L’ancien président du Burundi et ex-haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel est décédé à 71 ans. Il est mort cette nuit alors qu’il était en train de rejoindre un hôpital parisien.
Pierre Buyoya, 71 ans, avait contracté le coronavirus alors qu’il se trouvait à Bamako au Mali. Il était hospitalisé depuis une semaine à la clinique Pasteur dans la capitale malienne, placé sous respirateur artificiel. Son état de santé s’est brusquement dégradé, selon une source familiale.
Il a finalement été évacué par un avion médicalisé vers Paris jeudi en début d’après-midi et est arrivé dans la capitale française dans la soirée. Trop tard puisqu’il est décédé durant son transfert en ambulance d’un aéroport parisien vers l’hôpital Américain de Neuilly, où il était suivi depuis longtemps pour des problèmes de santé.
Difficile pour l’instant de savoir où et quand l’ancien chef de l’État sera inhumé. Les relations entre l’ancien chef de l’état et le pouvoir burundais étaient au plus mal depuis le début de la crise de 2015, due à la décision du président Pierre Nkurunziza, décédé en juin, de briguer un troisième mandat. Des membres de sa famille sont déjà en route pour la France et devraient arriver à Paris ce vendredi pour décider de la suite.
Il y a trois semaines, Pierre Buyoya avait démissionné de son poste de haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel. Une fonction qu’il occupait depuis 2012. Il avait remis sa démission après avoir été condamné à la prison à perpétuité dans un procès qui s’est tenu en son absence au Burundi, condamné pour avoir fomenté en 1993. y a 27 ans, l’assassinat de Melchior Ndadaye qui était alors président du Burundi.
Pierre Buyoya avait qualifié ce procès de parodie de justice, de mascarade politique. Il expliquait fin novembre démissionner de son poste de haut représentant de l’UA afin de pouvoir « se défendre et laver son honneur ».
En date du 14 novembre 2020 on apprenait le retrait d’un des membres de la “Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)”. Cette commission mise sur pied par le président Emmanuel Macron a pour but d’éplucher les archives et déterminer quel a(urait) été le rôle de la France dans le conflit rwandais qui a culminé en génocide de 1994. Un travail très délicat si l’on considère les implications diplomatiques et politiques du sujet. Les acteurs de la société civile et universitaires d’origine rwandaise réunis sous Groupe d’Initiative France Rwanda (GIFR) avaient partagé par avance avec cette commission leurs inquiétudes avant de soumettre des recommandations. Les membres du GIFR pressentent les tentatives de manipulations de la commission par le FPR à travers les trous que la démocratie française pourrait naïvement offrir à la dictature rwandaise.
Leur lettre est reprise ci-bas.
Note à la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994)
Mesdames, Messieurs, membres de la Commission ;
Le Groupe d’Initiative France Rwanda (GIFR) salue votre dévouement et votre bon travail pour atteindre les objectifs définis lors de la création de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994). Le monde entier en général, la France et le Rwanda en particulier attendent de vous les réponses aux questions qui, jusqu’ici, n’ont pas eu de réponses définitives et convaincantes sur le rôle qu’aurait joué la France dans la tragédie rwandaise il y a 26 ans.
En tant que Rwandais et Français d’origine rwandaise vivant en France, nous avons suivi ce dossier de près car il nous est indéniable que seule la vérité sur ce qui s’est réellement passé, pourra nous permettre de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays dans un esprit de respect mutuel. Pour les Rwandais spécialement, il nous sera enfin possible de nous réconcilier avec notre passé, de rendre justice à tous ceux qui en ont soif depuis déjà trop longtemps, de mettre un point à notre deuil, et d’avancer en envisageant un avenir durable.
Par cette note nous nous permettons d’apporter notre observation en termes de contribution et soutien au travail qui vous est confié et qui requiert l’objectivité, l’éthique et le professionnalisme. Nos apports sont fondés et soutenus par nos expériences en tant qu’acteurs de la société civile rwandaise et acteurs politiques, universitaires et/ ou témoins de certains événements de la période concernée par votre travail.
Des objectifs précis mais aux antipodes de la politique menée par le Front Patriotique Rwandais (FPR).
Les objectifs de cette mission sont très clairs et concis ne laissant aucune fenêtre au moindre doute, et le résultat reflètera la position de la France à ce sujet et guidera les décisions et actions dans l’avenir. Cependant, il est commode de souligner que le FPR a déjà sa version des faits, une version que le régime de Kigali est prêt à défendre, une hypothèse que le régime fera tout pour qu’elle soit confirmée. Selon cette hypothèse, la France est complice dans le génocide et au moins 13 anciens dirigeants français sont incriminés[1]. Par exemple, selon la conclusion du rapport “MUCYO” de la Commission nationale chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’état français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 « Durant toute la période du génocide, la France a soutenu diplomatiquement et militairement le gouvernement intérimaire qui, au su du monde entier, en temps réel, était en train d’organiser et d’exécuter un génocide [2]».
Et dans ses recommandations, la même Commission encourage l’Etat rwandais de soutenir toute action individuelle ou collective de victimes qui souhaiteraient porter plainte pour le préjudice causé par l’Etat français. La Commission ajoute que, cependant, le gouvernement rwandais pourrait se contenter d’un arrangement diplomatique avec l’Etat français pour trouver une solution à cette question. Ceci, dit la Commission, dépendrait de la décision de l’Etat français de reconnaître toutes ses responsabilités dans le génocide et de procéder à des réparations[3].
Bien que les méthodologie et témoignages utilisés par la Commission étaient vivement critiqués, les conclusions de l’enquête ont été saluées par le Gouvernement Rwandais. Le rapport constitue un instrument important et une arme pour mettre à genoux la France. Aucun travail de professionnels aussi intègre qu’il soit ne saura faire bouger le FPR de sa position, car il s’agit d’une cause existentielle.
Une démarche scientifique versus une pratique machiavélique
Lors de la composition de votre Commission, le Président Emmanuel Macron s’est basé sur vos valeurs et professionnalisme confirmés par vos travaux et succès dans vos missions du passé. Pour cela, les membres du GIFR n’ont aucun doute sur vos neutralité et sincérité. Pourtant, votre démarche scientifique est une chose inexistante au Rwanda. Le FPR utilise toute sorte de pression et n’épargne rien, y compris le mensonge, la manipulation de statistiques[4] et les méthodes les plus illégales, pour arriver à ses fins. Les chercheurs[5] les plus fidèles à leurs carrières sont victimes de chantage et terrorisme orchestrés par les services secrets rwandais pour les contraindre à revenir aux conclusions de leurs travaux qui contredisent la version officielle de Kigali. Tel a été le modus operandi du FPR, et ça a marché dans plusieurs cas.
Dans son jeu, le FPR paie des lobbies et média pour véhiculer le faux narratif en sa faveur, ce qui en partie façonne l’opinion internationale susceptible d’influencer les conclusions si on adopte la démarche scientifique. En effet, la littérature sur le sujet est pleine de ce genre de sources. Un exemple frappant concerne la thèse du génocide contre les Tutsis qui aurait été planifié, une thèse qui continue d’être répétée même par les chercheurs sérieux alors que même le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) n’a pas reconnu cette planification par le gouvernement rwandais de l’époque[6]. Aujourd’hui la France est encore accusée de complicité dans cette « prétendue » planification.
L’on pourrait aussi citer l’assertion de « la communauté internationale qui a manqué à ses responsabilités d’intervenir pour assister aux Tutsis qui faisaient massacrer en 1994 ». Or, c’est bien le FPR qui s’est opposé au déploiement de la force onusienne, car, le mouvement rebelle craignait qu’une telle intervention aurait pu empêcher sa conquête militaire qui s’annonçait inévitable[7]. Et des observateurs avisés estiment que les décisions de l’Etat français prises par rapport au dossier du génocide rwandais, tendent à céder au chantage de l’Etat rwandais[8]. Ainsi, quand on s’attendait à la vérité, c’est la realpolitik qui a été privilégiée.
La démocratie française au service de la dictature rwandaise
La démocratie française et ses nobles valeurs offrent une porte d’entrée exploitable par la dictature rwandaise. En effet, au moment où tous les témoignages au Rwanda sont manipulés, la liberté d’expression est garantie à chacun en France. Nous avons observé des associations françaises, des universitaires, des médias, ou de simples citoyens[9] défendre les intérêts du Rwanda au détriment de leur pays, seulement parce qu’ils sont tombés sur une source attractive mais mensongère, ou qu’ils ont cru naïvement en la version officielle de Kigali, ou qu’ils sont payés pour ça.
Bien qu’il y ait pas mal de suspicions sur les relations qu’entretiennent certaines associations et le régime de Kigali, aucune enquête sérieuse n’est menée par des instances habilitées pour déterminer à quel point ça pourrait constituer un danger à la démocratie. Ces associations et individus au service du FPR créeront une sorte de populisme et serviront en tant que groupes de pression sur n’importe quelle Commission pour faire triompher la version de Kigali. Ils iraient même jusqu’à dire que les archives ont été altérées s’il arrivait que les résultats ne correspondent pas aux attentes du FPR.
Cas de l’Association Survie
Lors de la sortie de votre note intermédiaire[10], l’association Survie a fait une réaction avec indignation comme quoi « la grande lessive a déjà commencé[11]». Toujours en quête de protéger la bonne relation entre Survie et le FPR, la stratégie utilisée reste inchangée : partir d’une réalité, la sortir de son contexte temporaire, légal et légitime, pour en faire une situation tout à fait différente, horrible et condamnable. Il s’ensuit de faire beaucoup de bruit à ce sujet dans des actions encouragés par le FPR, premier profiteur de la situation. Mais à en juger de plus près, Survie n’a aucune autorité morale dans cette affaire pour des raisons bien connues.
En effet, le FPR et Survie marchent main dans la main depuis un peu avant 1994. Se présentant comme une association contre la néo-colonisation française en Afrique, Survie propose ses services au FPR. En 1994, le fondateur de l’association, Monsieur Jean Carbonare devient Conseiller du Président Pasteur BIZIMUNGU. Son rôle principal était de faire la promotion de l’image du nouveau régime post-génocide et sera impliqué dans plusieurs projets à caractère commercial contrairement aux objectifs de l’association Survie. L’héritage de Monsieur Carbonare sera ( Ndlr: et reste) bien entretenu après sa mort.
Recommandations
La France était présente au Rwanda et a encouragé le multipartisme et les négociations entre les deux camps opposés dans la guerre lancée par le FPR en 1990, néanmoins, force est de constater que les acteurs dans ce conflit étaient plus nombreux. Pour cela, malgré l’importance que les archives françaises représentent, elles ne peuvent pas à elles seules expliquer les actions et réactions des deux camps. C’est dans cette optique qu’il serait judicieux de consulter, dans la mesure du possible, les archives de l’Ouganda, des Etats Unis d’Amérique, de Belgique, du Canada, et de l’Organisation des Nations Unies.
L’Etat rwandais vous invite à consulter les « chercheurs » rwandais pour avoir une vue complète de toute la situation. Cependant, le FPR n’était pas aux affaires pendant la période concernée et la totalité d’archives a été détruite pendant la guerre. Cette lacune pourrait être en partie comblée par les entretiens avec les personnes qui ont servi dans la diplomatie rwandaise de l’époque, mieux placés que le FPR.
[2] Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994, p. 328
For years, UN investigators secretly compiled evidence that implicated Rwandan President Paul Kagame and other high-level officials in mass killings before, during and after the 1994 Rwandan genocide.
The explosive evidence came from Tutsi soldiers who broke with the regime and risked their lives to expose what they knew. Their sworn testimony to a UN court contradicted the dominant story about the country’s brutal descent into violence, which depicted Kagame and his RPF as the country’s saviours.
Despite the testimonies, a UN war crimes tribunal — on the recommendation of the United States — never prosecuted Kagame and his commanders. Now, for the first time, a significant portion of the UN evidence is revealed, in redacted form.
In early July 1994, as the genocide in Rwanda was nearing its end, Christophe, whose real name and location are being withheld for safety reasons, was recruited by the Tutsi-led Rwandan Patriotic Front (RPF).
Christophe, a medical student before the war, was assigned to care for wounded RPF soldiers in Masaka, a neighborhood in the southeast of Rwanda’s capital, Kigali.
The RPF was on the brink of winning the war. It was the culmination of a bloody campaign that began in 1990 when its forces invaded Rwanda from their base in Uganda, where their Tutsi families had been forced into exile for three decades.
Their struggle for political power in Rwanda took a drastic turn on 6 April 1994, when a plane carrying Rwanda’s then president Juvénal Habyarimana, a Hutu, was shot down in Kigali, killing everyone aboard, and abruptly ending a power-sharing deal that was supposed to end three-and-a-half years of violence. The plane attack set off a killing spree that left hundreds of thousands of Tutsis dead, mostly at the hands of their Hutu countrymen. By mid-July, the RPF had routed the former Hutu government, and purportedly put an end to the massacres.
