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Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, proteste contre la visite à Paris d’une délégation conduite par le général Jean Bosco Kazura.

COMMUNIQUÉ

Paris 15 mars 2022

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle, proteste contre la visite à Paris d’une délégation militaire du Rwanda conduite par le général Jean Bosco Kazura, chef d’État-Major des RDF – Forces Rwandaises de Défense.

Le Groupe d’Initiative France-Rwanda, GIFR en sigle, a appris avec stupeur, colère et indignation, la visite à Paris d’une délégation militaire du Rwanda conduite par le général Jean Bosco Kazura, chef d’État-Major des Forces de Défenses rwandaises, sur invitation de son homologue français. La délégation a été reçue avec tous les honneurs par le chef d’État-Major des armées, le général Thierry Burkhard.

 Après les visites en France du général-président rwandais Paul Kagamé en septembre 2011 et en mai 2021, il s’agit du premier déplacement officiel d’officiers de l’armée rwandaise en France depuis plus de 25 ans.

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“Tous les pays membres de l’ONU ont une dette morale envers les peuples de la région des Grands Lacs d’Afrique”- Victoire Ingabire Umuhoza

La Journée des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre, jour anniversaire de l’adoption en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce 10 décembre 2021, les habitants de la région des Grands Lacs, dont je fais partie, et tous ceux qui s’intéressent à la situation politique de cette région, sont en droit de se demander si ce jour a la même signification que celle qu’il avait le 10 décembre 1948.

"Tous les pays membres de l'ONU ont une dette morale envers les peuples de la région des Grands Lacs d'Afrique"
Enfant au lac Kivu © Getty

En effet, la région des Grands Lacs connaît des conflits interminables depuis plus de deux décennies qui, d’après certaines publications, ont causé la mort de plus de cinq millions de personnes, surtout à l’est de la République démocratique du Congo, sans oublier des conflits ouverts qui coutent beaucoup de vies humaines dans cette partie du monde.

Les conflits dans la région des Grands Lacs découlent fondamentalement de l’absence totale d’un État de droit et des effets qui en dérivent. On peut citer notamment l’absence de démocratie pluraliste. Dans les pays de la région des grands lacs, on y trouve plutôt une démocratie de de façade caractérisée par la culture de l’impunité, le non-respect des droits de l’homme et des libertés des citoyens, la mauvaise gouvernance et la mauvaise gestion des ressources économiques.

En décembre 2020 le Conseil de Sécurité a pour la nième fois adopté la stratégie pour la consolidation de la paix et la prévention et le règlement des conflits dans la région des Grands Lacs. Une stratégie qui s’articule autour des trois piliers, à savoir : a) la paix, la sécurité et la justice; b) le développement durable et la prospérité partagée; c) la résilience face aux problèmes anciens et nouveaux[1].

Ces stratégies que le Conseil de Sécurité ne cesse de rappeler n’ont jamais été mises en application et n’amènent donc pas la tranquillité au simple citoyen des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique car dans le monde globalisé d’aujourd’hui les intérêts économiques priment sur les droits fondamentaux de l’homme.

Ainsi par exemple, en 2010, l’ONU a publié un rapport cartographié documentant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et ??juin 2003[2].

Dans ce rapport, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) appuyée par le Rwanda a été identifiée comme l’auteur de plusieurs crimes. Face à ces accusations, les hauts fonctionnaires du Rwanda ont consacré du temps, de l’énergie et des efforts à se défendre auprès de la communauté internationale contre les allégations d’implication dans le conflit en RDC. Malgré ces efforts de défense, la réputation du Rwanda en tant qu’instigateur du conflit et exploitant illicitement des minerais dans l’est de la RDC restera toujours la source de méfiance, surtout entre le peuple congolais et le peuple rwandais mais aussi au niveau des relations entre le Rwanda et la RDC jusqu’à ce que ces accusations ne soient éclaircies une fois pour toutes.

A part ces conflits ouverts en RDC, il y a aussi des conflits latents entre le Rwanda et ses autres voisins. En 2015, les relations entre le Rwanda et le Burundi se sont également détériorées. Le Burundi a accusé le Rwanda d’avoir orchestré un coup d’état manqué; tandis que les autorités rwandaises accusent son voisin du sud d’abriter les rebelles qui veulent renverser son pouvoir. La frontière entre le Rwanda et le Burundi a été fermée pendant longtemps.

En 2018, des problèmes sont survenus entre le Rwanda et l’Ouganda. Le Rwanda se plaignait que l’Ouganda arrêtait des Rwandais vivant en Ouganda et que ces Rwandais sont torturés ou subissent des traitements cruels, inhumains et dégradants. Les autorités rwandaises accusent aussi l’Ouganda de soutenir les groupes rebelles qui tentent de renverser le pouvoir en place au Rwanda. La frontière entre le Rwanda et l’Ouganda ont également été fermés pendant plusieurs mois.

La fermeture des frontières prive ainsi les simples citoyens de ces pays leur liberté de mouvement ce qui viole l’article 13 de déclaration universelle des droits de l’homme.

A cette date où nous célébrons la journée des droits de l’homme instaurée par l’ONU, des foyers d’instabilité et de violence, des accrochages transfrontaliers, la méfiance et les tensions persistent entre les pays de la région des Grands Lacs d’Afrique.

Ainsi, j’invite la communauté internationale, surtout le groupe international de contact des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique à assister les pays de cette partie du monde à trouver une solution adéquate et inclusive.

Il est déplorable de constater que la stratégie de l’ONU citée précédemment, certains acteurs clé rwandais n’ont pas été consulté pourtant le Rwanda est dans le centre de toutes ces tensions.

Les violations des droits de l’homme commises au Rwanda sont décrites en détail depuis plus de dix ans dans les rapports annuels de l’Union européenne sur les droits de l’homme et la démocratie, publiés sur le site du Service européen pour l’action extérieure[3]. De plus, lors de la 37ème session de l’Examen Périodique Universel sur les droits de l’homme au Rwanda, qui s’est tenue à Genève en janvier 2021, des représentants de divers Etats membres des Nations Unies ont fait part aux délégués de notre gouvernement de leurs préoccupations concernant les violations des droits de l’homme au Rwanda[4].

Toutes ces violations poussent certains rwandais à quitter le pays et beaucoup d’entre eux à se regrouper dans différentes organisations armées ou non armées, ce qui constitue à moyen ou à long terme une menace de sécurité du Rwanda.

J’ai toujours soutenu que sans résoudre le problème politique du Rwanda, il sera impossible d’apporter la stabilité dans cette région.

Je reste convaincue que les difficultés politiques, sociales et économiques auxquelles mon pays est confronté ne peuvent être surmontées que si notre gouvernement est contraint de faire les réformes de gouvernance nécessaires aujourd’hui. Ces réformes peuvent être réalisées à travers un dialogue entre toutes les composantes de la société rwandaise[5].

Sans ces réformes, il sera difficile de promouvoir le respect des droits de l’homme au Rwanda et par conséquent d’éviter et/ou d’arrêter le bain de sang qui coule dans la région des pays de Grands Lacs d’Afrique depuis plus de trois décennies.

A cette journée de droits de l’homme, je vous invite à écouter les cris de ces femmes violées, abandonnées à leur sort ; mais aussi à être attentifs aux pleurs de ces enfants qui sont privés de toute vie décente, qui vivent dans la pauvreté sans précédent.

Travaillons ensemble pour mettre fin au trafic de minerais de sang dans toute la région et privilégions la paix, la stabilité et le développement de tous.

Tous les pays membres de l’ONU ont une dette morale envers les peuples des pays de la région des Grands Lacs d’Afrique car en signant la charte des peuples des Nations Unies, ils se sont engagés à assurer le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le monde entier. J’en appelle à leur conscience pour que le sang cesse de couler dans les pays de la région des Grands Lacs d’Afrique.

Victoire Ingabire Umuhoza,présidente de DALFA UMURINZI

Source: Levif

[1] https://ungreatlakes.unmissions.org/sites/default/files/s_2020_1168_f.pdf

[2] https://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_EN.pdf

[3] 4 https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage/82/about-european-external-action-service-eeas_en

[4] https://www.ohchr.org/EN/HRBodies/UPR/Pages/RWIndex.aspx

[5] https://www.levif.be/actualite/international/pour-un-nouveau-dialogue-inter-rwandais-carte-blanche/article-opinion-14811

Intra-Rwandan dialogue is crucial for peace in the Great Lakes

The conflicts in the Great Lakes region cannot be fully resolved until Rwanda addresses its internal political problems.

Since Rwanda gained its independence in 1962, the country has experienced successive regimes that have stayed in power by any means possible, refusing to implement good governance reforms. The repercussions have been massacres and human rights violations, culminating in the Tutsi’s genocide of 1994.

After the Rwandan Patriotic Front (RPF) took power in 1994, it held national consultations – referred to as Urugwiro Village meetings – to discuss how Rwanda could solve its issues of national unity, democracy, justice, economy and security. The outcomes of these consultations have been the guiding philosophies of the governance implemented by the RPF over the past two decades.

