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Le travail de justice est loin d’être terminé au Rwanda

Par Lewis Mudge, Directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch.

La visite du président français Emmanuel Macron au Rwanda a mis en lumière l’importance de faire face aux responsabilités dans les crimes du passé, quel que soit le temps que cela prend. Ceux qui portent une responsabilité d’atrocités, qu’il s’agisse de génocide ou de crimes de guerre, devraient en prendre note.

La visite est intervenue après des années de relations tendues entre les deux pays. En demandant pardon, Macron entend ouvrir une nouvelle page entre la France et le Rwanda. La semaine dernière, Kigali a approuvé le choix de la France pour son prochain ambassadeur au Rwanda – le premier à occuper ce poste depuis 2015.

Les origines de ces tensions remontent au génocide au Rwanda, en 1994. Orchestré par les extrémistes politiques et militaires de l’ethnie hutue et perpétré essentiellement contre l’ethnie tutsie, le génocide a fait au moins un demi-million de morts et a été exceptionnel par sa brutalité, son organisation méticuleuse et la vitesse à laquelle les massacres ont été perpétrés. La France avait appuyé l’ancien gouvernement extrémiste du Rwanda, et avait soutenu et entraîné son armée et certaines des forces qui ont commis le génocide.

La France a aussi été critiquée, y compris par l’actuel gouvernement rwandais, pour son manque d’empressement à traduire en justice les génocidaires en fuite vivant en France. Emmanuel Macron, faisant allusion à cette question, a déclaré à Kigali : « reconnaitre ce passé, c’est surtout aussi poursuivre l’œuvre de justice ».

Le président rwandais Paul Kagame a salué son discours, affirmant que : « La vérité guérit. » Ils ont tous les deux raison. Mais une approche sélective de la vérité risque fort, un jour ou l’autre, de les rattraper.

Au Rwanda, tout le monde n’est pas autorisé à parler des exactions subies par soi-même ou ses proches au cours de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays. Le 31 mai, Aimable Karasira, un universitaire, rescapé du génocide et critique du gouvernement, a été arrêté, accusé de nier et de justifier le génocide, d’être un instigateur de divisions, et de fraude. Depuis plusieurs mois, il est harcelé et régulièrement convoqué par le Bureau d’investigation rwandais pour avoir publié sur YouTube des vidéos critiques sur l’histoire de sa famille et le génocide.

Issu de l’ethnie tutsie, Aimable Karasira affirme que des soldats du Front patriotique rwandais (FPR) ont tué plusieurs membres de sa famille à la suite du génocide. Parler des crimes commis par le FPR, qui gouverne le pays depuis 1994, représente une ligne rouge que la plupart des Rwandais n’osent pas franchir. Les crimes commis par le FPR au Rwanda n’égalent certes pas le génocide en termes de portée et d’échelle, mais ils restent des crimes de guerre atroces dont personne n’a eu à répondre.

En mars, une commission établie par Emmanuel Macron pour enquêter sur le rôle de la France dans les massacres de 1994 a publié un rapport de 1 200 pages qui a conclu que la France a des responsabilités qualifiées de « lourdes et accablantes », notamment son aveuglement quant à la préparation du génocide et sa lenteur à rompre avec le gouvernement qui l’a orchestré. En avril, un rapport mandaté par le gouvernement rwandais a conclu que le gouvernement français « porte une lourde responsabilité pour avoir rendu possible un génocide prévisible ».

Tandis que les autorités rwandaises saluent les efforts de la France pour faire face à son rôle dans les atrocités, elles continuent d’ignorer les crimes internationaux commis par des soldats rwandais dans l’est de la République démocratique du Congo. Alors qu’il se trouvait à Paris pour un sommet sur le financement post-pandémie pour le continent africain, le président rwandais Paul Kagame a, dans des interviews, écarté les questions sur les crimes terribles commis en RD Congo au lendemain du génocide. Une fois de plus, il a rejeté l’enquête de l’ONU sur ces crimes, le « Rapport Mapping » publié en 2010, et l’a qualifié de « controversé », « politisé » et « très contesté ».

Le Rapport Mapping fournit un compte-rendu détaillé de l’enquête menée par le Bureau du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme au Congo, documentant les crimes graves commis entre mars 1993 et juin 2003. Il conclut que la majorité de ces crimes peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, notamment des massacres, des violences sexuelles et des attaques contre des enfants, ainsi que d’autres exactions.

Les enquêteurs de l’ONU ont décrit le rôle de l’ensemble des principales parties congolaises et étrangères responsables, y compris les soldats rwandais et les rebelles congolais qu’ils soutenaient, qui sont accusés de certains des crimes les plus graves documentés dans ce rapport. L’absence de justice pour ces crimes est choquante, et les remarques de Paul Kagame indiquent clairement que le gouvernement rwandais n’a aucune intention de demander des comptes aux auteurs rwandais pour les crimes et exactions commis.

L’impunité pour les crimes perpétrés par des acteurs étatiques rwandais se poursuit. Lors de la même interview à Paris, Paul Kagame a rejeté d’un revers de main les préoccupations sur l’extradition illégale médiatisée de Paul Rusesabagina en août dernier et le décès particulièrement suspect en garde à vue du chanteur très populaire et engagé pour la paix, Kizito Mihigo, en février 2020. Paul Kagame est apparemment peu concerné par la reconnaissance par son propre ministre de la Justice, lors d’un appel vidéo enregistré, du rôle du gouvernement dans la disparition forcée, le transfert illégal et les violations des droits à un procès équitable de Paul Rusesabagina. Son procès pour terrorisme s’est ouvert le 17 février.

Plus d’un an après le décès de Kizito Mihigo, Paul Kagame a fait une vague allusion à une enquête fantoche, une tactique d’écran de fumée courante au Rwanda. « Tout est réglé par le biais de l’enquête et du tribunal », a-t-il dit. Ceci est clairement faux. Une enquête véritablement indépendante est nécessaire. Étant donné le nombre de meurtres d’opposants politiques à l’intérieur et hors du Rwanda, il n’est pas surprenant qu’une telle enquête n’ait pas encore été menée.

La France est en train de faire face à ses responsabilités pour les atrocités passées, mais elle devrait aller plus loin et s’assurer que les auteurs du génocide soient traduits en justice. Les dirigeants du Rwanda devraient reconnaître leur propre rôle dans les crimes passés et actuels. Entre-temps, Emmanuel Macron devrait veiller à ne pas  adhérer à des discours réécrivant le passé et à des présentations tronquées du présent, et s’engager à défendre les droits humains dans son pays comme à l’étranger.

Human rights Watch

Itangazo mbwirwaruhame ry’umuryango wa Yuvenali Habyarimana

Twebwe abana b’umuryango wa Habyarimana tubabajwe n’amakuru amaze iminsi acicikana mu binyamakuru ko umubyeyi wacu yateguye kandi akanashyira mu bikorwa amahano yabereye mu Rwanda muri 1994 y’ubwicanyi bwiswe itsembabwoko.

Tubabazwa cyane n’uburyo abanyarwanda (ndetse n’abanyamahanga) bamwe bakomeje umuco wo gushyigikira ibinyoma bakanga kuvuga ukuri kugirango bateshe umutwe abatavuga rumwe nabo.

Ibinyoma ku mubyeyi wacu byatangiye kera ku buryo byageze n’aho bavuga ko ari we wishe data muri cya gikorwa terabwoba cyamuhitanye ku ya 6 Mata muri 1994. None bigeze n’aho bamugerekaho ko yateguye itsembatsemba.

Ababivuga biyibagiza nkana ko inkiko zakoze kuri iki kibazo cya jenoside mu Rwanda zitashoboye kugira uwo ziyihamya kuyitegura mu bo zemeye gucira imanza. Mu muryango wacu twabaha nk’urugero kuri musaza wa mama, Protazi Zigiranyirazo, nawe wari wararezwe kuba yarateguye akanakora iyo jenoside ko urubanza rwe rwarangiye, «Urukiko Mpanabyaha Mpuzamahanga Rwashyiriweho u Rwanda» (TPIR) rwa Arusha, rumugize umwere mu byaha byose yaregwaga. Turagira ngo twibutse, by’umwihariko, ko ku bijyanye n’ikirego cy’Akazu bakunze gutsindagira kuri mama, urwo rukiko rwasanze ibimenyetso ubushinjacyaha bwaruzaniye, bishingiye ku mazimwe adafite ifatizo.