Blame game: RPF soldiers investigate the site of the plane crash that killed then Rwandan president Juvénal Habyarimana in 1994. One theory suggests that Hutu hardliners shot down the plane, but RPF informants have told the ICTR that the RPF planned and executed the attack. (Photo: Scott Peterson/Liaison)
From his battle clinic in Masaka, though, Christophe saw that the killings were continuing. “People were disappearing,” he recently told the Mail & Guardian. Many of the new recruits Christophe treated began to share sobering details about what they were being ordered to do to Hutu civilians — men, women and children who had no apparent connection to the killing of Tutsis. These Hutus were being arrested in different areas of the capital by RPF officials, they said, and brought to a nearby orphanage called Sainte Agathe, where they were summarily executed.
The young recruits told Christophe that they were being forced by their RPF superiors to tie up civilians and kill them with hammers and hoes, before burning the victims on site and burying their ashes. It was grisly, traumatising work conducted daily, they told him.
Many of the soldiers asked Christophe to provide them with a sick leave note to avoid taking part in the killings. “They didn’t want to kill anybody,” he said. One of the recruits told Christophe that over a mere five days, more than 6 000 people were slaughtered at the orphanage.
In late July, the RPF sent Christophe and thousands of other recruits to Gabiro, a military training camp located in eastern Rwanda, on the edge of the vast wilderness that made up Akagera National Park. The rebel army had established a base there earlier in the war, and it was off limits to international nongovernmental organisations, United Nations personnel, and journalists.
The RPF had begun to recruit Hutu men, promising them safety if they joined the RPF cause. Many heeded the call. But at Gabiro, Christophe saw that these new Hutu recruits had been deceived. Instead of receiving training, on arrival they were screened by military intelligence agents, taken to a field and shot.
Even Tutsi recruits from Congo, Burundi and Uganda, whom military intelligence considered disloyal or suspect, were disappearing, he said.
Even more chilling, though, were the truckloads of Hutu civilians Christophe witnessed arriving in another part of the camp, in an area he could see from a distance. Every day, for months on end, he said, RPF soldiers killed these Hutus and then burned the bodies. Backhoes — which Christophe referred to by their brand name, Caterpillar — worked day and night burying their remains. “You could see the trucks, you could see the smoke. You could smell burning flesh,” Christophe told M&G. “All those lorries were bringing people to be killed. I saw the Caterpillar and could hear it. They were doing it in a very professional way.”
As the massacres continued, Christophe became worried that as a witness he, too, could be a target. Some soldiers, traumatised by what they were forced to do, tried to escape Gabiro. But they were caught and executed, he said. To his relief, in April 1995, he was transferred out of Gabiro, and a week later, he fled Rwanda and never returned.
Several years after leaving, Christophe began speaking to investigators from the UN International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR). The tribunal, set up in the aftermath of the genocide, was tasked with prosecuting the most serious crimes committed in 1994. Publicly, the tribunal focused exclusively on prosecuting high-level Hutu figures suspected of organising and committing genocide against Tutsis. But privately, a clandestine entity within the ICTR, known as the Special Investigations Unit (SIU), gathered evidence of crimes committed by the RPF. By 2003, investigators at the SIU had recruited hundreds of sources, with dozens giving sworn statements.
According to a summary report submitted to the ICTR’s chief prosecutor in 2003, the SIU’s investigative team had gathered explosive evidence against the RPF. Numerous witnesses corroborated Christophe’s testimony that the RPF had engaged in massacres of Hutu civilians in Gabiro and elsewhere before, during, and after the genocide. Sources testified to the SIU that the RPF was behind the 6 April 1994 attack on Habyarimana’s plane.
Former soldiers even told investigators that RPF commandos undertook false flag operations. Some commandos, operating in civilian clothes, had allegedly infiltrated Hutu militias, known as Interahamwe, to incite even more killings of Tutsis in a bid to further demonise the Hutu regime and bolster the RPF’s moral authority in the eyes of the international community.
In the report, UN investigators listed potential RPF targets for indictment, including President Paul Kagame himself. But when the tribunal officially wound down in 2015, the more than 60 individuals who were convicted and jailed for genocide and other war crimes were all linked to the former Hutu-led regime. Not a single indictment of the RPF was ever issued by the UN; all evidence of RPF wrongdoing was effectively buried.
Christophe met with investigators three times, and provided a written, sworn testimony to the tribunal, but for nearly two decades, his testimony, together with that of dozens of other RPF soldiers who witnessed RPF crimes, have remained sealed in the tribunal’s archive.
Behind bars: A crowd of prisoners stand at mealtime in the Giterama prison in Rwanda. The prison, 50km outside Kigali, was built to house 1 000 people, but in 1995 held 6 000 men and women accused by the RPF of complicity in the 1994 genocide. (Photo: Malcolm Linton/Liaison)
In this exclusive report, the Mail & Guardianis publishing 31 documents based on testimonies the witnesses provided to UN investigators. The documents were leaked to M&G by various sources with extensive experience at the tribunal. The witness statements, which contain identifying information, have been redacted by the tribunal and by the M&G to protect the informants’ privacy and safety.
The informants who testified against the RPF to the tribunal faced serious risks, and some were kidnapped, according to the investigators. However, it is widely believed by our sources that the unredacted witness statements are already in the possession of the RPF. One statement is unredacted because the witness died in 2010.
Since 1994, many human rights researchers, journalists, academics and legal experts at the ICTR have contended that the crimes committed by the RPF were not comparable in nature, scope, or organisation to the Hutu-led atrocities against Tutsis.
The Rwandan government has asserted that any crimes committed by members of the RPF were only acts of revenge that have already been tried by the competent Rwandan authorities.
These testimonies, which include gruesome details about RPF massacres — often from soldiers who directly participated in the killings — challenge that understanding. Although these accounts do not in any way prove culpability, they may constitute prima facie evidence needed for indictments.
Taken as a whole, the evidence collected by the SIU suggests that RPF killings were not a reaction to the killing of Tutsis but instead were highly organised and strategic in nature. If proven by a court, the RPF not only played a seminal role in triggering the genocide by shooting down Habyarimana’s plane; its senior members also engaged in widespread, targeted massacres of civilians before, during and after the genocide.
Many of the RPF commanders implicated in the crimes documented by the SIU have held, or continue to hold, important positions in the Rwandan government and military. Kagame, who was the leader of the RPF at the time of the 1994 genocide, has been the president of Rwanda since 2000 and remains a close ally of the United States.
General Patrick Nyamvumba, who was head of the Gabiro training camp, served as the head of the Rwandan military from 2013 until 2019, and before that, from 2009 until 2013, as commander of Unamid, the joint UN-Africa Union peacekeeping force in Sudan. He was also minister of internal security until April 2020.
Lieutenant Colonel James Kabarebe, whom witnesses cited for his leading role in massacres in northern Rwanda and in planning the assassination of Habyarimana, was Rwanda’s minister of defence from 2010 until 2018 and remains a senior adviser to Kagame. General Kayumba Nyamwasa, who was head of the RPF’s military intelligence during the genocide, is alleged to have conceived and organised the RPF infiltration of Hutu militia and the mass killings of Hutu civilians throughout Rwanda. Nyamwasa fled the country in 2010 and is a major figure in the Rwandan opposition in exile.
Neither the RPF, the Rwandan president’s office, the Rwandan Media High Council, nor Nyamwasa responded when asked for comment on the documents. On Twitter, Yolande Makolo, an adviser to Kagame, dismissed an M&G query about the documents and called the questions “ridiculous”.
Filip Reyntjens, a Belgian political scientist who has spent decades studying Rwanda and provided expert testimony to the ICTR, said the RPF’s legitimacy is based on saving Tutsis and stopping the genocide, and that any critical examination of its real record would undermine that official narrative.
“The legitimacy of the RPF is in large part based on its image as representing and defending the victims of the 1994 genocide against the Tutsi. They are the ‘good guys.’ Any evidence that points to the RPF committing massive crimes or having a role in shooting down the presidential plane, an act that sparked the genocide, challenges that legitimacy, which is why they have to fight it tooth and nail,” Reyntjens told the M&G.
Christophe, whose statements and interviews with the M&G are corroborated by other witnesses who offered similar testimony, said he believed the killings that he witnessed at Gabiro could not have been carried out as revenge for the crimes individual Hutus committed during the genocide.
The killings by the RPF went on “for too long [ and] were too programmed and well organised,” to amount to retaliation, he said.
The Gabiro massacres
Other witnesses bolstered Christopher’s account, providing testimony that the RPF began killing at Gabiro in April 1994, shortly after Habyarimana was assassinated. Speaking to investigators in French, one witness, a former soldier who joined the RPF in 1992, told investigators that displaced Hutu civilians from villages in northern Rwanda were brought to Gabiro aboard tractor-trailer trucks, and left at a residential complex called the House of Habyarimana, 3km from the military camp.
The intelligence officer selected the intelligence staff and instructors to execute the people brought by trucks … The soldiers tied their elbows behind their backs, and one by one, made them walk to a ‘grave site’ above the House of Habyarimana, where they were shot … These summary executions were done day and night between four and five weeks that I was there … By the end of April, early May, after two weeks of summary executions, the smell of corpses reached the Gabiro camp. Two bulldozers were used to bury the bodies.
The witness said he participated in burning bodies using a mixture of oil and gasoline to turn the corpses into ash in a forest near another training camp called Gako. The soldier in question said a lieutenant called Silas Gasana who was in charge of security for a man referred to as “PC-Afandi”, oversaw the killings at Gabiro. “PC-Afandi” is a military moniker for Kagame, according to former members of the RPF who were separately interviewed on the topic.
The witness told investigators that Gasana was in communication with Nyamvumba, who at the time was the operations commander and chief instructor at Gabiro.
Another former RPF soldier who was sent to Gabiro in mid-April 1994 told the tribunal:
Many trucks came from different regions around the camp. Recruits who went to get firewood could see these trucks pass. In two instances, while I was about a kilometre from our camp looking for wood, I personally observed these trucks. They were tractor-trailers, or semi-trailers. The vehicles had 18 or 24 wheels with no licence plates. They drove past me, very close. They were full of men, women, children and old people. They were brought to an area near the houses of the former head of state, near the Gabiro airstrip, and massacred.
The witness said the victims were from northern areas of Rwanda and were killed so that Tutsi refugees living in Uganda could acquire their land. The testimony highlighted the RPF’s alleged practice of falsely blaming Hutus for atrocities they didn’t commit.
The main objective of these massacres … was to prepare the land and pastures for the people who had been [Tutsi] refugees in Uganda and who were repatriated. Until today, anyone [that is Hutus] who might think of living there without having returned from Uganda, would run the risk of being accused of being an Interahamwe.
Other witnesses spoke of killings at the military camp on the edge of the park. A former intelligence officer described Gabiro as a main “killing hub”.
The officer took part in operations in Giti, in northern Rwanda, from April 1994, in an area where no Tutsis had been killed during the genocide. Despite the commune being safe for Tutsis, RPF special forces killed up to 3 000 Hutus there, he testified.
Between two and three thousand [civilians] were executed in the commune of Giti, and were buried in mass graves and latrines. Thousands of other victims were brought to Gabiro. It was a killing hub, above all isolated and near Akagera Park … At one point, victims from areas surrounding Giti began to arrive in military trucks, on their way to Gabiro, where they were simply eliminated.
Massacres in northern Rwanda before the Genocide
Anumber of former RPF soldiers testified that Hutu civilians were attacked prior to the genocide, in particular in northern Rwanda.
One soldier said that as soon as the RPF seized an area — which he referred to as a “liberated zone” — Hutus living there were systematically slaughtered.
The [RPF] was convinced that Hutus were uncontrollable, so it was better to get rid of them. That’s why a systematic ethnic cleansing was organised in these ‘liberated zones’. Two methods were used to achieve this goal. The RPF would organise murderous attacks, where hundreds of Hutu peasants were killed. The survivors would then flee and empty the zone. The RPF would also spread rumours about imminent attacks, a tactic that would cause peasants to flee.
A RPF soldier who served in the northwestern region near Ruhengeri testified that in 1993, the purpose of his unit was to “kill the enemy and bury or burn their corpses.” The soldier said he was part of this unit until August 1994.
The goal of our group was to kill Hutus. That included women and children. We killed many people, maybe 100 000. Our unit killed on average between 150 and 200 people a day. People were killed with a cord [around their neck], a plastic bag [over their head], a hammer, a knife, or with traditional weapons [machete, panga]. The bodies were then put into mass graves or sometimes burned.
In their summary report, SIU investigators cited a host of methods used by the RPF to kill victims, including strangling them with cords, smothering them with bags, pouring burning plastic on their skin, and hacking Rwandans with hoes and bayonets.
The RPF infiltration of Interahamwe
According to three testimonies, RPF soldiers wore uniforms seized from the [Hutu government] Rwandan Armed Forces (FAR) and used government-issued weapons to commit crimes in false flag operations. One former RPF soldier described the logic behind RPF attacks against civilians in a demilitarised zone before the genocide:
The most important task was to destabilise the regime by killing civilians. Once they [the RPF] withdrew, they spread the rumour that the [Habyarimana] regime was incapable of protecting civilians.