Nonetheless, the way Rwanda’s governance and relationship with its neighbouring countries in the Great Lakes region have evolved over time is a concern. Today there are pressing issues that necessitate holding another intra-Rwandan dialogue between the Rwandan government and dissenting voices and civil society organisations operating in and outside the country to revamp its governance strategy so that long-term stability at home and in the Great Lakes region is guaranteed.

The consensus democracy that aimed to prevent further ethnic violence while accelerating development agreed on during the Urugwiro Village meetings has transformed over time into a political system that suppresses political dissent, restricts pluralism and curbs civil liberty in Rwanda.

In many instances the government has abused its power, collaborating with the judicial system to criminalise its critics under the silent watch of the legislature. These practices, along with widespread human rights abuses, point to the fact that the prospect for full democracy in Rwanda remains rather bleak today.

The mechanisms to promote unity and reconciliation among Rwandans adopted by the national consultation of 1999 were commendable. However, the lack of public and official remembrance of the victims of war crimes committed in Rwanda before, during, and after the genocide against the Tutsis are creating conflicting views among citizens today. This creates social grievances and weakens trust and cooperation among Rwandans.

The development programme put forward during the national consultation of 1999 that aimed to transform Rwanda into a middle-income state driven by building a knowledge-based economy by 2020, has also not delivered on many of its promises. Rwanda remains a low-income state in spite of the abundant financial support that the government has received from development partners. As a result, the goal of turning Rwanda into a middle-income country had to be postponed to 2035.

Over the 20 years since the Urugwiro Village meetings took place, the political scenery in Rwanda has transformed as well. It is no longer limited to the opposition affiliated with the ruling party, but also includes a diverse group of dissenting politicians and activists. Although critics are often marginalised by the government and their voices stifled, they are increasingly being heard across Rwanda and beyond.

The government needs to start taking into consideration the criticism that is coming out of these political quarters. After all, it is the lack of an inclusive political process that hindered good governance and led to conflict in Rwanda in the 1990s.

Some Rwandans have already taken to armed struggle, which has increasingly worried the government and exacerbated relations with Rwanda’s neighbours. The United Nations has issued a number of reports alleging the Rwandan government is involved in the conflict in the eastern part of the Democratic Republic of the Congo (DRC), where it is trying to stem insurgencies it perceives as threatening. Officials in Kigali have repeatedly denied these accusations.

Political tensions between Rwanda and Burundi and Uganda have also worsened in recent years over allegations that these two countries are supporting opposition figures who also want to topple the Rwandan leadership by force. This has led to the closure of borders, which has had a negative economic impact on the country.

To address all these challenges, a new intra-Rwandan dialogue is absolutely necessary today. Such a forum could come up with important reforms that can help improve governance. This would enable Rwanda to secure long-term stability and eventually contribute to conflict resolution in the Great Lakes region.

This dialogue would be aligned with the UN strategy for peace consolidation, conflict prevention and resolution in the Great Lakes region adopted in October 2020. The strategy affirms that effective and sustained dialogue among citizens is key to fostering trust, addressing underlying grievances and facilitating actions for peace, stability and prosperity.

Fortunately for Rwanda, a constant quest for solutions through dialogue is one of the fundamental principles in its constitution. In June 2021, we submitted to the Rwandan government a roadmap for a promising future, requesting the proposed dialogue to be organised before Rwanda’s presidential election in 2024.

For more than a decade, the international community has tried to find a solution to the persistent instability in the Great Lakes region. I have always argued that without solving Rwanda’s internal political problem, it will be impossible to bring about stability in that region.

It is therefore timely and appropriate that regional and international stakeholders support the realisation of the proposed intra-Rwandan dialogue for governance reforms in Rwanda and peace consolidation in the Great Lakes region.

The views expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect Al Jazeera’s editorial stance.


Victoire Ingabire Umuhoza
Rwandan political figure Victoire Ingabire Umuhoza is Rwandan political figure. In 2010 Victoire returned to Rwanda from exile in The Netherlands to run for presidential candidate but was arrested and sentenced to 15 years in prison by the Rwandan Supreme court in a politically motivated judicial proceeding. Her appeal to the African court on Human and People’s rights cleared her and held that Rwanda violated her rights to freedom of expression as well as to adequate defence. Victoire was released in 2018 by presidential grace after eight years of imprisonment, five of which she spent in isolated confinement. She has founded and is chairing Development and Liberty for All (DALFA-Umurinzi) political party. Her party is yet to be registered in Rwanda. It aims to strive for the rule of law and sustainable development that benefits every Rwandan.

Le Parlement européen demande au Gouvernement rwandais de relâcher Rusesabagina.

Le Parlement européen vient d’adopter une résolution sur la situation des droits de l’homme au Rwanda, précisément sur le cas de Paul Rusesabagina. Le texte a été adopté par 660 voix pour, 2 contre et 18 abstentions.

Les détails la da résolution :

Résolution du Parlement européen sur le cas de Paul Rusesabagina au Rwanda

(2021/2906(RSP)

Le Parlement européen,

– vu ses résolutions antérieures sur le Rwanda, et notamment celle du 11 février 2021 sur le Rwanda: le cas de Paul Rusesabagina[1],

– vu la déclaration universelle des droits de l’homme,

– vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui a été ratifié par le Rwanda en 1975,

– vu la charte africaine des droits de l’homme et des peuples,

– vu les directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique,

– vu la convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

– vu l’ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus («règles Nelson Mandela»), révisé en 2015,

– vu la déclaration de Kampala sur les conditions de détention en Afrique,

– vu le rapport du 25 mars 2021 sur le Rwanda du groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur la procédure d’examen périodique universel,

– vu les déclarations de la communauté internationale condamnant les irrégularités et dénonçant l’absence de procès équitables au Rwanda, notamment du gouvernement belge, du département d’État des États-Unis et du gouvernement britannique,

– vu les déclarations publiées par la Fédération des barreaux d’Europe, le Centre des droits de l’homme de l’Association du barreau américain et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme reconnues,

– vu l’accord de Cotonou,

– vu la Constitution du Rwanda,

– vu les instruments des Nations unies et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples,

– vu la convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires,

– vu l’article 144, paragraphe 5, et l’article 132, paragraphe 4, de son règlement intérieur,