Tuributsa kandi ko mu madosiye yose yizwe n’urwo rukiko, nta na hamwe izina rya maman rivugwa ko haba hari uruhare yagize mu bwicanyi bwabaye mu Rwanda.

Umubyeyi wacu turamuzi neza. Kuva yashakana na papa, nta kazi ka Leta yigeze akora; nta mwanya w’ubuyobozi yigeze agira mu rwego rw’ubucungagihugu cyangwa urw’amashyaka. Yewe, nta n’ibiro yigeze agira nk’uko tubibona mu bihugu bimwe na bimwe, ku mufasha w’umukuru w’igihugu.  Ntabwo yigeze akoresha inama cyangwa ngo ayitabire, yaba iya gisilikare cyangwa iyabanyapolitiki, haba mbere cyanga nyuma y’aho papa wacu yitabiye Imana. Ku batabizi, cyangwa abatangiye kubyibagirwa, twibutse ko mama yahise ahungishwa papa akimara kwicwa, ku tariki ya 8 Mata, kubera imirwano yari yubuye muri Kigali, yibasiye cyane cyane agace ka Kanombe aho twari dutuye. Abafaransa babimufashijemo bakamugeza i Bangui mu gihugu cya République Centrafricaine, barabizi neza. Kandi n’umuntu ushyira mu gaciro wese yakumva ko, urebye ukuntu itumanaho ryo muri ibyo bihe ryari rimeze, nta kuntu washobora gutanga amabwiriza ku basirikari cyangwa ku bakuru b’amashyaka, umunsi ku wundi. Ese ubundi, usibye gushinyagura, umugore ukimara gutakaza umugabo, agahungishwa atanashoboye kumushyingura, icyamushishikaza ni iki kindi usibye gushaka uko yakwiyubaka mu gahinda n’ishavu biri kumushengura?

Icyaha kigaragarizwa mu bucamanza: Twemera ko ubucamanza butagira aho bubogamira mu gushaka ukuri aribwo bwonyine bufite ubushobozi bwo gutanga ubutabera. Nta n’umuntu n’umwe wundi ubifitiye uburenganzira, kabone n’ubwo yaba akomeye ate muri politiki.

Umubyeyi wacu ntabwo yihishe. Nta rukiko rwigeze rumushaka ngo rumubure. Ntiyigeze ahwema gutangariza amahanga yose ko yiteguye kwitaba urukiko rwose rwo mu gihugu abarizwamo cy’Ubufaransa igihe cyose ruzumva rumukeneye. Tuboneyeho no gusaba abirirwa bamwandagaza ko bamuha amahoro bakareka inzego z’ubutabera, niba barazitabaje, zigakora akazi kazo.

 Amategeko agenga ikiremwa muntu bita mu gifransa «Déclaration Universelle des Droits de l’Homme», yashyizweho n’umuryango w’abibumbye, ntabwo yemera ko umuntu afatwa nk‘igicuruzwa, agatotezwa ndetse akaba ashobora kuguranwa inyungu z’agatsiko aka n’aka, amafaranga cyangwa ibintu ibyo ari byo byose.  https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/. Igituma tugombye kubyibutsa ni uko duhereye ku byo tubona mu nzego z’ikwirakwiza amakuru, Perezida w’Ubufransa asa n’ushaka kugira umubyeyi wacu kimwe mu biguzi Perezida w’u Rwanda yamuciye kugira ngo ibyo bihugu byombi bishobore gutsura umubano umaze igihe uri mu mahindure.

Icyo twifuza :

  • Dufitiye icyizere inzego z’ubutabera z’Ubufaransa. Nizo zishobora gukemura ikibazo cy’ibirego byose bamuhimbira. Turahamya ko zitazabura gusanga ko ari umwere koko.
  • Dusabye abantu bose bazi ukuri ku bahanuye indege ko badufasha kugushyira hanze, maze uwakomye imbarutso akagaragara kandi agashyikirizwa ubucamanza.
  • Twifuza ko abanyarwanda twashyira imbere gushaka ukuri n’ubutabera ku byabaye mu Rwanda tutabangamirana. Ni byo nzira y’ubwiyunge nyabwo.
  • Ikwirakwiza ry’ibihuha no gusebanya bihagarare maze umubyeyi wacu agire amahoro. Aha ageze mu zabukuru, abone igihe cyo kwiyitaho we n’umuryango we. Buri wese afite uburenganzira bwo kuba aho ashaka mu mahoro n’umutekano.
  • Abanyarwanda bicare bashyire hamwe bashake ubumwe n’ubwiyunge aho guhora bashyamirana bakanahimbirana ibyaha bitigeze bikorwa.
  • Ifatwa, irigiswa n’ iyicarubozo ku banyarwanda bya buri munsi rigomba guhagarara hagashyirwa imbere ingamba zihuza Abanyarwanda aho kubatanya.

Dushimiye abadufasha bose muri uru rubanza rwo gushaka ukuri.  Imana ibahe umugisha

Bikorewe i Paris kuri 20/06/2021.

Umuryango wa Habyarimana.

Paul Rusesabagina, who inspired Oscar-nominated film, facing prospect of life in Rwandan prison

It’s unclear precisely how Paul Rusesabagina ended up in Rwanda after flying from U.S. to Dubai.

Rwanda Hotel Rwanda Arrest
Paul Rusesabagina appears in front of the media at the headquarters of the Rwanda Bureau of Investigations building in Kigali in August 2020. Rwandan prosecutors on Thursday requested a life sentence for Rusesabagina, who inspired the film Hotel Rwanda after saving hundreds of people from the 1994 Rwandan genocide. He has been charged with terrorism, but his family says he’s facing mistreatment and an unfair trial. (The Associated Press).

Rwandan prosecutors on Thursday requested a life sentence for the man who inspired the film Hotel Rwanda as he faces terrorism charges, while his family asserts that he faces mistreatment and an unfair trial.

Paul Rusesabagina, once praised for saving hundreds of ethnic Tutsis from Rwanda’s 1994 genocide as a hotel manager, faces charges related to attacks by an armed group inside Rwanda in 2018 and 2019.

The nine charges include the formation of an irregular armed group, membership in a terrorist group and financing terrorism. Prosecutors seek to link him to activities that killed at least nine people.

Rusesabagina, a Belgian citizen and Texas resident, has denied the charges, arguing his case is politically motivated in response to his criticism of Rwanda’s longtime President Paul Kagame.

Abduction alleged

Rusesabagina alleges that he was abducted last year while visiting Dubai and taken to Rwanda, where he was charged. But a court ruled that he was not kidnapped when he was tricked into boarding a chartered flight.

Rwanda’s government has asserted that Rusesabagina was going to Burundi to co-ordinate with armed groups based there and in neighbouring Congo.

“My father Paul Rusesabagina is a political prisoner. He is accused of invented charges, and zero evidence against him has been presented in the Rwandan kangaroo court,” daughter Carina Kanimba tweeted after the prosecution sought the life sentence.

The family also has said Rusesabagina was being denied access to food and water, but Rwanda’s prison authority has denied it.

Global attention

Rusesabagina’s case has received global attention.

This month the Lantos Foundation for Human Rights and Justice said it had filed a formal submission in the U.S. recommending sanctions against Rwandan Justice Minister Johnston Busingye and the head of the Rwanda Investigation Bureau, Col. Jeannot Ruhunga, for their role in Rusesabagina’s detention.

Rusesabagina stopped appearing in court in March, saying he doesn’t expect justice after his request to postpone the trial to prepare his defence was rejected.

His attorney, Felix Rudakemwa, has asserted that Rusesabagina’s legal papers were confiscated by prison authorities.

The Oscar-nominated 2004 film Hotel Rwanda starred Don Cheadle as Rusesabagina. A year later, president George W. Bush awarded Rusesabagina the Presidential Medal of Freedom.

With files from CBC News

ABC

FACE AU MANQUE DE MAIN D’OEUVRE À VENIR, L’EUROPE DOIT RECOURIR À L’IMMIGRATION, ESTIME UNE ÉTUDE

Des travailleurs sur le chantier d'un stade au Qatar en décembre 2019

Le problème est simple: l’Europe comptera 95 millions de travailleurs de moins en 2050 qu’en 2015.