These RPF commandos, known as “technicians”, embedded within the Interahamwe, were stationed in zones controlled by the Interahamwe and participated in killing civilians at road blocks during the genocide, according to the witness. “They even killed Tutsis,” said one former RPF soldier.
Coalition: Then Rwandan president Pasteur Bizimungu and his deputy, Paul Kagame, in July 1994. Photo: Alexander Joe/AFP/Getty Images
Another former RPF soldier, who was based in Kigali from April to July 1994, witnessed similar events. He told investigators that RPF commandos dressed up as government soldiers or disguised themselves as members of the Interahamwe, and used machetes to kill Tutsi civilians at roadblocks. The witness claimed the RPF deployed more than two battalions of these commandos in the capital alone.
They checked IDs [and] killed people by machete exactly like the Interahamwe, so no one would be suspicious.
False flag operations continued until well after the end of the genocide, according to various testimonies.
Triggering the bloodbath
Early on in the genocide, it was widely believed that Hutu hardliners were responsible for shooting down the president’s plane in a bid to hold on to power. The belief in this hypothesis remains widespread. However, RPF informants told the tribunal that the RPF planned and executed the attack on Habyarimana’s plane.
A number of former RPF soldiers said the RPF unearthed secret weapons caches immediately preceding the 6 April attack to prepare for battle. Sources told the SIU that Kagame and his senior commanders held three meetings to prepare the attack. In the summary report, UN investigators “confirmed” the existence of a RPF team in charge of surface-to-air missiles, which were allegedly transported to Kigali from the RPF’s military headquarters in northern Rwanda, near the Ugandan border. SIU documents named the individuals who allegedly brought the missiles into the capital, hid them and fired them on April 6, 1994, and included Kagame and Nyamwasa as potential targets for indictment.
One witness testified that before the attack on the plane, on the night of 6 April, RPF soldiers were told to get ready:
On 6 April 1994 at 19:00 hours, the order was received from Kayonga to be on ‘stand-by one’. This meant to be in full battle dress and ready for an attack. All the companies moved outside the camp into the trenches … At approximately 20:30 hours, I saw the president’s plane crash.
Another witness was later told by an intelligence agent that the RPF was indeed behind the plane attack:
He told me that it was the RPF who shot down Habyarimana’s plane. When he realised his indiscretion, he threatened me with reprisals if I didn’t keep it to myself.
The testimonies support the work of an earlier investigation undertaken in 1997 by the ICTR, by a lawyer called Michael Hourigan, who collected evidence indicating that the RPF was behind the plane attack. Louise Arbour, the UN tribunal’s chief prosecutor at the time, shut down the probe and told Hourigan that she did not have the mandate to investigate acts of terror, according to a number of interviews Hourigan gave after he quit his job in frustration with her decision. In later years, Arbour told The Globe and Mail newspaper that Kagame’s government blocked efforts to investigate RPF crimes and the tribunal did not have the resources to carry out such an inquiry safely.
In 2000, Carla Del Ponte, who took over after Arbour, made it clear she intended to indict the RPF. “For me, a victim is a victim, a crime falling within my mandate as the [Rwanda tribunal’s] prosecutor is a crime, irrespective of the identity or ethnicity or the political ideas of the person who committed the said crimes,” she said in a speech in 2002. “If it was Kagame who had shot down the plane, then Kagame would have been the person most responsible for the genocide,” she later said at a symposium organised by the French Senate.https://www.youtube.com/embed/mzSGKIF2rYs?feature=oembed&enablejsapi=1
But in 2003, the US government warned Del Ponte that if she went ahead with her plans to indict the RPF, she would be fired, according to her memoir. Within a few months of a tense meeting she had with Pierre-Richard Prosper — then US Ambassador for War Crimes Issues, who had served as a prosecutor for the ICTR from 1996 to 1998 — Del Ponte was removed from the ICTR.
According to this leaked memo, dated 2003, Prosper struck a deal with the court to transfer jurisdiction for prosecuting RPF crimes — and evidence of RPF crimes collected by UN investigators — from the UN tribunal to the Rwandan government.
Prosper is currently a partner at Arent Fox, where he advises and represents the Rwandan government in international arbitration and litigation, according to the firm’s website . Prosper did not respond to our request for comment.
Hassan Jallow, Del Ponte’s successor, who oversaw the court’s prosecution until it closed in 2015, was ultimately unwilling to indict the RPF. In 2005, he defended the ICTR’s decision not to prosecute the RPF, writing that Kagame’s army had “waged a war of liberation and defeated the Hutu government of the day, putting an end to genocide.”
Since 1994, several other UN agencies have investigated RPF attacks on Hutu civilians, both inside Rwanda and in neighbouring countries. These reports were also suppressed, or became the focus of vigorous denials from Kigali. Although they address other alleged crimes of the RPF, they corroborate the SIU’s general findings that the RPF committed widespread, targeted crimes against Hutus.
Robert Gersony, a US consultant, was hired by the UN High Commissioner for Refugees in the summer of 1994 to assess whether it was safe for Hutu refugees who had fled Rwanda to neighbouring countries to return home. Gersony’s 1994 report was never officially made public, but according a version that was leaked in 2010, investigators concluded that the RPF killing of Hutus during the genocide was “systematic” and resulted in the death of tens of thousands of civilians.
Taking the capital: RPF soldiers gather on a road on 26 May 1994 to prepare to march into Kigali. Photo: Scott Peterson/Liaison
A senior official of the UN’s peacekeeping force in Rwanda said Gersony gave a verbal briefing in which he put forward evidence that the RPF had carried out a “calculated, pre-planned and systematic genocide against the Hutus.”
The UN Mapping Report, which investigated abuses committed by pro-Rwandan forces in the DRC between March 1993 and June 2003, concluded that attacks against Hutu civilians in that country, “if proven before a competent court, could be characterised as crimes of genocide.”
Efforts by France to investigate the shooting down of Habyarimana’s plane have similarly failed to establish any accountability. In 2006, after a lengthy investigation, a French judge issued arrest warrants for several RPF officials in connection with the assassination of the Rwandan president, a move that triggered a diplomatic row between Kigali and Paris.
Supporters of incumbent President Paul Kagame carry a large photograph of him during the campaign’s closing rally in Kigali, on August 2, 2017. (Marco Longari/AFP)
In December 2018, a court dismissed the case against the RPF, citing insufficient evidence to proceed to a trial and, on 3 July this year, an appeals court in Paris confirmed the decision and agreed not to reopen an investigation.
Researchers have recently attempted to estimate the number of victims of violence, both Tutsi and Hutu. In January, the Journal of Genocide Researchpublished several studies that estimated between 500 000 to 600 000 Tutsis were killed during the genocide, and between 400 000 and 550 000 Hutus lost their lives in the 1990s.
Marijke Verpoorten, an academic at the University of Antwerp, says it remains impossible to establish a reliable death toll of the killings of Hutus. Instead, she attempts to estimate how many Hutu lives were lost in the 1990s, either as a direct result of violence, or indirectly, after the rapid spread of contagious diseases in refugee camps, and the dire war conditions. She arrives at a “guesstimate” of 542 000, although admits there is a very large uncertainty interval.
Yet only one ethnic group has been internationally recognised as victims. Inside Rwanda, community-based gacaca courts tried more than 1.2-million alleged perpetrators of the Tutsi genocide. An official genocide survivor fund does not recognise Hutus who were killed, even if they lost their lives trying to protect Tutsis. Hutus are not allowed to publicly grieve their loved ones or request justice for RPF crimes in Rwanda.
After formally closing, the ICTR became a residual tribunal — now called the International Residual Mechanism for Criminal Tribunals (MICT) — and continues to search for high-profile, alleged Hutu génocidaires. In May, French police arrested 87-year-old Félicien Kabuga, who had lived in hiding for 26 years. He stands accused of financing the genocide against Tutsis by funding an extremist radio station. Kabuga has denied the allegations and is currently in the Hague awaiting a trial.
The MICT did not respond when asked for comment on prosecuting RPF officials.
Never indicted: Rwandan President Paul Kagame greets a crowd after addressing supporters at the closing rally of his presidential campaign in Kigali in August 2017. (Photo: Marco Longari/AFP)
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSELéon Mugesera a été expulsé du Canada en 2012 au terme d’une saga judiciaire portant sur son immigration au pays, en 1993 ; il a ensuite été jugé au Rwanda pour incitation au génocide.
Le Rwanda s’est livré à un « traitement cruel, inhumain et dégradant » à l’égard de l’ancien résidant canadien Léon Mugesera, a statué vendredi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.
Le jugement ne change pas la condamnation à la prison à vie de Léon Mugesera, reconnu coupable d’incitation au génocide par un tribunal rwandais en 2016, mais blâme Kigali pour ses conditions de détention.
La Cour africaine conclut également que le Rwanda a violé le droit à la vie et le droit à la famille de l’ancien résidant de Québec.
En revanche, l’État rwandais n’a pas violé le droit à la défense de Léon Mugesera, tel que l’alléguait la poursuite déposée en 2017 devant le tribunal basé à Arusha, en Tanzanie.
« Nous sommes très contents que la souffrance de Léon soit reconnue enfin », a déclaré à La Presse sa femme, Gemma Uwamariya.
La famille espère un jour « revoir vivant celui qui [lui] a sauvé la vie » en lui faisant fuir le Rwanda à l’aube du génocide de 1994, confie Mme Uwamariya.
Nous implorons le Canada de s’assure que le Rwanda cesse immédiatement les souffrances cruelles dont Léon est victime.
Gemma Uwamariya, la femme de Léon Mugesera
Le cabinet du ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne, n’avait pas réagi au jugement au moment d’écrire ces lignes.
Dédommagement de 32 000 $
Dans son jugement, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples condamne le Rwanda à verser 25 millions de francs rwandais, soit près de 33 000 $, à Léon Mugesera et sa famille, dont 10 millions à titre de préjudice moral.
Elle ordonne également qu’un médecin indépendant soit désigné pour évaluer l’état de santé de Léon Mugesera et déterminer les « mesures nécessaires à son assistance ».
Le tribunal a aussi rejeté la demande de Léon Mugesera d’ordonner sa remise en liberté et l’annulation de sa condamnation pour incitation au génocide, estimant que le litige portait sur ses conditions de détention et non pas sur la légalité de sa détention.
La Cour africaine a refusé également d’ordonner au Rwanda d’entamer des discussions avec le Canada pour que Léon Mugesera puisse purger le reste de sa peine d’emprisonnement à perpétuité au Canada, affirmant que cela relève de la compétence des États concernés et non du tribunal.
Léon Mugesera a été expulsé du Canada en 2012 au terme d’une saga judiciaire portant sur son immigration au pays, en 1993 ; il a ensuite été jugé au Rwanda pour incitation au génocide.
Au terme d’un procès jugé inéquitable par ses avocats, Léon Mugesera a été déclaré en 2016 coupable d’incitation publique à commettre un génocide, de persécution et d’enseignement de la haine basée sur l’ethnicité par la Haute Cour du Rwanda, qui l’a en revanche acquitté des chefs d’accusation de complot et de complicité de génocide.
Les dates clés de Léon Mugesera
– 1987 : Il obtient son doctorat à l’Université Laval, à Québec.
– Novembre 1992 : Il prononce, dans le nord-ouest du Rwanda, le discours qui lui a valu d’être accusé d’incitation au génocide.
– Août 1993 : Il arrive au Canada avec son épouse et leurs cinq enfants mineurs. Ils ont tous le statut de réfugiés.
– Juillet 1996 : La Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) ordonne son expulsion, considérant que le discours de 1992 constituait une incitation au meurtre, une incitation au génocide et à la haine ainsi qu’un crime contre l’humanité.
– Janvier 2012 : Après des années de démarches judiciaires, il est finalement renvoyé au Rwanda par le Canada.
– Janvier 2013 : Début de son procès pour incitation au génocide à Kigali, au Rwanda.
– Avril 2016 : Il est condamné à l’emprisonnement à perpétuité.
Sur son site web, Rwanda Broadcasting Agency (RBA) a sorti une liste d’une trentaine de médecins de l’Hôpital universitaire de Butare censés avoir participé dans le génocide rwandais de 1994. Cette liste est un recyclage d’une vieille liste sortie par une certaine Rakiya Omaar d’Africa Rights et qui était payée par le gouvernement rwandais pour fabriquer ces accusations. Les compromissions entre Rakiya Omaar et le FPR furent découvertes et étalés au grand public. Prise de honte, elle qui se disait militer pour les droits de l’homme, Rakiya Omaar disparut dans la nature. Que Jean Damascène Bizimana du CNLG (Commission nationale de lutte contre le génocide) sorte de nouveau la liste, c’est de bonne guerre mais ça ne convainc personne. C’est plutôt la loi du moindre effort et une façon ostentatoire de montrer qu’il travaille et que le budget colossal alloué au Centre qu’il préside se justifie.