  1. considérant que, le 29 septembre 2021, M. Paul Rusesabagina, militant des droits de l’homme, ressortissant belge et résident aux États-Unis, a été condamné à 25 ans d’emprisonnement par la chambre des crimes internationaux et transfrontaliers de la Haute Cour du Rwanda à la suite de son arrestation à Kigali le 31 août 2020; que M. Rusesabagina a fait l’objet de neuf chefs d’accusation liés au terrorisme et qu’il a été reconnu pénalement responsable des activités attribuées au Mouvement rwandais pour le changement démocratique/Front de libération nationale (MRCD-FLN), coalition de partis politiques d’opposition et son bras armé;
  2. considérant l’arrestation arbitraire et fallacieuse de M. Rusesabagina en août 2020, caractérisée par son transfert illégal au Rwanda, sa disparition forcée et sa détention au secret; considérant qu’aucun mandat d’arrêt n’a été produit en vue de son arrestation, contrairement aux conditions fixées à l’article 37 du code de procédure pénale rwandais de 2019, et qu’aucun acte de mise en accusation n’a été produit avant sa condamnation, en violation de l’article 68 du code de procédure pénale rwandais; que M. Rusesabagina a déclaré publiquement à plusieurs reprises qu’il ne pouvait pas rentrer dans son pays natal par peur de représailles;
  3. considérant que Johnston Busingye, ministre rwandais de la justice, a reconnu le rôle de son gouvernement dans la disparition forcée et le transfert de M. Rusesabagina en août 2020, dans le paiement du vol chargé du transfert et dans la violation du droit de M. Rusesabagina à un procès équitable; que, le 10 mars 2021, la Cour a jugé que le transfert de M. Rusesabagina était légal et qu’il n’avait pas été enlevé;
  4. considérant que, lors du prononcé du verdict, des éléments supplémentaires qui n’avaient pas été entendus par la Cour ou présentés en cours de procès ont été annoncés à propos de l’affirmation selon laquelle M. Rusesabagina avait fourni des fonds au groupe armé FLN; qu’une partie des éléments cités découlent de déclarations qui, selon M. Rusesabagina, lui ont été extorquées sous la contrainte et en l’absence de son avocat;
  5. considérant que l’équipe d’avocats qui avaient représenté M. Rusesabagina au départ n’avait pas été choisie par lui et que les avocats de son choix auxquels il avait fini par avoir accès à partir d’avril 2021 ont été empêchés de le rencontrer, ce qui est contraire à l’article 68 du code de procédure pénale rwandais;
  6. considérant que l’état de santé de M. Rusesabagina en détention a été jugé très préoccupant étant donné qu’il a eu un cancer et qu’il souffre de troubles cardiovasculaires; que, d’après ses avocats, il n’a pas pu se rendre à deux dépistages du cancer et que les autorités carcérales ont refusé qu’il ait accès au traitement prescrit par son médecin belge, provoquant des souffrances mentales et physiques, ce qui est contraire aux articles 12 et 14 de la Constitution rwandaise relatifs au droit à la vie, au droit à l’intégrité physique et à la protection contre les traitements inhumains ou dégradants;
  7. considérant qu’en septembre 2020, les autorités rwandaises ont omis d’informer les autorités belges de l’arrestation de M. Rusesabagina, en violation du principe d’assistance consulaire consacré par le droit international; que le Service correctionnel rwandais (RCS) a eu accès aux communications et aux documents juridiques échangés entre M. Rusesabagina et ses avocats; que plusieurs notes verbales ont été envoyées par le ministre belge des affaires étrangères à son homologue rwandaise afin de demander le respect des droits de M. Rusesabagina, mais que le gouvernement rwandais a refusé toute demande;
  8. considérant qu’en juillet 2021, les autorités rwandaises auraient utilisé le logiciel espion Pegasus du NSO Group pour tenter de viser plus de 500 activistes, journalistes et responsables politiques; que selon l’analyse de son téléphone par la police criminelle, le logiciel espion a également été utilisé pour infecter le téléphone de Carine Kanimba, fille de M. Rusesabagina; que les autorités rwandaises nient ce fait;
  9. considérant que le Rwandais est signataire de l’accord de Cotonou, qui dispose que le respect des droits de l’homme est une composante essentielle de la coopération entre l’Union européenne et l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique; que la consolidation de l’état de droit et le renforcement des droits de l’homme sont les grandes priorités de la programmation de l’Union européenne envers le Rwanda;
  10. considérant que la deuxième réunion ministérielle entre l’Union africaine et l’Union européenne aura lieu à Kigali les 25 et 26 octobre 2021;
  11. rappelle au gouvernement rwandais qu’il est tenu de garantir les droits fondamentaux, y compris l’accès à la justice et le droit à un procès équitable, ainsi que le prévoit la charte africaine des droits de l’homme et des peuples et d’autres instruments internationaux et régionaux en matière de droits de l’homme, dont l’accord de Cotonou, et notamment ses articles 8 et 96;
  12. souligne que le Rwanda doit garantir l’indépendance de sa justice et préserver celle-ci par sa Constitution et ses lois étant donné qu’il est du devoir de l’ensemble des institutions gouvernementales et des autres institutions de respecter et d’observer l’indépendance de la justice;
  13. rappelle que l’extradition d’un suspect vers un autre pays ne devrait avoir lieu que dans le cadre d’une procédure d’extradition supervisée de façon indépendante de façon à garantir la légalité de la demande d’extradition et à s’assurer que les droits du suspect à un procès équitable sont pleinement garantis dans le pays requérant;
  14. condamne dès lors avec vigueur l’arrestation, la détention et la condamnation illégales de M. Paul Rusesabagina, qui sont contraires au droit international et au droit rwandais; estime que le cas de M. Rusesabagina est l’exemple même des violations des droits de l’homme au Rwanda et remet en cause l’équité du verdict, qui serait dépourvu de garanties d’un procès équitable, contrairement aux bonnes pratiques internationales applicables à la représentation, au droit d’être entendu et à la présomption d’innocence;
  15. demande la libération immédiate de M. Rusesabagina pour des raisons humanitaires ainsi que son rapatriement, sans préjuger de sa culpabilité ou de son innocence; demande à la délégation de l’Union européenne au Rwanda ainsi qu’aux représentations diplomatiques des États membres de relayer cette demande avec force dans leurs échanges avec les autorités rwandaises;
  16. demande au gouvernement rwandais de garantir, en toutes circonstances, l’intégrité physique et le bien-être psychologique de M. Rusesabagina et de lui permettre de prendre son traitement habituel; insiste auprès du gouvernement rwandais pour qu’il respecte le droit du gouvernement belge d’apporter une assistance consulaire à M. Rusesabagina afin de garantir son état de santé et un accès digne de ce nom à la défense;
  17. déplore la situation globale des droits de l’homme au Rwanda et, notamment, la persécution ciblée des voix dissidentes; condamne les poursuites répondant à des motivations politiques ainsi que la poursuite des opposants politiques; demande instamment aux autorités rwandaises de garantir la séparation des pouvoirs, et notamment l’indépendance de la justice;
  18. invite le Service européen pour l’action extérieure, la Commission et le représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme à renforcer le dialogue sur les droits de l’homme au plus haut niveau avec le Rwanda dans le cadre de l’article 8 de l’accord de Cotonou afin que le pays respecte ses engagements bilatéraux et internationaux; souligne que, dans le contexte des travaux internationaux en faveur du développement au Rwanda, il convient d’accorder une priorité bien plus importante aux droits de l’homme, à l’état de droit ainsi qu’à une gouvernance transparente et réactive;
  19. demande à la Commission de procéder à un réexamen critique de l’aide apportée par l’Union européenne au gouvernement rwandais et aux institutions publiques rwandaises afin de s’assurer qu’elle encourage pleinement les droits de l’homme et n’a pas de répercussions négatives sur les libertés d’expression et d’association, le pluralisme politique, le respect de l’état de droit et la société civile indépendante;
  20. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au représentant spécial de l’UE pour les droits de l’homme, au président de la République du Rwanda, au président du parlement rwandais ainsi qu’à l’Union africaine et à ses institutions.

 Source: europarl.europa.eu

Rwanda to become a failed state by 2030.

Rwanda’s Economic Success Keeps Western Scrutiny About Human Rights Abuses at Bay

Charles Wachira July 19, 2021

Lake and volcano in the Virunga Mountains of Rwanda / credit: Wikipedia/Neil Palmer
Lake and volcano in the Virunga Mountains of Rwanda / credit: Wikipedia/Neil Palmer

Rwanda is one of the world’s fastest growing economies and is ranked second in Africa as the easiest place to do business. In addition, this landlocked country boasts the world’s record for female representation in parliament. And it’s the only African country that manufactures “Made in Africa” smartphones.

These milestones make for impressive reading in the Western world, so accustomed to morbid news from the most corrupt region of the world.

This has also led major global brands including the world’s biggest car manufacturer, the world’s biggest nuclear company by foreign orders, a major U.S. multinational telecommunications company plus a retinue of other global corporations to set up shop in a country the size of the U.S. state of Maryland.

In the paternalistic eyes and hearts of foreign development partners in Africa, Rwanda is obsequiously referred to as the “Singapore of Africa,” a moniker that gives the impression that all is hunky-dory in this “land of a thousand hills.”

Rwanda’s economic and social accomplishments—while impressive—mask the underbelly of one of the world’s cruelest states, led by Paul Kagame.

Here, freedom of expression is muzzled. Extrajudicial killings are institutionalized. Show trials are routinely encouraged. Forced disappearances are embraced, while private businesses are forcibly seized by a regime that operates like the Nazi Gestapo.

Despite evidence of Kagame ordering his political opponents to be murderedarrestedjailedkidnappedassassinated and tortured, the international community has continued to turn the other way. Why is that the case in Rwanda, but not in countries like Ethiopia, where U.S. Secretary of State Antony Blinken has called for a ceasefire to allow for humanitarian aid to flow into the Tigray region?

Rwandan President Paul Kagame / credit: cmonionline
Rwandan President Paul Kagame / credit: cmonionline

The President and the ruling Rwanda Patriotic Front (RPF) have built and fine-tuned over the decades a totalitarian police state in which criticism of the government, or any semblance of dissent, is criminalized and often results in death for those who dare to speak out, said Jeffrey Smith, founding director of Vanguard Africa. He told TF in an email exchange, “There is no independent media, nor independent human rights groups or a political opposition that are allowed the minimum space to operate. The ruling RPF, in essence, has been wholly conflated with the state,” says Smith.

The 1994 genocide killed about 800,000 people drawn mainly from the minority Tutsi community, including moderate Hutus, while the rest of the world silently looked on. But Rwanda has since experienced an economic recovery that has been inextricably linked to Kagame, who officially took power in 2000.

In a controversial 2015 constitutional referendum, Rwandans voted overwhelmingly to allow Kagame, 63, to stand again for office beyond the end of his second term, which ended in 2017. He won elections held the same year with nearly 99 percent of the vote. In theory, he could run twice again, keeping him in power until 2034. His current term ends in 2024. 

So why does the Western world play blind and deaf to the excess exhibited by Kagame? In other words, why the complicity in crimes and misdeeds in Rwanda ever since the end of the genocide?

“Rwanda has performed exceedingly well on the economic front. It’s seen as a success story in a continent that is dotted with malfunctioning states,” Lewis Mudge, the Central Africa Director at Human Rights Watch (HRW) told TF in a telephone interview. “The international donor community loves a good story and Rwanda serves as an example.” 

Mudge added Western collective guilt after the 1994 genocide also weighed in. 

