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Arrestation de Félicien Kabuga. Historique d’un dossier judiciaire controversé

L’arrestation de Félicien Kabuga, le 16/5/2020 à Paris, a fait la Une de bon nombre de journaux du monde et la nouvelle est partagée abondamment sur les réseaux sociaux.

Mis en accusation il y a un quart de siècle, les charges qui pèsent sur Kabuga Félicien se sont peu à peu effondrés et le dossier judiciaire s’est dégonflé au vu des éléments nouveaux apparus au tout au long de ces 25 ans et qui permettent d’éclaircir certaines zones d’ombre du génocide rwandais.

Félicien Kabuga, un self-made-man devenu millionnaire

Né en 1932 en commune de Kiyombe, dans la préfecture de Byumba au Rwanda, M. Félicien Kabuga a débuté son commerce à l’âge de 18 ans, sans aucun capital et sans aucune formation. Il n’a fréquenté aucune école. Il a constitué son premier capital en vendant au marché local les corbeilles qu’il tissait lui-même. Ensuite, il s’est lancé dans le troc du sel  contre le café et les produits vivriers. En 1956 il a obtenu son registre de commerce et a ouvert un magasin de commerce des biens de première nécessité notamment les outils agricoles. En 1959 il s’est marié avec Josephine Mukazitoni (+). Jusqu’en 1973, il est resté dans le centre de négoce de Rushaki proche de la frontière rwando-ougandaise, ce qui lui permettait d’étendre sa clientèle aux Ougandais frontaliers.

Ce n’est qu’en 1973, après déjà vingt années d’activités, qu’il s’est installé dans la capitale Kigali où il venait d’achever la construction d’une maison à deux niveaux qui lui servait à la fois de résidence et de lieu de travail. Il a poursuivi ses activités commerciales en achetant, sur place, à des grossistes, des produits importés qu’il revendait au détail. Après avoir accumulé des fonds nécessaires et analysé le marché, il a décidé d’étendre son activité à l’importation. Il a commencé par la friperie (vêtements de seconde main) qu’il importait de Hollande (Simon Spayer), des Etats-Unis (Galaxy Ltd, United Ltd, Mara Ltd) et de Belgique (Mandere).

Au fur et à mesure de l’expansion de ses affaires, il a diversifié ses marchandises en important d’autres produits tels que des luminaires, des tôles, du lait en poudre, des appareils électroménagers, des outils agricoles, des produits alimentaires,…

Quelques années plus tard, il a investi dans d’autres secteurs tels que le transport, les plantations de thé, l’industrie, l’immobilier et les banques. Au 6 avril 1994, il possédait plusieurs biens et notamment:

– des dépôts de blé, de farine et de différentes marchandises de plusieurs millions de dollars
– une quarantaine de camions de transport international

– une plantation  de thé de plus de 350 hectares à Mulindi

– une minoterie d’une capacité de plus de 39.000 tonnes de blé par an dans la ville de Byumba

– plusieurs immeubles à Kigali dont un entrepôt de marchandises à Gikondo, des maisons d’habitation dans divers quartiers de la capitale et un complexe immobilier à Muhima qui devait comprendre un hôtel-restaurant, des bureaux, des espaces de location, un supermarché. L’immeuble était déjà équipé en bureaux, télévisions, lits etc.

Il détenait également des actions de plusieurs sociétés:

– la Banque Commerciale du Rwanda (BCR)

– la Banque Continentale Africaine du Rwanda (BACAR)

– la Rwandaise : Société rwando-européenne d’importation et d’entretien des véhicules de marque Mercedes, rebaptisée Akagera Motor par ceux qui se la sont appropriée

– la  Société de Transport International du Rwanda (STIR)

– la Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM).

Destruction, pillage et appropriation des biens meubles et immeubles de la famille Kabuga par le régime du FPR

A la reprise de la guerre, le 6 avril 1994, l’armée du Front Patriotique Rwandais (FPR) a démoli, à la dynamite, la résidence de la famille Kabuga qui était située dans le quartier de Remera. Après la prise du pouvoir par le FPR, ce dernier et son régime se sont livrés au pillage de ses biens et autres escroqueries. Il a vidé toutes les marchandises qui se trouvaient dans les entrepôts de Byumba, de Muhima et de Gikondo. Il a démonté les machines de la minoterie de Byumba et il les a vendues en Uganda après les avoir exploitées pendant au moins deux ans et après avoir épuisé les immenses stocks de blé évalués à 3.242.000 USD[1]. Finalement, l’Etat rwandais a décidé de vendre ce qui restait de la minoterie de Byumba à une entreprise kenyane Pembe Flours Mills Ltd.

Le reste des biens est exploité gratuitement par l’Eta rwandais et les dignitaires du FPR. Ainsi, les plantations de thé situées à Mulindi et à Nyange d’une superficie de plus de 350 hectares ainsi que les maisons d’habitation qui y sont construites sont exploitées pour le compte du ministère de la défense. Le complexe de Muhima de 120 chambres, 80 bureaux et d’autres locaux destinés à diverses activités commerciales et administratives abrite les services du FPR, du gouvernement et des institutions internationales. Ces dernières versent le loyer au FPR. Le  régime y loge aussi, gratuitement, des membres des dignitaires du FPR. A Remera et à Kimihurura, quartiers de la capitale, les maisons résidentielles de la famille sont occupées par des protégés du régime. Les entrepôts de Gikondo sont utilisés comme prison.

Les comptes bancaires n’ont pas été épargnés. Des dépôts équivalents à 400.000 Euros ont été subtilisés et pour rétablir l’équilibre comptable des institutions bancaires concernées, les comptes créditeurs de la famille ont été changés en comptes débiteurs, ce qui est un double vol. Quant aux actions dans diverses sociétés (BACAR, BCR, STIR, La RWANDAISE), elles se sont volatilisées et personne n’en parle.

Toutes les démarches que la famille a entreprises auprès des autorités rwandaises pour  récupérer ses biens se sont soldées par un échec. Elle a décidé d’envoyer au Rwanda le fils aîné de M. Kabuga, muni des procurations nécessaires, pour réclamer la restitution des biens. Il y a été reçu par l’ex-procureur général Gerald Gahima ainsi que par de nombreux autres fonctionnaires. Ses interlocuteurs lui ont exigé de reconnaitre, au préalable, que M. Félicien Kabuga a commis le crime de génocide, de renoncer à la réclamation des revenus passés et d’accepter les immeubles et les plantations de thé dans leur état actuel. La famille n’a évidemment pas souscrit à ce vicieux marchandage. Le représentant de la famille est rentré dans son pays d’asile sans avoir rien obtenu.

Chemin de croix de M. Félicien Kabuga

A Naïrobi, au Kenya, M. Félicien Kabuga a échappé, en date du 29/12/1995, à un attentat dans lequel le jeune homme qui l’accompagnait a reçu 3 balles dans l’abdomen. Il est, sans nul doute, certain que le commanditaire de cette opération est le FPR comme dans les cas du colonel Théoneste Lizinde et du ministre Seth Sendashonga. Le mobile de cet attentat est que cette organisation politico-militaire qui a pris le pouvoir par la force le considérait comme un opposant politique susceptible de financer une opposition politique en raison de son patrimoine. En outre, le FPR craignait des poursuites judiciaires pour les massacres commis contre plusieurs membres de sa famille et de sa belle-famille. Certains ont été éliminés au Rwanda dans les communes de Kiyombe et de Mukarange ainsi que dans la préfecture de Kigali-ville avant et après la victoire du FPR. D’autres ont été liquidés lors des massacres de plus 300.000 réfugiés hutu perpétrés par le FPR en 1996-1997 dans les camps et dans les forêts de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre).

En septembre 1999, le procureur du TPIR, Madame Carla del Ponte, a fait bloquer les comptes de toute la famille y compris ceux des enfants, sans qu’un jugement ait été prononcé sur ce blocage arbitraire décidé par le seul procureur.

Afin de vous permettre de bien saisir le caractère injuste de la décision du procureur du TPIR, Carla del Ponte, nous rappelons ci-après les éléments essentiels de ce dossier.

