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Kako Nubukpo : « Pourquoi les dettes africaines reviennent toujours ? »

TRIBUNE. Les annonces d’annulation de la dette africaine se succèdent depuis le début de la pandémie du Covid-19, comme un rituel d’exorcisme de la pandémie.

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Kako Nubukpo

Les chiffres donnent le tournis : les ministres africains des Finances et l’Union africaine demandent un allègement immédiat de la dette de 44 milliards de dollars et la constitution d’un fonds supplémentaire de 50 milliards de dollars pour faire face au report du paiement des intérêts de la partie non-annulée de la dette africaine. Après le FMI et la Banque mondiale, le G20 et le président français Emmanuel Macron ont annoncé un allègement massif de la dette africaine. Même le pape François a réclamé dimanche dernier lors de sa bénédiction pascale « Urbi et Orbi » l’annulation de la dette africaine. De quoi ce bel unanimisme est-il l’expression ? Pourquoi les dettes africaines reviennent de façon récurrente dans le débat international comme l’illustration de la compassion du reste du monde à l’endroit de l’Afrique ?

Au départ, une vision de la solidarité pour le développement

Le monde de l’après-Seconde Guerre mondiale s’est construit sur l’idée que les pays riches devaient aider les pays pauvres à impulser leur processus de développement, en finançant l’écart entre les besoins d’investissement de ces derniers et leur faible épargne intérieure. Le schéma fut celui du plan Marshall qui a permis à l’Europe de financer sa reconstruction et d’enclencher la période faste dite des Trente Glorieuses, qui prit fin avec la première crise pétrolière de 1973.

Cette vision de l’aide connut d’autant plus de succès qu’elle était d’une simplicité désarmante – l’appui financier dédouanait de l’effort d’appréhension de la complexité des spécificités institutionnelles – et semblait obéir à une logique de gains mutuels dans la mesure où des pays aidés renouant avec la prospérité économique deviennent de facto des partenaires commerciaux florissants : « La marchandise suit l’aide. »

L’Afrique n’échappa pas à cette doctrine portée au pinacle par le FMI et la Banque mondiale et illustrée par une série de plans successifs d’allègements de la dette : le plan Brady, le plan Baker, le plan Kissinger, etc. du nom de secrétaires d’État américains successifs, jusqu’à l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) qui a permis au début des années 2000 d’effacer massivement la dette africaine.

L’implacable réalité pour l’Afrique

La logique derrière l’allègement de la dette est implacable : pour que l’Afrique soit un véritable partenaire commercial, c’est-à-dire pour qu’elle puisse acheter des biens et services en provenance du reste du monde, il faut qu’elle puisse disposer de marges de manœuvre budgétaires et des ressources privées suffisantes, la fameuse capacité d’absorption. Mais pour que sa capacité d’absorption fût préservée, il fallait régulièrement effacer sa dette dont le service (remboursement d’une partie du principal et des intérêts) plombe sa capacité à s’insérer harmonieusement dans le jeu commercial international. Les annonces actuelles d’annulation des dettes africaines n’échappent pas à cette logique, dans un contexte où l’après-crise de Covid-19 s’annonce difficile pour les économies du monde développé et émergent.

Pourquoi la dette persiste-t-elle ?

En revanche, relativement peu de gens se posent la question de savoir pourquoi les dettes africaines reviennent toujours, pourquoi l’Afrique n’arrive pas à se sortir de la spirale infernale du surendettement. Or, c’est dans la réponse apportée à cette question structurelle que réside une véritable émergence du continent africain :

Le premier facteur explicatif de l’endettement africain récurrent est le taux de pression fiscale (rapport entre les recettes fiscales et la richesse créée au cours d’une année) en Afrique subsaharienne qui est structurellement bas, inférieur à 20 % du produit intérieur brut (PIB), alors qu’il se situe au-delà de 40 % dans le monde développé. Or, ce sont les ressources fiscales qui constituent l’essentiel des recettes des États, leur permettant de financer les dépenses publiques. Qui dit donc taux de pression fiscale élevé, dit a priori bonne couverture des dépenses publiques par les recettes éponymes.

Le deuxième facteur explicatif du surendettement est le niveau structurellement élevé des taux d’intérêt réels en Afrique, souvent plus du double du taux de croissance économique ; or, quand vous empruntez à un taux d’intérêt supérieur au taux de croissance économique, il y a peu de chances que vous puissiez rembourser votre emprunt, vu que le rythme de création de richesses (le taux de croissance économique) est plus faible que le coût d’acquisition des moyens de création de richesses (taux d’intérêt). Ce raisonnement est aussi valable sur le plan microéconomique que macroéconomique. Résultat des courses pour les États africains, les flux de déficits s’accumulent et se transforment en stock additionnel de dettes en fin d’année budgétaire.

Le troisième et dernier facteur (le plus structurel) est l’étroitesse de la base productive africaine. L’Afrique ne se décide toujours pas à produire elle-même ce qu’elle consomme. Elle se complaît dans la place qui lui a été assignée dans la division internationale du travail, à savoir exportatrice de matières premières dont les recettes sont volatiles et moins élevées que les prix des biens et services qu’elle importe massivement pour faire face à sa forte demande sociale, conformément à la loi dite de Prebisch-Singer. Le résultat de cette insertion primaire de l’Afrique au sein du commerce international est l’accumulation de déficits dits jumeaux, à savoir le déficit budgétaire et celui du compte courant de la balance des paiements.