Une petite historique de l’usage de listes montre que le FPR (Front patriotique rwandais, parti au pouvoir au Rwanda) y fait régulièrement recours pour traquer ses opposants politiques ou ceux dont il soupçonne de n’être pas d’accord avec sa politique. Il a donc imaginé ce raccourci de listes de « génocidaires ». C’est une arme politique redoutable et qui a été utilisée avec succès par l’UNAR (Union Nationale Rwandaise) ancêtre du FPR.
L’usage de listes à des fins criminelles date de novembre 1959. Cette année, des extrémistes du parti UNAR (Union Nationale Rwandaise, ancêtre du FPR) y ont eu recours pour désigner les Hutu à abattre. Ceux qui avaient commencé à manifester leur ras-le-bol avec le système féodal en vigueur furent listés et qualifiés d’« abaporosoma », membres du parti APROSOMA (Association pour la Promotion Sociale de la Masse) de Joseph Habyarimana Gitera (Temps Nouveaux, 1/11/1959). Il est vrai que bon nombre des ces avant-gardistes étaient des leaders de ce parti. Ils furent pourchassés et assassinés atrocement.
Le système de listes ayant fait ses preuves, il fut adopté par le FPR durant la préparation de la guerre. Ainsi, parallèlement aux attaques qu’il menait, le FPR élaborait des listes des personnes à abattre. Déjà en mars 1993, en pleine négociation d’Arusha, il avait fourni une liste des autorités administratives et politiques à relever de leurs fonctions. La plupart ont été assassinées. Après la descente de l’avion du Président Habyarimana, tout au début du mois d’avril 1994, le FPR envoya à bon nombre de pays et de chancelleries ce qu’il appela la « CDR list », contenant selon lui les noms de ceux qui étaient impliqués dans des massacres. La liste comprend même des personnes inexistantes ou qui ne vivaient pas au pays depuis de longues années.
Après sa prise de pouvoir en 1994, le FPR officialisa le système de listes. En 1995, un projet de loi révisant le code pénal pour y introduire le crime de génocide fut préparé par feu Alphonse Marie Nkubito, alors ministre de la justice. Parallèlement, un autre projet fut initié par les services du FPR. Ils proposaient la mise sur liste des suspects du génocide, leur catégorisation et le principe de plaidoyer de culpabilité. Pour donner une force à son projet et enterrer celui du ministère de la justice, le FPR organisa à Kigali un symposium international en décembre 1995 dont les recommandations allaient dans le sens de son projet de loi. Après l’éviction de Nkubito, sa remplaçante, Marthe Mukamurenzi, endossa le projet mais au moment d’aller le défendre au Parlement, elle fut remplacée par Charles Muligande, alors Ministre des Transports et Secrétaire Général du FPR.
Sitôt arrivé à Kigali, le FPR lança une liste de 428 personnes. Elle fut revue et enrichie jusqu’à 1946 personnes et publiée au Journal Officiel la République Rwandaise comme « Liste n°1 de la première catégorie prescrite par la loi organique n°8/96 du 30/08/1996 ».
La liste du 30/08/1996, comme par ailleurs toutes les précédentes, condamne avant même de juger et pêche contre le principe de la présomption d’innocence. Elle a fait des ravages en particulier dans l’intelligentsia hutu. Pourtant, les critiques qui lui sont faites lui ôte pratiquement toute sa valeur.
En effet, on y retrouve par exemple des personnes mortes avant 1990 et d’autres mortes avant 1994. Parmi celles-ci se retrouvent même des victimes du FPR d’avril 1994 dont notamment Théoneste Mujyanama assassiné par le FPR à Kigali, ancien ministre de la justice; Sylvestre Baliyanga, ancien Préfet de Kibuye et de Ruhengeri, assassiné par le FPR avec sa famille chez lui à Remera, à Kigali; Jean Hategekimana, ancien Président du Tribunal de Première Instance de Kigali et sa famille assassinés par le FPR à Kigali.
La liste contient aussi par des fautes de forme inexcusables dans une matière aussi grave. A certains endroits, la numérotation manque ou les numéros sont repris deux fois. L’identification des personnes est incomplète vu qu’elle ne fait mention, dans la plupart des cas, que des noms et prénoms sans autres coordonnées. Certaines personnes sont même identifiées uniquement par leurs prénoms. A certains numéros, on retrouve les mêmes personnes mais identifiées avec des données différentes.
Appelé à s’expliquer par une certaine opinion nationale choquée par la grossièreté des erreurs de la liste qui dépassaient tout entendement, le Procureur Général Siméon Rwagasore, signataire de la liste, a été obligé d’avouer, dans une interview au journal Intego (n° 25, décembre II, 1996), que la liste n’avait pas la valeur qu’on voulait lui prêter. Pourtant au Rwanda, des centaines de personnes ont été arrêtées et emprisonnées par le fait même qu’elles figuraient sur la liste, malgré des discours officiels rassurants (Amiel Nkuliza, Le Partisan, n° 40, janvier 1997).
Fort heureusement, certains Etats démocratiques se sont aperçus du manque de sérieux de cette liste et ont accordé l’asile politique à certaines personnes qu’elle reprend. Pouvait-il en être autrement puisque même le pouvoir de Kigali a affecté aux hautes fonctions des personnalités figurant sur la liste.
La liste du 30/08/1996 a été actualisée le 31 décembre 1999. Elle contenait les mêmes erreurs que la précédente malgré un vernis qui ne pouvait tromper personne. Elle pêchait toujours contre la présomption d’innocence. Elle condamnait avant jugement.
La liste mentionnait même le nom de Juvénal Habyarimana. Pourtant le FPR est désigné par plusieurs sources comme le commanditaire de son assassinat.
Le 19 mars 2001 la liste fut portée à 2898 noms. 36 noms avaient disparu et 801 nouveaux noms y étaient apparus ; Pierre Célestin Rwigema qui a été chef du gouvernement du FPR pendant 5 ans y figurait en bonne place.
Leur rôle était de recenser les réfugiés hutu se trouvant dans ces pays. A partir des informations qu’ils transmettaient régulièrement, une liste de 93 hutu vivant à l’étranger fut élaborée et transmise à bon nombre de pays ainsi qu’à INTERPOL.
Le système de listes fut utilisé dans les Tribunaux Gacaca. Un million de personnes furent recensées : des hommes et des femmes encore valides, des leaders d’opinion, des intellectuels (enseignants, agronomes, infirmiers,…). Le même travail fut fait à l’étranger et la liste arrêtée contenait plus de 40000 personnes.
Le système de listes a fait ses preuves. Le FPR y fait recours pour maintenir et consolider son pouvoir dictatorial et criminel, en tentant d’intimider quiconque est susceptible de porter un jugement sur sa gestion bananière du pouvoir.
Arrestation de Félicien Kabuga. Historique d’un dossier judiciaire controversé
L’arrestation de Félicien Kabuga, le 16/5/2020 à Paris, a fait la Une de bon nombre de journaux du monde et la nouvelle est partagée abondamment sur les réseaux sociaux.
Mis en accusation il y a un quart de siècle, les charges qui pèsent sur Kabuga Félicien se sont peu à peu effondrés et le dossier judiciaire s’est dégonflé au vu des éléments nouveaux apparus au tout au long de ces 25 ans et qui permettent d’éclaircir certaines zones d’ombre du génocide rwandais.
Félicien Kabuga, un self-made-man devenu millionnaire
Né en 1932 en commune de Kiyombe, dans la préfecture de Byumba au Rwanda, M. Félicien Kabuga a débuté son commerce à l’âge de 18 ans, sans aucun capital et sans aucune formation. Il n’a fréquenté aucune école. Il a constitué son premier capital en vendant au marché local les corbeilles qu’il tissait lui-même. Ensuite, il s’est lancé dans le troc du sel contre le café et les produits vivriers. En 1956 il a obtenu son registre de commerce et a ouvert un magasin de commerce des biens de première nécessité notamment les outils agricoles. En 1959 il s’est marié avec Josephine Mukazitoni (+). Jusqu’en 1973, il est resté dans le centre de négoce de Rushaki proche de la frontière rwando-ougandaise, ce qui lui permettait d’étendre sa clientèle aux Ougandais frontaliers.
Ce n’est qu’en 1973, après déjà vingt années d’activités, qu’il s’est installé dans la capitale Kigali où il venait d’achever la construction d’une maison à deux niveaux qui lui servait à la fois de résidence et de lieu de travail. Il a poursuivi ses activités commerciales en achetant, sur place, à des grossistes, des produits importés qu’il revendait au détail. Après avoir accumulé des fonds nécessaires et analysé le marché, il a décidé d’étendre son activité à l’importation. Il a commencé par la friperie (vêtements de seconde main) qu’il importait de Hollande (Simon Spayer), des Etats-Unis (Galaxy Ltd, United Ltd, Mara Ltd) et de Belgique (Mandere).
Au fur et à mesure de l’expansion de ses affaires, il a diversifié ses marchandises en important d’autres produits tels que des luminaires, des tôles, du lait en poudre, des appareils électroménagers, des outils agricoles, des produits alimentaires,…
Quelques années plus tard, il a investi dans d’autres secteurs tels que le transport, les plantations de thé, l’industrie, l’immobilier et les banques. Au 6 avril 1994, il possédait plusieurs biens et notamment:
– des dépôts de blé, de farine et de différentes marchandises de plusieurs millions de dollars
– une quarantaine de camions de transport international
– une plantation de thé de plus de 350 hectares à Mulindi
– une minoterie d’une capacité de plus de 39.000 tonnes de blé par an dans la ville de Byumba
– plusieurs immeubles à Kigali dont un entrepôt de marchandises à Gikondo, des maisons d’habitation dans divers quartiers de la capitale et un complexe immobilier à Muhima qui devait comprendre un hôtel-restaurant, des bureaux, des espaces de location, un supermarché. L’immeuble était déjà équipé en bureaux, télévisions, lits etc.
Il détenait également des actions de plusieurs sociétés:
– la Banque Commerciale du Rwanda (BCR)
– la Banque Continentale Africaine du Rwanda (BACAR)
– la Rwandaise : Société rwando-européenne d’importation et d’entretien des véhicules de marque Mercedes, rebaptisée Akagera Motor par ceux qui se la sont appropriée
– la Société de Transport International du Rwanda (STIR)
– la Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM).
Destruction, pillage et appropriation des biens meubles et immeubles de la famille Kabuga par le régime du FPR
A la reprise de la guerre, le 6 avril 1994, l’armée du Front Patriotique Rwandais (FPR) a démoli, à la dynamite, la résidence de la famille Kabuga qui était située dans le quartier de Remera. Après la prise du pouvoir par le FPR, ce dernier et son régime se sont livrés au pillage de ses biens et autres escroqueries. Il a vidé toutes les marchandises qui se trouvaient dans les entrepôts de Byumba, de Muhima et de Gikondo. Il a démonté les machines de la minoterie de Byumba et il les a vendues en Uganda après les avoir exploitées pendant au moins deux ans et après avoir épuisé les immenses stocks de blé évalués à 3.242.000 USD[1]. Finalement, l’Etat rwandais a décidé de vendre ce qui restait de la minoterie de Byumba à une entreprise kenyane Pembe Flours Mills Ltd.
Le reste des biens est exploité gratuitement par l’Eta rwandais et les dignitaires du FPR. Ainsi, les plantations de thé situées à Mulindi et à Nyange d’une superficie de plus de 350 hectares ainsi que les maisons d’habitation qui y sont construites sont exploitées pour le compte du ministère de la défense. Le complexe de Muhima de 120 chambres, 80 bureaux et d’autres locaux destinés à diverses activités commerciales et administratives abrite les services du FPR, du gouvernement et des institutions internationales. Ces dernières versent le loyer au FPR. Le régime y loge aussi, gratuitement, des membres des dignitaires du FPR. A Remera et à Kimihurura, quartiers de la capitale, les maisons résidentielles de la famille sont occupées par des protégés du régime. Les entrepôts de Gikondo sont utilisés comme prison.
Les comptes bancaires n’ont pas été épargnés. Des dépôts équivalents à 400.000 Euros ont été subtilisés et pour rétablir l’équilibre comptable des institutions bancaires concernées, les comptes créditeurs de la famille ont été changés en comptes débiteurs, ce qui est un double vol. Quant aux actions dans diverses sociétés (BACAR, BCR, STIR, La RWANDAISE), elles se sont volatilisées et personne n’en parle.
Toutes les démarches que la famille a entreprises auprès des autorités rwandaises pour récupérer ses biens se sont soldées par un échec. Elle a décidé d’envoyer au Rwanda le fils aîné de M. Kabuga, muni des procurations nécessaires, pour réclamer la restitution des biens. Il y a été reçu par l’ex-procureur général Gerald Gahima ainsi que par de nombreux autres fonctionnaires. Ses interlocuteurs lui ont exigé de reconnaitre, au préalable, que M. Félicien Kabuga a commis le crime de génocide, de renoncer à la réclamation des revenus passés et d’accepter les immeubles et les plantations de thé dans leur état actuel. La famille n’a évidemment pas souscrit à ce vicieux marchandage. Le représentant de la famille est rentré dans son pays d’asile sans avoir rien obtenu.