Face à ce manque de main d’oeuvre, des tensions budgétaires importantes et un ralentissement de la croissance économique pourront être observés, selon une étude du Center for Global Development qui préconise le recours aux migrants d’Afrique.

Les raisons sont connues: population vieillissante et niveaux insuffisants de migration, selon cette étude publiée lundi, et fondée notamment sur les projections démographiques des Nations Unies et les données sur les flux migratoires internationaux.

“Les Européens vivent plus longtemps et ont moins d’enfants. Cela réduit la population en âge de travailler tout comme le nombre de retraités augmente”, résume Charles Kenny, auteur de l’étude et chercheur principal au Center for Global Development.

Les européens font moins d’enfants

“Cela risque de mettre à rude épreuve les systèmes de protection sociale et le filet de sécurité sociale”, a-t-il ajouté.

Pour l’heure, les projections font apparaître que si le statu quo est maintenu en termes de population, seul un tiers du manque de main-d’oeuvre pourrait être comblé. Les estimations font apparaître un besoin de 7 millions de personnes pour l’Allemagne, 3,9 millions pour la France et 3,6 millions pour le Royaume-Uni.

“Cela suggère la nécessité d’un changement urgent si l’Europe veut éviter une crise du vieillissement”, souligne le Center for Global Development dans un communiqué.

Les chercheurs ont passé au crible les réponses potentielles telles que l’augmentation de la participation des femmes et des travailleurs âgés au marché du travail, l’automatisation et l’externalisation. “Mais aucun ne sera suffisant”, selon cette étude.

Ni l’inclusion des femmes sur le marché du travail, ni le prolongement de l’âge de la retraite, ne seront suffisants.

Et des pays comme l’Allemagne, à la pointe de l’automatisation, montrent que les robots ne réduisent pas la demande globale d’emplois.

“La migration est la seule réponse”

En revanche, avoir recours à l’immigration pourrait contribuer à rééquilibrer le rapport entre actifs et inactifs.

“La migration est la seule réponse qui peut combler le fossé”, estime même M. Kenny. Et, l’Europe a “un avantage important”, à savoir la proximité avec l’Afrique.

Les projections indiquent que le continent doublera sa population en âge de travailler pour atteindre 1,3 milliard d’ici 2050.

Les chercheurs soulignent que seulement 4% du boom de la main-d’oeuvre africaine migrera vers les pays à revenu élevé pour y travailler d’ici 2050, et seulement 1 migrant sur 4 vers l’UE ou le Royaume-Uni viendra d’Afrique.

“L’Afrique compte un nombre croissant de jeunes motivés et instruits pour s’épanouir en Europe, mais trop peu d’opportunités chez eux. L’Europe compte trop peu de personnes pour occuper les emplois nécessaires”, constatent les chercheurs.

“Bruxelles et Londres devront prendre conscience de la véritable crise migratoire: il n’y a pas assez de migrants”, commente enfin M. Kenny.

Mais en Europe, les politiques se heurtent à la réticence d’une frange importante de leur population à l’arrivée de nouveaux migrants.

OC avec AFP

Bfmtv

Scandale à l’ambassade des Pays-Bas au Rwanda.

La gouvernance rwandaise, ou, autrement et proprement dit, la dictature rwandaise, devient de plus en plus extrêmement gênante. Persécuter tous ceux qui lèvent la voix contre les injustices, ou les faire taire à tout prix, ce sont des méthodes qu’on a du mal à imaginer dans des pays démocratiquement avancés. Que ces méthodes soient mises en œuvre dans l’ambassade des Pays-Bas, on ne peut que s’en inquiéter.

Tout commence par des twitts d’une activiste des droits de l’homme, Denise Zaneza, qui informe l’ambassade des cas de violations de droits fondamentaux. Habituellement, c’est la meilleure façon de demander l’intervention des autorités diplomatiques, dont une simple réaction suffirait, ne fût-ce que signaler que “nous sommes au courant de”, ou encore, “nous suivons de près”…, des propos qui, on l’a vu, dissuadent souvent les violeurs de droits.

Sauf que cette fois-ci, le compte Twitter de l’activiste en question est bloqué par les employés de l’ambassade, exactement, comme le font les agents de l’état rwandais. Ou bien, pourrait-on en déduire que l’ambassade des Pays-Bas au Rwanda est sous le contrôle des services secrets rwandais ?

L’activiste, têtue dans sa passion, ne baisse pas les bras. Elle demande des explications au ministère des affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas.

Donc, c’est de cette manière dont se comportent les employés de l’ambassade quand on leur parle des injustices au Rwanda !?

C’est très décevant et honteux de la part d’un pays démocratique comme le Royaume des Pays-Bas. Vous ne devriez pas fermer les yeux sur les violations des droits humains. Le Ministère des affaires étrangères ne peut pas tolérer cette attitude“, dit l’activiste dans son twitt en taguant le ministère des affaires étrangères des Pays-Bas.

Le ministère des affaires étrangères répond à l’activiste, et promet de mener une enquête pour savoir ce qui s’est réellement passé.

Un jour après, le ministère revient sur cette affaire scandaleuse.

Merci d’avoir patienté. L’affaire a été examinée en interne, on n’a pas pu vérifier les circonstances entourant le blocage de votre compte, mais nous tenons à vous informer du déblocage de votre compte maintenant”, signale le ministère.

A ce que l’on voit, l’employé qui avait bloqué le compte en question aurait réalisé la gravité de son acte, et aurait procédé au déblocage avant que ses supérieurs ne lui tombent dessus. Sûrement, quelque chose lui échappe. Avec la technologie à jour, une telle chose finit par être dévoilée. It is a matter of time.

Avec la politique d’apartheid en place à Kigali, les employés d’origine rwandaise dans toutes les ambassades à Kigali, sont minutieusement sélectionnés sans que les hautes autorités diplomatiques ne s’en aperçoivent. Certains de ces employés sont en même temps à la solde des services secrets rwandais.

Ils demandent l’institution de la journée nationale en l’honneur de l’opération Turquoise

C’est ce qu’on lit, notamment, dans la lettre que le Parti d’opposition rwandaise en exil, Ishema Party, a adressée au président français, Emmanuel Macron , le 08 juin 2021. L’objet de la lettre était de présenter leur point de vue quant à la démarche de normalisation des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. C’est cette démarche qui a occasionné la mise sur pied d’une commission d’enquête sur les archives avec l’objectif de donner la lumière sur ce qui aurait été le rôle de l’état français dans le génocide de 1994. La conclusion de cette enquête annoncée est que la France a des responsabilités accablantes mais que rien ne prouve sa complicité. La sortie du rapport de cette enquête a été suivie par la visite de Monsieur Macron à Kigali.

Tout en saluant cette volonté de normaliser les relations des deux pays après plus de deux décennies en brouille, notre parti considère que cette normalisation recherchée ne devrait pas se faire à n’importe quel prix”. Les leaders du Parti s’indignent du compromis apparent que les autorités françaises sont prêtes à faire pour gagner la confiance de l’état rwandais.

En effet, le Rwanda reste champion de non-respect et de violation des droits fondamentaux des citoyens.  Sans répéter le contenu des rapports des Organisations Non Gouvernementales internationales et des pays partenaires du Rwanda à l’instar des États-Unis d’Amérique, le régime de Kigali qui habituellement traitent les Hutus de citoyens de seconde classe, s’attaque finalement aux Tutsis qui se plaignent de cette injustice faite à l’encontre de leurs compatriotes Hutus. ” Et comme exemple, ils citent “le cas de Kizito Mihigo, le chantre assassiné dans sa cellule de garde à vue à Kigali est toujours d’actualité. Monsieur Karasira Aimable a été arrêté immédiatement après votre retour de Kigali comme si vous veniez de bénir en aval, cet acte de lâcheté.” se lamentent les dirigeants du Parti présidé par Madame Nadine Claire KASINGE.