Une approche inadaptée parce que d’un autre temps

Au final, l’annonce de l’annulation massive de la dette africaine ressemble à s’y méprendre à la prédominance de recettes anciennes pour faire face au nouveau monde. L’Afrique d’après le Covid-19 ne peut accepter de jouer un jeu dans lequel elle sortira une nouvelle fois perdante, car les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Des dirigeants qui détournent massivement les aides et prêts à eux consentis par la communauté internationale qui, tel le Tartuffe de Molière, détourne pudiquement les yeux de la mauvaise gouvernance chronique des économies africaines. Peut-on décemment se glorifier d’effacer une dette africaine dont les montants n’ont que très peu aidé l’Afrique ? Peut-on applaudir les mauvais élèves au détriment des bons élèves, qui péniblement tentent d’assainir leurs finances publiques année après année, mettent en place le contrôle citoyen de l’action publique et ont à cœur la poursuite de l’intérêt général ? L’allègement de la dette ne doit pas se traduire par une démobilisation générale de l’Afrique qui lutte au quotidien pour sa dignité et sa souveraineté, cette « Afrique d’après » que nous appelons de nos vœux. Il ne doit pas servir à récompenser les « passagers clandestins » de la bonne gouvernance.

L’économie politique de la compassion internationale ne peut être la voie privilégiée de l’émancipation africaine. Méditons ensemble ce proverbe qui dit : « La main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit. »

https://www.lepoint.fr

 

“Évitez de copier les politiques anti-covid-19 occidentales” – La Banque mondiale met en garde les pays africains.

Le Groupe de la Banque mondiale admire la Tanzanie pour sa stratégie originale visant contenir la pandémie de COVID-19.  A la même occasion, la Banque a averti les États africains de ne pas copier et coller les pratiques et politiques occidentales pour limiter la propagation du COVID-19.

“Merci, Monsieur le président John Magufuli de n’avoir pas dupliqué les politiques mises en œuvre dans les pays avancés et certains pays à revenu intermédiaire, telles que collées par certains pays africains de la région”.

Le rapport  de l’ Africa’s Pulse intitulé “Assessing the economic impact of COVID-19 and Policy Responses in Sub-Saharan Africa (Évaluation de l’impact économique du COVID-19 et des réponses politiques en Afrique subsaharienne) publié hier a salué la Tanzanie comme l’un des meilleurs exemples pour ses approches stratégiques qui tiennent compte du meilleur de son économie politique et du bien- être de la société.

Avec 32 cas confirmés de COVID-19, 3 décès et 5 récupérations, la Tanzanie, contrairement aux autres pays africains, n’a pas bloqué les entreprises et ses citoyens. Le pays n’a pas non plus fermé ses frontières mais a lancé des tests stricts et une quarantaine de 14 jours pour toutes les arrivées.

Le rapport de la Banque mondiale met en garde contre les conséquences catastrophiques pour les pays subsahariens qui ont copié et collé des politiques anti-COVID-19.

“Face à une situation en évolution rapide avec une grande incertitude et tant d’inconnues, la plupart des gouvernements du monde entier ont repris des approches similaires pour contenir la pandémie de COVID-19”, indique le rapport.

Le rapport mentionne l’Afrique du Sud, le Ghana, le Rwanda et le Kenya, qui ont réagi rapidement et de manière décisive pour freiner l’afflux et la propagation potentiels du virus COVID-19, ce qui correspond très bien à l’expérience internationale émergente.

Le rapport avertit ces pays que la situation évoluant, il y a plus de questions sur l’adéquation et l’efficacité probable de certaines de ces politiques, par exemple le confinement strict.

Il conseille aux gouvernements africains de déployer une série de mesures d’urgence et les caractéristiques structurelles des économies africaines qui façonnent les réponses politiques conçues et mises en œuvre pour repousser COVID-19.

La Banque mondiale a donné plusieurs raisons pour lesquelles les politiques économiques mises en œuvre en Afrique subsaharienne devraient être différentes de celles adoptées dans les pays avancés et (certains) pays à revenu intermédiaire.

Premièrement, l’emploi informel est la principale source d’emploi en Afrique subsaharienne, représentant 89,2% de tous les emplois (OIT 2018). Hors agriculture, l’emploi informel représente 76,8% de l’emploi total. Sur la base du nombre d’entrepreneurs (travailleurs indépendants et employeurs) qui sont propriétaires d’unités économiques informelles, la grande majorité des unités économiques de la région sont informelles (92,4%). Les travailleurs informels ne bénéficient pas d’avantages tels que l’assurance maladie, l’assurance chômage et les congés payés. La plupart des travailleurs informels, en particulier les travailleurs indépendants, doivent travailler tous les jours pour gagner leur vie et payer leurs nécessités de base. Dans ces conditions, un confinement prolongé mettra en danger la subsistance de leurs ménages.

En outre, la majorité des travailleurs embauchés se trouvent dans une situation précaire, et la plupart de ces emplois sont temporaires et à faible rémunération, n’offrent pas de sécurité sociale et exposent les travailleurs à un risque accru de blessure et de mauvaise santé.

Deuxièmement, les petites et moyennes entreprises (PME), un important moteur de croissance dans les économies de la région, représentent jusqu’à 90% de toutes les entreprises et représentent 38% du PIB de la région. L’accès au financement est l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les PME en temps normal, la majorité de ces entreprises ne disposant pas du financement nécessaire pour se développer. Avant COVID-19, le déficit de financement pour les PME de la région était estimé à 331 milliards de dollars (IFC 2018).

Troisièmement, les préoccupations concernant l’impact économique négatif de l’épidémie de COVID-19 ont entraîné des baisses de taux d’intérêt dans plusieurs pays africains conformément aux mesures de politique monétaire dans le monde. Cependant, ce type de relance monétaire peut ne pas être efficace pour deux raisons:

  • la prévalence des effets de l’offre au niveau des mesures de confinement (c’est-à-dire une offre de main-d’œuvre réduite et des entreprises fermées, en particulier dans les secteurs à forte intensité de contact), et
  • la faible transmission monétaire dans les pays aux marchés financiers intérieurs sous-développés.

Les économies africaines doivent encore concevoir des voies politiques pour réaliser une croissance durable, une diversification économique et l’inclusion.