Chemin de croix de M. Félicien Kabuga
A Naïrobi, au Kenya, M. Félicien Kabuga a échappé, en date du 29/12/1995, à un attentat dans lequel le jeune homme qui l’accompagnait a reçu 3 balles dans l’abdomen. Il est, sans nul doute, certain que le commanditaire de cette opération est le FPR comme dans les cas du colonel Théoneste Lizinde et du ministre Seth Sendashonga. Le mobile de cet attentat est que cette organisation politico-militaire qui a pris le pouvoir par la force le considérait comme un opposant politique susceptible de financer une opposition politique en raison de son patrimoine. En outre, le FPR craignait des poursuites judiciaires pour les massacres commis contre plusieurs membres de sa famille et de sa belle-famille. Certains ont été éliminés au Rwanda dans les communes de Kiyombe et de Mukarange ainsi que dans la préfecture de Kigali-ville avant et après la victoire du FPR. D’autres ont été liquidés lors des massacres de plus 300.000 réfugiés hutu perpétrés par le FPR en 1996-1997 dans les camps et dans les forêts de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre).
En septembre 1999, le procureur du TPIR, Madame Carla del Ponte, a fait bloquer les comptes de toute la famille y compris ceux des enfants, sans qu’un jugement ait été prononcé sur ce blocage arbitraire décidé par le seul procureur.
Afin de vous permettre de bien saisir le caractère injuste de la décision du procureur du TPIR, Carla del Ponte, nous rappelons ci-après les éléments essentiels de ce dossier.
Le 30 septembre 1999, un mois après le lancement du mandat d’arrêt international contre M. Kabuga, le procureur du TPIR envoie une demande d’entraide au ministre de la justice de la République Française pour faire bloquer les comptes de la famille Kabuga et faire saisir les documents y relatifs. En novembre de la même année, les autorités françaises apportent leur concours au procureur et se conforment à ses exigences. Le 22 mars 2000, l’avocat de la famille Kabuga demande au procureur de lever le blocage de ces comptes en lui prouvant, arguments à l’appui, le caractère inique de cette décision, en particulier en ce qui concerne le blocage des comptes des enfants et de l’épouse de M. Kabuga. Le 12 septembre 2000, le procureur informe le requérant, sans autre précision, que, sur la base du rapport interne réalisé par ses enquêteurs, il ne peut, pour l’instant, pas revoir sa décision.
Le 26 janvier 2001, l’avocat de la famille Kabuga présente une requête à Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs composant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda dans laquelle il requiert d’annuler la décision du Procureur et d’ordonner le déblocage des comptes. Le 8 février 2001, l’agent chargé de l’administration du tribunal, sur instruction de son Président, signifie au plaignant que sa requête ne peut pas être prise en considération car « il ne peut ester devant cette juridiction du TPIR ».
Le 15 mars 2001, l’avocat fait appel et adresse une requête à Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres de la chambre d’appel près la chambre d’appel dans laquelle il exige à nouveau d’annuler la décision du 12 septembre 2000 et de lever les mesures prises par les autorités françaises en exécution de la demande d’entraide du procureur du TPIR. Le 9 octobre 2002, le juge-président de la chambre d’appel charge une cour composée de 5 juges d’examiner ladite requête. La cour rejette l’appel parce que le plaignant ne serait pas habilité à recourir à la chambre d’appel mais considère que :
1° la famille Kabuga peut saisir à nouveau le procureur pour qu’il reconsidère sa décision du 12 septembre 2000.
2° le procureur a fait bloquer les comptes de la famille Kabuga en vertu d’un règlement établi par les juges. Par conséquent les juges, à travers un mécanisme approprié de la chambre d’accusation, gardent la responsabilité de revoir une telle mesure en particulier lorsqu’un dommage est allégué par une personne qui n’est pas inculpée par le TPIR
3° la décision d’un organe non-judiciaire qui affecte la liberté des individus ou leur propriété doit être sujette à une révision judiciaire.
En définitive, la chambre d’appel estime que la famille Kabuga a le droit d’exiger un réexamen judiciaire de la décision du procureur du 12 septembre 2000 par la chambre d’accusation.
Le blocage des comptes n’est pas la seule injustice commise par le TPIR à l’égard de la famille Kabuga. Celle-ci a été soumise, au cours des années, à des perquisitions fréquentes et aux longs interrogatoires qui frisent la torture morale. Ces perquisitions ont été parfois menés par un certain Pierre Duclos, agent du TPIR et ex-policier de la Sûreté du Québec, célèbre pour ses méthodes d’intimidation. En effet, il a quitté ses fonctions de policier au Canada suite à une plainte disciplinaire pour parjure, fabrication de preuves et intimidation.
Lors de ces perquisitions, des documents importants (factures, extraits de comptes, diplômes, cassettes vidéo, ordinateurs, titres de propriétés etc.) ont été emportés par les policiers parfois sans les avoir préalablement consignés dans un procès-verbal.
Non-respect de la présomption d’innocence de M. Félicien Kabuga
Toute justice véritablement équitable doit respecter le principe de la présomption d’innocence or M. Félicien Kabuga n’a jamais bénéficié de la présomption d’innocence. Les médias, le TPIR, la justice rwandaise, certains pays, le traitent comme s’ils avaient la certitude de sa culpabilité. Ils ont tous, sans aucune vérification, pris pour argent comptant les fausses accusations de génocide que le régime de Kigali a porté contre lui.
De fait aucun des procureurs qui se sont succédés au TPR, n’a pu réunir de preuves matérielles ni de témoignages crédibles susceptibles d’appuyer les accusations portées à l’encontre de Félicien Kabuga. En tous cas, aucun n’en avait encore trouvés, le 24 juin 2005, comme l’ont fait remarquer les juges Dennis C.M. Byron, Florence Rita Arrey et Gberdao Gustave Kam[2].
L’autre raison avancée pour bloquer ses comptes et ceux de sa famille, à savoir que l’argent aurait été acquis illégalement ou servirait à financer une organisation génocidaire et terroriste, n’est pas plus fondée. Jusqu’à ce jour le blocage des comptes de la famille procède de la décision du procureur et non d’un jugement. Elle n’est toujours pas soumise à un juge pour confirmation.
Enfin, en ce qui concerne l’Etat rwandais et ses dignitaires, il ne s’agit même pas, à proprement parler, de saisie conservatoire mais d’appropriation puisque certains biens sont vendus à l’insu des propriétaires et que les revenus tirés des biens “saisis” ne sont versés sur aucun compte ouvert à cet effet.
Charges judiciaires contre Félicien Kabuga
Le Front Patriotique Rwandais (FPR) et le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) accusent M. Kabuga F. de planification des massacres des Tutsi. L’administration américaine l’accuse de terrorisme. Pour étayer l’accusation de génocide des Tutsi portées contre M. Kabuga, le FPR et le TPIR avancent comme preuves les éléments suivants : l’importation des machettes, l’appartenance à l’Akazu, la mise à disposition des Interahamwe de son entreprise, la contribution au Fonds de Défense Nationale (FDN), la participation à l’actionnariat de la RTLM et la présidence de son comité d’initiative.
L’ importation des machettes
Par un fallacieux raisonnement, ce fait réel est travesti en un acte criminel et en une preuve de la responsabilité de M. Kabuga dans le « génocide ». Il est vrai que M. Kabuga a importé des machettes pendant la guerre. Mais il ne les a pas importées seulement pendant cette période. Il les importait depuis 1981 car elles font partie, à l’instar des houes, des outils indispensables aux agriculteurs et aux éleveurs qui représentent plus de 90% de la population rwandaise. Même les citadins s’en servent pour divers usages.
Par ailleurs contrairement aux affirmations du FPR, du TPIR et des journalistes pro-FPR, il n’a pas importé, en 1993, des quantités anormalement élevées et il ne les a jamais distribuées gratuitement.
Enfin il n’en était ni le seul, ni le plus important importateur. D’autres hommes d’affaires y compris les Tutsi en importaient également et en quantités parfois plus importantes que lui. En 1993, la société Kishor Jobanputras, qui exerce toujours au Rwanda en a importé pour 48.692.178 FRW alors que Kabuga n’en a importé que pour 14.856.185 FRW. L’usine, Rwandex-Chillington avait même été créée pour fabriquer localement les machettes et les houes. Sous le régime actuel du FPR, plusieurs commerçants continuent d’en importer et l’usine citée ci-dessus d’en produire. Pourquoi M. Kabuga aurait-il commis seul un crime en important les machettes ?
L’appartenance à l’Akazu et le financement du MRND, des Interahamwe et du Fonds de Défense Nationale
Le FPR et le TPIR posent comme prémisse l’affirmation selon laquelle l’Akazu, groupe qui réunirait toutes les personnes proches de la famille du Président, constitue une organisation criminelle qui a planifié et commis les massacres des Tutsi. Ils en déduisent que tout individu, censé être membre de ce groupe, est impliqué dans le génocide des Tutsi. Comme M. Kabuga F. est lié, par alliance, au Président Habyalimana, il est d’office pris pour membre de l’Akazu et donc pour un génocidaire.
Or, rien ne prouve jusqu’à ce jour que ce concept d’Akazu correspond à une organisation réelle. Après plusieurs années d’enquête, le FPR et le TPIR ne sont toujours pas parvenus à dire quand il a été créé, qui était son chef, quels étaient ses membres, comment il était structuré et où il tenait ses réunions. Ils ont commis l’erreur de vouloir appliquer à la justice un concept flou et caricatural inventé par l’opposition intérieure pour dénoncer un certain népotisme du régime Habyarimana[3].
La politique, art du mensonge et de la manipulation par excellence, peut se permettre de jouer avec de telles notions. La justice, elle, doit se fonder sur des notions claires dont la compréhension et l’extension sont précises. En l’occurrence la proximité doit être bien définie pour pouvoir circonscrire ce groupe et son caractère d’association de malfaiteurs doit être démontré. C’est instrumentaliser la justice que d’accuser les gens au seul motif qu’ils seraient proches du Président Habyarimana. Comme le reconnaît la chambre de première instance III du TPIR, faire valoir des liens familiaux n’est pas suffisant pour soutenir une allégation invoquant une responsabilité de commandement. Protais Zigiranyirazo, beau-frère du président Habyarimana, et supposé être l’éminence grise de l’akazu, a été acquitté par le TPIR.
Quant aux Interahamwe, il est faux d’affirmer qu’il a mis son entreprise et son domicile à leur disposition pour l’entraînement au maniement des armes. Pourquoi les Interahamwe devaient-ils s’entraîner dans une maison ? Est-ce crédible ? A quel titre M. Kabuga devait-il intervenir dans la formation militaire des Interahamwe ? Il ne faisait partie ni de l’armée, ni de la direction du MRND. La chambre de 1ère instance, dans sa décision susmentionnée, a d’ailleurs estimé que le procureur n’a pas fourni d’éléments de preuves suffisants à l’appui de l’allégation selon laquelle M. Kabuga aurait mis à la disposition des Interahamwe son entreprise et son domicile.
Le MRND avait été créé dans le cadre de la constitution du 10 juin 1991 et de la loi sur les partis. Suivant les Accords d’Arusha du 4 août 1993, il devait également participer aux institutions de transition à base élargie et personne n’avait contesté sa participation. Il ne peut pas donc être assimilé à une association de malfaiteurs ou une organisation criminelle. Dans ce cas pourquoi avoir cotisé au MRND ou y avoir adhéré serait-il un crime ? M. Kabuga, comme tout autre citoyen, avait le droit d’être membre d’un parti de son choix.
Concernant le Fonds de défense nationale, il est également difficile de comprendre en quoi y avoir participé constitue un crime. Ce fonds avait été décidé, au début de la guerre, par les autorités légales, pour soutenir un effort de guerre. La guerre avait été déclenchée par le FPR dans le seul but de conquérir le pouvoir par la force. Le peuple et le gouvernement en place avaient le droit de s’opposer à cette prise du pouvoir par la force. Il n’y a rien de répréhensible non plus d’avoir participé, après la reprise de la guerre en avril 1994, à la redynamisation et au renflouement de ce fonds.
Participation à l’actionnariat de la RTLM et présidence de son comité d’initiative
La RTLM n’était pas la seule société dans laquelle M. Kabuga F. avait engagé des fonds. Il avait investi dans d’autres sociétés rwandaises notamment la STIR, La Rwandaise, la BACAR et la BCR. La participation au capital de la RTLM répondait à sa politique de diversification de ses investissements. Contrairement à l’opinion répandue, il n’était ni majoritaire, ni le plus important des actionnaires. Il n’y détenait que des actions équivalentes à 0,5% du capital alors que certains actionnaires avaient souscrit le double de sa participation. Il ne pouvait donc pas en être le propriétaire. Kabuga F. n’a jamais prononcé des propos incitatifs à la haine dans un média quelconque ni avant ni après le 06 avril 1994.