Le 30 septembre 1999, un mois après le lancement du mandat d’arrêt international contre M. Kabuga, le procureur du TPIR  envoie une demande d’entraide au ministre de la justice de la République Française pour faire bloquer les comptes de la famille Kabuga et faire saisir les documents y relatifs. En novembre de la même année, les autorités françaises apportent leur concours au procureur et se conforment à ses exigences. Le 22 mars 2000, l’avocat de la famille Kabuga demande au procureur de lever le blocage de ces comptes en lui prouvant, arguments à l’appui, le caractère inique de cette décision, en particulier en ce qui concerne le blocage des comptes des enfants et de l’épouse de M. Kabuga. Le 12 septembre 2000, le procureur informe le requérant, sans autre précision, que, sur la base du rapport interne réalisé par ses enquêteurs, il ne peut, pour l’instant, pas revoir sa décision.

Le 26 janvier 2001, l’avocat de la famille Kabuga présente une requête à Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs composant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda dans laquelle il requiert d’annuler la décision du Procureur et d’ordonner le déblocage des comptes. Le 8 février 2001, l’agent chargé de l’administration du tribunal, sur instruction de son Président, signifie au plaignant que sa requête ne peut pas être prise en considération car « il ne peut ester devant cette juridiction du TPIR ».

Le 15 mars 2001, l’avocat fait appel et adresse une requête à Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres de la chambre d’appel près la chambre d’appel dans laquelle il exige à nouveau d’annuler la décision du 12 septembre 2000 et de lever les mesures prises par les autorités françaises en exécution de la demande d’entraide du procureur du TPIR. Le 9 octobre 2002, le juge-président de la chambre d’appel charge une cour composée de 5 juges d’examiner ladite requête. La cour rejette l’appel parce que le plaignant ne serait pas habilité à recourir à la chambre d’appel mais considère que :

1° la famille Kabuga peut saisir à nouveau le procureur pour qu’il reconsidère sa décision du 12 septembre 2000.

2° le procureur a fait bloquer les comptes de la famille Kabuga  en vertu d’un règlement établi par les juges. Par conséquent les juges, à travers un mécanisme approprié de la chambre d’accusation, gardent la responsabilité de revoir une telle mesure en particulier lorsqu’un dommage est allégué par une personne qui n’est pas inculpée par le TPIR

3° la décision d’un organe non-judiciaire qui affecte la liberté des individus ou leur propriété doit être sujette à une révision judiciaire.

En définitive, la chambre d’appel estime que la famille Kabuga a le droit d’exiger un réexamen judiciaire de la décision du procureur du 12 septembre 2000 par la chambre d’accusation.

Le blocage des comptes n’est pas la seule injustice commise par le TPIR à l’égard de la famille Kabuga. Celle-ci a été soumise, au cours des années, à des perquisitions fréquentes et aux longs interrogatoires qui frisent la torture morale. Ces perquisitions ont été parfois menés par un certain Pierre Duclos, agent du TPIR et ex-policier de la Sûreté du Québec, célèbre pour ses méthodes d’intimidation. En effet, il a quitté ses fonctions de policier au Canada suite à une plainte disciplinaire pour parjure, fabrication de preuves et intimidation.

Lors de ces perquisitions, des documents importants (factures, extraits de comptes, diplômes, cassettes vidéo, ordinateurs, titres de propriétés etc.) ont été emportés par les policiers parfois sans les avoir préalablement consignés dans un procès-verbal.

Non-respect de la présomption d’innocence de M. Félicien Kabuga

Toute justice véritablement équitable doit respecter le principe de la présomption d’innocence or M. Félicien Kabuga n’a jamais bénéficié de la présomption d’innocence. Les médias, le TPIR, la justice rwandaise, certains pays, le traitent comme s’ils avaient la certitude de sa culpabilité. Ils ont tous, sans aucune vérification, pris pour argent comptant les fausses accusations de génocide que le régime de Kigali a porté contre lui.

De fait aucun des procureurs qui se sont succédés au TPR, n’a pu réunir de preuves matérielles ni de témoignages crédibles susceptibles d’appuyer les accusations portées à l’encontre de Félicien Kabuga. En tous cas, aucun n’en avait encore trouvés, le 24 juin 2005, comme l’ont fait remarquer les juges Dennis C.M. Byron, Florence Rita Arrey et Gberdao Gustave Kam[2].

L’autre raison  avancée pour bloquer ses comptes et ceux de sa famille, à savoir que l’argent aurait été acquis illégalement ou servirait à financer une organisation génocidaire et terroriste,  n’est pas plus fondée. Jusqu’à ce jour le blocage des comptes de la famille procède de la décision du procureur et non d’un jugement. Elle n’est toujours pas soumise à un juge pour confirmation.

Enfin, en ce qui concerne l’Etat rwandais et ses dignitaires, il ne s’agit même pas, à proprement parler, de saisie conservatoire mais d’appropriation puisque certains biens sont vendus à l’insu des propriétaires et que les revenus tirés des biens “saisis” ne sont versés sur aucun compte ouvert à cet effet.

Charges judiciaires contre Félicien Kabuga

Le Front Patriotique Rwandais (FPR) et le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) accusent M. Kabuga F. de planification des massacres des Tutsi. L’administration américaine l’accuse de terrorisme. Pour étayer l’accusation de génocide des Tutsi portées contre M. Kabuga, le FPR et le TPIR avancent comme preuves les éléments suivants : l’importation des machettes, l’appartenance à l’Akazu, la mise à disposition des Interahamwe de son entreprise, la contribution au Fonds de Défense Nationale (FDN), la participation à l’actionnariat de la RTLM et la présidence de son comité d’initiative.

  1. L’ importation des machettes

Par un fallacieux raisonnement, ce fait réel est travesti en un acte criminel et en une preuve de la responsabilité de M. Kabuga dans le « génocide ». Il est vrai que M. Kabuga a importé des machettes pendant la guerre. Mais il ne les a pas importées seulement pendant cette période. Il les importait depuis 1981 car elles font partie, à l’instar des houes, des outils indispensables aux agriculteurs et aux éleveurs qui  représentent plus de 90% de la population rwandaise. Même les citadins s’en servent pour divers usages.

Par ailleurs contrairement aux affirmations du FPR, du TPIR et des journalistes pro-FPR, il n’a pas importé, en 1993, des quantités anormalement élevées et il ne les a jamais  distribuées gratuitement.

Enfin il n’en était ni le seul, ni le plus important importateur. D’autres hommes d’affaires y compris les Tutsi en importaient également et en quantités parfois plus importantes que lui. En 1993, la société Kishor Jobanputras, qui exerce toujours au Rwanda  en a importé pour 48.692.178 FRW alors que Kabuga n’en a importé que pour 14.856.185 FRW. L’usine, Rwandex-Chillington avait même été créée pour fabriquer localement les machettes et les houes. Sous le régime actuel du FPR, plusieurs commerçants continuent d’en importer et l’usine citée ci-dessus d’en produire. Pourquoi M. Kabuga aurait-il commis seul un crime en important les machettes ?

  1. L’appartenance à l’Akazu et le financement du MRND, des Interahamwe et du Fonds de Défense Nationale

Le FPR et le TPIR posent comme prémisse l’affirmation selon laquelle l’Akazu, groupe qui réunirait toutes les personnes proches de la famille du Président, constitue une organisation criminelle qui a planifié et commis les massacres des Tutsi. Ils en déduisent que tout individu, censé être membre de ce groupe, est impliqué dans le génocide des Tutsi. Comme M. Kabuga F. est lié, par alliance, au Président Habyalimana, il est d’office pris pour membre de l’Akazu et donc pour un génocidaire.

Or, rien ne prouve jusqu’à ce jour que ce concept d’Akazu correspond à une organisation réelle. Après plusieurs années d’enquête, le FPR et le TPIR ne sont toujours pas parvenus à dire quand il a été créé, qui était son chef, quels étaient ses membres, comment il était structuré et où il tenait ses réunions. Ils ont commis l’erreur de vouloir appliquer à la justice un concept flou et caricatural inventé par l’opposition intérieure pour dénoncer un certain népotisme du régime Habyarimana[3].