La durabilité économique des économies africaines dépend de leur capacité à transformer leur stock décroissant de richesse naturelle en d’autres immobilisations reproductibles telles que le capital physique, les infrastructures et le capital humain.

Les conclusions de l’impact de Covid-19 sur les économies africaines reposaient sur deux modèles à l’échelle de l’économie: un modèle macro-structurel, le modèle macroéconomique et budgétaire de la Banque mondiale, «MFMOD», et le modèle d’équilibre général calculable dynamique (MEGC) de la Banque mondiale ».

L’analyse s’est appuyée sur deux scénarios.  Le premier est un scénario optimiste qui repose sur les hypothèses selon lesquelles la pandémie culmine dans les économies avancées, que les mesures de confinement seront progressivement supprimées au cours des deux prochains mois, la pandémie s’estompe en Chine et les épidémies sont contenues dans d’autres pays et en Afrique subsaharienne.
Le deuxième est un scénario à la baisse qui suppose que l’épidémie de COVID-19 continue de peser sur l’économie au cours des troisième et quatrième trimestres de 2020 et jusqu’en 2021, car certaines mesures de distanciation sociale sont nécessaires pour maintenir la propagation du virus à des niveaux gérables.

Le rapport en anglais est téléchargeable ici 13358-African Pulse-April

Traduction libre par Chaste GAHUNDE


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Coronavirus : le confinement total, une mesure irréaliste dans de nombreux pays africains

Je sais que le coronavirus peut tuer. Mais si je reste à la maison pendant quinze jours sans travailler, je meurs aussi », explique un vendeur malgache à l’AFP. Une phrase qui illustre le dilemme africain. La réaction de cet homme est largement partagée sur tout le continent. Or, de plus en plus d’Etats imposent le confinement. Partiel comme au Nigeria, total comme en Afrique du Sud.

Au Nigeria, les aéroports de Lagos et d’Abuja la capitale sont fermés. Déjà, certains fonctionnaires sont priés de rester chez eux. Et Aisha Buhari, la première dame,  a réclamé l’arrêt total de l’activité  du pays. En Afrique du Sud, les autorités viennent de faire appel à l’armée pour faire respecter le confinement.

« Dans cette lutte contre la propagation du Covid-19, notre principal ennemi sera l’indiscipline et le non-respect des consignes de prévention », a souligné le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, appelant à « l’union sacrée ».

Le poids de l’économie informelle

Mais tout n’est pas qu’affaire de discipline. Dans un continent où l’économie informelle est souvent capitale, rester chez soi c’est mourir de faim. Ainsi, en Afrique du Sud, « avec environ 20% de l’emploi total dans le secteur informel, rester à la maison avec un congé de maladie payé n’est pas une option, ce qui rend les appels à distance sociale irréalistes » explique Ayesha Jacub, médecin sud-africaine dans le Mail & Guardian.

« Cette mesure va poser un gros problème de survie pour presque tous les Africains, car ils sont obligés de travailler hors de chez eux, sans quoi, ils n’ont pas de quoi subvenir à leurs besoins. La plupart d’entre eux n’ont pas de réserves bancaires et ne feront pas de télétravail » explique Augustin Augier, directeur général de l’ONG Alima au journal La Croix.

Une mesure pour pays riches inadaptée ici

La romancière Calixte Beyala condamne ce qu’elle appelle « un mimétisme » avec les pays occidentaux. « Car la plupart des Africains vivent au jour le jour. Ils n’ont pas les moyens de s’approvisionner en nourriture pour une petite semaine ! Ils n’ont pas de frigo et, pour la plupart, pas d’électricité pour pouvoir se payer ce luxe qui certainement diminuerait le nombre de nos morts », explique-t-elle   sur sa page Facebook.

Et la vie suit son cours dans les bidonvilles surpeuplés de Johannesburg, constate le journal Sunday Times. Promiscuité, chômage, pas d’accès à l’eau, ni de sanitaires. « Si nous restons chez nous, nous mourons de privation bien avant que le virus n’arrive », prédit  le responsable d’une ONG locale.

Source : https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi: Rwanda: Mesures COVID-19, un copier-coller illogique.

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Rwanda: Covid-19, opportunité d’un changement politique?

C’est ce que les Rwandais anticipent. Et l’opposition politique s’engage dans ce processus afin que le pays ne plonge dans une autre tragédie due au vide de leadership. Avec la pandémie du COVID-19, les dégâts attendus sont aussi autres que sanitaires, les situations socio-économique et politique étant déjà très fragiles. Cette fragilité conjuguée aux mesures de confinement sans l’accompagnement qu’il faut, risque de provoquer les soulèvements populaires susceptibles de renverser le régime en place.

L’échec du gouvernement

En date du 21 mars 2020, le Premier Ministre, Dr Edouard NGIRENTE, a déclaré les mesures qu’il faut respecter afin de stopper la propagation du COVID-19. Bien qu’illégale et illogique, la déclaration du Premier Ministre a été effective 5 heures plus tard. Les mesures affichent un vide fatidique. Elles imposent aux citoyens de rester à la maison sans se soucier de la survie de ceux qui, habituellement, nourrissent leurs familles après avoir travaillé, et quotidiennement.  Même si les Rwandais sont naturellement solidaires, la responsabilité de l’Etat dans des moments comme ceux-ci ne peut pas être exclue, d’ailleurs , elle est obligatoire. Le gouvernement a raté l’occasion de démontrer ses capacités managériales, dans les limites établies par la loi. Malgré les dettes qui sont garanties au pouvoir au nom du COVID-19, il est important de remarquer que la solution ne viendra pas de là , et les conséquences socio-économiques seront énormes.