La normalisation des relations entre les deux pays, à notre avis, ne se traduit pas par la réouverture du centre culturel français et de l’ambassade à Kigali, mais plutôt par l’effort de pacification, de réconciliation profonde entre les Rwandais, quitte à assumer le rôle d’un garant des accords entre les belligérants. Cela est possible seulement si toute la vérité est exposée et si on cesse de voir les Rwandais dans le miroir victimes-bourreaux. Ici, la vérité sur ce qui est bien connu comme élément déclencheur de la tragédie au Rwanda de 1994 a une importance capitale.  C’est ici que la France doit assumer sa responsabilité et inviter les autres pays à faire de même pour que cette vérité qu’on s’efforce d’ignorer soit reconnue et soit à la base d’un dialogue franc et sincère entre les Rwandais.”

Avant de clôturer leur lettre ouverte, les leaders du Parti demandent au président de résister fortement aux diffamations lancées contre les militaires de l’opération Turquoise, qui , selon eux , méritent une journée nationale en leur honneur.

“Les détracteurs et ennemis communs aux Rwandais et aux Français ont cherché à salir l’image de l’opération Turquoise et, au nom de la grandeur de votre pays, il vous revient de résister fortement à ces diffamations, rendre hommage aux troupes du Général Jean-Claude Lafourcade, en décrétant, à minima, un évènement annuel en leur honneur.”

Deux autres points importants son évoqués dans cette lettre, le génocide contre les Hutus et la justice pour le victimes des crimes du Front Patriotique Rwandais (FPR). Sur ce dernier point, une liste non-exhaustive de criminels suspects est présentée au chef de l’Etat français pour demander la coopération.

“Lors de votre conférence de presse à Kigali, vous avez aussi affirmé n’être au courant que d’un seul génocide. Que vous ne soyez pas informé du génocide contre les Hutus qui a débuté avec la guerre d’octobre 1990 et qui continue à nos jours, nous osons espérer que vous ne vous livrez pas à la bataille du négationnisme dont les conséquences vous poursuivront à jamais. Votre coopération pour que justice soit faite pour les victimes des crimes commis par le FPR vous ferait entrer dans l’histoire comme l’homme qui a milité pour la dignité humaine.”

L’intégralité de la lettre est accessible ci-dessous.

Emmanuel Macron annonce la fin de l’opération Barkhane au Sahel

5100 soldats français sont aujourd’hui déployés au Sahel pour lutter contre le djihadisme. Le chef de l’Etat a promis une transformation profonde de la présence militaire française, basée sur la coopération internationale.

5100 soldats français sont aujourd'hui déployés au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane. AFP/Philippe DESMAZES
5100 soldats français sont aujourd’hui déployés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane. AFP/Philippe DESMAZES 

L’annonce avait fuité quelques dizaines de minutes avant qu’elle ne soit officialisée. Le président français Emmanuel Macron vient d’acter la fin de l’opération antidjihadiste Barkhane, notamment au Mali, théâtre d’un nouveau coup d’Etat. Il s’agit d’une « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel, a précisé le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse. Celle-ci devrait être basée sur « une alliance internationale associant les États de la région ». Des consultations seront menées prochainement avec les américains et les européens pour un résultat « d’ici à la fin juin ».

Ces annonces s’inscrivent dans la volonté politique déjà esquissée par le chef de l’Etat de réduire à moyen terme la présence militaire française dans la zone. Il prône un « changement de modèle », pour « permettre une opération d’appui aux armées des pays qui le souhaitent et la mise en œuvre d’une alliance internationale concentrée sur la lutte contre le terrorisme ». Le détail de ces annonces devrait être dévoilé prochainement, dans le cadre de la coalition pour le Sahel.

« Evidemment la France n’a pas vocation à rester éternellement au Sahel (…). Il est vraisemblable qu’il faille adapter le dispositif Barkhane », déclarait pour sa part peu de temps avant le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, en déplacement à Abidjan, sans plus de précisions. L’engagement militaire français au Sahel était au menu d’une réunion du Conseil de défense mercredi. Paris déploie quelque 5100 soldats contre les djihadistes affiliés au groupe Etat islamique (EI) et à Al-Qaïda, un soutien de taille aux armées affaiblies des Etats du Sahel qui peinent à les combattre seules.

Ag Ghali, objectif numéro un

Mi-février, lors d’un sommet à N’Djamena avec les partenaires du G5 Sahel (Tchad, Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie), le président français avait repoussé la décision attendue d’entamer le retrait de Barkhane, tout en confirmant une évolution « au-delà de l’été ». Il avait alors promis « une action renforcée » pour « essayer d’aller décapiter les organisations » liées à Al-Qaïda et l’EI. La France a engrangé des succès tangibles contre l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et les organisations affiliées à Al-Qaïda regroupées au sein du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), sans enrayer toutefois la spirale djihadiste.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2022, cet effort militaire de longue haleine suscite aussi des interrogations croissantes en France, alors que 50 soldats ont été tués au combat depuis 2013. Le chef du GSIM, Iyad Ag Ghaly, responsable de très nombreuses attaques au Burkina, au Mali et au Niger, apparaît désormais comme l’objectif prioritaire de Barkhane. « Clairement, aujourd’hui, c’est Iyad Ag Ghali qui est la priorité numéro une (…). Pour nous c’est la personne qu’il faut absolument réussir à capturer, voire neutraliser si ce n’est pas possible de le capturer, dans les prochains mois », soulignait le commandant des opérations spéciales, le général Eric Vidaud, le 3 juin sur la chaîne France 24.

La situation s’est compliquée ces dernières semaines avec la mort brutale du président Idriss Déby au Tchad, et surtout le deuxième coup d’Etat en neuf mois au Mali, pays central de l’opération Barkhane. Les soubresauts politiques au Mali soulèvent d’autant plus la question de la présence française qu’une partie des dirigeants maliens souhaitent entamer un processus de négociation avec certains groupes djihadistes, une démarche à laquelle Paris est opposée.

Appel aux Européens

La France a déjà annoncé le gel de ses opérations conjointes avec l’armée malienne pour condamner le coup d’Etat et soutient les pressions internationales exercées par la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et l’Union africaine pour pousser les autorités maliennes à organiser une transition vers un pouvoir civil et des élections en 2022.

L’opération Barkhane dispose de plusieurs bases au Mali dont certaines pourraient être fermées à moyen terme, selon deux sources. A l’horizon 2023, les effectifs français devraient tourner autour de 2500 personnes selon l’une de ces sources. Deux d’entre elles ont aussi évoqué un éventuel sommet des différents pays européens pour discuter de l’avenir de l’engagement militaire au Sahel. Paris compte sur l’« internationalisation » de l’effort d’accompagnement au combat des forces locales, sous-équipées et sous-entraînées.

La France mise tout particulièrement sur la montée en puissance du groupement de forces spéciales européennes Takuba, qu’elle a initiée et qui rassemble aujourd’hui au Mali 600 hommes dont une moitié de Français, ainsi que quelques dizaines d’Estoniens et de Tchèques et près de 140 Suédois. L’Italie a promis jusqu’à 200 soldats, le Danemark une centaine et plusieurs autres pays, dont la Grèce, la Hongrie ou encore la Serbie, ont exprimé leur intérêt. Mais après le second coup d’Etat en mai au Mali, la France a pour l’heure gelé cette mission d’accompagnement au combat des forces armées maliennes.

AFP

Affaire Paul Rusesabagina : Le gouvernement prié de discuter d’un rapatriement avec le Rwanda


La commission des Relations extérieures de la Chambre a approuvé mardi une proposition de résolution de la présidente Els Van Hoof (CD&V) qui demande au gouvernement d’ouvrir un dialogue avec le Rwanda sur un rapatriement de Paul Rusesabagina, actuellement jugé à Kigali.

Féroce critique du régime du président Kagame, M. Rusesabagina, qui vivait en exil depuis 1996 aux Etats-Unis et en Belgique, a été arrêté fin août 2020 dans des conditions obscures par la police rwandaise à Kigali, à la descente d’un avion qu’il pensait à destination du Burundi. Lui et ses avocats, dont le Belge Vincent Leurquin, dénoncent “un enlèvement“.

Ex-directeur de l’hôtel des Mille Collines à Kigali, âgé de 66 ans et de nationalité belge, M. Rusesabagina a été rendu célèbre par un film de 2004 racontant comment il avait sauvé plus de 1000 personnes durant le génocide rwandais.

Son procès pour des faits de terrorisme a commencé le 17 février. Les conditions dans lesquelles il se déroule sont régulièrement dénoncées par son avocat et sa famille.