The United States and the United Kingdom, like other Western governments, did not intervene in the 1994 Rwandan genocide. Nonetheless, both U.S. President Bill Clinton and U.K. Prime Minister Tony Blair later emerged as moralists and humanitarian interventionists, claiming human rights as one of the guiding principles for U.S. and British leadership in the world. This argument has since been used to bomb Yugoslavia, and invade Afghanistan, Iraq, Libya and Syria.

However, a U.S. diplomat quoted in the New York Times in an article aptly titled, “The Global Elite’s Favorite Strongman,” explained the reason the West disregarded the atrocities happening in Rwanda. “You put your money in, and you get results out. We needed a success story, and he was it.”

French President Emmanuel Macron / credit: The White House
French President Emmanuel Macron / credit: The White House

In late May, French President Emmanuel Macron travelled to Rwanda, formerly a French colony, in a gesture largely aimed at fixing a glacial relationship that had broken down as a result of the latter having backed the former extremist government in Rwanda, including supporting and training its military, which committed genocide.

In addition, France is determined to win back its influence in former French colonies in Africa, including in Rwanda. Some have begun cooperating with other powers, among them China and Turkey, said Arrey E. Ntui, a researcher with the International Crises Group (ICG).

“The French Government is currently not that popular in Africa as a result of its past exploitative history with African states,” said Ntui. “The current leadership in Africa is assertive and takes no prisoners. This calls for France to tread carefully because there are emerging nations that are willing to partner with Africa without a condescending attitude. So it would have been foolhardy, for example, for Macron to censure his Rwandan counterpart on account of real or imagined human rights abuses happening in Rwanda.”

Since his inauguration in May 2017, Macron has visited 18 African countries out of 62 states he has so far visited, a sign that he is determined to claw back the influence France once had when it counted 20 countries as its colonies within the African continent.

But should the world expect an insurgency anytime soon in Rwanda? 

Victoire Ingabire Umuhoza, a former presidential contestant who has been jailed for 15 years for daring to challenge Kagame told TF the Kagame government took power after a war and genocide. 

“I would say that all these crimes committed in our country have traumatized Rwandans,” Umuhoza said. “Moreover, there is no room for dissenting voices in Rwanda. If one criticizes the government they are immediately labeled as the enemy of the state. Under such circumstances, people live in constant fear of expressing themselves. But this silence worries me a lot because it can lead to implosion in Rwanda one day.” 

U.S. National Intelligence Council’s Global Trends Report published every five years says the world is “at a critical juncture in human history” and warns that a number of countries are at high risk of becoming failed states by 2030—Rwanda being one of them.

Charles Wachira is a foreign correspondent based in Nairobi, Kenya, and is formerly an East Africa correspondent with Bloomberg. He covers issues including human rights, business, politics and international relations

Towardfreedom

Paul Kagame asigaye ari mu gucuruza abana (abasirikari) b’u Rwanda nk’abacakara

Perezida wa Mozambique Nyusi aherutse mu Rwanda kuza kubwira Paul Kagame ko akeneye ko ingabo zitwa iz’u Rwanda zijya muri Mozambique guhondagura inyeshyamba zo bita ngo ni umutwe w’iterabwoba.

Paul Kagame yahise yoherezayo batayo ebyiri zigizwe n’abasirikare 1,000.

Urwego izi ngabo zagiyemo muri Mozambique ni agahoma munwa:

  1. Zoherejwe nk’ingabo za Paul Kagame ku giti cye. Kuko nta rwego rw’igihugu urwo arirwo rwose rwigeze rubigiramo uruhare. Urugero; abiyita intumwa za rubanda ntabwo bigeze bemeza cyangwa ngo bajye impaka kw’iyoherezwa ry’abana bu Rwanda kujya kumena amaraso yabo mu kindi gihugu no kureba inyungu u Rwanda rwazakuramo.
  2. Nta munyarwanda numwe uzi amafaranga Paul Kagame acuruza ku isaha buri musirikare witabiriye imirwano.
  3. Nta munyarwanda numwe uzi amafaranga Paul Kagame azajya yishyurwa kuri buri musirikare uzakomerekera ku rugamba rwa Nyusi, uzamugarirayo ndetse n’uzapfirayo.
  4. Buri munyarwanda wese ufungutse ubwonko arabibona ko Paul Kagame asigaye ari mu bucuruzi bwo gucuruza abana b’u Rwanda nk’abacakara. Ibibaye kuri aba basirikare bagiye kwiyahurira Nyusi na Kagame byanabaye no ku bana b’u Rwanda boherejwe kwiyahurira ibirombe bya zahabu byahawe Paul Kagame na bampatsibihugu mu gihugu cya Central Africa.
  5. Aba basirikare bafite ababyeyi, ariko ntanigipfumure Kagame azaha abababyeyi babyaye ibi bicuruzwa bye, aba basirikare bafite abagore n’abana, ibaze aba bagore bagiye kugirwa abapfakazi abana babo bakaba impfubyi baroshywe na Paul Kagame mu rugamba rwa Nyusi, rudafitiye ingungu u Rwanda, ahubwo rugamije kwinjiriza Paul Kagame wenyine akayabo k’amadorari.
  6. Abanyepolitike cyane cyane abari mu gihugu kuki umuzimu wo gukunda igihugu utabakukiramo bakamagana ku mugaragaro aya marorerwa arimo gukorwa na Paul Kagame?
  7. Kuki abarikare bakuru mu ngabo zitwa ngo ni iz’u Rwanda bakomeje kujejetwaho n’ubugwari?
  8. Aya marorerwa akomeje gukorwa na Kagame arareba buri munyarwanda wese kandi agira ingaruka mbi kuri bose. Kuki abanyarwanda tudatsinda ubwoba tukarwanya ikibi?

Birababaje cyane.

James Munyandinda

UK is disappointed in Rwanda’s noncompliance with UPR recommendations

UN Human Rights Council: Universal Periodic Review Adoption – Rwanda

The UK’s International Ambassador for Human Rights, Rita French, delivered this statement during the Universal Periodic Review Adoption for Rwanda.

Rita French

Thank you, Madam President.

The United Kingdom welcomes Rwanda’s engagement with the UPR, including collaboration between the Government and civil society on human rights. The UK reiterates its commitment to work constructively with Rwanda to support UPR implementation.

The UK is pleased that Rwanda fully supports our recommendation to protect and enable journalists to work freely, without fear of retribution, and ensure that State authorities comply with the access to information law. This is an important step to promote freedom of speech, including allowing space for critical voices.

We regret that Rwanda did not support our recommendation, which was also made by other States, to conduct transparent, credible and independent investigations into allegations of human rights violations including deaths in custody and torture.

We welcome that Rwanda accepted recommendations from other countries on combatting human trafficking, but we were disappointed that Rwanda did not support the UK recommendation to screen, identify and provide support to trafficking victims, including those held in Government transit centres. In recognising the progress made by Rwanda, the UK encourages Rwanda to submit an optional mid-term report to provide an update on implementation of recommendations, between reviews.

Thank you.

https://www.gov.uk

Madame Nadine Claire KASINGE, ni we Kandida w’ishyaka ISHEMA mu matora ya Perezida ya 2024.

“Ntituzigera na rimwe tuzibukira urubuga rwa politiki nk’uko Inkotanyi zibyifuza”.

IMYANZURO YA KONGERE Y’ISHYAKA ISHEMA YATERANYE KUVA TARIKI YA 1 KUGEZA KUYA 3 NYAKANGA 2021

************************************************************

Dushingiye ku ngingo za 46, 50, 51 na 52 z’Itegeko-shingiro ryo kuwa 28/4/2013 zigena ububasha n’inshingano za Kongere y’Ishyaka Ishema ry’u Rwanda, n’ingingo za 59, 60, 61 na 62 z’Itegeko Ngengamikorere ryo kuwa 28/01/2018 nk’uko ryavuguruwe kugeza ubu,

Twebwe Abataripfana n’Indemyarugamba bitabiriye Kongere isanzwe y’Ishyaka Ishema yateranye guhera taliki ya 01 kugeza kuya 03 Nyakanga 2021,

Tumaze kuganira bihagije no kungurana ibitekerezo ku bibazo bibangamiye abanyarwanda muri kino gihe, bishingiye ahanini ku butegetsi bw’igitugu bwubakiye ku kinyoma n’iterabwoba, bwica, bugatoteza, bugakenesha, bukiba kandi bukambura rubanda;

Tumaze kubona ko Ishyaka rukumbi FPR-Inkotanyi ryafashe ubutegetsi ku ngufu kandi rikabugumana ryonyine ryitwaje intwaro ya jenoside,

Twongeye kuzirikana uko Abanyapolitiki batavuga rumwe n’ubutegetsi bw’igitugu bwa FPR-Inkotanyi bamburwa uburenganzira bwabo, bagashyirwaho iterabwoba rihoraho, bagahimbirwa ibyaha, bagafungirwa ubusa, bakarigiswa, bakicwa baciwe amajosi cyangwa banigishijwe ibiziriko;

Nyuma yo kubona ko ishyaka rya FPR Inkotanyi ryahisemo umurongo wo gutegeka igihugu nko mu bihe by’ingoma ya cyami, bukirengagiza Repubulika abakurambere bacu baharaniye maze binyuze muri kamarampaka Rubanda igahigika umwami na Kalinga ku mugaragaro, none ubu rubanda ikaba yarahinduwe inkomamashyi n’abagererwa mu gihugu cyabo;

Tuributsa Rubanda ko ishyaka rya FPR Inkotanyi ryafunze urubuga rwa politiki rikadukumira kujya gukorera politiki mu Rwanda inshuro ebyiri zose kandi nyamara ari uburenganzira bwacu ndakuka twemererwa n’itegekonshinga rya Repubulika y’u Rwanda n’amasezerano mpuzamahanga u Rwanda rwashyizeho umukono.