Si le confinement dure plusieurs semaines, un mouvement de “résistance” va se créer à partir de petits groupes de personnes qui défieront l’autorité au nom de chercher les nourritures. Les grands stocks de vivres seront visés et dévalisés suivis des résidences des hommes et femmes de la classe politique au pouvoir. Les leaders charismatiques émergeront de la masse qui, depuis longtemps aspire au changement, et exerceront la coordination des petits groupes, peaufinant le mouvement en une vrai lutte politique que le régime ne pourra contrer.

Les forces de l’ordre comprendront très vite l’échec du gouvernement et s’aligneront au mouvement. Les plus courageux assureront la protection du peuple contre quelques éléments restant fidèles au régime. Un haut gradé militaire pourrait déclarer un coup d’état pour restaurer l’ordre, lançant un appel aux forces vives de la nation pour former un gouvernement de transition, qui débouchera aux élections libres et un nouveau chapitre dans la politique rwandaise.

L’effet pangolin

Le potentiel changement politique du au COVID-19 est observable aussi par les grands centres d’études stratégiques. En date du 24 mars 2020, le Centre d’analyse et prospective stratégique (CAPS) a émis une note interne et confidentielle au cercle diplomatique français intitulée “L’effet pangolin” : la tempête qui vient en Afrique?” dans laquelle quelques scénarios sont considérés. Selon ce document qui parle du continent africain en général, les économies vont s’effondrer provoquant les émeutes qui feront tomber les régimes. Le document évoque une thèse, “le mort politique zéro ”  selon laquelle « Le risque d’infection d’un dirigeant âgé et souffrant d’autres pathologies pourrait avoir de lourdes conséquences et obligerait à se positionner clairement et rapidement sur la fin d’un système et sur une transition ».

« Anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique… et sans doute ailleurs ».

Au vu de la situation au Rwanda, tout est possible. L’absence du président aux côtés du peuple, constitue un augure à ne pas négliger. Les manipulations des images faites par les services de renseignements dans le but de faire croire que Kagame est présent ne font qu’accentuer l’inquiétude et le sentiment que les citoyens du menu peuple sont abandonnés à leur propre sort.

Dans un pays où le président est considéré plus dangereux que COVID-19, l’opposition politique est appelée à jouer son rôle. La société civile doit sa contribution.

Chaste Gahunde


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Rwanda : conséquences socio-économiques du confinement, à qui incombe la responsabilité ?

   

Point de vue : la responsabilité socio-économique du confinement au Rwanda, faire face aux conséquences du confinement  incombe d’abord au gouvernement rwandais et non aux initiatives personnelles.

Le Rwanda a décidé le 21 mars 2020 les mesures de confinements de sa population, la fermeture des écoles (dès le 14 mars 2020), la fermeture des bars, des commerces et des activités socio-économiques non essentielles. Dans un pays où la grande majorité de la population vit du travail informel avec des petits boulots payés à la tâche sans pouvoir épargner, les conséquences économiques furent immédiates.

Face au risque d’implosion sociale, le gouvernement rwandais a annoncé avoir fourni des vivres et autres produits de première nécessité à sa population vulnérable. La machine de communication du régime a bien relayé cette information tout en utilisant des images puisées sur le web pour illustrer ces distributions de vivres. L’exemple ici est le secrétaire d’état en charge de l’Afrique de l’Est. Certains journaux étrangers n’ont pas hésité à publier que Paul Kagame avait ordonné la distribution gratuite de nourriture à tous ceux qui vivent au Rwanda.

Toutefois et comme c’est souvent le cas pour les annonces du régime rwandais, la réalité du terrain a surgi et a mis à nue les mensonges du gouvernement rwandais.

Plusieurs reportages réalisés par les chaines d’information YouTube font état de la famine, du désespoir et de l’incompréhension de la population face à ce confinement.  On y apprend que la plupart des aides proviennent des particuliers un peu plus « aisés ». D’autres viennent d’opérateurs du secteur privé. Dans la plupart des localités l’aide supposé venir proprement de l’État est toujours en attente.

La distribution de l’aide déjà disponible laisse aussi à désirer tant sur la forme que sur le fond.

Déjà la nourriture est distribuée à 5 familles dans chaque regroupement comprenant 50 à 100 familles. Les familles choisies sont censées être classées dans la première partie des pauvres (ceux présentant pour le régime de Paul Kagame une grande vulnérabilité). Mais la population conteste en disant que ceux choisis ont été classés sur les critères opaques relevant du népotisme.

Pis encore, certains qui ont eu « la chance » de recevoir la nourriture se plaignent aussi car ils en reçoivent très peu. Bref la frustration est  de tous les côtés.

En plus du supposé aide gouvernemental, plusieurs initiatives personnelles ont été lancées pour venir en aide à la population en grande précarité. Si on peut légitimement douter du caractère spontané et volontaire de celles initiées au Rwanda, ce n’est pas le cas pour celles initiées depuis l’étranger pour la plupart par la diaspora pro régime rwandais. Bien sur chaque personne est libre de donner et ceux qui en ont les moyens peuvent le faire.

Il est à rappeler aussi que le confinement qui concerne la moitié de l’humanité fait aussi des ravages économiques dans des pays les plus riches. Les Rwandais vivant à l’étranger toute tendance politique ou apolitique, sont aussi directement touchés

Passé le stade émotionnel, il serait intéressant de voir si ces initiatives dans le cas du Rwanda seraient opportunes ou pour ne pas dire contre-productif, pour des raisons expliquées ci-dessous.

En effet, la situation actuelle a été créée par le gouvernement rwandais. Ce n’est pas une catastrophe naturelle qui survient de façon imprévue. D’ailleurs et officiellement, pour le gouvernement rwandais, tout est sous contrôle.  Tout de même uelques observations :

Confinement versus critères épidémiologiques

Sur le plan épidémiologique le confinement est imposé lorsque le virus circule activement sur un territoire et n’est plus sous contrôle. Concrètement, le système de veille sanitaire n’est plus en mesure de maîtrise le (s) patient (s) à l’origine de l’infection. Ce n’est pas le cas au Rwanda. Car depuis 3 semaines, le Rwanda n’a eu que 84 patients et la très grande majorité ont une provenance connue et sont immédiatement isolés dès leur arrivée à l’aéroport de Kigali. Il ressort des bulletins quotidiens diffusés par le ministère de la santé rwandais, que plusieurs proviennent de Dubaï.