La politique, art du mensonge et de la manipulation par excellence, peut se permettre de jouer avec de telles notions. La justice, elle, doit se fonder sur des notions claires dont la compréhension et l’extension sont précises. En l’occurrence la proximité doit être bien définie pour pouvoir circonscrire ce groupe et son caractère d’association de malfaiteurs doit être démontré. C’est instrumentaliser la justice que d’accuser les gens au seul motif  qu’ils seraient proches du Président Habyarimana. Comme le reconnaît  la chambre de première instance III du TPIR, faire valoir des liens familiaux n’est pas suffisant pour soutenir une allégation invoquant une responsabilité de commandement. Protais Zigiranyirazo, beau-frère du président Habyarimana, et supposé être l’éminence grise de l’akazu, a été acquitté par le TPIR.

 

Quant aux Interahamwe, il est faux d’affirmer qu’il a mis son entreprise et son domicile à leur disposition pour l’entraînement au maniement des armes. Pourquoi les Interahamwe devaient-ils s’entraîner dans une maison ? Est-ce crédible ? A quel titre M. Kabuga devait-il intervenir dans la formation militaire des Interahamwe ? Il ne faisait partie ni de l’armée, ni de la direction du MRND. La chambre de 1ère instance, dans sa décision susmentionnée, a d’ailleurs estimé que le procureur n’a pas fourni d’éléments de preuves suffisants à l’appui de l’allégation selon laquelle M. Kabuga aurait mis à la disposition des Interahamwe son entreprise et son domicile.

Le MRND avait été créé dans le cadre de la constitution du 10 juin 1991 et de la loi sur les partis. Suivant les Accords d’Arusha du 4 août 1993, il devait également participer aux institutions de transition à base élargie et personne n’avait contesté sa participation. Il ne peut pas donc être assimilé à une association de malfaiteurs ou une organisation criminelle. Dans ce cas pourquoi avoir cotisé au MRND ou y avoir adhéré serait-il un crime ? M. Kabuga, comme tout autre citoyen, avait le droit d’être membre d’un parti de son choix.

Concernant le Fonds de défense nationale, il est également difficile de comprendre en quoi y avoir participé constitue un crime. Ce fonds avait été décidé, au début de la guerre, par les autorités légales, pour soutenir un effort de guerre. La guerre avait été déclenchée par le FPR dans le seul but de conquérir le pouvoir par la force. Le peuple et le gouvernement en place avaient le droit de s’opposer à cette prise du pouvoir par la force. Il n’y a rien de répréhensible non plus d’avoir participé, après la reprise de la guerre en avril 1994, à la redynamisation et au renflouement de ce fonds.

  1. Participation à l’actionnariat de la RTLM et présidence de son comité d’initiative

La RTLM n’était pas la seule société dans laquelle M. Kabuga F. avait engagé des fonds. Il avait investi dans d’autres sociétés rwandaises notamment la STIR, La Rwandaise, la BACAR et la BCR. La participation au capital de la RTLM répondait à sa politique de diversification de ses investissements. Contrairement à l’opinion répandue, il n’était ni majoritaire, ni le plus important des actionnaires. Il n’y détenait que des actions équivalentes à 0,5% du capital alors que certains actionnaires avaient souscrit le double de sa participation. Il ne pouvait donc pas en être le propriétaire. Kabuga F. n’a jamais prononcé des propos incitatifs à la haine dans un média quelconque ni avant ni après le 06 avril 1994.

4. Financement de l’ALIR, organisation supposée  terroriste

L’administration américaine a inscrit l’ALIR (Armée de Libération du Rwanda) dans la deuxième section de la liste des organisations terroristes parce qu’elle aurait kidnappé et tué, en 1999, huit touristes étrangers dont deux citoyens américains.

Les coupables qui furent arrêtés par le régime du FPR sont : François Karake, Grégoire Nyaminani et Leonidas Bimenyimana, d’anciens militaires hutu qui avaient ‘‘avoués les faits’’. En 2003, Paul Kagame a envoyé aux Etats-Unis d’Amérique les trois rwandais. Après plusieurs années d’enquêtes, le Tribunal du District of Columbia a acquitté les suspects de toutes charges portées contre eux car des éléments de preuve ont montré que les aveux des suspects leur avaient été arrachés par des tortures des services secrets rwandais. Des témoignages d’un ancien officier du FPR, Aloys Ruyenzi, désigne les militaires du FPR comme les tueurs de ces touristes. Au mois de mai 2019, Leonidas Bimenyimana and Grégoire Nyaminani ont reçu asile en Australie.

Un dossier qui s’est dégonflé au fur des années

L’accusation de génocide ou de crimes contre l’humanité portées à l’encontre de M.  Kabuga F. procède d’un assemblage d’éléments, eux-mêmes construits à partir de contrevérités prises pour axiomes et de faux raisonnements du genre : les machettes ont été utilisées pour tuer les Tutsi. Or, il a importé les machettes. Donc, il a participé aux massacres des Tutsi. Le même faux raisonnement se tient à propos de la RTLM : la RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines) a incité à la haine ethnique. Or, il en était actionnaire et président de son comité d’initiative. Donc il a incité à la haine ethnique. Le procureur du TPIR n’a pas jugé nécessaire de vérifier s’il y avait un lien nécessaire entre le commerce de machettes et les massacres des Tutsi et si la RTLM a été réellement créée pour prêcher la haine. Sur la base des mêmes fallacieuses déductions, il est accusé d’avoir planifié les massacres des Tutsi parce que, en tant que père de l’une des belles-filles du Président Habyarimana, il serait membre de l’Akazu, supposé être planificateur du génocide.

Le procureur du TPIR s’est contenté de poursuivre les personnes désignées par le gouvernement rwandais, dont certains sont victimes de l’instrumentalisation de cette institution par les autorités rwandaises pour des raisons de magouilles politico-financières. Il a souvent fondé ses inculpations et ses jugements sur la version des faits du régime FPR, le vainqueur, et sur les témoignages des personnes présentées par les associations de délateurs, contrôlées par ce même régime. C’est sans doute pour cette raison que, comme l’écrit André Guichaoua : « Dans tous les procès (du TPIR), de nombreux contre-interrogatoires de témoins démontrent à l’évidence la faible crédibilité des déclarations (des témoins) et soulignent crûment la faiblesse ou l’absence d’une instruction établissant des faits tangibles »[4]. Quand une personne adhère au FPR, elle devient innocente aussi bien pour la justice rwandaise que pour le TPIR et quand elle critique la politique du régime de Kigali, elle est étiquetée extrémiste, génocidaire, divisionniste ou négationniste par les deux justices. Or, comme le dit encore A. Guichaoua, dans l’article susmentionné : « Le TPIR n’est pas censé juger des prisonniers politiques mais des accusés qui portent personnellement la responsabilité des crimes commis ou qu’ils ont eux-mêmes perpétrés. »

Enfin, pour ne pas embarrasser les autorités de Kigali, le TPIR s’est gardé, jusqu’à date, de se prononcer sur le commanditaire et les auteurs de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana et d’avancer un nombre estimatif global des victimes Hutu qui pourraient être qualifiés de génocide si un tribunal s’y penchait, selon le Mapping Report.

Si le régime de Kigali s’est acharné contre M. Kabuga, ce n’est non pas parce qu’il a commis un quelconque crime contre l’humanité, mais parce que le FPR et l’Etat rwandais ont toujours cherché un moyen de se sortir de l’impasse dans laquelle ils se sont fourrés en détruisant sa résidence de Remera, en pillant ses stocks de marchandises, en vendant sa minoterie de Byumba, en exploitant, depuis bientôt 25 ans, ses plantations de thé et ses nombreux immeubles sans rien lui payer.

Il est dommage que le TPIR et la communauté internationale aient pris pour argent comptant les allégations du régime de Kigali accablant M. Kabuga Félicien.

 

Jean-Charles Murego

Bruxelles, le 17 mai 2020

http://www.echosdafrique.com


[1] Lettre du 10 août 2008 adressée à Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, par le Comité de soutien à Monsieur Félicien Kabuga et à sa Famille.

[2] Voir la décision du 24 juin 2005 de la chambre de 1ère instance du TPIR sur l’acte d’accusation amendé.

[3] Lire à ce sujet : Gaspard Musabyimana, Rwanda le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, Paris, Editions L’Harmattan, 2008.