La résolution condamne celles-ci et demande qu’une enquête indépendante soit menée sur les circonstances dans lesquelles il est arrivé au Rwanda.

C’est une violation flagrante de la convention internationale sur la protection contre les disparitions forcées. Ses droits ont été systématiquement bafoués“, a expliqué Mme Van Hoof.

Si le Rwanda n’est pas en mesure de prévoir les conditions minimales d’un procès équitable, la Belgique doit entreprendre des actions pour permettre un procès équitable dans notre pays“, a-t-elle ajouté.

La résolution demande également que la Belgique mette tout en œuvre pour garantir les droits au procès équitable de M. Rusesabagina et lui offre l’assistance consulaire en prison.

Belga

Patrick Robert: «La France n’a pas de responsabilité dans le génocide rwandais»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Emmanuel Macron a déclaré que la France avait une «responsabilité écrasante» dans le génocide au Rwanda. Fin connaisseur de l’Afrique, le reporter-photographe Patrick Robert, qui était présent à Kigali en avril 1994, conteste fortement cette appréciation. Et il expose ses désaccords avec le rapport Duclert.

Grand reporter-photographe, Patrick Robert parcourt l’Afrique depuis 1980 et a «couvert» de nombreux conflits (le journaliste a été grièvement blessé par balles au Libéria en 2003). Son travail, publié par les plus grands magazines, a été récompensé par de nombreux prix internationaux dont deux Visa d’or au festival de photo-journalisme à Perpignan. Il était à Kigali d’avril à début mai 1994 et est retourné plusieurs fois au Rwanda depuis.


FIGAROVOX. – Quelle appréciation portez-vous sur le discours d’Emmanuel Macron à Kigali?

Patrick ROBERT. – Le discours du président Macron à Kigali est un exercice subtil qui fait manifestement partie d’un plan de normalisation des relations entre les deux pays, en accord avec les autorités rwandaises. Elles ont de leur côté beaucoup réduit leurs accusations, qui devenaient de plus en plus difficiles à justifier.

Il semble que la reconnaissance d’une responsabilité quelconque de la France, qu’elle soit «accablante», «écrasante», ou «considérable» n’est qu’une courtoisie diplomatique pour ne pas dédire le président Kagame, une sorte de cadeau de réconciliation. La France affecte de reconnaître une responsabilité largement surjouée pour pouvoir tourner la page et permettre «l’opportunité d’une alliance respectueuse, lucide, solidaire, et mutuellement exigeante».

D’après les déclarations d’Emmanuel Macron, «l’ampleur des responsabilités accablantes» de la France au Rwanda est de n’avoir pas «su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde, ou bien a-t-elle surestimé sa force en pensant pouvoir arrêter le pire». Cela ne constitue pas une responsabilité accablante.

Le président continue: «En voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire (…)». C’est un anachronisme: le régime n’était pas génocidaire avant l’attentat, qui n’était pas prévisible. Et la menace de grands massacres n’était pas ignorée par la France mais au contraire prise très sérieusement en compte pour contraindre à l’achèvement de négociations entre Rwandais «(…) dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter». Cela ne fait toujours pas une responsabilité accablante.

En somme, il est possible que les deux pays aient compris qu’ils avaient besoin l’un de l’autre dans leurs actions multilatérales en Afrique. La France, qui a besoin d’un partenaire fiable avec une armée opérationnelle, et le Rwanda, qui a compris que la France est la seule puissance occidentale capable de s’investir sur le terrain dans la stabilité de l’Afrique et son développement. Il est possible également que le président Kagame ait compris que la francophonie est un outil utile qu’il a peut-être écarté un peu vite en prenant le pouvoir en 1994, et aussi qu’il ait besoin de trouver de nouveaux créanciers depuis que ses alliés originels prennent progressivement leurs distances avec un régime très contestable au plan des droits de l’homme et des principes démocratiques.

Le discours du président de la République à Kigali a été précédé par la publication du rapport de la «Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)», présidée par Vincent Duclert, rapport remis à Emmanuel Macron qui l’avait demandé. Que pensez-vous de la méthodologie suivie par les auteurs du rapport? Partagez-vous leurs conclusions?

L’initiative de sortir des archives la matière permettant de comprendre quelle était la nature des motivations et des actions des dirigeants français de l’époque est bienvenue, tant les suppositions les plus folles avaient fini par faire vérité historique. Les archives de l’Élysée, du ministère de la Défense, du ministère des Affaires étrangères, de celui de la Coopération ont donc pu être consultées, la plupart ayant été déclassifiées et rendues accessibles pour la première fois.

Le rapport a deux grands défauts: ne pas considérer l’histoire de la rivalité Hutu-Tutsi dans sa profondeur historique, se privant de la conscience de son enracinement (comme si cette tragédie commençait avec l’indépendance chaotique du pays) ; et ne pas voir que le pays est devenu sous Paul Kagame une dictature policière.

Patrick Robert

Ce rapport a cependant deux grands défauts: ne pas considérer l’histoire de la rivalité Hutu-Tutsi dans sa profondeur historique, se privant de la conscience de son enracinement (comme si cette tragédie commençait avec l’indépendance chaotique du pays) ; et ne pas voir que le pays est devenu sous Paul Kagame une dictature policière dépourvue de la légitimité démocratique qu’il prétendait instaurer. La promesse, par la propagande du FPR, d’une démocratie succédant à une dictature raciste n’a pas survécu à l’exercice du pouvoir. Le Rwanda d’aujourd’hui n’est pas plus une démocratie et son régime politique pas plus partagé équitablement que celui qu’il a remplacé. Le rapport ne tient pas compte de ces deux réalités.

En somme, les rapporteurs se trouvent en porte à faux par rapport à la vérité historique puisqu’ils plaquent leur vision morale, éthique, sur une réalité qu’ils découvrent à partir des seules archives, sans tenir compte de la complexité du terrain. La plupart des critiques du rapport sont contestables sur le fond.

On y apprend cependant beaucoup de choses et des murs de certitudes s’effondrent. On comprend le mécanisme décisionnel et les raisons qui mobilisent le président Mitterrand. Point de volonté génocidaire, point de motivations occultes, d’arrière-pensées mercantiles ou de quelconque mauvaise intention, contrairement aux affirmations répétées depuis 25 ans dans des centaines d’articles et de communiqués d’associations humanitaires reprenant souvent les arguments du régime rwandais.

Pas de dérapage non plus entre les ordres donnés et leur exécution. Au sommet de la Baule en 1990, Mitterrand fait un discours qui annonçait une rupture avec les pratiques d’ingérences précédentes. L’action de la France se fera dorénavant dans la transparence et le respect du droit international. L’aide de la France sera conditionnée à la démocratisation effective des pays qui la solliciterait. Le rapport fait état de cette volonté de faire du Rwanda «une sorte de laboratoire de l’esprit du discours de La Baule». Le drame rwandais démontre que les bonnes intentions ne suffisent pas.

Pourtant les rapporteurs concluent à une responsabilité de la France dans l’exécution du génocide en considérant qu’elle savait que les extrémistes Hutu préparaient un génocide et qu’elle ne s’y est pas opposée. C’est très inexact, je le répète: si les observateurs français, à l’époque, étaient conscients que la menace de grands massacres était réelle, et qu’il était urgent de prendre de vitesse les extrémistes en aboutissant à un accord politique, aucun d’eux ne pouvait prévoir qu’ils deviendraient un génocide. D’ailleurs, la constatation de sa réalité a été faite très tardivement par la communauté internationale après qu’il eut commencé. Le fait génocidaire n’était tout simplement pas concevable dans les esprits à Paris. Les pressions pour inciter Habyarimana à contrôler ses extrémistes ont été faites, et faisaient même partie des négociations d’Arusha de partage du pouvoir. Certainement pas suffisamment, dans l’ignorance de ce que deviendrait le futur. On ne peut pas cependant être tenu responsable de quelque chose qu’on n’a pas imaginé possible alors que la France a tenté pendant quatre ans, à l’époque, de réconcilier les protagonistes. C’est profondément injuste.

Un des griefs du rapport envers les autorités politiques françaises de l’époque tient à leur grille d’analyse des réalités du Rwanda, selon eux tout à fait fausse. Est-ce aussi votre analyse?