Kubera izo mpamvu Kongere ifashe ibyemezo bikurikira:

  1. Kutava ku izima ngo duhare uburenganzira bwacu bwo kujya gukorera politiki mu Rwanda kugeza ubutegetsi busubijwe Rubanda. Bityo ntituzigera na rimwe tuzibukira urubuga rwa politiki nk’uko Inkotanyi zibyifuza.
  2. Guhatanira ubuyobozi bw’igihugu mu matora yose. Dutoye kandi tweretse rubanda Umukandida uzahagararira Ishyaka Ishema mu matora y’Umukuru w’igihuguku azaba mu mwaka wa 2024, ari we Madame NADINE Claire KASINGE.
  3. Tuvuguruye umushinga wa Demokarasi y’impanga mu rwego rwo kurangiza burundu amakimbirane ashingiye ku kunanirwa gusangira ubutegetsi hagati y’Abahutu n’Abatutsi.

TURASABA:

  1. Umuryango w’Abibumbye (UN), Umuryango w’ubumwe bwa Afurika (AU), Umuryango w’ubumwe bw’uburayi (EU) n’indi miryango yose nterankunga, kudushyigikira muri uru rugamba rwo guhatanira impinduka nziza mu gihugu cy’u Rwanda.
  2. Abandi banyapolitiki kudushyigikira muri uru rugamba rwo gufungura urubuga rwa politiki mu Rwanda kugeza ubutegetsi bushubijwe mu maboko ya Rubanda.

Bikozwe tariki ya 03 Nyakanga 2021

Valence MANIRAGENA,

Umuvugizi wa Kongere

Source: Ishema Party

Patrick Robert: «La France n’a pas de responsabilité dans le génocide rwandais»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Emmanuel Macron a déclaré que la France avait une «responsabilité écrasante» dans le génocide au Rwanda. Fin connaisseur de l’Afrique, le reporter-photographe Patrick Robert, qui était présent à Kigali en avril 1994, conteste fortement cette appréciation. Et il expose ses désaccords avec le rapport Duclert.

Grand reporter-photographe, Patrick Robert parcourt l’Afrique depuis 1980 et a «couvert» de nombreux conflits (le journaliste a été grièvement blessé par balles au Libéria en 2003). Son travail, publié par les plus grands magazines, a été récompensé par de nombreux prix internationaux dont deux Visa d’or au festival de photo-journalisme à Perpignan. Il était à Kigali d’avril à début mai 1994 et est retourné plusieurs fois au Rwanda depuis.


FIGAROVOX. – Quelle appréciation portez-vous sur le discours d’Emmanuel Macron à Kigali?

Patrick ROBERT. – Le discours du président Macron à Kigali est un exercice subtil qui fait manifestement partie d’un plan de normalisation des relations entre les deux pays, en accord avec les autorités rwandaises. Elles ont de leur côté beaucoup réduit leurs accusations, qui devenaient de plus en plus difficiles à justifier.

Il semble que la reconnaissance d’une responsabilité quelconque de la France, qu’elle soit «accablante», «écrasante», ou «considérable» n’est qu’une courtoisie diplomatique pour ne pas dédire le président Kagame, une sorte de cadeau de réconciliation. La France affecte de reconnaître une responsabilité largement surjouée pour pouvoir tourner la page et permettre «l’opportunité d’une alliance respectueuse, lucide, solidaire, et mutuellement exigeante».

D’après les déclarations d’Emmanuel Macron, «l’ampleur des responsabilités accablantes» de la France au Rwanda est de n’avoir pas «su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde, ou bien a-t-elle surestimé sa force en pensant pouvoir arrêter le pire». Cela ne constitue pas une responsabilité accablante.

Le président continue: «En voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire (…)». C’est un anachronisme: le régime n’était pas génocidaire avant l’attentat, qui n’était pas prévisible. Et la menace de grands massacres n’était pas ignorée par la France mais au contraire prise très sérieusement en compte pour contraindre à l’achèvement de négociations entre Rwandais «(…) dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter». Cela ne fait toujours pas une responsabilité accablante.

En somme, il est possible que les deux pays aient compris qu’ils avaient besoin l’un de l’autre dans leurs actions multilatérales en Afrique. La France, qui a besoin d’un partenaire fiable avec une armée opérationnelle, et le Rwanda, qui a compris que la France est la seule puissance occidentale capable de s’investir sur le terrain dans la stabilité de l’Afrique et son développement. Il est possible également que le président Kagame ait compris que la francophonie est un outil utile qu’il a peut-être écarté un peu vite en prenant le pouvoir en 1994, et aussi qu’il ait besoin de trouver de nouveaux créanciers depuis que ses alliés originels prennent progressivement leurs distances avec un régime très contestable au plan des droits de l’homme et des principes démocratiques.

Le discours du président de la République à Kigali a été précédé par la publication du rapport de la «Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)», présidée par Vincent Duclert, rapport remis à Emmanuel Macron qui l’avait demandé. Que pensez-vous de la méthodologie suivie par les auteurs du rapport? Partagez-vous leurs conclusions?

L’initiative de sortir des archives la matière permettant de comprendre quelle était la nature des motivations et des actions des dirigeants français de l’époque est bienvenue, tant les suppositions les plus folles avaient fini par faire vérité historique. Les archives de l’Élysée, du ministère de la Défense, du ministère des Affaires étrangères, de celui de la Coopération ont donc pu être consultées, la plupart ayant été déclassifiées et rendues accessibles pour la première fois.

Le rapport a deux grands défauts: ne pas considérer l’histoire de la rivalité Hutu-Tutsi dans sa profondeur historique, se privant de la conscience de son enracinement (comme si cette tragédie commençait avec l’indépendance chaotique du pays) ; et ne pas voir que le pays est devenu sous Paul Kagame une dictature policière.

Patrick Robert

Ce rapport a cependant deux grands défauts: ne pas considérer l’histoire de la rivalité Hutu-Tutsi dans sa profondeur historique, se privant de la conscience de son enracinement (comme si cette tragédie commençait avec l’indépendance chaotique du pays) ; et ne pas voir que le pays est devenu sous Paul Kagame une dictature policière dépourvue de la légitimité démocratique qu’il prétendait instaurer. La promesse, par la propagande du FPR, d’une démocratie succédant à une dictature raciste n’a pas survécu à l’exercice du pouvoir. Le Rwanda d’aujourd’hui n’est pas plus une démocratie et son régime politique pas plus partagé équitablement que celui qu’il a remplacé. Le rapport ne tient pas compte de ces deux réalités.

En somme, les rapporteurs se trouvent en porte à faux par rapport à la vérité historique puisqu’ils plaquent leur vision morale, éthique, sur une réalité qu’ils découvrent à partir des seules archives, sans tenir compte de la complexité du terrain. La plupart des critiques du rapport sont contestables sur le fond.

On y apprend cependant beaucoup de choses et des murs de certitudes s’effondrent. On comprend le mécanisme décisionnel et les raisons qui mobilisent le président Mitterrand. Point de volonté génocidaire, point de motivations occultes, d’arrière-pensées mercantiles ou de quelconque mauvaise intention, contrairement aux affirmations répétées depuis 25 ans dans des centaines d’articles et de communiqués d’associations humanitaires reprenant souvent les arguments du régime rwandais.

Pas de dérapage non plus entre les ordres donnés et leur exécution. Au sommet de la Baule en 1990, Mitterrand fait un discours qui annonçait une rupture avec les pratiques d’ingérences précédentes. L’action de la France se fera dorénavant dans la transparence et le respect du droit international. L’aide de la France sera conditionnée à la démocratisation effective des pays qui la solliciterait. Le rapport fait état de cette volonté de faire du Rwanda «une sorte de laboratoire de l’esprit du discours de La Baule». Le drame rwandais démontre que les bonnes intentions ne suffisent pas.