[4] Tribunal pour le Rwanda : De la crise à l’échec?, Le Monde du 03.09.2002

Rwanda : Vague d’arrestations et d’abus liés au confinement

Il faut mettre fin à la répression des médias et aux arrestations arbitraires massives

La police rwandaise a arrêté arbitrairement des dizaines de personnes depuis que les directives pour empêcher la propagation du Covid-19 sont entrées en vigueur le 22 mars 2020. Les autorités ont accusé des personnes d’avoir enfreint les mesures, les détenant parfois dans des stades sans procédure régulière ni autorité légale.

Kizito Mihigo: ni iki yanditse mu gitabo cye?

FPR, umutwe wa politiki w’intagondwa kandi uteje akaga… ”

Ku itariki ya 17 Mata 2020, nyuma y’amezi abiri yuzuye akurikira iyicwa rya Kizito Mihigo, igitabo cye cyasohotse. Iki gitabo cyari gitegerejwe na benshi kigizwe n’inyandiko zose Kizito yakoze igihe yari afungiye muri gereza nkuru ya Kigali (1930) yaje kwimurirwa i Mageragere (Nyarugenge). Izina ry’igitabo ni : “Rwanda: Kwakira Ubwiyunge ngo ubashe Kubaho mu mahoro no gupfa byishimo”. Uyu muhanzi atunyuriramo ibyamubayeho, mu bihe bibabaje n’uburyo yarokotse itsembabwoko ryakorewe abatutsi mu 1994, uburakari bwe n’icyifuzo cyo kwihorera ku bahutu, akanatubwira uko yakirirye impano y’Imana yo kubabarira abamuhemukiye.

Atubwira ku bikorwa bye bya muzika muri Korali ya Kigali, umushinga w’indirimbo yubahiriza igihugu yitabiriye ndetse na bourse ya leta yo kwiga i Burayi. Aratubwira iby’imyaka itatu yamaze afite icyubahiro n’igitinyiro muri Kigali, umubano we n’ishyaka riri ku butegetsi (FPR), n’uburyo yaje gushwana na FPR kandi ibi akaba atabyicuza.

Iki gitabo yagituye Kizito Mihigo Peace Foundation (KMP) ndetse n’imfungwa zose za politiki zo mu Rwanda. Ni igitabo cy’ubuhamya kandi, cyane cyane ku byamubayeho ku ishimutwa rye no gushaka kumwica, ku bantu bose bagize uruhare mu bibazo yagize. Mu buryo burambuye kandi busobanutse neza, Kizito avuga ku biganiro na Inès MPAMBARA, na Bernard MAKUZA, akanatubwira amagambo akakaye n’iterabwoba by’umunyamabanga mukuru wa FPR, François NGARAMBE. Aduhishurira imishinga ye FPR yamwibye, uburenganzira bw’ibihangano bye yambuwe, urukundo rwe, n’umutuzo yaboneye muri gereza.

Umuhanzi w’umukristu, atewe ishema no kugira ubwigenge bwe bwo mu kuganira  no gutanga ibitekerezo ku kibazo icyo ari cyo cyose cyaganirwaho, cyaba icy’idini, politiki, cyangwa ubuhanzi. Yatugejejeho ibyo atekereza kuri FPR, ubwiyunge hagati y’Abahutu n’Abatutsi, abatavuga rumwe na FPR n’ibindi.

Bimwe mu byo avuga

  • Kuri FPR

FPR (Rwanda Patriotic Front), ni umutwe wa politiki w’intagondwa kandi uteje akaga gakomeye, ukaba ufite intego yo kuba ishyaka rimwe rukumbi. (Igice cya 14).

  • Ku bwiyunge hagati y’Abahutu n’Abatutsi

Ndatangara cyane kubona kuva jenoside yarangira, abatutsi baturutse hanze y’igihugu (ni ukuvuga abavuye mu Burundi, Kongo, Tanzaniya cyangwa Uganda bagarukanye na FPR) bibagora kwihanganira Abahutu, mu gihe twe twari duhari, twiboneye aya mahano kandi tukarokoka imipanga, tukicirwa abacu tubireba, twiga kubana n’abantu bose, harimo n’abicanyi, kugirango tubabarire kandi twiyunge. Binyibutsa wa mugani w’ikinyarwanda nzaririmba vuba aha: “Hataka nyirubukozwemo,  nyirubuteruranwenakebo akinumira”  (Igice cya 6) .

Indangagaciro z’amahoro n’ubwiyunge mu gukumira no gukemura amakimbirane mu buryo bw’amahoro, zigomba gusimbura urugomo, gukandamiza, ubushotoranyi, intambara n’iterabwoba byimitswe na FPR Inkotanyi. (…)

Naho ubwiyunge u Rwanda rukeneye muri iki gihe, ntabwo ari hagati y’Abahutu n’Abatutsi. Kuri ubu, ubutegetsi bwa FPR buyobowe na Perezida Kagame, bugomba kwiyunga n’abatavuga rumwe na bwo baba mu buhungiro, cyane cyane RNC ya Kayumba Nyamwasa, FDU Inkingi ya Victoire Ingabire, RDI Rwanda Nziza ya Faustin Twagiramungu, Ishyaka Ishema rya Padiri Thomas Nahimana, n’indi mitwe ya politiki yo mu Rwanda ikorera mu mahanga, mu rwego rwo gukumira no gukemura amakimbirane ashobora kuvuka. (Igice cya 34)

  • Kuri gahunda ya “Ndi Umunyanyarwanda”

“Ndi umunyarwanda”, ni gahunda mbi cyane ya politiki yo kubangamira ubwiyunge bw’igihugu, ishyira Abahutu bose mu gatebo kamwe k’abicanyi kandi FPR ikigisha ku mugaragaro urwango mu bisekuruza byose. ” Igice cya 14

Ni igitabo cyiza cyane gikwiye gusomwa na buri wese ubishoboye, cyane cyane abanyarwanda batarahumuka bakaba bakomeje kwigumira mu kinyoma cya FPR. Kugeza ubu kiracyari mu rurimi rumwe rw’igifaransa, gishobora kugurwa unyuze aha.

Chaste GAHUNDE


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“Mfite igitekerezo cyo gukura abahutu mu ipfunwe”- Dr NDAGIJIMANA Innocent Justice

Mu nyandiko ye, Dr Ndagijimana aravuga ku gitekerezo cyo gukura abahutu mu ipfunwe. Aravuga uburyo yaganiriye na Dr Himbara David, wamushimiye icyo gitekerezo. Kuri Dr NDAGIJIMANA, ” Intambwe ya mbere mu kunga abanyarwanda, ni ukwemera amoko twisanzemo, noneho tukagera ku rwego nta wiyumvamo ipfunwe ryo kwitwa umuhutu cyangwa umututsi”.

#NdiUmuhutukandiNdibuka Naganiye N’Umututsi David Himbara

Dr. David Himbara tumuzi nk’unyarwanda w’umututsi wakoze mu biro bya Perezida Paul Kagame nyuma akagana iy’ubuhungiro bamaze kutumvikana mu mikorere, nk’uko Himbara yagiye abyandika. Mwambaza muti “wa Muhutu we wiyemeje kuva mu ipfunwe ryo kwitwa umuhutu, waganiraga iki n’uwo mututsi”? Himbara namumenye mu myaka ishize yandika ibintu bijyanye n’ u Rwanda cyane yibanda ku buryo umukuru w’igihugu asesagura umutungo w’igihugu mu ngendo zidashira ndetse n’uburyo mu Rwanda bakora imibare-micurano mu kugaragaza uko ubukungu bw’u Rwanda buri kuzamuka. Njye na Himbara twasanze n’ubwo twese dufite amateka atandukanye, ariko twese turi abanyarwanda kandi twifuriza ineza u Rwanda! Ikindi, umuryango wa Himbara na we ubwe bahunze u Rwanda inshuro esheshatu mu gihe njye naruhunze inshuro ebyiri!