4. Financement de l’ALIR, organisation supposée terroriste
L’administration américaine a inscrit l’ALIR (Armée de Libération du Rwanda) dans la deuxième section de la liste des organisations terroristes parce qu’elle aurait kidnappé et tué, en 1999, huit touristes étrangers dont deux citoyens américains.
Les coupables qui furent arrêtés par le régime du FPR sont : François Karake, Grégoire Nyaminani et Leonidas Bimenyimana, d’anciens militaires hutu qui avaient ‘‘avoués les faits’’. En 2003, Paul Kagame a envoyé aux Etats-Unis d’Amérique les trois rwandais. Après plusieurs années d’enquêtes, le Tribunal du District of Columbia a acquitté les suspects de toutes charges portées contre eux car des éléments de preuve ont montré que les aveux des suspects leur avaient été arrachés par des tortures des services secrets rwandais. Des témoignages d’un ancien officier du FPR, Aloys Ruyenzi, désigne les militaires du FPR comme les tueurs de ces touristes. Au mois de mai 2019, Leonidas Bimenyimana and Grégoire Nyaminani ont reçu asile en Australie.
Un dossier qui s’est dégonflé au fur des années
L’accusation de génocide ou de crimes contre l’humanité portées à l’encontre de M. Kabuga F. procède d’un assemblage d’éléments, eux-mêmes construits à partir de contrevérités prises pour axiomes et de faux raisonnements du genre : les machettes ont été utilisées pour tuer les Tutsi. Or, il a importé les machettes. Donc, il a participé aux massacres des Tutsi. Le même faux raisonnement se tient à propos de la RTLM : la RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines) a incité à la haine ethnique. Or, il en était actionnaire et président de son comité d’initiative. Donc il a incité à la haine ethnique. Le procureur du TPIR n’a pas jugé nécessaire de vérifier s’il y avait un lien nécessaire entre le commerce de machettes et les massacres des Tutsi et si la RTLM a été réellement créée pour prêcher la haine. Sur la base des mêmes fallacieuses déductions, il est accusé d’avoir planifié les massacres des Tutsi parce que, en tant que père de l’une des belles-filles du Président Habyarimana, il serait membre de l’Akazu, supposé être planificateur du génocide.
Le procureur du TPIR s’est contenté de poursuivre les personnes désignées par le gouvernement rwandais, dont certains sont victimes de l’instrumentalisation de cette institution par les autorités rwandaises pour des raisons de magouilles politico-financières. Il a souvent fondé ses inculpations et ses jugements sur la version des faits du régime FPR, le vainqueur, et sur les témoignages des personnes présentées par les associations de délateurs, contrôlées par ce même régime. C’est sans doute pour cette raison que, comme l’écrit André Guichaoua : « Dans tous les procès (du TPIR), de nombreux contre-interrogatoires de témoins démontrent à l’évidence la faible crédibilité des déclarations (des témoins) et soulignent crûment la faiblesse ou l’absence d’une instruction établissant des faits tangibles »[4]. Quand une personne adhère au FPR, elle devient innocente aussi bien pour la justice rwandaise que pour le TPIR et quand elle critique la politique du régime de Kigali, elle est étiquetée extrémiste, génocidaire, divisionniste ou négationniste par les deux justices. Or, comme le dit encore A. Guichaoua, dans l’article susmentionné : « Le TPIR n’est pas censé juger des prisonniers politiques mais des accusés qui portent personnellement la responsabilité des crimes commis ou qu’ils ont eux-mêmes perpétrés. »
Enfin, pour ne pas embarrasser les autorités de Kigali, le TPIR s’est gardé, jusqu’à date, de se prononcer sur le commanditaire et les auteurs de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana et d’avancer un nombre estimatif global des victimes Hutu qui pourraient être qualifiés de génocide si un tribunal s’y penchait, selon le Mapping Report.
Si le régime de Kigali s’est acharné contre M. Kabuga, ce n’est non pas parce qu’il a commis un quelconque crime contre l’humanité, mais parce que le FPR et l’Etat rwandais ont toujours cherché un moyen de se sortir de l’impasse dans laquelle ils se sont fourrés en détruisant sa résidence de Remera, en pillant ses stocks de marchandises, en vendant sa minoterie de Byumba, en exploitant, depuis bientôt 25 ans, ses plantations de thé et ses nombreux immeubles sans rien lui payer.
Il est dommage que le TPIR et la communauté internationale aient pris pour argent comptant les allégations du régime de Kigali accablant M. Kabuga Félicien.
[1] Lettre du 10 août 2008 adressée à Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, par le Comité de soutien à Monsieur Félicien Kabuga et à sa Famille.
[2] Voir la décision du 24 juin 2005 de la chambre de 1ère instance du TPIR sur l’acte d’accusation amendé.
[3] Lire à ce sujet : Gaspard Musabyimana, Rwanda le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, Paris, Editions L’Harmattan, 2008.
[4] Tribunal pour le Rwanda : De la crise à l’échec?, Le Monde du 03.09.2002
Il faut mettre fin à la répression des médias et aux arrestations arbitraires massives
La police rwandaise a arrêté arbitrairement des dizaines de personnes depuis que les directives pour empêcher la propagation du Covid-19 sont entrées en vigueur le 22 mars 2020. Les autorités ont accusé des personnes d’avoir enfreint les mesures, les détenant parfois dans des stades sans procédure régulière ni autorité légale.
Les autorités rwandaises devraient mettre fin aux détentions arbitraires, y compris de journalistes et de blogueurs tentant de révéler les abus, et s’assurer que les forces de sécurité respectent les droits humains lorsqu’elles contrôlent l’application des mesures. Les informations faisant état de meurtres, de viols et d’autres crimes graves par les forces de sécurité pendant le confinement devraient faire l’objet d’enquêtes rapides et transparentes et les responsables devraient être traduits en justice.
« Les directives du gouvernement pour prévenir la propagation du Covid-19 ne donnent pas carte blanche aux forces de sécurité pour ignorer l’État de droit et commettre des abus à l’encontre de la population, ni pour emprisonner ceux qui tentent de les révéler », a indiqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Les autorités rwandaises devraient faire cesser ces pratiques illégales immédiatement, enquêter de manière transparente sur les responsables et traduire en justice les agents impliqués dans des abus et qui ont commis des crimes. »
Depuis l’annonce des mesures, la police a twitté que « ne pas [les] respecter est une violation de la loi » et a averti que ceux qui seront « attrapés » auront une amende ou seront emprisonnés. Cependant, les directives ne prévoient pas de telles sanctions et la police n’a fourni aucune autre base juridique pour justifier leur autorité affirmée.
Les directives, qui ont été prolongées jusqu’au 30 avril, interdisent les déplacements « non nécessaires », y compris pour faire de l’exercice physique ; imposent la fermeture des écoles et des lieux de cultes ; interdisent les trajets entre villes et districts et bloquent les frontières, sauf pour le fret et les marchandises et les Rwandais et les résidents rentrant au pays, qui sont mis en quarantaine obligatoire pendant 14 jours. Le 22 avril, le ministère de la Santé a confirmé153 cas de Covid-19 et aucun décès dû à la maladie.
Depuis le 8 avril, quatre blogueurs qui ont rapporté des abus et le chauffeur d’un des blogueurs ont été arrêtés et détenus pour violation présumée des directives du gouvernement. Après des années d’ingérence et d’intimidation de la part de l’État, la majeure partie de la presse écrite et des médias audiovisuels est fortement dominée par des opinions pro-gouvernement, mais dernièrement, des reportages plus sensibles sur les questions sociales et de droits humains ont été diffusés sur des blogs en ligne et sur des chaînes YouTube.
Dans une vidéo postée sur la chaîne YouTube d’Ishema TVle 3 avril, trois femmes de Kangondo II – un quartier pauvre connu sous le nom de « Bannyahe » dans le secteur de Remera à Kigali, la capitale – ont expliqué aux journalistes que des soldats responsables de l’application des mesures de confinement les avaient violées. Une victime a indiqué qu’une nuit de mars, un homme en uniforme militaire avec une arme est entré dans sa maison et l’a violée alors qu’un autre a suspendu son mari par les jambes à la fenêtre et l’a battu.
Une autre a raconté qu’elle a vu des hommes se faire frapper alors qu’un homme en uniforme militaire la forçait avec la crosse de son fusil à entrer dans la maison d’un voisin : « Il m’a violée…. Mais qu’est-ce que je pouvais faire alors qu’il était armé ? Comment j’aurais pu appeler à l’aide alors qu’ils frappaient des gens dehors sans intervention des autorités ? »
La BBC a également fait état de ces viols. Deux voisins avec qui Human Rights Watch s’est entretenu ont confirmé les récits des femmes, ajoutant que d’autres femmes avaient été violées mais n’avaient pas partagé leur témoignage, et que les soldats avaient aussi volé des biens dans le quartier. Une victime, contactée le 6 avril, a expliqué à Human Rights Watch que des militaires l’avait menacée et lui avait dit de ne parler à personne hors du pays de ce qui lui était arrivé.
Les Forces de défense rwandaises ont annoncé dans une déclaration le 4 avril qu’une enquête a été ouverte sur les « allégations de comportement criminel à l’encontre de citoyens par quelques soldats des FDR indisciplinés » et que cinq suspects étaient en détention.
Cependant, depuis lors, quatre blogueurs travaillant pour Afrimax TV, Ishema TV et Umubavu TV, qui ont fait des reportages sur les viols et l’impact des directives sur les populations vulnérables, ont été arrêtés dans des circonstances qui s’apparentent à des représailles. Au cours des derniers mois, elles ont diffusé des témoignages sensiblessur un conflit de longue date avec les autorités concernant des expulsions à « Bannyahe. »
Le 8 avril, le Bureau d’enquêtes rwandais (Rwanda Investigation Bureau, RIB) et des agents de police ont arrêté Valentin Muhirwa et David Byiringiro, deux blogueurs travaillant pour Afrimax TV, à Kangondo II. Un témoin a raconté à Human Rights Watch : « [Les journalistes] avaient discuté avec la population de leurs préoccupations, des expulsions, des vols commis par les soldats et des viols. Ils leur ont dit qu’ils n’avaient rien à manger… Le 8 avril, [les journalistes] sont revenus avec des provisions dans une fourgonnette. » Deux habitants ont dit que l’équipe de six personnes a demandé la permission au leader local de distribuer des aliments et des produits, mais au bout de 30 minutes, le RIB et des agents de police sont apparus, les accusant d’enfreindre les directives du gouvernement et d’organiser une distribution non autorisée. Ils ont confisqué les produits et les ont arrêtés.
Le 12 avril,le RIB a twitté la confirmation de l’arrestation de Theoneste Nsengimana, le propriétaire d’Umubavu TV, pour fraude présumée. Le RIB l’a accusé d’avoir promis 20 000 francs rwandais (21 USD) à des personnes pour qu’elles racontent qu’elles recevaient une assistance de l’étranger « dans le but de solliciter le témoignage pour son propre bénéfice ».
La Commission rwandaise des médias a indiqué dans une déclaration le 13 avril qu’aucun des journalistes détenus n’étaient arrêtés dans le cadre de son travail, et que les blogueurs en ligne, comme ceux qui utilisent YouTube, ne sont pas des journalistes et « ne sont pas autorisés à interviewer la population ».
Le 15 avril, Dieudonné Niyonsenga, aussi connu sous le nom de Cyuma Hassan, le propriétaire d’Ishema TV, a été arrêté avec son chauffeur, Fidèle Komezusenge. Le RIB a accusé Dieudonné Niyonsengad’avoir enfreint les mesures de confinement et d’avoir donné à Fidèle Komezusenge une carte de presse non autorisée.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, auxquels le Rwanda est partie, protègent la liberté d’expression, qui inclut le travail important et le rôle des journalistes. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui surveille le Pacte, a souligné dans ses orientations sur la liberté d’expressionque le journalisme est « une fonction exercée par des personnes de tous horizons, notamment des reporters et analystes professionnels à plein temps ainsi que des blogueurs et autres particuliers qui publient eux-mêmes le produit de leur travail, sous forme imprimée, sur l’Internet ou d’autre manière ». La Déclaration des principes de la liberté d’expression et de l’accès à l’information en Afrique de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples protège aussi les journalistes et les médias en ligne.
Une presse libre devrait pouvoir remettre en question les récits officiels et communiquer des informations d’intérêt public en enquêtant sur les abus commis par les forces de sécurité, via tout type de média. Tout journaliste arrêté pour avoir fait son travail devrait être immédiatement libéré, a déclaré Human Rights Watch.