Pourtant les rapporteurs concluent à une responsabilité de la France dans l’exécution du génocide en considérant qu’elle savait que les extrémistes Hutu préparaient un génocide et qu’elle ne s’y est pas opposée. C’est très inexact, je le répète: si les observateurs français, à l’époque, étaient conscients que la menace de grands massacres était réelle, et qu’il était urgent de prendre de vitesse les extrémistes en aboutissant à un accord politique, aucun d’eux ne pouvait prévoir qu’ils deviendraient un génocide. D’ailleurs, la constatation de sa réalité a été faite très tardivement par la communauté internationale après qu’il eut commencé. Le fait génocidaire n’était tout simplement pas concevable dans les esprits à Paris. Les pressions pour inciter Habyarimana à contrôler ses extrémistes ont été faites, et faisaient même partie des négociations d’Arusha de partage du pouvoir. Certainement pas suffisamment, dans l’ignorance de ce que deviendrait le futur. On ne peut pas cependant être tenu responsable de quelque chose qu’on n’a pas imaginé possible alors que la France a tenté pendant quatre ans, à l’époque, de réconcilier les protagonistes. C’est profondément injuste.

Un des griefs du rapport envers les autorités politiques françaises de l’époque tient à leur grille d’analyse des réalités du Rwanda, selon eux tout à fait fausse. Est-ce aussi votre analyse?

Les rapporteurs insistent sur la vision erronée que les autorités françaises auraient portée selon eux sur la région en considérant le rapport de force démographique des ethnies en présence. Ce qui constitue d’après eux un aveuglement qui répéterait «un schéma colonial» et une «construction idéologique» qui ignoraient «le caractère factice de ces catégories», ce qui est qualifié «de vision ethniciste». Il aurait fallu considérer «l’unicité d’un même peuple».

Les rapporteurs insistent sur la vision erronée que les autorités françaises auraient portée selon eux sur la région en considérant le rapport de force démographique des ethnies en présence. Ce qui répéterait un « schéma colonial » qui ignorait « le caractère factice de ces catégories ». C’est beau comme une pétition universitaire, mais très éloigné de la réalité du pays à l’époque.

Patrick Robert

C’est beau comme une pétition universitaire, mais très éloigné de la réalité du pays à l’époque: celle de la lutte pour le pouvoir dans une histoire longue marquée par la domination des Tutsi sur les Hutu. La terreur qu’inspirait à ces derniers le retour au pouvoir des Tutsi n’est pas une construction mentale française. C’est le point de réalité obsessionnel qui a motivé le génocide, sans que les autorités françaises ne puissent le concevoir à l’époque. Cette réalité ethnique n’est en rien contradictoire avec le très fort sentiment d’appartenance des Rwandais au même peuple, avec la même langue et la même religion. Mitterrand l’avait dit à Habyarimana: «ces gens-là (le FPR) sont aussi rwandais et c’est normal qu’ils veuillent rentrer chez eux». C’est le principal point de critique des rapporteurs qui fonde l’accusation d’aveuglement et qui est donc inexact. En tout cas injuste.

L’abondance des documents et dépêches diplomatiques déclassifiés permet d’établir que le soutien de la France au régime d’Habyarimana était bien conditionné à l’ouverture des négociations d’Arusha devant aboutir au partage du pouvoir. Il n’était donc pas inconditionnel. Partage que d’ailleurs ni les Hutu ni les Tutsi ne voulaient sincèrement.

Les rapporteurs affirment également qu’en n’empêchant pas le régime d’Habyarimana d’organiser ses milices, la France prêtait la main à la préparation du génocide. Génocide qui, qu’on me pardonne d’insister, n’était pas envisageable par avance, ne serait-ce que dans l’ignorance de la proximité de l’attentat déclencheur. L’accusation du rapport fait facilement abstraction du fait que le Rwanda était un État souverain et que les Français n’y faisaient pas ce qu’ils voulaient, surtout après le discours de La Baule !

Par ailleurs, contrairement à ce qui a été affirmé, Habyarimana n’était pas un ami de Mitterrand. Ils ne se sont rencontrés que trois fois avant 1990 et quatre fois après le déclenchement de la guerre par le FPR, uniquement dans des rencontres bilatérales et des sommets de chefs d’État. L’asile donné à sa famille au lendemain de son assassinat n’était qu’un geste de courtoisie du chef d’État français. Cette décision fut prise dans l’urgence face aux menaces certaines qui pesaient sur elle.

Le rapport considère que le Rwanda de 1990 est une dictature. Néanmoins il n’était pas considéré comme tel au regard des standards de l’époque dans les pays voisins très instables. Bien que très pauvre, il était bien géré, propre, les infrastructures fonctionnaient. Les massacres du passé étaient loin, croyait-on, et le risque de rechute peu crédible dans un avenir envisageable. Ceux qui disent le contraire n’ont pas connu cette période.

Lorsque Habyarimana a renversé en 1973 Grégoire Kayibanda, dictateur Hutu ouvertement raciste qui régnait depuis l’indépendance, il a tendu la main aux Tutsi. Il a établi des quotas pour les imposer dans l’administration. C’est ce qui fait dire à Duclert, et aux associations militantes qui l’influencent manifestement, qu’il avait une politique raciste en établissant des quotas pour limiter l’accès aux Tutsi. Ce fait n’est pas exact, c’est même le contraire. À l’époque, par ailleurs, les Tutsi étaient très actifs dans la vie économique, même s’ils restaient exclus de la vie politique.

Reprenons la chronologie à partir de 1990. Que décide François Mitterrand face aux événements?

En 1990 un groupe armé rebelle venu d’Ouganda attaque le Rwanda avec l’intention de prendre le pouvoir par la force. Des massacres sont commis, puis des contre-massacres de vengeance, entraînant d’autres tueries. Habyarimana demande l’aide de la France qui a signé des accords de coopération et de défense en 1975 (sous Giscard). Ces accords de défense ne sont activés que si le pays est attaqué par un pays étranger. Le FPR est bien armé, entraîné et équipé par l’Ouganda, mais ses combattants sont des Tutsi descendant des réfugiés ayant fui le Rwanda après la guerre pour l’indépendance gagnée par les Hutu. Les renseignements militaires français ont cherché à savoir si des soldats ougandais participaient à l’offensive pour déterminer si les conditions d’intervention des accords de défense de 1975 s’appliquaient. C’est pourquoi on a vu des soldats français contrôler des identités. Non pas pour «trier» des Tutsi comme on l’a dit, mais pour vérifier s’il y avait des Ougandais parmi eux. Museveni, le chef d’État ougandais, l’a toujours nié, bien que 1.000 à 2.000 hommes du FPR fissent bien partie de l’armée ougandaise, dont Kagame lui-même qui y était colonel.

C’est la raison pour laquelle le président Mitterrand n’engage pas l’armée française directement contre les rebelles mais simplement en soutien de l’armée régulière d’un État souverain. Paris a bien tenu compte du fait que ces rebelles sont aussi rwandais et qu’il était compréhensible qu’ils souhaitent rentrer chez eux avec leurs familles. Mitterrand a dit à plusieurs reprises dès 1990 que «le FPR n’est pas notre ennemi», et que «la France ne fait pas la guerre au FPR». Pour pouvoir rendre possible des négociations, il fallait stopper les combats. Une force militaire rebelle qui progresse rapidement sur le terrain n’a rien à gagner dans des négociations: son coup d’État est à portée de main. Il fallait donc former l’armée régulière, déployer des soldats au sol, livrer des armes et figer les fronts. Surtout que pendant toute la durée des négociations à Arusha, le FPR continuait de harceler les lignes de défense pour maintenir la pression sur le régime, compliquant sa volonté de compromis.

Chaque nouvelle demande d’armes formulée par la présidence rwandaise à Paris était un point de levier pour contraindre le régime à négocier, donc à faire des compromis politiques avec les rebelles. Aucun des belligérants ne souhaitait négocier, il a fallu leur tordre le bras pour les contraindre à le faire. L’aversion de Kagame pour la France est venue de là: notre pays l’a empêché de prendre tout le pouvoir qu’il convoitait dès 1990. Les critiques actuelles ne tiennent pas compte du fait que la France avait affaire avec un État indépendant, souverain, reconnu par l’ONU, et qu’elle n’y faisait pas ce qu’elle voulait. Par exemple, Paris ne pouvait pas intervenir contre la présence des milices racistes (un phénomène régional qui s’est aggravé au Rwanda après 1992 et que l’on a sous-estimé).

Dès 1990 on savait que des militaires Hutu souhaitaient tuer les Tutsi, donc le rapport conclut qu’en ne les arrêtant pas (de quel droit aurait-on pu le faire dans un pays souverain ?) on les encourageait, finalement donc que la France est complice. C’est une fois de plus le contraire. L’urgence était à la négociation, tout en empêchant que l’une ou l’autre force n’écrase l’adversaire sur le terrain. C’était une course de vitesse contre les extrémistes de tous bords.

Le rapport Duclert fait l’inventaire des armements livrés en jugeant qu’ils sont considérables. Ce n’est pas le cas. La valeur totale de ces armes, 64 millions d’euros sur 4 ans, pour soutenir une armée en guerre, n’est en rien excessif. C’est même assez peu. Des armes légères, des munitions et des pièces détachées. Mitterrand a refusé de livrer la plupart des armes qui auraient fait la différence sur le terrain et qui étaient ardemment réclamées: aucun véhicule blindé, aucun missile, autorisant finalement une, puis deux batteries d’artillerie modeste (105mm) de six canons, aucun hélicoptère de plus, se contentant de l’entretien des trois existants avant la crise. Il refuse surtout l’appui aérien des avions français qui auraient été déterminants.