Uhereye iburyo: Dr. David Himbara, H.E President Paul Kagame , Dr. Clet Niyikiza and Dr. Jean Damascéne Ntawukuriryayo

Kuri iyi foto yo hejuru murabonaho abatutsi babiri iburyo n’abahutu babiri ibumoso. Urestse iby’ amoko aba bagabo bakuze ubutegetsi bubabwira cyangwa iwabo mu rugo bababwira (n’ubwo ntabihamya) muribonera, namwe yuko ari nta tandukaniro rigaragara riri hagati yabo! Gusa Himbara na Kagame tubazi nk’abatutsi mu gihe Niyikiza na Ntawukuriryayo tubazi nk’abahutu!

nshi

Dr. Innocent Ndagijimana Justice (Hutu) ibumoso Dr. David Himbara (Tutsi) iburyo.

Himbara yishimiye igitekerezo nafashe cyo gukura abahutu mu ipfunwe bamazemo imyaka myinshi. Mu biganiro byacu, Himbara yavuze ati, “Ese burya nawe uri Umuhutu? Nonese ko mbona amazuru tuyanganya (Twarasetse imbavu zirashya)? Namwe murebye murabona ko Himbara nanjye tunganya amazuru! Ikindi ngo bareba mu bututsi n’ubuhutu ni uburerebure. Himbara afite 6’2 feet (1.8 m) njye nkagira 6’3 feet ! Murabona njye n’uyu muvandimwe nita mukuru wanjye dutandukaniye he koko?

Mwambaza muti “kuki noneho wemeye ubuhutu kandi tubona nta tandukaniro hagati yawe n’umututsi Himbara?” Intambwe ya mbere mu kunga abanyarwanda ni ukwemera amoko twisanzemo noneho tukagera ku rwego nta wiyumvamo ipfunwe ryo kwitwa umuhutu cyangwa umututsi! Amoko yacu ni myth (amayobera) ntabwo ari biological! Tuzagera igihe amoko aba amateka igihe ntawe uzaba yibonamo ipfunwe cyangwa hari ubutegetsi budushyiramo ipfunwe rishingiye ku moko.

Abarundi bo barakataje mugu huza amoko kuko bo batigeze bashaka gushyiranaho ipfunwe cyane uhereye mu gihe biyemezaga gusangira ubutegetsi. Himbara yambwiye ibyo yiboneye ubwo yajyaga i Burundi aho yumvaga umututsi ashyenga n’umuhutu ati , “Mwa bahutu mwe mwabaye mute ko ubutegetsi bubananiye!” Umuhutu na we ati, “Wa mututsi we ubutegetsi mwabumaranye imyaka myinshi ariko nta byinshi mwagezeho ceceka!” Nta mujinya cyangwa se urwango rwabarangaga ahubwo bose barasekaga! Ibaze uvuze ibintu nk’ibi mu Rwanda!

Nibuka mpura na Madame Maggie Baransaritse kuri Duke University ndangiza Masters muri 2013. Yari kumwe n’Intumwa ya rubanda (member of parliament) bashyenze iby’amoko kuko bavaga mu moko atandukanye numva birandenze kuko iwacu amoko avugwa gusa mu kwibuka! Naribajije nti ese aba bageze mu kwibuka ko batangiye kuvuga iby’amoko? Nasanze bo nta pfunwe mu kuvuga amoko yabo kandi niho nifuza ko abanyarwanda tuzagera!

Dr NDAGIJIMANA Innocent Justice

https://medium.com/@innojustice


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RWANDA : du refus de la paix à l’apartheid mémoriel

A l’heure où on s’apprête à commémorer le vingt-sixième anniversaire du génocide perpétré au Rwanda d’avril à juin 1994, il peut être utile de revenir sur les causes de ce drame.

Les origines du conflit qui a amené le génocide sont assez bien décrites dans les mémoires de Laurent SERUBUGA [1],. Paru cette année , ce livre décrit en détail l’évolution des rapports ayant prévalu entre Rwanda et Ouganda pendant la deuxième république rwandaise.

Sous la première république rwandaise, les soubresauts provoqués par l’abolition de la royauté et par l’indépendance s’étaient accompagnés de différentes tentatives de reconquête menées par les tutsi exilés dans les pays voisins (Burundi principalement semble-t-il). Elles n’avaient pas obéré gravement  les relations entre Rwanda et Ouganda.

Le président Grégoire Kayibanda avait, le 11 mars 1963, adressé un message[2] aux réfugiés rwandais, incitant à rentrer au pays ceux qui le souhaitaient, fustigeant les « féodaux impénitents (qui) se livrent à des tromperies destinées à leur faire donner des sommes d’argent énormes soi-disant pour aider la cause prétendue nationaliste ou humanitaire». Il posait –déjà –  la question qui resurgit aujourd’hui, vingt-six ans après le drame de 1994 : « Qui est génocide ? Ceux qui vous appuient et financent vos menées terroristes et fratricides vous rappellent-ils aussi que les Bahutu ne se laisseront jamais malmener et qu’à vos coups ils n’entendent pas du tout opposer un héroïsme qui serait d’ailleurs de mauvais aloi ? qui est génocide ? D’où viennent les armes que vous employez à terroriser vos frères des frontières ? Pour quels buts vous sont-elles données ?….

… A supposer par l’impossible que vous veniez à prendre Kigali d’assaut, comment mesurez-vous le chaos dont vous seriez les premières victimes ? Je n’insiste pas : vous le devinez, sinon vous n’agiriez pas en séides et en désespérés ! Vous le dites entre vous : « Ce serait la fin totale et précipitée de larace tutsi ». Qui est génocide ?[3]»

La problématique posée par les « réfugiés rwandais » a ainsi été présentée, dès le début des années soixante, non pas en terme de retour des réfugiés – auquel collaborera le HCR (Cf. infra) – mais en terme de conquête du pouvoir et de rétablissement d’un régime ancien aux relents féodaux.

Au demeurant, cette question semblait se poser principalement à partir du Burundi. Les relations avec l’Ouganda  étaient excellentes jusqu’à l’arrivée au pouvoir à Kampala d’Idi Amin Dada en janvier 1971. Or Grégoire Kayibanda, président de la I° république rwandaise aurait refusé de reconnaître le nouveau maître ougandais qui venait de renverser son ami Milton Obote. Un froid se serait alors installé entre les deux pays..

Deux ans plus tard, l’arrivée au pouvoir à Kigali de Juvénal Habyarimana aurait marqué, sinon un net apaisement, du moins l’aménagement d’un modus vivandi acceptable entre Rwanda et Ouganda.

Le départ d’Idi Amin Dada et le retour au pouvoir à Kampala de Milton Obote survenant en 1979 auraient pu laisser penser au retour d’une certaine sérénité transfrontalière si, en 1982, Obote n’avait ordonné l’expulsion de tous les Banyarwanda[4]. Les rwandais exilés depuis près de vingt ans en Ouganda auraient alors repris le chemin du Rwanda. Et les efforts d’ Habyarimana pour rencontrer Obote seraient demeurés vains, Obote restant sourd à toute tentative d’approche rwandaise. De même, les différentes propositions d’intercession présentées par les autres pays de la région resteront lettre morte.

Le Rwanda aurait alors fini par porter l’affaire devant les instances onusiennes, sollicitant l’intervention du Haut-commissariat aux Nations Unies  pour faire le tri entre les « véritables réfugiés rwandais », passés du Rwanda en Ouganda au début des années soixante et les « ougandais d’expression rwandophone », résidant depuis toujours sur leurs terres attribuées à l’Ouganda lors des partages coloniaux de 1885. Laurent Serubuga affirme que les premiers auraient été accueillis au Rwanda tandis que les seconds auraient été renvoyés en Ouganda. Prudemment, il n’avance aucun chiffre mais indique que ce qu’il appelle l’entêtement d’Obote aurait amené les trois pays de la  Communauté des Grands Lacs à appuyer la rébellion ougandaise  naissante.