Le 25 mars, les médias ont rapporté que les forces de sécurité rwandaises avaient tué deux habitants du district de Nyanza. La Police nationale rwandaise a expliqué qu’ils avaient été abattus dans une situation de légitime défense après qu’ils auraient attaqué un agent et a critiqué une conduite « inadéquate et non professionnelle » des journalistes pour avoir lié les meurtres au confinement.
Depuis l’entrée en vigueur du confinement, la policeet lesmédias locaux ont rapporté des dizaines d’arrestations de personnes accusées d’avoir enfreint les directives du gouvernement. Le 15 avril, Human Rights Watch a écrit au ministre de la Justice Johnston Busingye pour demander des informations sur la base juridique ayant justifié l’arrestation des personnes et les amendes imposées, mais le ministre n’a pas répondu. Pour être légale et non arbitraire, toute privation de liberté peut uniquement avoir lieu pour des motifs prévus par la loi.
Deux habitants de Gisenyi, dans le nord-ouest du Rwanda, ont raconté à Human Rights Watch que la police avait arrêté des personnes qui tentaient de se déplacer, même pour des courses essentielles, comme les services bancaires ou l’achat de nourriture, à des points de contrôle et les avaient conduites à bord de pick-ups surpeuplés vers le stade local en guise de « punition ». Les personnes ont été forcées de s’asseoir à quelques mètres les unes des autres au soleil.
« Nous étions environ 100 quand je suis arrivé, mais toutes les 30 minutes, ils amenaient de nouvelles personnes », a expliqué un habitant qui a été détenu dans le stade d’Umuganda à Gisenyi début avril. « J’y ai passé huit heures – il y avait quelques femmes avec des jeunes enfants, qui pleuraient… Nous n’avons pas reçu d’eau ou de nourriture… Certains ont été gardés là jusqu’à 21 h et ont dû repartir à la maison à pied après. » Human Rights Watch a reçu des récits crédibles indiquant que des personnes accusées d’avoir enfreint les règles de confinement à Kigali ont aussi été détenues dans des stades.
Le 27 mars, le président Paul Kagame a annoncé un « plan de protection sociale », qui inclut la livraison de nourriture gratuite à au moins 20 000 foyers à Kigali. Un journaliste rwandais a expliqué à Human Rights Watch le 17 avril : « Certains journalistes ont tenté de trouver qui sont les bénéficiaires de ce programme – ces blogueurs qui ont été arrêtés essayaient de découvrir les faits. »
« Il est inacceptable que le Rwanda utilise des méthodes autoritaires pour faire appliquer les mesures de santé publique afin d’endiguer la propagation du Covid-19 », a conclu Lewis Mudge. « La répression des médias envoie un message délibérément glaçant à un moment où la surveillance du comportement des forces de sécurité est capitale.
“FPR, umutwe wa politiki w’intagondwa kandi uteje akaga… ”
Ku itariki ya 17 Mata 2020, nyuma y’amezi abiri yuzuye akurikira iyicwa rya Kizito Mihigo, igitabo cye cyasohotse. Iki gitabo cyari gitegerejwe na benshi kigizwe n’inyandiko zose Kizito yakoze igihe yari afungiye muri gereza nkuru ya Kigali (1930) yaje kwimurirwa i Mageragere (Nyarugenge). Izina ry’igitabo ni : “Rwanda: Kwakira Ubwiyunge ngo ubashe Kubaho mu mahoro no gupfa byishimo”. Uyu muhanzi atunyuriramo ibyamubayeho, mu bihe bibabaje n’uburyo yarokotse itsembabwoko ryakorewe abatutsi mu 1994, uburakari bwe n’icyifuzo cyo kwihorera ku bahutu, akanatubwira uko yakirirye impano y’Imana yo kubabarira abamuhemukiye.
Atubwira ku bikorwa bye bya muzika muri Korali ya Kigali, umushinga w’indirimbo yubahiriza igihugu yitabiriye ndetse na bourse ya leta yo kwiga i Burayi. Aratubwira iby’imyaka itatu yamaze afite icyubahiro n’igitinyiro muri Kigali, umubano we n’ishyaka riri ku butegetsi (FPR), n’uburyo yaje gushwana na FPR kandi ibi akaba atabyicuza.
Iki gitabo yagituye Kizito Mihigo Peace Foundation (KMP) ndetse n’imfungwa zose za politiki zo mu Rwanda. Ni igitabo cy’ubuhamya kandi, cyane cyane ku byamubayeho ku ishimutwa rye no gushaka kumwica, ku bantu bose bagize uruhare mu bibazo yagize. Mu buryo burambuye kandi busobanutse neza, Kizito avuga ku biganiro na Inès MPAMBARA, na Bernard MAKUZA, akanatubwira amagambo akakaye n’iterabwoba by’umunyamabanga mukuru wa FPR, François NGARAMBE. Aduhishurira imishinga ye FPR yamwibye, uburenganzira bw’ibihangano bye yambuwe, urukundo rwe, n’umutuzo yaboneye muri gereza.
Umuhanzi w’umukristu, atewe ishema no kugira ubwigenge bwe bwo mu kuganira no gutanga ibitekerezo ku kibazo icyo ari cyo cyose cyaganirwaho, cyaba icy’idini, politiki, cyangwa ubuhanzi. Yatugejejeho ibyo atekereza kuri FPR, ubwiyunge hagati y’Abahutu n’Abatutsi, abatavuga rumwe na FPR n’ibindi.
Bimwe mu byo avuga
Kuri FPR
FPR (Rwanda Patriotic Front), ni umutwe wa politiki w’intagondwa kandi uteje akaga gakomeye, ukaba ufite intego yo kuba ishyaka rimwe rukumbi. (Igice cya 14).
Indangagaciro z’amahoro n’ubwiyunge mu gukumira no gukemura amakimbirane mu buryo bw’amahoro, zigomba gusimbura urugomo, gukandamiza, ubushotoranyi, intambara n’iterabwoba byimitswe na FPR Inkotanyi. (…)
Naho ubwiyunge u Rwanda rukeneye muri iki gihe, ntabwo ari hagati y’Abahutu n’Abatutsi. Kuri ubu, ubutegetsi bwa FPR buyobowe na Perezida Kagame, bugomba kwiyunga n’abatavuga rumwe na bwo baba mu buhungiro, cyane cyane RNC ya Kayumba Nyamwasa, FDU Inkingi ya Victoire Ingabire, RDI Rwanda Nziza ya Faustin Twagiramungu, Ishyaka Ishema rya Padiri Thomas Nahimana, n’indi mitwe ya politiki yo mu Rwanda ikorera mu mahanga, mu rwego rwo gukumira no gukemura amakimbirane ashobora kuvuka. (Igice cya 34)
Kuri gahunda ya “Ndi Umunyanyarwanda”
“Ndi umunyarwanda”, ni gahunda mbi cyane ya politiki yo kubangamira ubwiyunge bw’igihugu, ishyira Abahutu bose mu gatebo kamwe k’abicanyi kandi FPR ikigisha ku mugaragaro urwango mu bisekuruza byose. ” Igice cya 14
Ni igitabo cyiza cyane gikwiye gusomwa na buri wese ubishoboye, cyane cyane abanyarwanda batarahumuka bakaba bakomeje kwigumira mu kinyoma cya FPR. Kugeza ubu kiracyari mu rurimi rumwe rw’igifaransa, gishobora kugurwa unyuze aha.
Chaste GAHUNDE
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Mu nyandiko ye, Dr Ndagijimana aravuga ku gitekerezo cyo gukura abahutu mu ipfunwe. Aravuga uburyo yaganiriye na Dr Himbara David, wamushimiye icyo gitekerezo. Kuri Dr NDAGIJIMANA, ” Intambwe ya mbere mu kunga abanyarwanda, ni ukwemera amoko twisanzemo, noneho tukagera ku rwego nta wiyumvamo ipfunwe ryo kwitwa umuhutu cyangwa umututsi”.
#NdiUmuhutukandiNdibuka Naganiye N’Umututsi David Himbara
Dr. David Himbara tumuzi nk’unyarwanda w’umututsi wakoze mu biro bya Perezida Paul Kagame nyuma akagana iy’ubuhungiro bamaze kutumvikana mu mikorere, nk’uko Himbara yagiye abyandika. Mwambaza muti “wa Muhutu we wiyemeje kuva mu ipfunwe ryo kwitwa umuhutu, waganiraga iki n’uwo mututsi”? Himbara namumenye mu myaka ishize yandika ibintu bijyanye n’ u Rwanda cyane yibanda ku buryo umukuru w’igihugu asesagura umutungo w’igihugu mu ngendo zidashira ndetse n’uburyo mu Rwanda bakora imibare-micurano mu kugaragaza uko ubukungu bw’u Rwanda buri kuzamuka. Njye na Himbara twasanze n’ubwo twese dufite amateka atandukanye, ariko twese turi abanyarwanda kandi twifuriza ineza u Rwanda! Ikindi, umuryango wa Himbara na we ubwe bahunze u Rwanda inshuro esheshatu mu gihe njye naruhunze inshuro ebyiri!
Uhereye iburyo: Dr. David Himbara, H.E President Paul Kagame , Dr. Clet Niyikiza and Dr. Jean Damascéne Ntawukuriryayo
Kuri iyi foto yo hejuru murabonaho abatutsi babiri iburyo n’abahutu babiri ibumoso. Urestse iby’ amoko aba bagabo bakuze ubutegetsi bubabwira cyangwa iwabo mu rugo bababwira (n’ubwo ntabihamya) muribonera, namwe yuko ari nta tandukaniro rigaragara riri hagati yabo! Gusa Himbara na Kagame tubazi nk’abatutsi mu gihe Niyikiza na Ntawukuriryayo tubazi nk’abahutu!
Dr. Innocent Ndagijimana Justice (Hutu) ibumoso Dr. David Himbara (Tutsi) iburyo.
Himbara yishimiye igitekerezo nafashe cyo gukura abahutu mu ipfunwe bamazemo imyaka myinshi. Mu biganiro byacu, Himbara yavuze ati, “Ese burya nawe uri Umuhutu? Nonese ko mbona amazuru tuyanganya (Twarasetse imbavu zirashya)? Namwe murebye murabona ko Himbara nanjye tunganya amazuru! Ikindi ngo bareba mu bututsi n’ubuhutu ni uburerebure. Himbara afite 6’2 feet (1.8 m) njye nkagira 6’3 feet ! Murabona njye n’uyu muvandimwe nita mukuru wanjye dutandukaniye he koko?
Mwambaza muti “kuki noneho wemeye ubuhutu kandi tubona nta tandukaniro hagati yawe n’umututsi Himbara?” Intambwe ya mbere mu kunga abanyarwanda ni ukwemera amoko twisanzemo noneho tukagera ku rwego nta wiyumvamo ipfunwe ryo kwitwa umuhutu cyangwa umututsi! Amoko yacu ni myth (amayobera) ntabwo ari biological! Tuzagera igihe amoko aba amateka igihe ntawe uzaba yibonamo ipfunwe cyangwa hari ubutegetsi budushyiramo ipfunwe rishingiye ku moko.
Abarundi bo barakataje mugu huza amoko kuko bo batigeze bashaka gushyiranaho ipfunwe cyane uhereye mu gihe biyemezaga gusangira ubutegetsi. Himbara yambwiye ibyo yiboneye ubwo yajyaga i Burundi aho yumvaga umututsi ashyenga n’umuhutu ati , “Mwa bahutu mwe mwabaye mute ko ubutegetsi bubananiye!” Umuhutu na we ati, “Wa mututsi we ubutegetsi mwabumaranye imyaka myinshi ariko nta byinshi mwagezeho ceceka!” Nta mujinya cyangwa se urwango rwabarangaga ahubwo bose barasekaga! Ibaze uvuze ibintu nk’ibi mu Rwanda!
Nibuka mpura na Madame Maggie Baransaritse kuri Duke University ndangiza Masters muri 2013. Yari kumwe n’Intumwa ya rubanda (member of parliament) bashyenze iby’amoko kuko bavaga mu moko atandukanye numva birandenze kuko iwacu amoko avugwa gusa mu kwibuka! Naribajije nti ese aba bageze mu kwibuka ko batangiye kuvuga iby’amoko? Nasanze bo nta pfunwe mu kuvuga amoko yabo kandi niho nifuza ko abanyarwanda tuzagera!
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A l’heure où on s’apprête à commémorer le vingt-sixième anniversaire du génocide perpétré au Rwanda d’avril à juin 1994, il peut être utile de revenir sur les causes de ce drame.
Les origines du conflit qui a amené le génocide sont assez bien décrites dans les mémoires de Laurent SERUBUGA [1],. Paru cette année , ce livre décrit en détail l’évolution des rapports ayant prévalu entre Rwanda et Ouganda pendant la deuxième république rwandaise.
Sous la première république rwandaise, les soubresauts provoqués par l’abolition de la royauté et par l’indépendance s’étaient accompagnés de différentes tentatives de reconquête menées par les tutsi exilés dans les pays voisins (Burundi principalement semble-t-il). Elles n’avaient pas obéré gravement les relations entre Rwanda et Ouganda.