D’ailleurs, la population à qui ce confinement est imposé n’en comprend pas l’utilité car elle est persuadée que le Covid-19 n’atteigne que les gens riches capables de voyager en avion. Ce qui est faux et plus grave en termes d’information épidémiologique reçue ou perçue par la population.

Le confinement, choix politique hasardeux ou calculé ?

Le confinement est une décision politique et le gouvernement qui le met en place a l’obligation d’en évaluer au préalable risques, d’en assumer les conséquences et en assurer les dégâts.

Si on prend l’exemple pour la France, le confinement imposé le 17 mars 2020 a aussi des conséquences économiques. Mais le gouvernement a dû lâcher sur les orthodoxies budgétaires affirmées et confirmées depuis une vingtaine d’années, elles ont sauté en une journée !

Au minimum 300 milliards d’euros ont été mis sur la table pour assurer la pérennité du tissu économique (financement du chômage partiel, financement de la garde d’enfants, report des charges pour les entreprises, ou la garantie des crédits des entreprises auprès de la banque publique d’investissement).

Cet effort sans précédent  représente plus de 80% du budget annuel de la sécurité sociale ou plus de 100% du budget annuel de l’état. Personne n’a entendu les partis politiques où la société civile proposer de faire des actions humanitaires, ce qui aurait été le cas lors d’une catastrophe naturelle par exemple.

Revenant sur le Rwanda, le gouvernement de Paul Kagame n’a rien annoncé de concret sur les mesures en vue de soutenir le tissu économique. Seul Rwanda Revenue Authority, l’organisme chargé de récolter les impôts,  a décalé de 15 jours la date limite pour déclarer les revenus.

De plus le FMI vient d’annoncer un octroi rapide d’un crédit de 109 millions de dollars US au Rwanda,  pour que les autorités fassent face aux conséquences du Covid-19 plus particulièrement pour assurer le déficit budgétaire créé à l’occasion. Selon les termes du FMI « L’impact économique de la pandémie de COVID-19 se déploie rapidement, les perspectives à court terme se détériorant rapidement. Cela a donné lieu à d’importants besoins de financement budgétaire et extérieur. Les autorités ont agi rapidement en mettant en place des mesures pour aider à contenir et à atténuer la propagation de la maladie »

Concrètement le Rwanda a sollicité le FMI, il est temps que les mesures soient visibles sur le terrain et que les crédits alloués bénéficient à la population. Quels sont les calculs du gouvernement derrière ce mutisme ?

Paupérisation de la population pour la rendre dépendante du FPR ?

Depuis un certain temps, le gouvernement rwandais met volontairement à genou (Gusubiza kw’isuka – recommencer à zéro) les gens qui s’autosuffisaient sur le plan socio-économique.

Si l’on prend l’exemple des destructions des maisons dans Kigali ,des gens qui avaient des patrimoines évalués (par l’état rwandais) à des millions de Frw ont vu leurs maisons détruites sans compensation.

Pourtant ces maisons devaient être initialement détruites dans le cadre d’une expropriation en vue de laisser place aux infrastructures publiques. Dans ce cas l’état aurait dû évaluer le patrimoine et compenser la population, tout en leur laissant le temps de trouver un autre logement comme le stipule la loi rwandaise. Ceci est fait partout au monde.

Mais au Rwanda, les patrimoines ont été évalués et il n’y a plus rien eu. La population attendait des compensations et était restée sur plusieurs discussions qui n’avaient pas débloqué la situation. Entretemps, la population a été interdit de réparer, aménager les maisons évaluées. Au bout de plusieurs mois une partie de maisons s’est détériorée et a été classée insalubres voire dangereuses afin de justifier sa destruction sans compensation. La très grande majorité des propriétaires lésés avaient les papiers en bonne et due forme du foncier bâti et non bâti et payaient les impôts dus à l’Etat dans ce cadre. Toutes ces personnes sont donc devenues dépendantes du système et aucun doute que toute aide sera conditionnée à suivre à la ligne les directives du FPR. D’ailleurs certains membres du FPR n’hésitent à s’exprimer quand les populations protestent, en leur rappelant de ne pas trop se plaindre car la famille (FPR) est derrière pour les soutenir.

Disparition des classes sociales émergentes

 Depuis le début du confinement, plusieurs entreprises rwandaises sont en en train de mettre au chômage leur employés. Par exemple l’entreprise de transport urbain de Kigali KBS (Kigali Bus Services) ou le petit séminaire de Rwesero pour ne citer que celles-ci.

Cette catégorie sociale employée sous contrat et payée mensuellement était il y a quelques semaines celle qui semblaient s’en sortir au Rwanda. C’est celle même elle qui a été mobilisée ces jours-ci pour donner aux plus faibles. Pour ces personnes et leurs familles cela va être la double peine : perte d’emploi mais pas dans les critères pour recevoir l’aide de l’État.

Conclure que le gouvernement est en train de détruire certaines classes sociales qui soutenaient l’économie nationale n’est pas exagérer.

Ce sentiment est renforcé lorsque l’on apprend que l’État a des fonds pour faire face (notamment le prêt du FMI de 109 millions de dollars exclusivement donné pour faire face au Covid-19). Mais à la place d’agir, il oblige les citoyens lambda d’aider leurs voisins, alors qu’eux aussi n’ont pas de moyens importants.

Le rôle des partis politiques et de la société civile est de dépasser le cadre émotionnel pour exiger du gouvernement rwandais que les fonds reçus soient alloués entièrement à la population.