Les rapporteurs insistent sur la vision erronée que les autorités françaises auraient portée selon eux sur la région en considérant le rapport de force démographique des ethnies en présence. Ce qui constitue d’après eux un aveuglement qui répéterait «un schéma colonial» et une «construction idéologique» qui ignoraient «le caractère factice de ces catégories», ce qui est qualifié «de vision ethniciste». Il aurait fallu considérer «l’unicité d’un même peuple».

Les rapporteurs insistent sur la vision erronée que les autorités françaises auraient portée selon eux sur la région en considérant le rapport de force démographique des ethnies en présence. Ce qui répéterait un « schéma colonial » qui ignorait « le caractère factice de ces catégories ». C’est beau comme une pétition universitaire, mais très éloigné de la réalité du pays à l’époque.

Patrick Robert

C’est beau comme une pétition universitaire, mais très éloigné de la réalité du pays à l’époque: celle de la lutte pour le pouvoir dans une histoire longue marquée par la domination des Tutsi sur les Hutu. La terreur qu’inspirait à ces derniers le retour au pouvoir des Tutsi n’est pas une construction mentale française. C’est le point de réalité obsessionnel qui a motivé le génocide, sans que les autorités françaises ne puissent le concevoir à l’époque. Cette réalité ethnique n’est en rien contradictoire avec le très fort sentiment d’appartenance des Rwandais au même peuple, avec la même langue et la même religion. Mitterrand l’avait dit à Habyarimana: «ces gens-là (le FPR) sont aussi rwandais et c’est normal qu’ils veuillent rentrer chez eux». C’est le principal point de critique des rapporteurs qui fonde l’accusation d’aveuglement et qui est donc inexact. En tout cas injuste.

L’abondance des documents et dépêches diplomatiques déclassifiés permet d’établir que le soutien de la France au régime d’Habyarimana était bien conditionné à l’ouverture des négociations d’Arusha devant aboutir au partage du pouvoir. Il n’était donc pas inconditionnel. Partage que d’ailleurs ni les Hutu ni les Tutsi ne voulaient sincèrement.

Les rapporteurs affirment également qu’en n’empêchant pas le régime d’Habyarimana d’organiser ses milices, la France prêtait la main à la préparation du génocide. Génocide qui, qu’on me pardonne d’insister, n’était pas envisageable par avance, ne serait-ce que dans l’ignorance de la proximité de l’attentat déclencheur. L’accusation du rapport fait facilement abstraction du fait que le Rwanda était un État souverain et que les Français n’y faisaient pas ce qu’ils voulaient, surtout après le discours de La Baule !

Par ailleurs, contrairement à ce qui a été affirmé, Habyarimana n’était pas un ami de Mitterrand. Ils ne se sont rencontrés que trois fois avant 1990 et quatre fois après le déclenchement de la guerre par le FPR, uniquement dans des rencontres bilatérales et des sommets de chefs d’État. L’asile donné à sa famille au lendemain de son assassinat n’était qu’un geste de courtoisie du chef d’État français. Cette décision fut prise dans l’urgence face aux menaces certaines qui pesaient sur elle.

Le rapport considère que le Rwanda de 1990 est une dictature. Néanmoins il n’était pas considéré comme tel au regard des standards de l’époque dans les pays voisins très instables. Bien que très pauvre, il était bien géré, propre, les infrastructures fonctionnaient. Les massacres du passé étaient loin, croyait-on, et le risque de rechute peu crédible dans un avenir envisageable. Ceux qui disent le contraire n’ont pas connu cette période.

Lorsque Habyarimana a renversé en 1973 Grégoire Kayibanda, dictateur Hutu ouvertement raciste qui régnait depuis l’indépendance, il a tendu la main aux Tutsi. Il a établi des quotas pour les imposer dans l’administration. C’est ce qui fait dire à Duclert, et aux associations militantes qui l’influencent manifestement, qu’il avait une politique raciste en établissant des quotas pour limiter l’accès aux Tutsi. Ce fait n’est pas exact, c’est même le contraire. À l’époque, par ailleurs, les Tutsi étaient très actifs dans la vie économique, même s’ils restaient exclus de la vie politique.

Reprenons la chronologie à partir de 1990. Que décide François Mitterrand face aux événements?

En 1990 un groupe armé rebelle venu d’Ouganda attaque le Rwanda avec l’intention de prendre le pouvoir par la force. Des massacres sont commis, puis des contre-massacres de vengeance, entraînant d’autres tueries. Habyarimana demande l’aide de la France qui a signé des accords de coopération et de défense en 1975 (sous Giscard). Ces accords de défense ne sont activés que si le pays est attaqué par un pays étranger. Le FPR est bien armé, entraîné et équipé par l’Ouganda, mais ses combattants sont des Tutsi descendant des réfugiés ayant fui le Rwanda après la guerre pour l’indépendance gagnée par les Hutu. Les renseignements militaires français ont cherché à savoir si des soldats ougandais participaient à l’offensive pour déterminer si les conditions d’intervention des accords de défense de 1975 s’appliquaient. C’est pourquoi on a vu des soldats français contrôler des identités. Non pas pour «trier» des Tutsi comme on l’a dit, mais pour vérifier s’il y avait des Ougandais parmi eux. Museveni, le chef d’État ougandais, l’a toujours nié, bien que 1.000 à 2.000 hommes du FPR fissent bien partie de l’armée ougandaise, dont Kagame lui-même qui y était colonel.

C’est la raison pour laquelle le président Mitterrand n’engage pas l’armée française directement contre les rebelles mais simplement en soutien de l’armée régulière d’un État souverain. Paris a bien tenu compte du fait que ces rebelles sont aussi rwandais et qu’il était compréhensible qu’ils souhaitent rentrer chez eux avec leurs familles. Mitterrand a dit à plusieurs reprises dès 1990 que «le FPR n’est pas notre ennemi», et que «la France ne fait pas la guerre au FPR». Pour pouvoir rendre possible des négociations, il fallait stopper les combats. Une force militaire rebelle qui progresse rapidement sur le terrain n’a rien à gagner dans des négociations: son coup d’État est à portée de main. Il fallait donc former l’armée régulière, déployer des soldats au sol, livrer des armes et figer les fronts. Surtout que pendant toute la durée des négociations à Arusha, le FPR continuait de harceler les lignes de défense pour maintenir la pression sur le régime, compliquant sa volonté de compromis.

Chaque nouvelle demande d’armes formulée par la présidence rwandaise à Paris était un point de levier pour contraindre le régime à négocier, donc à faire des compromis politiques avec les rebelles. Aucun des belligérants ne souhaitait négocier, il a fallu leur tordre le bras pour les contraindre à le faire. L’aversion de Kagame pour la France est venue de là: notre pays l’a empêché de prendre tout le pouvoir qu’il convoitait dès 1990. Les critiques actuelles ne tiennent pas compte du fait que la France avait affaire avec un État indépendant, souverain, reconnu par l’ONU, et qu’elle n’y faisait pas ce qu’elle voulait. Par exemple, Paris ne pouvait pas intervenir contre la présence des milices racistes (un phénomène régional qui s’est aggravé au Rwanda après 1992 et que l’on a sous-estimé).

Dès 1990 on savait que des militaires Hutu souhaitaient tuer les Tutsi, donc le rapport conclut qu’en ne les arrêtant pas (de quel droit aurait-on pu le faire dans un pays souverain ?) on les encourageait, finalement donc que la France est complice. C’est une fois de plus le contraire. L’urgence était à la négociation, tout en empêchant que l’une ou l’autre force n’écrase l’adversaire sur le terrain. C’était une course de vitesse contre les extrémistes de tous bords.

Le rapport Duclert fait l’inventaire des armements livrés en jugeant qu’ils sont considérables. Ce n’est pas le cas. La valeur totale de ces armes, 64 millions d’euros sur 4 ans, pour soutenir une armée en guerre, n’est en rien excessif. C’est même assez peu. Des armes légères, des munitions et des pièces détachées. Mitterrand a refusé de livrer la plupart des armes qui auraient fait la différence sur le terrain et qui étaient ardemment réclamées: aucun véhicule blindé, aucun missile, autorisant finalement une, puis deux batteries d’artillerie modeste (105mm) de six canons, aucun hélicoptère de plus, se contentant de l’entretien des trois existants avant la crise. Il refuse surtout l’appui aérien des avions français qui auraient été déterminants.

