibuga cy’amashuri i Mushubati haruguru yo kwa Ngarukiye. Freddy na Petero dusezeranaho, mbizeza ko nzaza kubasura.
Tariki ya 13 Mata 1994 wari umunsi mubi cyane.

13 Mata 1994

Uyu munsi wabaye mubi cyane mu mateka ya Mushubati.
Nababwiye ko ku mugoroba wa tariki 12 mperekeje umusore w’umuturanyi hagati ya saa moya n’igice na saa mbiri z’ijoro, twabonye umuntu wububa ashaka kwinjira mu rugo iwacu. Twamubajije uwo ari we ? Agira ubwoba ntiyavuga ahubwo atangira gusunika urugi rwo ku irembo ngo yinjire. Twamubwiye ko nativuga tuvuza induru, aratubwira ati muhumure ni jyewe . Wowe nde ? Petero. Petero wuhe? Mubyara wawe.

Ubushize nababwiye ko Masenge witwaga Tereza yari yarashakanye n’umugabo w’umututsi, Muhindi Visenti bakabyarana abana batatu harimo abahungu n’umukobwa umwe. Petero Mutuyeyezu ni umwe muri abo bahungu. Twaramwegereye atubwira ko atari wenyine ahubwo ko azanye na Freddy Mutanguha, murumuna we (yari yarazanywe na nyina Doroteya aje gushakana na Muhindi nyuma y’urupfu rwa Masenge Tereza). Freddy abenshi bitaga Ferdinand yari yasigaye mu nsi y’urugo nawe tujya kumuzana tumwinjiza mu rugo. Nahise mbinjiza mu cyumba cyanjye muri annexe. Nangaga ko hari ubabona. Twari dufite abakozi bo mu rugo babiri, umusore n’umukobwa. Naribwiye nti bamenye ko aba bantu bari hano, bashobora kwibeshya bakagira uwo babibwira bikaba byaba nabi.

Bamaze kwinjira mu nzu nakubiseho urugi ninjira mu nzu nini kubibwira ababyeyi. Nabanje kubibwira Mama nawe ati ngwino tujya muri chambre kubwira Papa. Papa yaranyihanangirije ngo ntihagire n’umwe umenya ko bahari. Yahise ahamagara barumuna banjye babiri nabo bararaga muri annexe abaha itegeko ko batangira kurara mu nzu nini kugeza igihe azababwirira. Nta mwana ujya impaka na se, bahise bemera nta kuzuyaza bajya mu cyumba cy’abashyitsi.
Najyanye na Mama tuganira na Freddy na Petero. Batubwiye ko Muhindi afite abasore yemereye kuzahemba intambara irangiye bakaba aribo bamurinze n’umuryango we. Gusa ngo mu rwego rwo kwiteganyiriza, yari yohereje abahungu ngo baze babe bari iwacu, ntawamenya!

Mu gihe Muhindi yatekerezaga ko iwacu hari umutekano si ko byari bimeze. Mbere gato y’ihanurwa ry ‘indege umututsi w’inshuti ya Papa witwaga Bwanakweri akaba na secrétaire wa paroisse Mushubati yari yaduhaye inka iza iherekejwe n’ikimasa. Ngo wari umuco. Ariko ngo icyo kimasa cyagombaga gusubirayo inka imaze kumenyera.
Icyo kimasa rero cyaduteje umutekano mukeya. Insoresore zinyuzaga hafi aho binavugwa ko tugomba kugitanga bakakirya kuko ari icy’abatutsi. Twari twiteze ko isaha iyo ariyo yose baza bakagitwara. Hahise hazamo ko ikimasa bazaza kugitwara bagasanga si ikimasa gusa ahubwo hari n’abantu!
Byihuse hari hakwiye kuvugana na Muhindi tukamubwira uko ikibazo giteye ndetse tukareba icyakorwa. Ubwo nahawe ubutumwa bwo kujya i Rushikiri kwa Muhindi kugira ngo ntange ubwo butumwa. Nari umwana ku buryo byari binyoroheye kuvuga ko bantumye. Bwari ubutumwa bw’ibanga nakwita “top secret”.

Nararanye na Freddy na Petero ku gitanda kimwe. Bukeye nafashe inzira ngo ngende ariko ngira igitekerezo cyo kuvugana na Masenge Agnès mu rusisiro rwa Gafumba. Naragiye ngezeyo nibuka ko Papa yambujije kugira uwo mbibwira, umutima urandya,…mbwira Agnès ko nari nje kumusuhuza. Nahageze ambwira ko hari igitero cyaje mu gitondo gusaka kwa Kayibanda abatutsi bari bahihishe bagasimbuka urugo.
Umwe muri bo yari azwi ku izina rya Nzogera rimwe na rimwe akiyita caporal. Yaje kwicwa n’abari baturutse mu rutoki agana ku Kinombe.
Nahise numva ko ibintu bitoroshye noneho. Nazamutse nyura mu Kagari ahari aga centre gatoya kagizwe n’utubari. Nta muntu wari uhari.
Nakomeje hirya ku muyoboro w’amazi ngeze kwa Sakindi nsanga umugore yicaye ku irembo.
Sakindi ni umututsi wavaga inda imwe na Murari wishwe rugikubita. Sakindi yari afite umugore w’umuhutukazi twakekaga ko wenda ntacyo abicanyi bazamutwara. Mu gihe namusuhuzaga, yaranyihoreye ngira ngo ntiyumvise ndongera ahita akubita amarira. Arandeba mbura icyo mvuga nkomeza urugendo. Nyuma twaje kumenya ko igitero cyari cyahagabwe mu rukerera kikamwicira umugabo n’abana bose. Wari umuryango mugari nkeka barageraga mu icumi (10) bose hamwe.

Narakomeje nyura ku kagezi kitwa Kazibaziba ngeze ku mugabo bitaga Baranywa hafi yo kwa Murengerantwari Alexis mpasanga abantu benshi bafite intwaro gakondo zitandukanye. Bambajije aho ngiye mbabeshya ko Papa antumye kwa Deo. Uyu Deo Hakizimana yari secrétaire wa Commune Mabanza akaba yari atuye imbere y’ibiro bya secteur Mushubati ahitwaga kuri Foyer. Abo bantu twageranye kuri Foyer mpita nzamuka njya kwa Deo ngo ndeke bagende. Kwa Deo mpageze nabwo byambereye ihurizo rikomeye. Bambajije aho njya mu gihe bitari byiza kugendagenda, mbura icyo mvuga, sinzi ibyo nabeshyabeshye mbona ntibambajije byinshi. Deo arambwira ngo arandega kuri Papa. Hashize akanya mbonye ba bantu bagiye mfata inzira nerekeza kwa Muhindi.

Ngezeyo umwe mu basore bari baharinze afora umuheto agiye kundasa ndatabaza. Yitwa Nzabonimpa yari yarigeze kuba umushumba w’inka iwacu. Yambajije ikingenza mubwira ko Mama antumye kuri Doroteya ,ajya kubaza aragaruka arandeka ninjira mu rugo. Bari bafite ubwoba bwinshi, batonora ibishyimbo byo guteka, anyinjiza mu cyumba ahamagara Muhindi mbagezaho ubutumwa.
Muhindi yafashe icyemezo ko Freddy na Petero bava iwacu bakagaruka iwabo. Dukora na gahunda yo kubagarura mu ijoro. Byabaye ngombwa kwinjiza mu mugambi uwitwa Rwanyindo wari uyoboye abarindaga kwa Muhindi.
Biracyaza…