L’appui d’Habyarimana à cette rébellion ougandaise aurait été essentiellement logistique. Elle aurait néanmoins amené au  pouvoir à Kampala un Museveni qui, ménageant la chèvre et le chou, se révélera fin stratège. Tout en recevant l’aide d’Habyarimana en lui assurant de conserver en Ouganda les réfugiés rwandais, Museveni aurait secrètement promis à ceux-ci, devenus d’importants cadres de son armée, de les aider ultérieurement à prendre le pouvoir à Kigali. Mais officiellement, Museveni a toujours donné verbalement les meilleures garanties  à Habyarimana…en reversant à son profit les termes du discours prononcé en 1963 par Kayibanda  en 1963 : « Soyez sans crainte. Il n’y aura pas d’attaque à partir de l’Ouganda tant que vous ne ferez pas de mal aux tutsi du Rwanda [5]» aurait répété Museveni à chaque inquiétude d’Habyarimana. On retrouve ici la dialectique utilisée par le FPR. Fort habilement Museveni désigne comme une des causes de l’attaque à venir ce qui dans les propos de Kayibanda n’étaient que les conséquences prévisibles de cette éventuelle attaque.

Cependant, ces paroles pouvaient paraître rassurantes, puisque depuis 1973, personne au Rwanda ne songeait à « faire du mal aux tutsi », Habyarimana étant désigné par certains jusqu’au-boutistes comme le « protecteur des tutsis » pour avoir mis fin aux exactions de 1973. Par ailleurs, come on l’a vu, Museveni étant parvenu au pouvoir avec leur aide, ses alliés rwandais jouissaient de droit d’une situation sociale méritée comme Ougandais à part entière.

Ces assurances très ambigües seront répétées par Museveni ad libitum jusqu’au 1 octobre 1990, voire même après et ce, contre toute évidence.

Cependant l’existence d’un plan de retour par la force élaboré par les réfugiés rwandais étant parvenue aux oreilles d’Habyarimana, celui-ci  se rendit en Ouganda en février 1988 et prononça un discours où il estimait inadmissible de demeurer éternellement réfugié de père en fils. Il  invita ceux qui voulaient rentrer au Rwanda à le faire[6].

En 1989, des commissions rwando-ougando-HCR étudièrent les modalités de retour de ces réfugiés.

Le 27 juillet 1990, un communiqué du comité interministériel conjoint prévoyait la poursuite du processus et une visite du Rwanda par une délégation des réfugiés afin de se rendre compte de la réalité de vie dans le pays. A l’été 1990 et depuis dix-sept années, la réalité du Rwanda était incontestablement la Paix !

En septembre 1990, nombreux furent les échanges entre diplomates et  ministres  rwandais et ougandais. Plusieurs ministres rwandais sont à Kampala au cours de la dernière semaine de septembre. Le 1° octobre 1990, le Président Habyarimana se trouvait au sommet de l’UNICEF aux Etats-Unis où il allait rencontrer le Président Museveni.

Or, le 01 octobre 1990, le jour où était attendue au Rwanda cette délégation de réfugiés, le FPR attaqua.

Pourtant, nombreux étaient ceux qui, jusqu’au 1 octobre 1990, ont pu croire que le problème des réfugiés rwandais en Ouganda était sur le point de se résoudre. D’autres, ou les mêmes, estimaient que ces difficultés seraient aplanies par  la marche vers la démocratie, encouragée  à La Baule mais assez largement anticipée par Habyarimana dans son aggiornamento politique,

L’Abbé SIBOMANA, rédacteur en chef de la revue « Dialogues » et opposant déclaré au président Habyarimana  a fait un excellent état des lieux du contexte politique très ambigu dans lequel se trouvait le Rwanda à l’automne 1990.

DEBUT DE CITATION[7] : « C’est une question qui, aujourd’hui encore, est très controversée. Officiellement, du point de vue du FPR, l’échec des négociations justifiait l’ouverture d’un front militaire. Il fallait déployer tous les moyens de pression sur le pouvoir pour l’obliger à conclure un accord; la pression militaire était un moyen parmi d’autres.

Les détracteurs du FPR estiment au contraire que les négociations étaient un alibi de la lutte armée. Selon eux, le FPR avait dès le départ, l’intention de prendre le pouvoir par la force, à n’importe quel prix, afin de ne pas avoir à le partager. Quant au choix de la date, , il aurait été dicté par l’évolution rapide que connaissait le Rwanda. En cas de succès, le processus de démocratisation en cours risquait de priver le FPR d’une partie de sa légitimité. Car, à l’intérieur du Rwanda comme sur la scène internationale, le FPR ne se présentait pas seulement comme le parti d’une minorité opprimée ; il prétendait agir au nom de tous les partisans de la lutte contre la dictature du général Habyarimana[8]. En un sens, l’opposition démocratique qui commençait à prendre de l’ampleur à l’intérieur du Rwanda lui faisait de l’ombre. Même les relations entre le FPR et les partis qui, sans s’en réclamer ouvertement, en étaient très proches, étaient empreintes d’ambigüité.

Ajoutons à cela que, même si le pouvoir n’était pas pressé de voir revenir les réfugiés, des négociations étaient en cours, et risquaient d’aboutir. Comme l’écrit fort justement Colette BRAECKMAN dans Terreur Africaine[9] , « jamais autant qu’à la veille du déclenchement des hostilités, (on avait été) aussi près d’une solution négociée ». Dans une telle hypothèse, le FPR aurait perdu sa raison d’être . Il fallait agir  vite car, comme on dit, « l’Histoire ne repasse pas les plats ». » FIN DE CITATION

On ne peut que constater aujourd’hui que le schéma d’une attaque déclenchée par le FPR alors que des négociations étaient en cours et risquaient d’inscrire durablement la paix dans le marbre s’est reproduit en 1994 avec l’attentat du 6 avril suivi par l’offensive généralisée de l’APR.

On retrouve également les mêmes discours se renvoyant mutuellement la responsabilité de la rupture des négociations ou des accords de paix. Et, dans les deux cas, l’ONU était présente, par le biais du HCR en 1990 ou par celui de la MINUAR en 1994.

Cinquante-sept ans après avoir été posée par Grégoire Kayibanda, la question de la responsabilité du génocide resurgit avec une acuité rendue plus dramatique par le génocide de 1994, mais aussi par les crimes de masse commis au Congo au cours des années qui suivirent. Par sa formulation brutale et un brin provocatrice « Qui est génocide ? », elle interroge très justement sur le partage des responsabilités entre celui qui a perpétré le crime et celui qui l’a délibérément provoqué.

Les efforts déployés par Kagame dans sa stratégie post-génocide pour externaliser sa culpabilité et s’approprier la victimité du génocide [10] ne font que confirmer le cynisme hors norme du personnage. Tous ceux qui défendent ses thèse et participent à la mise en place de cette stratégie post génocide font preuve du même cynisme… ou d’un aveuglement volontaire confinant au cynisme.

Or, ce cynisme est d’autant plus insupportable que, sous prétexte de lutter contre on ne sait trop quel négationnisme inventé pour la circonstance, on met en place un véritable apartheid mémoriel , interdisant aux victimes qui ne seraient pas de la bonne ethnie, voire même de la bonne chapelle politique, de commémorer leurs morts. Le « génocide des tutsi et des hutu modéré » a laissé la place au seul génocide des tutsi. Les descendants des hutu modérés sont priés de ne pas se recueillir !  Et que dire de tous ceux, si nombreux, qui furent massacrés par les troupes du FPR à Byumba en 1992, à Ruhengeri en 1993, dans tout le Rwanda en 1994 et au Congo dans les années qui suivirent ? Jusqu’à aujourd’hui, en 2020 au Rwanda, le seul fait de laisser entendre dans une chanson qu’ils ont pu exister conduit à mourir en prison.

Comme l’a dit un éminent représentant d’une éminente association droit de l’hommiste : « évoquer le sang des hutu , c’est salir le sang des tutsi ». L’apartheid mémoriel au nom des droits de l’homme, il fallait être Kagame pour inventer cela ! Il fallait être Kagame pour entraîner une foule de bobos paumés sur ce chemin pavé d’intentions douteuses et aux conséquences dramatiques. Le refus de la paix a conduit aux génocides perpétrés au Rwanda et au Congo. L’apartheid mémoriel porte les gênes d’un nouvel enfer comme nous l’a très justement explique un hutu/tusi de grande qualité lors de son intervention du 9 mars dernier au palais du Luxembourg :

https://youtu.be/qx_9fYVPXVw 

MICHEL ROBARDEY  (blogs.mediapart.fr )


Références 

[1] « Rwanda –Juvénal HABYARIMANA- la ligne d ecrête de sa trajectoire » – Mémoires du colonel  Laurent SERUBUGA – Editions Scribe janvier 2020.