Faire des initiatives qui ne vont être bénéfiques qu’à une petite frange de la population est inefficace et va encore créer d’autres injustices qu’il ne sera pas facile de combler. En effet qui dit frange de la population revient à choisir sur des critères que l’on peut questionner. L’État ne doit pas être déresponsabilisé car à ce rythme, les gens vont aussi contribuer pour construire les écoles, les ponts…pallier toute défaillance de l’État rwandais

En conclusion, le gouvernement a encore la marge pour faire face au Covid-19 et aux conséquences du confinement qu’il l’a lui-même décidé de mettre en place alors que le plan épidémiologique, le confinement n’était pas justifié.

En plus du prêt du FMI et du don de 1 million de dollar US par le gouvernement américain, le Rwanda peut puiser dans deux  fonds de réserves.

Agaciro Development Fund

Un fond financé par les Rwandais pour « faire face aux situations incertaines »

En 2012, un fond Agaciro Development Fund avait été créé pour faire face aux situations incertaines. L’aide internationale venait d’être coupée suite au soutien du Rwanda aux rebelles congolais du M23. Cette aide a été rapidement rétablie.

  • Ishema ryacu

De même en 2015, un autre fond Ishema ryacu avait été créé.

La population rwandaise avait largement contribué à ces deux fonds. Il est temps que ces fonds soient débloqués pour soutenir la population. D’autant plus que les recettes fiscales attendus sur 2020, principalement via le tourisme risquent d’être faibles au vu contexte international du Covid-19.

A ceux qui challengent les opposants, faut-il leur rappeler que ce sont ceux au pouvoir qui doivent agir, surtout quand ils sont à l’origine des décisions qui ont créé un problème ? Le gouvernement rwandais en a les moyens. Ainsi, dans le cadre du confinement Covid-19, rappeler il est plus bénéfique de viser une amélioration sur le long terme en demandant  au gouvernement rwandais de tenir ses responsabilités et mettre en exergue les limites des aides issues initiatives particulières n’est en aucun cas manquer de l’empathie envers ceux qui subissent les difficultés du confinement au Rwanda.

Oscar Nyangoga.

 

Rwanda: le FMI donne un crédit de 109 millions de dollars pour lutter contre COVID-19.

Le gouvernement de Kagame reçoit un crédit du FMI de 109,4 millions de dollars pour lutter contre le COVID-19

Le 2 avril 2020, le Fonds Monétaire International (FMI) a approuvé un crédit de 109,4 millions de dollars américains au Rwanda dans le cadre de ce qu’on appelle la Facilité de Crédit Rapide (FCR). Selon le FMI, l’impact économique de la pandémie de COVID-19 au Rwanda “avance très vite, les perspectives à court terme se détériorant rapidement”.

Le FMI ajoute que le gouvernement rwandais a «agi rapidement en mettant en place des mesures pour aider à contenir et à atténuer la propagation de la maladie». Les fonds du FCR appuieront les efforts du gouvernement rwandais pour étayer les réserves internationales en déclin et fourniront de l’argent pour augmenter les dépenses afin de contenir Covid-19. Le FMI ajoute qu ‘«il continuera de suivre de près la situation du Rwanda et est prêt à fournir des conseils politiques et un soutien supplémentaire si nécessaire».

Selon le FMI “La facilité de crédit rapide (FCR) permet d’apporter rapidement une aide financière concessionnelle assortie d’une conditionnalité limitée aux pays à faible revenu qui se heurtent à un problème immédiat de balance des paiements. La FCR a été créée comme guichet du fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (Fonds fiduciaire RPC), dans le cadre d’une réforme plus large visant à assouplir le soutien financier du FMI et à mieux l’adapter aux besoins divers des pays à faible revenu, notamment en période de crise. La FRC unifie l’aide d’urgence concessionnelle du FMI et peut être utilisée de façon souple dans un plus grand nombre de circonstances et met davantage l’accent sur les objectifs du pays en matière de croissance et de réduction de la pauvreté”.

La pandémie COVID-19 met à nu Kagame, qui, malgré sa vantardise à propos d’une économie forte, n’arrive même pas à résister pendant deux semaines sans s’agenouiller.

Pour information, à la fin de 2019, le Rwanda avait une dette extérieur de 3.26 milliards de dollars, soit 271.66 dollars par habitant. Ce montant est le triple de ce que la dette était en 2000.

Chaste GAHUNDE


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L’aéroport international de Ndjili infiltré par les espions rwandais!

La DMI (Directorate of Military Intelligence) du Rwanda dispose actuellement d’un avant-poste de renseignement bien équipé à l’aéroport international de Ndjili – Kinshasa, RD Congo.

L’on se souviendra que la DMI a récemment été rebaptisée “Rwanda Investigation Bureau” (RIB) dans l’unique objectif de balayer aux oubliettes de l’histoire les crimes contre l’humanité commis par cet organe clé du régime Kagame pendant plus de 20 ans.

Aussitôt après cette manigance, les renseignements de défense rwandaises ont renforcé les effectifs ainsi que les capacités opérationnelles à l’aéroport international de Ndjili – Kinshasa, République démocratique du Congo (RDC). C’est une opération initiée en avril 2019 quand le président Felix Tshisekedi, venait d’accorder à la compagnie aérienne rwandaise, Rwandair, la permission d’opérer sur le territoire congolais.

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Ainsi, sous la couverture de Rwandair, au su et au vu du président Felix Tshisekedi, la DMI du Rwanda a construit des cellules de renseignement dans différents coins de la République démocratique du Congo.

Pendant des années, le président Joseph Kabila avait refusé d’accorder à Rwandair la permission , chose que Felix Tshisekedi a accepté immédiatement après son investiture en tant que président.