L’aide militaire de la France n’a pas été massive, elle n’était pas calibrée pour gagner la guerre mais pour que l’armée rwandaise, de très mauvaise qualité, tienne a minima le temps des négociations face au FPR qui lui, était régulièrement approvisionné en armement par l’Ouganda. Le génocide n’a pas été commis principalement par les armes à feu fournies par la France ou provenant par ailleurs des pays d’Europe de l’Est, d’Israël et d’Afrique du Sud, qui fournissaient aussi le régime d’Habyarimana.

Après avoir réussi au forceps à faire signer un accord politique de partage du pouvoir entre le gouvernement rwandais et son opposition armée, la France met fin à l’opération Noroit en 1993 et retire ses 600 hommes sur place. Conformément aux accords signés à Arusha, elle est remplacée par une mission militaire de l’ONU de 2.300 hommes qui arrive en novembre 1993. Mais cette mission est neutralisée à l’ONU par Américains et Britanniques qui réduisent au maximum son efficacité et ses moyens matériels, la privant de toute réelle utilité pour agir contre les forces en présence.

Lorsque l’attentat survient contre l’avion présidentiel, lâchant la fureur des extrémistes, l’ONU ne pourra pas agir. Il n’y avait pas de militaires français au Rwanda quand commencèrent les massacres, à part trente coopérants militaires chargés de maintenance de matériel, dont les deux gendarmes chargés des transmissions radio qui seront tués par le FPR juste après l’attentat, ainsi que la femme de l’un d’entre eux. Le FPR a bien procédé aussitôt, lui aussi, à des meurtres ciblés: de nombreux témoignages collectés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda en font état. Il est intéressant de constater que dans les heures qui ont suivi l’attentat, le FPR prenne la peine de tuer les deux gendarmes français qui faisaient de la transmission radio et probablement des écoutes. Qu’avait à cacher le FPR après l’attentat s’il n’en était pas l’instigateur? Avant d’être tués, les gendarmes avaient fait état à leur hiérarchie d’une activité radio inhabituelle du FPR. Ces informations contribuent à accréditer la thèse de la responsabilité du FPR dans l’attentat, avec de nombreuses autres, comme le fait que Museveni ait lourdement insisté pour que les trois présidents montent dans le même avion et se réjouisse devant des journalistes en apprenant l’attentat et la mort «des trois tyrans» (ignorant encore que Mobutu s’était ravisé en dernière minute).

Quoi qu’il en soit, ces trois morts seront les trois seules victimes françaises au Rwanda en quatre ans, hormis l’équipage de l’avion présidentiel. Les Français présents sur place seront tous rapatriés le lendemain avec les autres ressortissants étrangers.

Ne portez-vous pas un regard trop bienveillant sur les décisions de l’Élysée à l’époque?

Il ne s’agit pas de bienveillance, mais de la vérité historique mise en évidence par le rapport Duclert lui-même. Des critiques peuvent être faites, instruites par la connaissance du dénouement. Mais ce ne sont pas celles que les rapporteurs font.

Nombreux sont ceux qui affirment qu’il ne fallait pas s’en mêler, que ce n’était pas nos affaires. Très bien. Alors il faut accepter l’idée que d’immenses massacres auraient eu lieu à ce moment-là, en 1990 au lieu de 1994 et s’en laver les mains comme l’ont fait les autres États, américain, britannique et belge. Les Hutu auraient perdu le pouvoir, mais seraient entrés en résistance contre leur oppresseur séculaire, entraînant le pays dans une somalisation probable.

La France n’a aucune excuse à donner pour avoir été la seule à avoir tenté d’éviter la chute de ce pays, à ses risques et périls. Nous n’avions rien à gagner au Rwanda.

Patrick Robert

Mitterrand a choisi de tenter d’être un faiseur de paix. Peut-être était-ce vaniteux, présomptueux? Peut-être était-ce la vision qu’il avait de la responsabilité de la France: ne pas se débiner? Les accords d’Arusha prévoyant le partage du pouvoir sont le produit de cette implication française. Ces accords auraient pu réussir s’il n’y avait pas eu l’attentat contre l’avion du président rwandais. Arusha n’aurait pas eu lieu sans l’engagement de l’armée française au sol et le travail du Quai d’Orsay pour impliquer l’ONU et les pays voisins.

Les accords d’Arusha sont un succès français, et non pas du FPR comme le prétend le rapport. Les Tutsi se trouvent élevés quasiment à parité avec les Hutu malgré leur ratio démographique très défavorable (le FPR exigeait 50 % du commandement de l’armée et 45 % des effectifs). C’est pourtant bien le reproche que fait le général Kagame, qui faisait semblant de négocier sous la contrainte internationale mais qui ne souhaitait pas partager le pouvoir exclusif hérité de ses ancêtres et contrarié par la colonisation allemande, puis belge, n’en déplaise à la commission Duclert. Pour lui, et désormais pour tous ses soutiens occidentaux, l’opération Noroît d’abord puis Arusha sont des initiatives françaises destinées à l’empêcher de gagner la guerre et de régner seul sur le pays. Son aversion pour la France est profonde, personnelle. La normalisation des relations avec le Rwanda ne pourra se faire qu’à son initiative, avec un esprit de réconciliation sincère.

La France n’a aucune excuse à donner pour avoir été la seule à avoir tenté d’éviter la chute de ce pays, à ses risques et périls. Nous n’avions rien à gagner au Rwanda.

On comprend la position du régime actuel qui s’est attaqué à la France avec véhémence pendant des années pour faire diversion quant à ses propres responsabilités, écrasantes. On comprend moins celle des journalistes militants, des ONG moralisatrices qui se pensent infaillibles et d’une commission d’historiens qui supposent, à défaut de mieux, que la principale motivation des décideurs français de l’époque serait une obsessionnelle crainte d’une concurrence anglo-saxonne. Prétexte ridicule et fantasmée (comme le dérisoire soi-disant complexe de Fachoda). Il s’agit d’un pays francophone qui n’est pas une ancienne colonie et ne fait pas partie du «pré-carré». On a pourtant le droit de constater que le pays est devenu anglophone, qu’il s’est précipité d’adhérer au Commonwealth et que le FPR a été constamment soutenu dès le début par Américains et Britanniques. Mais non, la France n’avait au Rwanda aucun intérêt économique ou stratégique à défendre. On ne fait pas la guerre pour la francophonie. Ceux qui l’ont prétendu se sont trompés.

Le rapport affecte de croire que le FPR est un mouvement politique démocratique ouvert à tous les Rwandais. Or dans les faits les Hutu du FPR sont des faire-valoir sans aucun pouvoir réel et ouvertement méprisés.

Patrick Robert

Le rapport fait siennes des positions du FPR pourtant très contestables, et mises en avant par une communication efficace, manipulatrice, relayée à l’étranger par des compatriotes expatriés. On retrouve sa syntaxe dans les arguments des ONG, de la presse et du rapport. Par exemple, le rapport affecte de croire que le FPR est un mouvement politique démocratique ouvert à tous les Rwandais. Or dans les faits les Hutu du FPR sont des faire-valoir sans aucun pouvoir réel et ouvertement méprisés. Beaucoup des opposants Hutu à Habyarimana qui l’ont rejoint ont démissionné depuis ou ont pris la fuite sous les menaces. C’est le cas de Pasteur Bizimungu, opposant d’Habyarimana qui rejoignit le FPR dès 1990 et fut nommé fin 1994 président du pays par Paul Kagame. Il ne pouvait prendre aucune décision importante et servait de faire-valoir jusqu’à sa fuite quatre ans plus tard. Il créera un parti politique d’opposition immédiatement interdit. Pour ça il fut arrêté et condamné par la justice du Rwanda à quinze ans de prison pour «association de malfaiteurs, détournement de fonds publics et incitation à la désobéissance civile». Gracié après cinq ans de prison, il a renoncé à la politique. D’autres n’ont pas eu cette chance.

La qualification du régime d’Habyarimana de «dictature» provient encore du FPR pour justifier son expédition militaire. Mais le régime actuel est une autre dictature. Sa gestion économique technocratique habile et sa bonne gouvernance n’y changent rien. On peut s’en accommoder. Il y a d’autres pays qui sont des dictatures et qui se revendiquent être des démocraties (Russie, Turquie, Chine…) mais qu’on ne dise pas que le FPR souhaitait abattre une dictature pour instaurer la démocratie, et que la France a tenté de l’en empêcher !