[2] Message du Président Grégoire Kayibanda auxréfugiés rwandais  Tel que publié dans : Rwanda Carrefour d’Afrique, No 31 : http://francegenocidetutsi.org/Kayibanda11mars1964.pdf

[3] Message du Président Grégoire Kayibanda auxréfugiés rwandais  Tel que publié dans : Rwanda Carrefour d’Afrique, No 31 : http://francegenocidetutsi.org/Kayibanda11mars1964.pdf op.cité

[4] Les rwandais vivant en Ouganda, les «  Nyarwandas »,  alimentaient la rébellion de Museveni contre Obote..

[5] « Rwanda –Juvénal HABYARIMANA- la ligne d ecrête de sa trajectoire » – Mémoires du colonel  Laurent SERUBUGA – Editions Scribe janvier 2020.

[6] A cette occasion, il y eut des cérémonies de remise des décorations aux officiers ougandais et le Président Habyarimana fut invité à remettre la décoration au Général Rwigema vice-ministre de la défense celui qui allait conduire l’attaque contre le Rwanda.

[7] André Sibomana « Gardons Espoir pour le Rwanda » – Editions Desclée de Brouwer – 1997 _-pages 69 s

[8] On écoutera avec intérêt l’intervention à la radio-télévision  belge, le 7 octobre 1990, du porte-parole du FPR, Pasteur BIZIMUNGU, futur président de la république rwandaise à partir de 4’30 » sur https://www.dailymotion.com/video/x36lck

[9] Colette BRAECKMAN « Terreur Africaine » – Fayard 1996

[10] Titi Palé : « Les eatas Unis et le Rwanda génocidaire » – L’Harmattan – 2019

Paul KAGAME uri GAHINI: amaraso ya Kizito azaguhame n’urubyaro rwawe.

Inkuru y’urupfu rwa Kizito MIHIGO ikimara kumenyekana, abantu benshi bagize ikiniga, umujinya, uburakari n’akababaro karenze. Padiri Thomas NAHIMANA yasubiyemo amagambo Imana yabwiye Gahini akimara kwica mwenenyina Abeli.

Source: Umutaripfana TV 


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Mort de Kizito: Les diplomates belges mis en question.

Ça fait déjà un mois après la mort de l’artiste célèbre rwandais retrouvé pendu dans sa cellule de détention. Le gouvernement rwandais a avancé et confirmé l’hypothèse de suicide, mais les analystes différents, les observateurs avisés et les experts mettent en cause cette assertion gouvernementale. Pour la majorité, il s’agissait bien d’un meurtre. Immédiatement après l’annonce de cette nouvelle terrifiante, les émotions douloureuses et la colère ont été suivies de condamnation consensuelle de l’auteur de ce crime. A l’heure qu’il est, l’on sait que c’est un crime d’état dont le commanditaire est bien sûr Paul Kagame, le chef de projet, Inès Mpambara et les logisticiens, Lt Colonel Gérard Nyilimanzi et Theos Badege , entre autres. Les complices de ce crime sont nombreux mais jusque là, qui aurait cru l’implication des diplomates?

Les belges pointés de doigts. 

D’après le Vif dans harcelé jusqu’à la mort  , Kizito aurait été à l’ambassade de Belgique à Kigali pour demander l’asile suite aux intimidations et menaces qui pesaient sur sa personne. Seulement, un conseil lui a été donné de demander le visa à l’ambassade de Bujumbura. Connaissant la situation du Rwanda et la façon dont les mouvements son contrôlés, les diplomates belges sont sans savoir le risque auquel ils exposaient Kizito Mihigo. 

Les internautes s’indignent

Les discussions à ce sujet se multiplient sur les réseaux sociaux (1) et tous les intervenants pensent que l’ambassade de Belgique n’a pas fait tout en son pouvoir, et selon certains, une simple visite à Kizito ou une déclaration aurait suffi pour sauver sa vie.

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Une comparaison est faite entre le cas de Kizito Mihigo et celui de Bosco NTAGANDA aujourd’hui détenu à la Cour Pénale Internationale de La Haye. Ce dernier avait demandé le refuge à l’ambassade des Etats Unis à Kigali car sa vie était en danger. Ou encore le cas de Patrick HABAMENSHI, ancien ministre dans le gouvernement de Kagame qui avait tenté de se réfugier à l’intérieur de l’ambassade du Canada. 

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Il est sûr que si les diplomates belges étaient intervenus à temps, Kizito serait encore en vie. S’ils ne peuvent pas être amenés à s’expliquer devant la cour de justice pour non assistance à la personne en danger, l’opinion publique les a déjà condamnés. L’histoire ne l’oubliera jamais.

Chaste GAHUNDE

(1) Propos recueillis du Facebook le 20/03/2020. 


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Harcelé jusqu’à la mort

Adulé, puis banni, le chanteur Kizito Mihigo est mort dans une cellule de la prison de Kigali. Ses mémoires, dont Knack a publié des extraits, montrent comment l’étau du pouvoir s’est resserré sur lui.

Accusé d’avoir voulu passer au Burundi pour rejoindre un mouvement armé, le très populaire chanteur rwandais Kizito Mihigo est mort quatre jours après son incarcération dans une cellule de la prison de Kigali (voir Le Vif/L’Express du 27 février dernier). Raison officielle : ” suicide “. Quelle troublante destinée pour ce survivant du génocide des Tutsis en 1994, alors qu’il n’avait que 12 ans. Il ne retrouvera jamais le corps de son père, tué par les milices génocidaires hutues. De cette horreur, et de toute sa vie d’après, il témoigne dans un texte rédigé clandestinement, et dont l’ancien journaliste de la VRT Peter Verlinden a publié des extraits dans l’hebdomadaire néerlandophone Knack le mercredi 18 mars.

J’ai éprouvé une profonde honte d’avoir collaboré avec un système aussi barbare. ” Kizito Mihigo, à propos du régime de Kigali.

Depuis le traumatisme du génocide, Kizito avait trouvé la résilience nécessaire pour construire une vie au service de la réconciliation entre les Rwandais. Animé d’une profonde foi chrétienne, il montre très vite des talents pour le chant. En 2001, il participe à la composition du nouvel hymne national. Le régime l’adore. ” En 2003, les plus hautes autorités du pays m’accordent une bourse pour des études de musique en Europe, écrit-il. Le président Kagame me confirmera plus tard, lors d’une rencontre privée, que c’est bien lui qui en a donné l’instruction. “

A son retour en 2010, le chanteur crée une fondation pour la paix. Débutent alors trois années de concerts à succès dans les stades et les églises. Il refuse toutefois de s’engager dans le FPR (Front patriotique rwandais, au pouvoir). ” A cause de mon engagement, les critiques se multiplient, surtout dans le camp des prorégime : “Qui est ce Tutsi rescapé du génocide qui fréquente tous les milieux ? Est-il vraiment tutsi ? Vraiment rescapé ? Il parle avec les génocidaires présumés…” Et moi, dans mon coeur, je me réjouis en disant : “Si ma musique peut créer un terrain de rencontre puis de réconciliation entre deux parties de ma communauté qui ne se rencontrent et ne se parlent jamais, alors c’est de cette façon que je vais servir Dieu.”

Quand tout bascule

Le 5 mars 2014, il lance sa nouvelle chanson, La Signification de la mort. Elle passe très mal en haut lieu. C’est que Kizito appelle à rendre hommage aux victimes du génocide des Tutsis, mais aussi aux victimes des crimes commis par le FPR. Sacrilège ! Ces victimes-là n’ont pas le droit d’être évoquées au Rwanda et ses chansons sont aussitôt interdites d’antenne. L’engrenage est lancé : ” Je reçois tous les jours des coups de fil de personnalités qui m’accusent d’avoir adopté un langage négationniste et révisionniste. ” Le chanteur reçoit des messages selon lesquels il pourrait être tué. ” Certains me conseillent de quitter le pays mais je n’en ai pas envie. “

Kizito raconte les pressions subies, notamment de la part d’Inès Mpambara, directrice de cabinet de Kagame, et de Bernard Makuza, vice-président du Sénat. La première le somme d’enlever la chanson de YouTube, de demander pardon au président Kagame et d’écrire une tribune dans les médias pour s’excuser. Elle aurait averti : ” Kizito, tu dois savoir que, si tu ne fais pas ça, tu es mort ! Tu comprends ? Si tu ne fais pas ça, tu es mort ! ” Même s’il lui est impossible de retirer la chanson de YouTube, Kizito Mihigo marque son accord et compose deux chansons moins polémiques en vue du 20e anniversaire du génocide.