Actuellement, l’aéroport international de Ndjili – Kinshasa, en République démocratique du Congo, est devenu l’un des plus grands hub de la DMI au monde. Tous les personnels de Rwandair à l’aéroport international de Ndjili – Kinshasa, sont des agents de la DMI et  la plupart des bureaux de vente de Rwandair à Kinshasa,  sont dirigés par du personnel attaché au renseignements extérieur du Rwanda.

En RDC, Rwandair n’est pas seulement impliqué dans les vols de passagers et de fret, il est également impliqué dans la contrebande de minéraux.

Contribution externe.


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Rwanda: Mesures COVID-19, un copier-coller illogique.

Au Rwanda, le premier cas de Corona virus a été déclaré le 14 mars 2020 deux jours après la déclaration de l’ambassade des Pays Bas à ce sujet. Depuis, la propagation a continué pour faire 19 cas confirmés à l’heure de la rédaction, malgré les mesures prises par le gouvernement. Samedi le 21 mars 2020, Le gouvernement a décrété des «Mesures de prévention renforcées contre Covid19» sauf qu’il s’agit d’un copié-collé des mesures prises par les pays occidentaux.

Dans une lettre ouverte adressée au président rwandais, l’économiste David Himbara, critique cette pratique qui vise la séduction des donateurs mais, qui met en danger les vies des citoyens rwandais. 

Tout d’abord, malgré ses implications, le décret entre en vigueur quelques heures après sa publication ne laissant pas du temps de préparation à ceux qui doivent le mettre en exécution. “Dans les pays normaux, les citoyens ont le temps de se préparer aux mesures de confinement – par exemple pour stocker des vivres et d’autres produits de première nécessité”, explique Dr Himbara.

Le télétravail impossible

Si la mesure de privilégier le télétravail dans les pays développés est envisagée, elle est quasi impossible dans le contexte rwandais, et l’on se demande pourquoi le gouvernement la conseille quand-même. “La notion de travail à domicile au Rwanda est farfelue et irrationnelle. Le travail à domicile peut être pratique dans les centres mondiaux cosmopolites de New York ou de Londres, ou dans la Silicon Valley de San Francisco, mais pas au Rwanda, ni même dans la capitale, Kigali”, s’insurge l’économiste enseignant au Canada. Et pour appuyer son assertion, les statistiques parlent. 

Sur les 3,4 millions de Rwandais activement employés en 2019, 37,3% étaient engagés dans l’agriculture, la foresterie et la pêche. L’industrie employait 17, 2% alors que les services (y compris le commerce de gros et de détails, la réparation de véhicules automobiles et de motocyclettes) employaient 45,5%.

Dr Himbara se demande comment ces 3,4 millions de travailleurs rwandais employés dans l’agriculture, l’industrie et les services pourront faire du télétravail et qui les paiera. 

Un copier-coller dépourvu de tout sens

Dr Himbara accuse Paul Kagame de plagiat.

“Général Kagame, il semble que vous ayez naïvement coupé et collé des directives de pays à revenu élevé”. 

Sauf que dans ces pays, les mesures complémentaires sont en place, notamment, des milliards de dollars pour soutenir les entreprises ainsi que les citoyens, une période supplémentaire pour payer les impôts, et les programmes de remise aux citoyens de chèques pour pallier la perte de revenus provoquée par les mesures en question. Le Rwanda ne peut pas se permettre  ces mesures à cause de sa situation économique, (1) une production annuelle de 10 milliards de dollars américains, (2) un budget gouvernemental annuel de 3 milliards de dollars américains, (3) une forte dépendance à l’aide extérieure qui s’élève à 1,1 milliard de dollars, sans oublier (4) une dette de 5 milliards de dollars, soit 55% du PIB.

Avec des ressources aussi limitées, dit l’économiste, le Rwanda peut à peine soutenir les employés des services publics!

Conçu pour impressionner?! 

Dr Himbara connaît bien le dictateur rwandais pour avoir servi dans son gouvernement en tant que conseiller présidentiel aux affaires économiques. C’est à partir de cette expérience que l’économiste sait bien lire les intentions de Kagame. En effet, il existe déjà un programme d’aide Covid-19 de 14 milliards de dollars annoncé par le Groupe de la Banque mondiale (World Bank Group). Le Fonds Monétaire International (FMI) a également annoncé qu’il pourrait débourser rapidement 50 milliards de dollars par le biais de ses mécanismes de financement d’urgence aux pays à faible revenu et aux marchés émergents confrontés à la pandémie. Pour cela, avance Dr Himbara, Kagame veut faire croire à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et aux autres bailleurs de fonds que son gouvernement prend une position ferme pour sauver des vies rwandaises pour être compté parmi les bénéficiaires du programme d’assistance COVID-19. 

Pour clore, l’économiste met en garde le président rwandais:

“Votre décret d’une page est superficiel et indigne de son titre. Et si vous utilisez vos forces de police et militaires pour garder les Rwandais confinés chez eux vous les affamerez”.

Tiré de : Lettre ouverte à P. Kagame.

Par Chaste Gahunde


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RWANDA : Kagame décide d’exposer son peuple au Corona Virus!

RWANDA : LE GOUVERNEMENT EXPOSE SA POPULATION AUX RISQUES DU CORONA VIRUS

Depuis le lundi 16 mars 2020, la ville de Kigali a repris l’opération de démolition de maisons dans les quartiers pauvres de la capitale pour laisser la place à de riches promoteurs immobiliers. Les propriétaires sont obligés de démolir leurs maisons sous la supervision des autorités locales, de la police et du célèbre DASSO (service de sécurité de l’administration du district). Les autorités locales embauchent des démolisseurs lorsque les propriétaires osent résister.

Les victimes en appellent à toute personne qui peut plaider en leur nom. Elles dénoncent le processus qui a abouti à la destruction de leurs maisons et accusent les autorités de « les vendre aux riches », violant les lois du pays, y compris la Constitution (article 34) qui stipule que la propriété privée, qu’elle soit la propriété individuelle ou collective, est inviolable. Le droit de propriété ne doit pas être empiété sauf dans l’intérêt public et conformément aux dispositions de la loi. Il doit y avoir une compensation appropriée.