L’aide militaire de la France n’a pas été massive, elle n’était pas calibrée pour gagner la guerre mais pour que l’armée rwandaise, de très mauvaise qualité, tienne a minima le temps des négociations face au FPR qui lui, était régulièrement approvisionné en armement par l’Ouganda. Le génocide n’a pas été commis principalement par les armes à feu fournies par la France ou provenant par ailleurs des pays d’Europe de l’Est, d’Israël et d’Afrique du Sud, qui fournissaient aussi le régime d’Habyarimana.

Après avoir réussi au forceps à faire signer un accord politique de partage du pouvoir entre le gouvernement rwandais et son opposition armée, la France met fin à l’opération Noroit en 1993 et retire ses 600 hommes sur place. Conformément aux accords signés à Arusha, elle est remplacée par une mission militaire de l’ONU de 2.300 hommes qui arrive en novembre 1993. Mais cette mission est neutralisée à l’ONU par Américains et Britanniques qui réduisent au maximum son efficacité et ses moyens matériels, la privant de toute réelle utilité pour agir contre les forces en présence.

Lorsque l’attentat survient contre l’avion présidentiel, lâchant la fureur des extrémistes, l’ONU ne pourra pas agir. Il n’y avait pas de militaires français au Rwanda quand commencèrent les massacres, à part trente coopérants militaires chargés de maintenance de matériel, dont les deux gendarmes chargés des transmissions radio qui seront tués par le FPR juste après l’attentat, ainsi que la femme de l’un d’entre eux. Le FPR a bien procédé aussitôt, lui aussi, à des meurtres ciblés: de nombreux témoignages collectés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda en font état. Il est intéressant de constater que dans les heures qui ont suivi l’attentat, le FPR prenne la peine de tuer les deux gendarmes français qui faisaient de la transmission radio et probablement des écoutes. Qu’avait à cacher le FPR après l’attentat s’il n’en était pas l’instigateur? Avant d’être tués, les gendarmes avaient fait état à leur hiérarchie d’une activité radio inhabituelle du FPR. Ces informations contribuent à accréditer la thèse de la responsabilité du FPR dans l’attentat, avec de nombreuses autres, comme le fait que Museveni ait lourdement insisté pour que les trois présidents montent dans le même avion et se réjouisse devant des journalistes en apprenant l’attentat et la mort «des trois tyrans» (ignorant encore que Mobutu s’était ravisé en dernière minute).

Quoi qu’il en soit, ces trois morts seront les trois seules victimes françaises au Rwanda en quatre ans, hormis l’équipage de l’avion présidentiel. Les Français présents sur place seront tous rapatriés le lendemain avec les autres ressortissants étrangers.

Ne portez-vous pas un regard trop bienveillant sur les décisions de l’Élysée à l’époque?

Il ne s’agit pas de bienveillance, mais de la vérité historique mise en évidence par le rapport Duclert lui-même. Des critiques peuvent être faites, instruites par la connaissance du dénouement. Mais ce ne sont pas celles que les rapporteurs font.

Nombreux sont ceux qui affirment qu’il ne fallait pas s’en mêler, que ce n’était pas nos affaires. Très bien. Alors il faut accepter l’idée que d’immenses massacres auraient eu lieu à ce moment-là, en 1990 au lieu de 1994 et s’en laver les mains comme l’ont fait les autres États, américain, britannique et belge. Les Hutu auraient perdu le pouvoir, mais seraient entrés en résistance contre leur oppresseur séculaire, entraînant le pays dans une somalisation probable.

La France n’a aucune excuse à donner pour avoir été la seule à avoir tenté d’éviter la chute de ce pays, à ses risques et périls. Nous n’avions rien à gagner au Rwanda.

Patrick Robert

Mitterrand a choisi de tenter d’être un faiseur de paix. Peut-être était-ce vaniteux, présomptueux? Peut-être était-ce la vision qu’il avait de la responsabilité de la France: ne pas se débiner? Les accords d’Arusha prévoyant le partage du pouvoir sont le produit de cette implication française. Ces accords auraient pu réussir s’il n’y avait pas eu l’attentat contre l’avion du président rwandais. Arusha n’aurait pas eu lieu sans l’engagement de l’armée française au sol et le travail du Quai d’Orsay pour impliquer l’ONU et les pays voisins.

Les accords d’Arusha sont un succès français, et non pas du FPR comme le prétend le rapport. Les Tutsi se trouvent élevés quasiment à parité avec les Hutu malgré leur ratio démographique très défavorable (le FPR exigeait 50 % du commandement de l’armée et 45 % des effectifs). C’est pourtant bien le reproche que fait le général Kagame, qui faisait semblant de négocier sous la contrainte internationale mais qui ne souhaitait pas partager le pouvoir exclusif hérité de ses ancêtres et contrarié par la colonisation allemande, puis belge, n’en déplaise à la commission Duclert. Pour lui, et désormais pour tous ses soutiens occidentaux, l’opération Noroît d’abord puis Arusha sont des initiatives françaises destinées à l’empêcher de gagner la guerre et de régner seul sur le pays. Son aversion pour la France est profonde, personnelle. La normalisation des relations avec le Rwanda ne pourra se faire qu’à son initiative, avec un esprit de réconciliation sincère.

La France n’a aucune excuse à donner pour avoir été la seule à avoir tenté d’éviter la chute de ce pays, à ses risques et périls. Nous n’avions rien à gagner au Rwanda.

On comprend la position du régime actuel qui s’est attaqué à la France avec véhémence pendant des années pour faire diversion quant à ses propres responsabilités, écrasantes. On comprend moins celle des journalistes militants, des ONG moralisatrices qui se pensent infaillibles et d’une commission d’historiens qui supposent, à défaut de mieux, que la principale motivation des décideurs français de l’époque serait une obsessionnelle crainte d’une concurrence anglo-saxonne. Prétexte ridicule et fantasmée (comme le dérisoire soi-disant complexe de Fachoda). Il s’agit d’un pays francophone qui n’est pas une ancienne colonie et ne fait pas partie du «pré-carré». On a pourtant le droit de constater que le pays est devenu anglophone, qu’il s’est précipité d’adhérer au Commonwealth et que le FPR a été constamment soutenu dès le début par Américains et Britanniques. Mais non, la France n’avait au Rwanda aucun intérêt économique ou stratégique à défendre. On ne fait pas la guerre pour la francophonie. Ceux qui l’ont prétendu se sont trompés.

Le rapport affecte de croire que le FPR est un mouvement politique démocratique ouvert à tous les Rwandais. Or dans les faits les Hutu du FPR sont des faire-valoir sans aucun pouvoir réel et ouvertement méprisés.

Patrick Robert

Le rapport fait siennes des positions du FPR pourtant très contestables, et mises en avant par une communication efficace, manipulatrice, relayée à l’étranger par des compatriotes expatriés. On retrouve sa syntaxe dans les arguments des ONG, de la presse et du rapport. Par exemple, le rapport affecte de croire que le FPR est un mouvement politique démocratique ouvert à tous les Rwandais. Or dans les faits les Hutu du FPR sont des faire-valoir sans aucun pouvoir réel et ouvertement méprisés. Beaucoup des opposants Hutu à Habyarimana qui l’ont rejoint ont démissionné depuis ou ont pris la fuite sous les menaces. C’est le cas de Pasteur Bizimungu, opposant d’Habyarimana qui rejoignit le FPR dès 1990 et fut nommé fin 1994 président du pays par Paul Kagame. Il ne pouvait prendre aucune décision importante et servait de faire-valoir jusqu’à sa fuite quatre ans plus tard. Il créera un parti politique d’opposition immédiatement interdit. Pour ça il fut arrêté et condamné par la justice du Rwanda à quinze ans de prison pour «association de malfaiteurs, détournement de fonds publics et incitation à la désobéissance civile». Gracié après cinq ans de prison, il a renoncé à la politique. D’autres n’ont pas eu cette chance.