Mais à la veille des commémorations, le 6 avril 2014, il est arrêté et détenu ensuite en plusieurs lieux secrets. Le 15 avril, il est interrogé par le redouté général Dan Munyuza . ” Tu devais mourir mais on t’a laissé en vie parce que tu nous as dit la vérité et tu as demandé pardon “, lui déclare l’officier dans l’entretien reconstitué par le chanteur. Dan Munyuza aurait ajouté : ” Alors, écoute bien si tu veux rester en vie. Tout ce dont on t’accuse, tu dois plaider coupable et demander pardon. Tu as compris ? Si tu fais ça, les choses deviendront faciles. Mais si tu cherches à entrer dans un bras de fer en niant les accusations, on te donnera la perpétuité et tu mourras en prison. “

Dans son livre, Kizito ne cache pas son ” dégoût ” du régime, qui remonte à janvier 2014, quand Paul Kagame avait publiquement cautionné l’assassinat de son ancien chef des services de renseignement Patrick Karegeya. Celui-ci, devenu opposant, avait été étranglé fin 2013 dans sa chambre d’hôtel en Afrique du Sud. ” J’ai éprouvé une profonde honte d’avoir collaboré avec un système aussi barbare “, écrit Kizito. Il ajoute : ” Les services secrets, la police et l’armée tuent et enlèvent des citoyens. Un ami rwandais m’en avait parlé lorsque j’étais en Belgique mais, à cause de mon fanatisme pour Kagame, j’avais toujours réfuté ses allégations. “

A l’ambassade belge de Kigali

Le chanteur est condamné à dix ans de détention pour complot. Au printemps 2018, il reçoit le signal d’une libération anticipée, sur fond d’un deal entre la France et le Rwanda pour la nomination de la ministre Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie. C’est Dan Munyuza, devenu chef de la police, qui l’en informe. ” Il me demande ce que j’aimerais faire après ma détention, rapporte Kizito. Je lui dis que je suis un chanteur et que j’ai une fondation, et que j’aimerais continuer ma vie ainsi. ” Dan Munyuza lui demande d’intégrer un volet ” sécurité ” dans sa fondation ” pour contrer ces gens qui sèment l’insécurité et veulent la guerre “.

Le 21 septembre 2018, Kizito rencontre le général au siège de la police. ” Il m’accueille avec le sourire en me félicitant d’avoir reçu la grâce présidentielle. Il me demande ensuite d’éviter tout ce qui pourrait me faire tomber dans le même problème car, selon lui, je n’aurais plus la “chance d’être emprisonné”. Je lui confirme que j’ai tout compris. Il m’interdit aussi de parler aux Blancs “. Kizito comprend qu’il ne pourra plus vivre en sécurité dans son pays ” aussi longtemps que le FPR est au pouvoir “.

Quinze jours avant sa mort, le musicien harcelé par le pouvoir aurait rencontré un diplomate de l’ambassade de Belgique pour envisager une demande d’asile. Selon Peter Verlinden, conseil lui aurait été donné de solliciter un visa à l’ambassade belge… de Bujumbura. Le voyage vers le Burundi, durant lequel il a été interpellé, aurait donc eu un tout autre objet que la version officielle. Le 17 février dernier, Kizito Mihigo était retrouvé pendu dans sa cellule, suscitant une onde de choc au Rwanda et dans toute la diaspora.

  •  Vif/L’Express du 19/03/2020
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James MUNYANDINDA writes to Ange KAGAME

Dear Madam Ange Kagame,
Covid 19 pandemic is not a big issue in Rwanda than your father Paul Kagame. Take an example, until now, COVID 19 had killed about 7,500 people around the globe.
But your father Paul Kagame had killed over 1 million people before and during the 1994 genocide in Rwanda, he Killed thousands of Hutus in Kibeho refugee camp in 1995 in Rwanda, and the same father of you killed over 6 million people in DR Congo.
Your father committed Hutu genocide in 1996-1997 according to the UN Mapping report of 2010.
Your father Killed his former boss General Fred Gisa Rwigema, he also assassinated former president Juvenal Habyarimana, Seth Sendashonga,Colonel Lizinde, Colonel Patrick Karegeya,Major Kiza,Dr Gasakure, and many others.
He attempted to assassinate General Kayumba Nyamwasa several times in South Africa and he recently killed our beloved Celebrity singer Kizito Mihigo.
Do you really think that COVID 19 pandemic is dangerous to Rwanda public than your father?
Don’t you see that your father Paul Kagame is actually a real pandemic to Rwandans?
Don’t you see that instead of joining World Health Organisation (WHO) campaign for educating people to clean their hands that you should instead join Rwandans to fight the actual pandemic which is your father?
We need to see you directing your efforts in fighting the horrible behaviours of your father of murdering innocent Rwandan people.

Your father is the actual pandemic to Rwanda than COVID 19.

James Munyandinda

Source: Facebook


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Reconnaissance du crime de génocide contre la population Hutu.

Déclaration de reconnaissance du crime de génocide contre la population Hutu:

Nous, universitaires, experts, chercheurs, survivants, défenseurs des droits de l’homme, défenseurs des libertés civiles et de la justice sociale, responsables religieux,

A la suite de l’initiative de recherche de la GCRHR sur les crimes commis par l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) au Rwanda, puis en République Démocratique du Congo (ancien Zaïre) par l’intermédiaire de son allié congolais, l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), contre des membres du groupe ethnique hutu,
Sur base de notre propre évaluation indépendante d’experts de toutes les informations fiables disponibles, des recherches antérieures et des faits sur le sujet des massacre à grande échelle des Hutu par rapport à la convention de génocide,

Après avoir examiné la définition officielle du crime de génocide par la Convention de Génocide de 1948 des Nations Unies, qui définit le génocide comme l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe ;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe,

Après avoir soigneusement et minutieusement comparé toutes les informations et faits fiables, annexés à la présente résolution, concernant l’assassinat de membres du groupe ethnique hutu du Rwanda et de l’ancien Zaïre aux actes susmentionnés dans la définition faisant autorité du génocide, en particulier les actes a, b et c,

Notant que, d’après les informations et les faits disponibles, les massacres de la population de l’ethnie hutu ont été perpétrés sur base d’un plan presque identique, conçu pour tuer autant de victimes que possible, quels que soient leur sexe, leur âge ou leur nationalité,

Sachant que les rapports des experts des Nations unies sur les massacres de Hutu dans l’ex-Zaïre concluaient que les meurtres avaient révélé un certain nombre d’éléments inculpatoires les qualifiant de crime de génocide,

Notant qu’après le rapport de l’ONU sur la cartographie, l’ONU a recommandé de prendre de nouvelles mesures pour prévenir, enquêter, faire cesser et punir les crimes décrits dans son propre rapport afin de s’acquitter de ses obligations en vertu de la convention sur le génocide,

Par la présente, nous déclarons et reconnaissons comme CRIME DE GÉNOCIDE les massacres des centaines de milliers de personnes hutu rwandaises au Rwanda et de réfugiés hutu rwandais, de réfugiés hutu burundais et de citoyens hutu congolais en RDC du fait de leur appartenance au groupe ethnique hutu et sans distinction d’âge, de sexe ou de nationalité, par l’Armée Patriotique Rwandaise et son allié congolais, le groupe rebelle de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre
(AFDL).

Nous appelons la communauté internationale à s’acquitter de ses obligations en vertu de la convention sur le génocide et à agir collectivement pour traduire en justice les auteurs de ce crime de génocide.

Global Campaign for Rwandans Human Rights (GCRHR)
TERRAM PACIS
JAMBO asbl
AMAHORIWACU
Association ESPOIR
FONDATION IBUKABOSE RENGERABOSE


Source: Hutugenocide.org