Or, les autorités ordonnent la destruction de ces maisons sans compensation appropriée. Selon les dires de la population, elles ont procédé à une évaluation arbitraire des propriétés il y a trois ans, et n’ont jamais payé les frais d’indemnisation arrêtés. Les propriétaires sont sommés de déguerpir contre 90 000 francs rwandais (94 $ US ou 80 £ UK), supposés être un loyer de trois mois en attendant que des maisons soient trouvées pour les victimes. Cette somme est illusoire car elle ne suffit même pas pour un loyer d’un mois : la demande étant de loin supérieure à l’offre, les prix de location ont flambé.

Par ces destructions sauvages, des familles entières sont jetées dans la rue, en cette période de fortes pluies au Rwanda et où tout le monde doit prendre des mesures restrictives pour se protéger contre la pandémie de coronavirus.

De même, les enfants de ces familles sans abri ne peuvent pas aller à l’école et courent un risque très important de tomber malade à cause des conditions de vie.

Dans la vidéo ci-dessous, on entend une dame crier en disant qu’elle a 5 enfants, que le mari l’a abandonnée et qu’elle est revenue  de la République démocratique du Congo en tant que réfugiée tutsie sans aucun parent au Rwanda. Elle n’a pas d’autre endroit où aller sauf retourner en RDC.

Des informations plausibles font état des arrestations de personnes qui ont osé dénoncer cette barbarie auprès des journalistes. Elles sont susceptibles d’être inculpées en vertu des articles  de la Constitution qui condamnent la diffusion de fausses informations ou propagande susceptible de provoquer une opinion hostile au gouvernement (art. 194) ; de provoquer des soulèvements ou des troubles au sein de la population (art 204) ou d’entraîner des manifestations illégales (art 225).

Il est utile de souligner que par ces agissements, le gouvernement expose ces familles au risque de virus corona Covid-19 et aurait dû retarder cette opération qui ne requiert aucune urgence. En effet, il est cynique, voire criminel que le gouvernement rwandais puisse envoyer des familles entières errer  tout en donnant des directives de confinement à cause du corona virus.

L’on ne le dira jamais assez mais le gouvernement rwandais vient encore de dévoiler son vrai visage. Il a érigé l’injustice en mode de gouvernement et affiche le mépris total à l’État de droit et une inhumanité envers les plus vulnérables que sont les enfants, les mères allaitantes, les  personnes âgées.

Dans des interviews diffusées par des chaînes de TV en ligne, la population précise que les promoteurs immobiliers qui ont acheté le terrain sont représentés par un certain Karera  Dennis, ancien directeur de la police nationale, grand frère du ministre de la Justice Johnston Busingye et homme de main du président Kagame.

De fait, au lieu d’avoir de la compassion pour ces pauvres qui n’ont plus de logis, le président Kagame a donné une réponse qui laisse plus d’un pantois. Il a dit :

« En fait ailleurs, ils apportent des machines à chenilles «tinga tinga», des  bulldozers, ils soulèvent la maison et ses occupants et ils jettent le tout quelque part ». De là à lier cela aux dires des habitants lésés que la démolition vise également à tracer une route destinée à désengorger l’école privée Green Hills de la première dame, il n’y a qu’un pas.

Il n’est tard pas pour le gouvernement rwandais de se ressaisir et de réparer le plus tôt possible les torts causés à ces personnes qu’il a réduites au statut de sans-abris, sans parler de risques sanitaires auxquels il les expose.

Gaspard Musabyimana

Source: www.musabyimana.net 


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Sous Kagame, le Rwanda parmi les pays les moins heureux du monde!

C’est la conclusion du dernier rapport des Nations Unies,  “World Happieness Report” rendu public ce 20 mars 2020. Ce rapport est préparé chaque année depuis 2012. 

Avoir quelqu’un sur qui compter, un sentiment de liberté pour prendre des décisions clés dans la vie, la générosité et la confiance sont, entre autres, les facteurs utilisés par le rapport pour expliquer le bonheur d’un pays. 

C’est la Finlande qui bat le record (pour la troisième fois), suivi du Danemark en deuxième position, la Suisse est la troisième, l’Islande en quatrième position, et la Norvège se classe cinquième. Les places six à dix sont occupées par Pays-Bas (6), la Suède(7), la Nouvelle-Zélande(8), l’Autriche (9), et le Luxembourg (10).

Les Rwandais jugés moins heureux

Il est très rare que les rapports internationaux sur le Rwanda reflètent la réalité vécue sur terrain. Ceci est le résultat du travail dit de “soigner l’image du pays” , qui consiste à présenter aux enquêteurs des statistiques manipulées en vue de vanter le régime en place comme exemplaire. Il y va sans dire des millions de dollars versés aux lobbyistes pour promouvoir la personne de Paul Kagame en tant qu’ un leader extraordinaire. Ce rapport fait la différence.

Le Rwanda est classé quatrième moins heureux du monde sur 153 pays pris en considération pour ce rapport. Il vient après l’Afghanistan, le pays le moins heureux, le Sud-Soudan,  et le Zimbabwe. Dans les cinq plus moins heureux, la Centrafrique suit immédiatement le Rwanda.

Ce rapport casse le myth du leader visionnaire. Il est publié par Sustainable Development Solutions Network (SDSN). Le rapport est édité par le professeur John F. Helliwell (University of British Columbia); Le professeur Richard Layard, (Center for Economic Performance, London School of Economics); Le professeur Jeffrey Sachs, directeur du SDSN et du Earth Institute’s Center on Sustainable Development; Professeur Jan-Emmanuel De Neve, directeur du Wellbeing Research Center de Oxford University.

Chaste Gahunde


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