L’attentat de l’avion présidentiel aura rendu impossible la poursuite du processus d’Arusha et a donné le signal des massacres. Duclert pense que les extrémistes Hutu sont responsables de l’attentat. Cette affirmation est très contestée par les nombreux observateurs qui connaissent bien le dossier. Il pense aussi que «sans l’attentat, le génocide aurait eu lieu de toute façon». C’est possible. Mais alors, pourquoi auraient-ils tué leur président s’ils pouvaient déclencher le génocide de son vivant? Et que faire du fait que le numéro de série du missile qui a atteint l’avion présidentiel provient d’un lot acheté par l’armée ougandaise quelques mois plus tôt?

Le rapport met en cause la centralisation de la décision à l’Élysée, le domaine réservé et l’exercice solitaire du pouvoir, en quelque sorte, propres à la Ve République. Qu’en pensez-vous?

Le rapport fait grand cas de l’activité dominante de l’État-Major Particulier du président Mitterrand. Il est présenté comme étant la cheville ouvrière de l’action de la France au Rwanda et de son manque supposé de probité. Les historiens semblent découvrir que la politique africaine se décide à l’Élysée. Les documents déclassifiés démontrent que l’Etat-Major Particulier a toujours suivi les consignes du président qui seul validait les actions à suivre.

Les rapporteurs ne comprennent pas bien pourquoi le président dispose d’un État-Major personnel, parallèle à celui de l’État-Major des armées, et pourquoi celui-ci semble court-circuiter celui-là. Le chef de l’État est chef des Armées et la politique africaine est toujours pilotée par le président. Pour les opérations militaires en Afrique le ministère de la Défense suit les directives de l’Élysée. En plus de lui tenir à disposition en permanence les codes nucléaires, son Etat-Major Particulier a aussi une fonction non dite et aujourd’hui futile: rendre plus compliquée l’organisation d’un coup d’État militaire en cas de crise grave: le président peut reprendre la main sur l’armée depuis l’Élysée grâce à lui. Ce qui semble être une anomalie aux historiens fait partie de l’institution militaire française et a ses raisons.

Le rapport s’indigne que des avis divergents, des analyses contradictoires provenant de militaires ou de diplomates informés sur place aient été écartés par l’exécutif. Mais c’est la règle du genre. Le président suivait sa ligne politique. Le décideur gère des considérations qui échappent aux analystes de terrain, même les plus avisés. Il doit tenir compte des relations multilatérales et diplomatiques. Il a un point de vue global propre à sa position.

N’ayant pas décelé de fautes graves dans le mécanisme de décision ni de décalage entre l’ordre émis et son exécution sur le terrain, le rapport pointe ce qui lui semble être des anomalies administratives. Que l’Etat-Major Particulier communique directement avec l’attaché militaire de l’ambassade à Kigali, alors que son courrier aurait dû suivre un cheminement administratif passant par le ministère de la Défense et les Affaires étrangères, par exemple, lui semble être la marque de dysfonctionnement fâcheux. Pourtant à aucun moment les consignes du président n’ont été modifiées ou même trahies. Le respect de la rigueur des règles protocolaires administratives du flux d’informations échangées semble plus important aux rapporteurs que la rapidité d’exécution ou que son efficacité.

On a beaucoup critiqué l’Opération Turquoise. Quelle appréciation portez-vous sur son action?

S’agissant de Turquoise, Mitterrand décide de répondre à une pressante campagne de presse et d’opinion s’indignant -très justement- de l’inaction face au génocide en cours. Il autorise alors une opération militaire française pour «faire cesser les massacres» dans l’apathie générale de la communauté internationale. Décision compliquée dans sa validation onusienne, mais qui finit par aboutir. L’obsession des dirigeants français était que les militaires français ne soient jamais confrontés sur le terrain aux forces du FPR qui avaient menacé de s’opposer à eux, ce qui limitera considérablement son efficacité. L’opération fut un succès mondialement reconnu. Pourtant, on trouve toujours aujourd’hui des critiques infondées et des accusations injustes. D’où vient cette haine de soi irrépressible? Le rapport Duclert, soulignons-le, «blanchit» définitivement Turquoise.

Non la France n’a aucune responsabilité dans le génocide des Tutsi Rwandais: sans doute aurait-elle pu mieux faire, mais elle a été la seule à prendre des risques pour que le pays puisse se réconcilier. Nous aurions aussi pu ne rien faire comme tous les autres pays et se retrancher derrière l’ONU qui n’aurait rien fait non plus. On aurait alors pu s’excuser ensuite, comme eux, d’avoir été inactif, et même coupable d’indifférence. On ne nous aurait fait aucun reproche. Le pays aurait sombré dès 1990, quatre ans plus tôt.

Le rapport Duclert conclut le contraire de ce qu’il démontre. Il apporte les preuves que l’action de la France a été retenue, prudente, raisonnée, et même courageuse, consciente des risques considérables qui menaçaient.

Patrick Robert

Les seuls responsables de la tragédie sont rwandais: le FPR, qui a pris l’initiative d’une invasion armée mûrement préparée et la prise du pouvoir par la force avec la certitude de sacrifier des milliers de vies humaines ; le gouvernement Hutu, qui a manœuvré en tentant d’instrumentaliser la France tout en mettant en place une «solution finale» au cas où les choses tourneraient mal pour son régime ; et l’ONU, aussi, porte une lourde responsabilité. Les Américains et les Britanniques ont tout fait, je le répète, pour neutraliser l’action de la MINUAR mise en place par les accords d’Arusha pour qu’elle ne puisse jouer aucun rôle qui aurait pu gêner le FPR. Le 12 avril 1994, alors que l’ONU discutait de l’éventuelle modification du mandat de la MINUAR pour la rendre utile dans la tragédie en cours, le FPR avisa l’Organisation des Nations unies avec aplomb que si elle devait devenir une «force d’instauration de la paix», elle serait considérée comme ennemie. Si l’ONU l’avait voulu en lui donnant des moyens matériels et un mandat plus adapté (au chapitre VII), la MINUAR aurait pu faire cesser les massacres dès l’attentat, en tout cas les limiter, qu’ils ne deviennent pas un génocide.

Que pensez-vous des préconisations du rapport?

Le rapport des historiens soumet un certain nombre de recommandations pour l’avenir. On sent l’appétit du monde universitaire pour la création de coûteux comités Théodule et les missions d’éducation moralisatrices, culpabilisantes et pénitentialistes destinées à notre jeunesse. Manifestement, l’intention, très surprenante, est de prévenir l’irruption d’un génocide comparable en France. À moins que de vouloir entretenir une culpabilité ontologique éternelle de notre histoire?

C’est très facile, 27 ans après, de distribuer des blâmes, quand on connaît le dénouement. On peut faire tous les reproches de jugement aux autorités françaises de l’époque, d’avoir sous-estimé les manœuvres et manipulations dont ils ont fait l’objet de la part des autorités rwandaises de l’époque, d’avoir privilégié la défense des droits régaliens au détriment des volontés légitimes de l’opposition armée, mais on ne peut pas dire qu’elles soient responsables des massacres qui les débordent alors que les soldats français ne sont plus sur place, ni qu’ils aient contribué à les rendre possibles. Il ne viendrait à personne l’idée de reprocher aux pompiers de Paris de n’avoir pas pu empêcher que la flèche de la cathédrale Notre-Dame en feu ne tombe à travers la voûte de sa nef.

En réalité, le rapport Duclert conclut le contraire de ce qu’il démontre. Il apporte les preuves que l’action de la France a été retenue, prudente, raisonnée, et même courageuse, consciente des risques considérables qui menaçaient. Pas d’aveuglement, donc. Ce sont les rapporteurs qui font preuve d’aveuglement en niant une réalité ethnique têtue et en concluant à une consensuelle responsabilité de la France dans l’accomplissement du génocide rwandais. Comme si un rapport qui la «blanchirait» ne pourrait pas être crédible.

Le Figaro.

Dossier Rusesabagina: le Gouvernement rwandais n’a pas de marge de manœuvre

Parmi les dossiers qui auront exposé les failles du système de justice au Rwanda figure celui de Paul Rusesabagina, le héros du Hotel Rwanda. En effet, l’histoire récente nous montre d’autres cas plus ou moins similaires où le gouvernement s’est vu dans l’obligation de relâcher les suspects car leurs arrestations avaient eu lieu en violation du droit, ou bien que la pression extérieure et la realpolitik voiyaient les choses sous un angle différent. C’est d’ailleurs, d’après nos pronostics, ce qui risque d’arriver dans le cas de Rusesabagina.
Tout observateur avisé n’oubliera Professeur Peter Erlinder, cet avocat américain qui est venu au Rwanda en 2010 pour faire partie de l’équipe de défense de Madame Victoire Umuhoza. Le régime du FPR l’a arrêté et l’a accusé de négationnisme du génocide. Il fut jeté en prison mais son procès n’aura jamais lieu grâce à la pression du gouvernement américain. Le gouvernement rwandais, pour cacher son échec dans cette affaire, a dit à la presse que le Professeur reviendra le moment du procès venu, que ses problèmes de santé étaient trop sérieux pour rester en détention. Les acolytes du régime se sont sentis trahis car pour eux, le Rwanda étant un État souverain, aurait jugé ce “blanc” pour démontrer que l’ère coloniale était révolue.

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