Le président Grégoire Kayibanda avait, le 11 mars 1963, adressé un message[2] aux réfugiés rwandais, incitant à rentrer au pays ceux qui le souhaitaient, fustigeant les « féodaux impénitents (qui) se livrent à des tromperies destinées à leur faire donner des sommes d’argent énormes soi-disant pour aider la cause prétendue nationaliste ou humanitaire». Il posait –déjà – la question qui resurgit aujourd’hui, vingt-six ans après le drame de 1994 : « Qui est génocide ?Ceux qui vous appuient et financent vos menées terroristes et fratricides vous rappellent-ils aussi que les Bahutu ne se laisseront jamais malmener et qu’à vos coups ils n’entendent pas du tout opposer un héroïsme qui serait d’ailleurs de mauvais aloi ? qui est génocide ?D’où viennent les armes que vous employez à terroriser vos frères des frontières ? Pour quels buts vous sont-elles données ?….
… A supposer par l’impossible que vous veniez à prendre Kigali d’assaut, comment mesurez-vous le chaos dont vous seriez les premières victimes ? Je n’insiste pas : vous le devinez, sinon vous n’agiriez pas en séides et en désespérés ! Vous le dites entre vous : « Ce serait la fin totale et précipitée de larace tutsi ». Qui est génocide ?[3]»
La problématique posée par les « réfugiés rwandais » a ainsi été présentée, dès le début des années soixante, non pas en terme de retour des réfugiés – auquel collaborera le HCR (Cf. infra) – mais en terme de conquête du pouvoir et de rétablissement d’un régime ancien aux relents féodaux.
Au demeurant, cette question semblait se poser principalement à partir du Burundi. Les relations avec l’Ouganda étaient excellentes jusqu’à l’arrivée au pouvoir à Kampala d’Idi Amin Dada en janvier 1971. Or Grégoire Kayibanda, président de la I° république rwandaise aurait refusé de reconnaître le nouveau maître ougandais qui venait de renverser son ami Milton Obote. Un froid se serait alors installé entre les deux pays..
Deux ans plus tard, l’arrivée au pouvoir à Kigali de Juvénal Habyarimana aurait marqué, sinon un net apaisement, du moins l’aménagement d’un modus vivandi acceptable entre Rwanda et Ouganda.
Le départ d’Idi Amin Dada et le retour au pouvoir à Kampala de Milton Obote survenant en 1979 auraient pu laisser penser au retour d’une certaine sérénité transfrontalière si, en 1982, Obote n’avait ordonné l’expulsion de tous les Banyarwanda[4]. Les rwandais exilés depuis près de vingt ans en Ouganda auraient alors repris le chemin du Rwanda. Et les efforts d’ Habyarimana pour rencontrer Obote seraient demeurés vains, Obote restant sourd à toute tentative d’approche rwandaise. De même, les différentes propositions d’intercession présentées par les autres pays de la région resteront lettre morte.
Le Rwanda aurait alors fini par porter l’affaire devant les instances onusiennes, sollicitant l’intervention du Haut-commissariat aux Nations Unies pour faire le tri entre les « véritables réfugiés rwandais », passés du Rwanda en Ouganda au début des années soixante et les « ougandais d’expression rwandophone », résidant depuis toujours sur leurs terres attribuées à l’Ouganda lors des partages coloniaux de 1885. Laurent Serubuga affirme que les premiers auraient été accueillis au Rwanda tandis que les seconds auraient été renvoyés en Ouganda. Prudemment, il n’avance aucun chiffre mais indique que ce qu’il appelle l’entêtement d’Obote aurait amené les trois pays de la Communauté des Grands Lacs à appuyer la rébellion ougandaise naissante.
L’appui d’Habyarimana à cette rébellion ougandaise aurait été essentiellement logistique. Elle aurait néanmoins amené au pouvoir à Kampala un Museveni qui, ménageant la chèvre et le chou, se révélera fin stratège. Tout en recevant l’aide d’Habyarimana en lui assurant de conserver en Ouganda les réfugiés rwandais, Museveni aurait secrètement promis à ceux-ci, devenus d’importants cadres de son armée, de les aider ultérieurement à prendre le pouvoir à Kigali. Mais officiellement, Museveni a toujours donné verbalement les meilleures garanties à Habyarimana…en reversant à son profit les termes du discours prononcé en 1963 par Kayibanda en 1963 : « Soyez sans crainte.Il n’y aura pas d’attaque à partir de l’Ouganda tant que vous ne ferez pas de mal aux tutsi du Rwanda[5]» aurait répété Museveni à chaque inquiétude d’Habyarimana. On retrouve ici la dialectique utilisée par le FPR. Fort habilement Museveni désigne comme une des causes de l’attaque à venir ce qui dans les propos de Kayibanda n’étaient que les conséquences prévisibles de cette éventuelle attaque.
Cependant, ces paroles pouvaient paraître rassurantes, puisque depuis 1973, personne au Rwanda ne songeait à « faire du mal aux tutsi », Habyarimana étant désigné par certains jusqu’au-boutistes comme le « protecteur des tutsis » pour avoir mis fin aux exactions de 1973. Par ailleurs, come on l’a vu, Museveni étant parvenu au pouvoir avec leur aide, ses alliés rwandais jouissaient de droit d’une situation sociale méritée comme Ougandais à part entière.
Ces assurances très ambigües seront répétées par Museveni ad libitum jusqu’au 1 octobre 1990, voire même après et ce, contre toute évidence.
Cependant l’existence d’un plan de retour par la force élaboré par les réfugiés rwandais étant parvenue aux oreilles d’Habyarimana, celui-ci se rendit en Ouganda en février 1988 et prononça un discours où il estimait inadmissible de demeurer éternellement réfugié de père en fils. Il invita ceux qui voulaient rentrer au Rwanda à le faire[6].
En 1989, des commissions rwando-ougando-HCR étudièrent les modalités de retour de ces réfugiés.
Le 27 juillet 1990, un communiqué du comité interministériel conjoint prévoyait la poursuite du processus et une visite du Rwanda par une délégation des réfugiés afin de se rendre compte de la réalité de vie dans le pays. A l’été 1990 et depuis dix-sept années, la réalité du Rwanda était incontestablement la Paix !
En septembre 1990, nombreux furent les échanges entre diplomates et ministres rwandais et ougandais. Plusieurs ministres rwandais sont à Kampala au cours de la dernière semaine de septembre. Le 1° octobre 1990, le Président Habyarimana se trouvait au sommet de l’UNICEF aux Etats-Unis où il allait rencontrer le Président Museveni.
Or, le 01 octobre 1990, le jour où était attendue au Rwanda cette délégation de réfugiés, le FPR attaqua.
Pourtant, nombreux étaient ceux qui, jusqu’au 1 octobre 1990, ont pu croire que le problème des réfugiés rwandais en Ouganda était sur le point de se résoudre. D’autres, ou les mêmes, estimaient que ces difficultés seraient aplanies par la marche vers la démocratie, encouragée à La Baule mais assez largement anticipée par Habyarimana dans son aggiornamento politique,
L’Abbé SIBOMANA, rédacteur en chef de la revue « Dialogues » et opposant déclaré au président Habyarimana a fait un excellent état des lieux du contexte politique très ambigu dans lequel se trouvait le Rwanda à l’automne 1990.
DEBUT DE CITATION[7] : « C’est une question qui, aujourd’hui encore, est très controversée. Officiellement, du point de vue du FPR,l’échec des négociations justifiait l’ouverture d’un front militaire. Il fallait déployer tous les moyens de pression sur le pouvoir pour l’obliger à conclure un accord; la pression militaire était un moyen parmi d’autres.
Les détracteurs du FPR estiment au contraire que les négociations étaient un alibi de la lutte armée. Selon eux, le FPR avait dès le départ, l’intention de prendre le pouvoir par la force, à n’importe quel prix, afin de ne pas avoir à le partager. Quant au choix de la date, , il aurait été dicté par l’évolution rapide que connaissait le Rwanda. En cas de succès, le processus de démocratisation en cours risquait de priver le FPR d’une partie de sa légitimité. Car, à l’intérieur du Rwanda comme sur la scène internationale, le FPR ne se présentait pas seulement comme le parti d’une minorité opprimée ; il prétendait agir au nom de tous les partisans de la lutte contre la dictature du général Habyarimana[8]. En un sens, l’opposition démocratique qui commençait à prendre de l’ampleur à l’intérieur du Rwanda lui faisait de l’ombre. Même les relations entre le FPR et les partis qui, sans s’en réclamer ouvertement, en étaient très proches, étaient empreintes d’ambigüité.
Ajoutons à cela que, même si le pouvoir n’était pas pressé de voir revenir les réfugiés, des négociations étaient en cours, et risquaient d’aboutir. Comme l’écrit fort justement Colette BRAECKMAN dans Terreur Africaine[9] , « jamais autant qu’à la veille du déclenchement des hostilités, (on avait été) aussi près d’une solution négociée ». Dans une telle hypothèse, le FPR aurait perdu sa raison d’être . Il fallait agir vite car, comme on dit, « l’Histoire ne repasse pas les plats ». » FIN DE CITATION
On ne peut que constater aujourd’hui que le schéma d’une attaque déclenchée par le FPR alors que des négociations étaient en cours et risquaient d’inscrire durablement la paix dans le marbre s’est reproduit en 1994 avec l’attentat du 6 avril suivi par l’offensive généralisée de l’APR.
On retrouve également les mêmes discours se renvoyant mutuellement la responsabilité de la rupture des négociations ou des accords de paix. Et, dans les deux cas, l’ONU était présente, par le biais du HCR en 1990 ou par celui de la MINUAR en 1994.
Cinquante-sept ans après avoir été posée par Grégoire Kayibanda, la question de la responsabilité du génocide resurgit avec une acuité rendue plus dramatique par le génocide de 1994, mais aussi par les crimes de masse commis au Congo au cours des années qui suivirent. Par sa formulation brutale et un brin provocatrice « Qui est génocide ? », elle interroge très justement sur le partage des responsabilités entre celui qui a perpétré le crime et celui qui l’a délibérément provoqué.
Les efforts déployés par Kagame dans sa stratégie post-génocide pour externaliser sa culpabilité et s’approprier la victimité du génocide [10] ne font que confirmer le cynisme hors norme du personnage. Tous ceux qui défendent ses thèse et participent à la mise en place de cette stratégie post génocide font preuve du même cynisme… ou d’un aveuglement volontaire confinant au cynisme.
Or, ce cynisme est d’autant plus insupportable que, sous prétexte de lutter contre on ne sait trop quel négationnisme inventé pour la circonstance, on met en place un véritable apartheid mémoriel , interdisant aux victimes qui ne seraient pas de la bonne ethnie, voire même de la bonne chapelle politique, de commémorer leurs morts. Le « génocide des tutsi et des hutu modéré » a laissé la place au seul génocide des tutsi. Les descendants des hutu modérés sont priés de ne pas se recueillir ! Et que dire de tous ceux, si nombreux, qui furent massacrés par les troupes du FPR à Byumba en 1992, à Ruhengeri en 1993, dans tout le Rwanda en 1994 et au Congo dans les années qui suivirent ? Jusqu’à aujourd’hui, en 2020 au Rwanda, le seul fait de laisser entendre dans une chanson qu’ils ont pu exister conduit à mourir en prison.
Comme l’a dit un éminent représentant d’une éminente association droit de l’hommiste : « évoquer le sang des hutu , c’est salir le sang des tutsi ». L’apartheid mémoriel au nom des droits de l’homme, il fallait être Kagame pour inventer cela ! Il fallait être Kagame pour entraîner une foule de bobos paumés sur ce chemin pavé d’intentions douteuses et aux conséquences dramatiques. Le refus de la paix a conduit aux génocides perpétrés au Rwanda et au Congo. L’apartheid mémoriel porte les gênes d’un nouvel enfer comme nous l’a très justement explique un hutu/tusi de grande qualité lors de son intervention du 9 mars dernier au palais du Luxembourg :
[4] Les rwandais vivant en Ouganda, les « Nyarwandas », alimentaient la rébellion de Museveni contre Obote..
[5] « Rwanda –Juvénal HABYARIMANA- la ligne d ecrête de sa trajectoire » – Mémoires du colonel Laurent SERUBUGA – Editions Scribe janvier 2020.
[6] A cette occasion, il y eut des cérémonies de remise des décorations aux officiers ougandais et le Président Habyarimana fut invité à remettre la décoration au Général Rwigema vice-ministre de la défense celui qui allait conduire l’attaque contre le Rwanda.
[7] André Sibomana « Gardons Espoir pour le Rwanda » – Editions Desclée de Brouwer – 1997 _-pages 69 s
[8] On écoutera avec intérêt l’intervention à la radio-télévision belge, le 7 octobre 1990, du porte-parole du FPR, Pasteur BIZIMUNGU, futur président de la république rwandaise à partir de 4’30 » sur https://www.dailymotion.com/video/x36lck