La qualification du régime d’Habyarimana de «dictature» provient encore du FPR pour justifier son expédition militaire. Mais le régime actuel est une autre dictature. Sa gestion économique technocratique habile et sa bonne gouvernance n’y changent rien. On peut s’en accommoder. Il y a d’autres pays qui sont des dictatures et qui se revendiquent être des démocraties (Russie, Turquie, Chine…) mais qu’on ne dise pas que le FPR souhaitait abattre une dictature pour instaurer la démocratie, et que la France a tenté de l’en empêcher !

L’attentat de l’avion présidentiel aura rendu impossible la poursuite du processus d’Arusha et a donné le signal des massacres. Duclert pense que les extrémistes Hutu sont responsables de l’attentat. Cette affirmation est très contestée par les nombreux observateurs qui connaissent bien le dossier. Il pense aussi que «sans l’attentat, le génocide aurait eu lieu de toute façon». C’est possible. Mais alors, pourquoi auraient-ils tué leur président s’ils pouvaient déclencher le génocide de son vivant? Et que faire du fait que le numéro de série du missile qui a atteint l’avion présidentiel provient d’un lot acheté par l’armée ougandaise quelques mois plus tôt?

Le rapport met en cause la centralisation de la décision à l’Élysée, le domaine réservé et l’exercice solitaire du pouvoir, en quelque sorte, propres à la Ve République. Qu’en pensez-vous?

Le rapport fait grand cas de l’activité dominante de l’État-Major Particulier du président Mitterrand. Il est présenté comme étant la cheville ouvrière de l’action de la France au Rwanda et de son manque supposé de probité. Les historiens semblent découvrir que la politique africaine se décide à l’Élysée. Les documents déclassifiés démontrent que l’Etat-Major Particulier a toujours suivi les consignes du président qui seul validait les actions à suivre.

Les rapporteurs ne comprennent pas bien pourquoi le président dispose d’un État-Major personnel, parallèle à celui de l’État-Major des armées, et pourquoi celui-ci semble court-circuiter celui-là. Le chef de l’État est chef des Armées et la politique africaine est toujours pilotée par le président. Pour les opérations militaires en Afrique le ministère de la Défense suit les directives de l’Élysée. En plus de lui tenir à disposition en permanence les codes nucléaires, son Etat-Major Particulier a aussi une fonction non dite et aujourd’hui futile: rendre plus compliquée l’organisation d’un coup d’État militaire en cas de crise grave: le président peut reprendre la main sur l’armée depuis l’Élysée grâce à lui. Ce qui semble être une anomalie aux historiens fait partie de l’institution militaire française et a ses raisons.

Le rapport s’indigne que des avis divergents, des analyses contradictoires provenant de militaires ou de diplomates informés sur place aient été écartés par l’exécutif. Mais c’est la règle du genre. Le président suivait sa ligne politique. Le décideur gère des considérations qui échappent aux analystes de terrain, même les plus avisés. Il doit tenir compte des relations multilatérales et diplomatiques. Il a un point de vue global propre à sa position.

N’ayant pas décelé de fautes graves dans le mécanisme de décision ni de décalage entre l’ordre émis et son exécution sur le terrain, le rapport pointe ce qui lui semble être des anomalies administratives. Que l’Etat-Major Particulier communique directement avec l’attaché militaire de l’ambassade à Kigali, alors que son courrier aurait dû suivre un cheminement administratif passant par le ministère de la Défense et les Affaires étrangères, par exemple, lui semble être la marque de dysfonctionnement fâcheux. Pourtant à aucun moment les consignes du président n’ont été modifiées ou même trahies. Le respect de la rigueur des règles protocolaires administratives du flux d’informations échangées semble plus important aux rapporteurs que la rapidité d’exécution ou que son efficacité.

On a beaucoup critiqué l’Opération Turquoise. Quelle appréciation portez-vous sur son action?

S’agissant de Turquoise, Mitterrand décide de répondre à une pressante campagne de presse et d’opinion s’indignant -très justement- de l’inaction face au génocide en cours. Il autorise alors une opération militaire française pour «faire cesser les massacres» dans l’apathie générale de la communauté internationale. Décision compliquée dans sa validation onusienne, mais qui finit par aboutir. L’obsession des dirigeants français était que les militaires français ne soient jamais confrontés sur le terrain aux forces du FPR qui avaient menacé de s’opposer à eux, ce qui limitera considérablement son efficacité. L’opération fut un succès mondialement reconnu. Pourtant, on trouve toujours aujourd’hui des critiques infondées et des accusations injustes. D’où vient cette haine de soi irrépressible? Le rapport Duclert, soulignons-le, «blanchit» définitivement Turquoise.

Non la France n’a aucune responsabilité dans le génocide des Tutsi Rwandais: sans doute aurait-elle pu mieux faire, mais elle a été la seule à prendre des risques pour que le pays puisse se réconcilier. Nous aurions aussi pu ne rien faire comme tous les autres pays et se retrancher derrière l’ONU qui n’aurait rien fait non plus. On aurait alors pu s’excuser ensuite, comme eux, d’avoir été inactif, et même coupable d’indifférence. On ne nous aurait fait aucun reproche. Le pays aurait sombré dès 1990, quatre ans plus tôt.

Le rapport Duclert conclut le contraire de ce qu’il démontre. Il apporte les preuves que l’action de la France a été retenue, prudente, raisonnée, et même courageuse, consciente des risques considérables qui menaçaient.

Patrick Robert

Les seuls responsables de la tragédie sont rwandais: le FPR, qui a pris l’initiative d’une invasion armée mûrement préparée et la prise du pouvoir par la force avec la certitude de sacrifier des milliers de vies humaines ; le gouvernement Hutu, qui a manœuvré en tentant d’instrumentaliser la France tout en mettant en place une «solution finale» au cas où les choses tourneraient mal pour son régime ; et l’ONU, aussi, porte une lourde responsabilité. Les Américains et les Britanniques ont tout fait, je le répète, pour neutraliser l’action de la MINUAR mise en place par les accords d’Arusha pour qu’elle ne puisse jouer aucun rôle qui aurait pu gêner le FPR. Le 12 avril 1994, alors que l’ONU discutait de l’éventuelle modification du mandat de la MINUAR pour la rendre utile dans la tragédie en cours, le FPR avisa l’Organisation des Nations unies avec aplomb que si elle devait devenir une «force d’instauration de la paix», elle serait considérée comme ennemie. Si l’ONU l’avait voulu en lui donnant des moyens matériels et un mandat plus adapté (au chapitre VII), la MINUAR aurait pu faire cesser les massacres dès l’attentat, en tout cas les limiter, qu’ils ne deviennent pas un génocide.

Que pensez-vous des préconisations du rapport?

Le rapport des historiens soumet un certain nombre de recommandations pour l’avenir. On sent l’appétit du monde universitaire pour la création de coûteux comités Théodule et les missions d’éducation moralisatrices, culpabilisantes et pénitentialistes destinées à notre jeunesse. Manifestement, l’intention, très surprenante, est de prévenir l’irruption d’un génocide comparable en France. À moins que de vouloir entretenir une culpabilité ontologique éternelle de notre histoire?

C’est très facile, 27 ans après, de distribuer des blâmes, quand on connaît le dénouement. On peut faire tous les reproches de jugement aux autorités françaises de l’époque, d’avoir sous-estimé les manœuvres et manipulations dont ils ont fait l’objet de la part des autorités rwandaises de l’époque, d’avoir privilégié la défense des droits régaliens au détriment des volontés légitimes de l’opposition armée, mais on ne peut pas dire qu’elles soient responsables des massacres qui les débordent alors que les soldats français ne sont plus sur place, ni qu’ils aient contribué à les rendre possibles. Il ne viendrait à personne l’idée de reprocher aux pompiers de Paris de n’avoir pas pu empêcher que la flèche de la cathédrale Notre-Dame en feu ne tombe à travers la voûte de sa nef.

En réalité, le rapport Duclert conclut le contraire de ce qu’il démontre. Il apporte les preuves que l’action de la France a été retenue, prudente, raisonnée, et même courageuse, consciente des risques considérables qui menaçaient. Pas d’aveuglement, donc. Ce sont les rapporteurs qui font preuve d’aveuglement en niant une réalité ethnique têtue et en concluant à une consensuelle responsabilité de la France dans l’accomplissement du génocide rwandais. Comme si un rapport qui la «blanchirait» ne pourrait pas être crédible.

Le Figaro.